AURAS COMPLEXES
{Dix ea«.)
Nous arrivons maintenant à une catéGroric de que nous sommes oblii^ésdc ranger sous une rubrique spéciale, bien que, strictement, les pliénomènes qui y constituent Taura ne diffèrent point de ceux que nous avons étudiés précédemment. En effet, on retrouvera dans ceux-ci, comme dans ceux-là, des manifcslûtions motrices, sensorieilo}^, psychiques, etc..,, mais non plus isolées. Dans les cas de cotte catégorie, deu.x ou plusieurs d'entre elles se trouvent associées pour former Taura. Il ne s'agit donc pas, à vrai dire, de phénomènes nouveaux, mais simplement de la coïncidence, de la combinaison de quelques-uns de ceux que nous avons déjà considéréi».
Cette combinaison parait d^ailleurs se faire indépendamment de toute espèce de règle. Tel phénomène no parait pas attirer spécialement tel autre, (''est ainsi que Ton voit lo syndrome do Ménière s'associer à dc^ phénomènes gustatifs et moteurs, l'aura hystéroïde s'accompagner d'hallucinations de la vue et du toucher, etc.. La malade semble créer à son gré l'association de phénomènos qui constitue chez lut l'aura complexe. A ce point do vue, ou ne saurait donc pour l'instant tracer de règle d aucune sorte, et la lecture* des observations et Texamen des divers cas en dira plus long que toute espèce do considérations lliéoriqucs.
Observation XXXIV.
liir... Léonic, Î5 ans.
Knfant asHistéc.
Début (l;ins les promiôreB années de Tonfance. Acoê» lr*« fréquents (plusieurs foi^ pur somatne) d« grand mal ci de petit mal.
Aura troB oourte, ne prévenant pas la malade assez à teœpi pour lui ûviter des bloaauroB dans sa chute. Clle consiste <n une sensation do malaise, de faiblesse subite, accompagnée
DUnEE VAniAItLE DES AURAS-
d'une notable exagération des battements de ccour dont elle Rûuffre d'une façon à peu près continue. Pas d*affection cardiaque.
Observation XXXV.
Séof.,. Céleste. 32 ans.
Début, vers l'à&:e de deux ans, par des accès convulatfs qui n'ont jamais cesse depuis et se reproduisent toutes les deux ou trois semaines.
.1 ur^ consistant en une crise de battements de cœur très violants, accompagnés d'une sensation de faiblesse générale. Durée variable, mais toujours suffisante pour permettre h la malade d'éviter la chutu. Il existe quelques accès avortés, consistant seulement on une crise de battements de cœur. Pas d'affection cardiaque.
L'aura chez ces doux malades est absolument la mémo eu ce qui concerne les phénomônes qui la consfituent. Ce sont tout d'abord des manifestations d'ordre sensitif: sensations de faiblesse générale, do malaise, puis un trouble particulier plutôt du domaine de la molilité; les palpitations cardia(|ues. Comme combinaison c'est ce qu'on peut imaginer de plus simple et même, à la rigueur, on pourrait admettre qu'il no s'agit que (le phénomènes cardiaques^ les palpitations pouvant produire ces sensations do malaise, de faiblesse générale qui les accompagnent. Mais nous nous contentons de mentionner les faits sans tenter de les subordonner les uns aux autres.
On voit en outre par ces observations combien ces deux auras, si semblables quant aux phénomènes qui les constituent, diffèrent en somme pratiquement chez chaque malade. Dans un cas, en effet, elle est courte, au point que la malade incapable d'éviter la chute se blesse souvent en tombant. Dans Tautre, au contraire, elle est assez longue pour lui permettre de gagner son lit ou de se coucher à terre et do laisser ainsi, sans crainte, venir raccès,
CUABCOT, T. II. 27
4 18 OBSERVATIONS
Obsbuvation XXX VI.
Fr... Ltionie, -iO ans, institutrice.
Père asthmatique. Deux sceura, dont l'une est paralysée des deux jambes et l'autre est mip:ralncuse.
