CONTAGION NERVEUSE DANS L HYPNOSE
garçons. Briquet cite plusieurs exemples de ce j^enre (I). Jevous disais en comraenyantquelapremièrcmaladequc jevous ai montrée aujourd'hui avait très vraisemblablement contracté ce syndrome hystérique aucontactd'une autre hystérique affectée de la même façon. Je sais, par expérience, que dans les services ou de nombreux névropathes se trouvent en promiscuité, les bruits laryngés, soit hystériques, soit appartenant à la maladie des tics, figurent au premier rang parmi ceux qui le plus facilement se transmettent par voie de contagion. Je puis citer un cas de ma pratique où Torigino contagieuse d'un bruit laryngé hystérique n'est pas douteuse. II s'agit d'un jeune garçon russe, âgé d'une douzaine d'années, qui, présent au moment où sa mère, s'étant pris un doigt dans une porte, poussa un cri do surprise et de douleur, se mit immédiatement à proférer ce même cri; et à partir de cette époque il a continué à le proférer involontairement, pre~sque incessamment, pendantlcjour, & des intervalles à peu près égaux, s'arrètant seulement la nuit, pendant le sommeil; cela a duré plusieurs mois. Je suis en mesure, Messieurs, de vous montrer expérimentalement Tune au moins des circonstances où cette contagion nerveuse peut s'opérer dans des conditions particulièrement favorables à l'analyse. V'oici une jeune fille hystérique qui, artificiellementendormie, présente les phénomènes du grand hypnotisme avec trois états classiques. Elle vient d'être placée dans letatsomnambulique, je la fais asseoir face à face devant la nommée Bill..., qui pousse son cri rhythraé comme de plus belle: à l'état de veille, remarquez-le bien,Gr...ard a entendu maintes et maintes fois Bill..., qui vit dans la même salle qu'elle, proférer son bruit du matin au soir, sans en être particulièrement impressionnée ; mais dans l'état somnambuliquo cela sera, vousallex le constater, tout autro chose.
(Il Traité de rhystèrie, p. 31"
UËCANISUB OE l'IMITATION DANS L'UYPNOSE.
La représentation mentale d'unacte, a dit H. Spencer, c'est déjà l'acto en puissance, Tacte sous une forme affaiblie, l'acte en germe. La pensée, a dit Bain, est une parole ou un acte contenus. Gela est vrai surtout dans les ceis particuliers où cette collection d'idées aasocîéea qu'on appelle le moi est obnubilée. Or justement ce cas se présente à un Jiaut degré dans l'état somnambulique hypnotique où le jugement est affaibli, la volonté à peu près impuissante. Les idées suggérées en |»areille circonstance et en particulier les représentations mentales d'un acte se développent à Tabri de l'iniluence de la volonté» de la critique du moi et par ce fait même elles ac<iuièreiit,on le comprend, une intensité énorme, avec une tendance pour ainsi dire invincible à s'extérioriser, à se réaliser par l'acte même. Notre sujet Gr...ard, placée justement dans les conditions mcnta!<*s que nouï< venons d'indiquer, entend les bruits laryngés proférés par fiill... et, en même temps, elle se remet on mémoire par association dMdées, bien qu'elle ne la regarde pas en oe moment, les j;^rimaces que tait cette malade chaque fois qu elle pousse son cri. Ces représentations auditivt^ et visuelles acquièrent en ces conditions une puissance de réalisation en quelque sorte invincible, telles se réalisent, en effet, après une légère résistance, bientôt vaincue, du sujet, et Timitation, vous le voyez, est a peu près parfaite, Il en serait de même, ne Toubliez i>as, si notre somnambule se fût trouvée en présence, non plus d'une hystérique, mais bien d'une tiqueuse, d'une ooprolalique. Etco cas-là est bien intéressant à oonshdérer car la coprolalie, le Uo spasmodiquc, ainsi acquis par imitation hystérique, n'auront évidemment pas le même caractère, le même pronostic que ceux qui se développent spontanément, en dehors de l'hystérie. Ces dernières résisteront, hélas! le plus souvent aux traitements les mieux dirigés, tandis qu'on peut aflirmer que les tics imités, les tics de simulation hystérique, comme on pourrait les appeler, guériront facilement
UiNTAGlONNÉa,
par la mise en jeu des moyens appropriés. Il y a donc à établir ici une importante distinction nosographique et clinique sur laquelle j'appelle toute votre attention.