Début à Tâge de 5 ans. Puis intervalle de six aaa sans rien. Enfin retour des accès, qui ont lieu très fréquemment, doux h trois fois par semaine, avec une recrudescence arant et après ses périodes menstruelles.
Aura variable, pas toujours la môme h toutes les attaques. Le plus souvent, c'est une aensation do vide dans rcstomac, a comme si elle n'avait pas mangé depuis un mois. » D'autres fois c'est d'abord une sensation douloureuse de constriction dans les tempes et le front ; puis elle voit une boule de feu de ^osseur d'une pomme, qui se promène devant ses yeux. IHus l'accès doit être violent, plus Paura est courte. Elle Test quelquefois au point qu'elle n'a pas le temps de prévenir la ohute. De cette façon, elle s'est souvent blessée et une fois elle est tombée dans le feu et elle porte encore, au niveau do la main gauche, des déformations cicatricielles considérables consécutives à la brûlure qu'elle se lit ainsi.
Nous retrouvoas dans l'aura de cette malade le phénomcne visuel du scotomo scintillant que nous avîoas déjà rencontré, mais à l'état d'isolement (Obs. XV). Chez celle-ci, il est associé à dos manifestations de Tordre sonsitif: constriction douloureuse de la tête et du front. Â noter également ce fait que Taura n'est ftas toujours la même pour toutes les attaques ot que plus oelle-ci est violente et par suite dangrcrcuse, plus courte est Taura et par suite moins avertie est la malade.
Jusqu'ici nous n'avons examiné que des cas dans lesquels il y a, ]>our former l'aura, association seulement de deux éléments d'ordres différents. Dans les deux observations qui suivent, on en verra trois bien nettement caractérisés.
Observation XXXVII.
Char... Eugénie, 1*2 ans.
Début il y a quelques mois, sans cause connue. Un ou deux accès par mois, principalement nocturnes. Dans co oaa elle ne se souvient de rien.
OBSERVATIONS
Aura ayant prccédé deux accès matinaux. Frissonnement.
û/flementa très violents et très aigus dans les oreilles ; puis la
^te et les yeux ne tournent à &:auche, ot elle se renverse sur
»n aiège ; à ce moment, hallucinations terrifiantes (vision de
»te8 féroces qui se jettent sur aile) ; enfin cris et convulsions
bras.
Les accès de petit mal sont 'précédés seulement d'une aura auditive : bourdonnements dcuis les oreilles.
On est donc en présence chez celte malade d'une [association de phénomc'nes auditifs, \isucls et moteurs, lonnant une aura fort complexe, de durée assez longue, ne se manifestant qu'au début des grands accès diurnes, ^différente de celle qui précède les accès de petit mal. [Dans le cas suivant, nous constaterons Tassociation du lyndrome de Ménière et de phénomènes moteurs et son- ►riels (hallucinations du ffoût).
Observation XXXVIIl.
Del... Anna, 38 ans.
Père buveur; mère suicidée en se jetant par la fenêtre.
Début tardif ù l'âge de :;I3 ans^ à la suite do l'émotion causée par le suicide de sa mèro. Depuis, deux accès par luois, pendant la semaine de ses règles.
Waurn n^st pas la même pour les accès et les vertiges. Avant les accès, elle est très courte et consiste seulement en étourdissement rapide avec bourdonoemonta dans les ïilles. Avant les vertiges, c'est d'abord le vertifçe avec bruits d'oreille, puis une sensation de goût amer ■ plus qu'amer » dans la bouche, cnHn quelques paroles involontaires ( a maman me l'a dit ») précédant immédiatement la perte de connaissanoe.
Dans les cinq observations qui vont suivre, nous Ions trouver l'association des phénomènes plus ou loins complets de l'aura hystérique avec d'autres manifestations. Remarquons en passant que les cinq cas, ajoutés aux dix autres que nous avons mentionnés plus ^ LUt, donnent un total de quinze cas d'aura hystéroïde jT quarante-trois cas d'épilcpsie avec aura précodant is accès, c'est-à-dire plus du tiers ou presque 35 0/0.