La démonstration dont je viens de vous rendre témoins peut se passer de longs commentaires. II est facile d'imaginer que, sans intervention d'hypnotisme, il puisse se produire dans une institution, dans un couvent, sous une influence de certaines préoccupations religieuses, ou du récit d'un événement propre à frapper fortement de jeunes esprits, un état psychique analogue à celui qui s'observe, sous une forme typique, dans le somnambulisme artiliciel. Et dans ces conditions-là, on le comprend aisément, l'apparition^ chez un des membres du groupe, d'une affection reproduisant un aboiement, un miaulement, pourra être Toccasion d'une épidémie d'imitations menaçant d'envahir le groupe tout entier. Il est clair que ladispersion, la dissémination du groui>e est le plus sûr moyen qui, en pareil cas, devra être opposé à la propagation du mal ; c'est d'ailleurs là un point sui* lequel tous les médecins s'entendent depuis longtemps d'un commun accord, et rintervention récente du mot de « suggestion », auquel on semble aujourd'hui conférer un pouvoir explicatif, mauriquc, à l'interprétation des phénomènes de ce genre, ne me semble pas avoir changé grand*chose à ce qu'on savait déjà.
Héxnianesthésie hystérique et bémianesthéales toxiques 1 .
Messieurs,
Je voudrais profiter de la présence de deux maladi pour agiter un instant devant vous les deux questions suivantes : existe-t-il une hémianesthésie saturnine, c*est-à-dire relevant directement de Tintoxication saturnine chronique? Existo-t-il une hémianesthésie alcoo* lique, c'est-à-dire appartenant en propre à la série des accidents nerveux de ralcoolisme chronique?
Vous savez, sans doute, que pour quelques médecina ces questions semblent résolues par rafûrmative. Il existerait, suivant eux, dans le saturniamo comme dans Talcoolisme, une hémianesthésie sensorielle et senritive, comparable cliniquement à celle qui constitue un des grands caractères de Thystérie, et ces hémianosthésies seraient bien et dûment des anesthésies toxiques.
Eh bien, Messieurs, un grand nombre d'exeniples du genre de ceux qui vont vous être présentés, ainsi que la critique des faits allégués parles auteurs, nous conduisent à penser, au contraire, <|ue rien n'est moins solidement établi que l'existence de ces hômianesthésies. (]o n'est pas, certes, que les anesthésies tmi-laU^ raies ne puissent se présenter combinées avec le saturnisme et l'alcoolisme, — je dirai mémo qu'elles s'y présentent
il; Lt'i.on rocucillio pai I»* D' J. Babin&ki
OBSKnVATIOV-
assez fréquemment, — mais la question est celle-ci, je le répète ; les hémianesthésies en question font-elles réellement partie de la nosographie de ces intoxications chroniques? Voilà ce dont je doute fortement, pour ne I' pas dire plus. Mais je ne veux rien préjuger et je passe k Vétudc analytique des faits.
Le premier de nos malades est un homme de 27 ans, peintre en bâtiments, du nom de Kauff...^ entré dans service le iôjuin 1886.
Sa mère, àgéo de 05 ans, aurait, par périodes de quatre à cinq jours, des crampes, des douleurs violentes dans les membres inférieurs, la nuit surtout; sa vue se serait très affaiblie; peut-êti'e s'agit-il là d'un tabès ?
Une des sœurs de notre malade, actuellement âgée de 38 ans, aurait eu, depuis Và^a de 18 ans, des attaques convulsives vraisemblablement hystériques , pendant lesquelles elle criait et se déliattaît sans jamais ni se mordre lu langue, ni avoir d'incontinence d'urine. Ces crises disparurent après qu'elle se fut mariée, à Fâge de 29 aas.
Kauff... lui-même parait bien constitué; il n'est ni syphilitique ni alcoolique ; comme affections antérieures il n'accuse (à part une maladie assez grave qu'il aurait eue vers Tâgo de 7 ans et au sujet de laquelle il nous donne peu de renseignements) qu'une fièvre typhoïde il y a 10 ans. C'est à l'âge de 15 ans 1/5 qu*il a commencé à exercer son métier de peintre en bâtiments, et il n*a jamais fait autre chose depuis. Il n'a jamais eu ni coliques de plomb, ni douleurs articulaires, ni paralysie des extenseurs, mais il présente à un haut degré la décoloration saturnine du tégument externe avec le liseré caractéristique, et, de plus, il est anémique.
Il y a dix-huit mois, sans aucun motif, un matin en se mettant au travail, il sentit tout iicoup sa jambe gauche «se plier», se contracturer, et quelque chose lui remonter vers Tabdomen et la poitrine ; il avait une «en-
OBSERVATION
siation de serrement du ventre, de constriction du cou, et des bourdonnements d^oreilles, mais pas do battements dans les tempes. Puis, au bout de quelques secondes, il poussa un cri et perdit connaissances; il serait tombé si on ne l'avait soutenu. Il resta près d'une deraî-heure immobile, comme endormi, et, au sortir do cet état, il eut la jambe gauche parésiée.