HTSTÈBIfi ET ÉPiLEPSIË.
Est-ce à dire pour cela qu'il faille enlever à l'aura dans rhystéric toute savaleurdiagnostiqucetstîmeiologiquo ? Non, certainement. En réalité, nous le répétons, si Taura comitialo hystéroide lui ressemble presque identiquement au point do vue des phénomènes qui la constituent, elle en diffère grandement en général par son allure, son évolution, sa durée.
Dans rhyatérie, elle attire l'attention des malades, qui l'ignorent rarement ou qui en rendent facilement compte au premier intcrrogaloire du médecin. Dans 1 epilepsio, au contraire, elle reste presque toujours au second plan ; le malade parle de son attaque et spontanément beaucoup moins des phénomènes qui la précèdent. Souvent il nous a fallu pousser Tinterro^atoire avec minutie, bien attirer Tattention des patients, pour leur remettre en mémoire des troubles dont l'importance, vu leur brièveté ou leur peu d'intensité, leur avait échappé.
Malgré tout, cependant, ce n'est pas une simple affairo de curiosité que de constater la fréquence de l'aura hystéroide au début des accès comitiaux. Cela doit nous montrer qu'il ne faut pas classer d'emblée «lans l'hystérie toute crise nerveuse, précédée de ces phénomènes, avant de les avoir bien étudiés eux-mêmes et sans avoir approfondi autant que possible les caractères de la crise proprement dite. Cola nous permet enHn de nous rendre compte que les troubles qui constituent l'aura hystérique ne sont pas, en eux-mêmes et pris à part, des phénomènes spécifiques. Leur association sous une certaine forme, leur allure générale, leur durée, en font dans certains cas une cai'actéristiquc de Tattaque hystérique. Dans certains autres cas, au contraire, où ils ne se présentent plus alors exactement avec les caractères que leur a dès longtemps assignés, dans l'hystérie, M. le P Charoot, ils se rapporteront à l'accès épileptiquo.
Cela dit, revenons aux cas complexes dans lesquels l'aura hystéroide a été trouvée associée à des phénomènes d'un autre ordre.
OBSERVATIONS
Observation XXXIX.
Mer... Louise, 36 ans, couturièro.
Enfance et adolescence très misérables. Mariée à un homme buveur et joueur qui la battait.
Début à l'â^e de 2U ans. Premier accès développé à l'occaaion d'une attaque à main arniûe, suivie do vol, de la part de son mari. Accès plus souvent diurnes, se reproduisant tous les mois environ.
Aura consistant en une Rcnsution de boule montant du basventre, serrant l'estomac et s'arrêtant à la gor.?e en l'étouffant; puis en la vision terrifiante d'un homme qui se jetait sur elle. Depuis un an, l'aura n'est plus constante avant toutes les attaques. EUu manque quelquefois et souvent l'élément hallucinatoire viâucl fait défaut.
Observation XL.
Réj... Anna, 1 \ ans l/î.
Début à y ans 1/2. Accès d'abord très irrétruUers (un mois h six mois), puÎH depuis quoique temps plus fréquents (deux .crises pendant deux jours successifs, toutes les trois semaines).
Aura consistant en une sensation de oonstriction dans la région atoraac«'xle, remontant à la gorge sans l'étouffer ; puis latète se tourne à droite par saccades.
Observation XLL
Dr... Emile» 33 ans, fabricant de Heurs.
Père nerveux et violent. Mère très nerveuse, sujette h des accès d'étouffementB. Une sœur é^^alcment très nerveuse, atteinte do fureur ulcrine.
Incontinence nocturne d'urine pendant l'enfance. De i8 à tO ans. à huit ou dix mois d'intervalle, trois accès de délire hallucinatoire.
Début tardif des accès, qui sont typiques, à l'âge de 3î ans, à la suite de pertes d*argcnt. Trois accès en un an et demi.
Aura constante. Il sent quelque chose qui lui monte de Pestomac à la gorge et letouffe. Il se lève alors machinalement et se met à pivoter trois ou quatre fois sur lui-môme de gaucho à droite, les mains en l'air comme pour chercher un point d'appui.
Jusqu'ici nous avons vu l'aura hystéroldc associée à des phénomènes d'un seul ordre : d'une purt des hallucinations visuelles, d'autre part des manifestations mo-
OBSERVATIONS
trices. Dans lo cas suivant, on est en présence crune aura encore plus complexe, car on y constate, outre les phénomèneH de l'aura céphalique hystérique, des troubles visuels et moteurs et, enfin, le besoin d'aller h la garde-robe, dont nous avons déjà parlé plus haut.
Observation XLII.
Danj... Denise, 43 ans, lingèrc.
Pas d'autres antéoédents héréditaires qu'un trère mort en
bas â^n h la suite de convulsions.
Début à 17 ans par un çrand accès. Pendant tes quelques soaiaines précôdentcs, ello avait été en proie à une sorte d'impulsion qui la poussait a aUer passer ses journées à se faire éleotriser dans une baraque de foire, suivie d'une période de stupeur de plusieurs jours. Les premiers accès, pas très fréquents (deux ou trois mois), n'étaient précédés d'aucune aura. Il existe aus^i des crises de petit mal et des accès avortés où la perto de conscience n'est pas complote.
/l ura constante depuis quelques années. Elle ressent tout d'abord dos battements dans les tempes et des bourdonnements dans les oreilles. Pui.s les globes oculaires sont agités do mouvements involontaires et elle voit, surtout de l'œii gauche, de petits ylobes de feu; les yeux et la tête se tournent à gauche, les brus s'élèvent en l'air ; enfin elle perd connatasance. Il arrive souvent qu'avant l'apparition de ces phénomènes la malade est pressée d'un besoin impérieux d'allet à la garde-robe. Elle satisfait son besoin et, en revenant du xvater-closet, elle est prise des autres symptômes de l'aura et fait son accès.
Nous avons réservé pour la fin le seul cas où nous ayons observé Taura hystéroïde complote, avec les phénomènes de la boule et l'aura céphalique. On aurait pu le ranger parmi les observations d'aura Jiysléroidepure, si dans un des accès celle-ci ne s'était accompagnée de symptômes procursifs.
Obskrvation XLHI.
Lois... Céline. 38 ans. casquetUère.
Pare alcoolique. Mariée à 27 ans, elle a eu cinq enfants, dont un a eu la choréc.
Début tardif h 2^ ans, pendant sa troisième grossesse, h U
OBSBBTATfONS.
suite de la peur d'un incentliu. Accès par séries mensuelles principalcmont matinales, à Icpoquc ilcs règles.
Aura constante avant les grands accès convuUifs. Sensation do coiistricliou douloureuse du ventre et de l'estomuc, battements de cœur, boule qui monte à la gorge et rétouffo. battements dans les tempes et sifOemeats dans les oreilles. Un des accès a été précédé, outre les phénomènes ci-dessus, de symptômes procursifs. Elle s'est mise à courir follement dans la rue, sans savoir pourquoi, et s'est heurtée contre un cheval qui l'a renversée et piôtinée .
A noter encore de petits accès de délire et de nombreuses crises do petit mal, revêtant quelquefois Taspect de Tautoma^ tisme ambulatoire. Kilo s'égare alors dans les rues et une fois on l'a arrcléo, place do la Bastille, on train de se déshabiller complètement.
A la suite de cette nomenclature des cas, nous avons cru bon do placer un tableau synoptique permettant de jeter un coup d'ccîl rapide sur rcnscmblc de notre petite statistique. Il comprend non seulement les observations que nous avons décrites ci-dessus, mais encore celles où l'aura manque complètement. Les numéros d'ordre qui sont placés à la gauche de chaque nom renvoient aux numéros des observations, de 1 à 43. Les 28 autres cas, sans auras, dont les observations n'ont pas été fournies, sont numérotés de 44 à 71, en suivant Tordre alphabétique.
TABLEAU
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