A partir de cette époque et pondant un mois environ, les attaques revinrent à peu près tous les jours, oonslituées de la même fa^'on que la premîpre : aura, partant de la jambe gauche ; j>ertc de connaissance quelques instants après; pas de mouvements violenta; cependant, parfois, le malade ne portant sur le lit que par les pieds et par la nuque prenait l'attitude dite en arc de cercle.
Mais il lui arrivait aussi d'avoir des attaques incomplètes, ressemblant à de répiicpeie partielle : la jambe gauche se raidissait, était agitée de secousses convuU sives, et c'était tout. Généralement, en pareil cas, l'attaque complète survenait quelques heures après.
Un traitement bromure et ioduré et des bains sulfureiLv amenèrent au bout de peu de temps une diminu* lion considérable du nombre de ces attaques ; elles ne surviennent plus guère que tous les quinze jours.
Le malarle se plaint, en outre, d'avoir souvent de» contractures dans le membre supérieur gauche; sa main «c fléchit quand il travaille et garde cette attitude pendant plusieurs minutes, parfois pendant quelques heures.
Depuis un an ou un an et demi il y aurait aussi un peu de tremblement des mains, surtout à gauche.
Le côté gauche, et particulièrement le membre inl**rieur, est un peu plus faible à gauche qu'à droite.
L'examen de la sensibilité révèle l'existence d'une hémianesthésie gauche totale au froid ou à la piqûre;
sensibilité profonde et le sens musculaire sont atteints tsai. La force musculaire est diminuée de ce côté.
ENCEPUALOPATUIE SATURNINE.
A 1" examen campimétrique, on constate un rétrécissement du champ visuel des deux côtés, mais surtout à droite; le malade, de ce côté-là, no voit que le rouge.
L'ouïn est atïaiblie des deux côtés, mais davantage à droite.
L'odorat et le goût sont abolis du côté droit et la sensibilité pharyngienne un peu diminuée du même côté.
On a constaté, de plus, que l'application de la bande d'Esmarch au membre supérieur gauche déterminait Tapparition de la contracture spasmodique,
L examen des organes viscéraux n'a permis de découvrir aucune lésion ; rien dans les urines. Les réllexea sont normaux.
En entendant cette description d'attaques avec chute et perte de connaissance, la première idée qui viendra peutrétre à Tesprit sera de cherchei" à rattacher ces accidents et rhémiaiiesthésie constatée sur le malade au saturnisme. En effet, Tanémie, la coloration spéciale de la peau, le liseré gingival caractéristique, établissent nettement que le malade est saturnin, malgré l'absence des manifestations vulgaires du saturnisme, telles que coliques, paralysie des extenseurs, arthralgies, etc. On sait, d'ailleurs, que les accidents cérébraux encéphalopathiques du saturnisme peuvent survenir d'emblée, sans être précédés d'autres affections que l'anémie saturnine.
Les accidents convulsifs que présente notre malade appartiennent-ils donc au saturnisme ?
Eh bien, Messieurs, la connaissance un peu profonde delà nosographie saturnine ne permet pas, je pense, de s'arrêter à cette vue.
Puisons, en effet, la description de l'encéphalopathie siiturninc aux sources les plus pures, dans Grisolle [Journal Uebdomadaire^ 1836, t. IV). C'est là que la patliologie de ces accidents a été tracée pour la pre«
EPILBPSïB SATUKKIKE.
mière fois, et de main dft maître, car on n\* a rien ajouté de bien important dfpuia, eo me semble.
Cet auteur diicrit trois formes d'encéphatopatliio saturnine; ce sont les formes délirante, comateuse t>l convulsive. La forme convulsivo, ou épilepsie satur* nine, est la plus fréquente de toutes. Les attaques de K... ne rentrent-elles pas dans cette catégorio? Je n'hésite pas à répondre nétçativement, pour les raisons que voici. Les caractères des attaques de K... ne sont pas ceux de Tépilepsie saturnine. Jamais les malades, dans ce cas, ne décrivent d'arc de cercle dans leurs mouvements, comme cela se présente parfois chez K... L*épilepsio saturnine peut être, il est vrai, constituée par des convulsions partielles affectant la face et un coté du corps, et chez K..., il y a aussi, parfois, des attaques à forme d'épilcpsie partielle ; mais, dans l'épilepsie saturnine, il n'y a jamais, ce semble, d'aura ni de conservation initiale de la connaissanoe, comme dans les attaques de K...
Contrairement à ce qu'on observe généralement dann l'épilepsie saturnine, il semble bien que chez K... U face n'a jamais participé aux convulsions. Enfin, voici un dernier argument que je crois puissant contre l'hypothèse d'épilcpsie saturnine : cette dernière affection e-Ht très grave; lorsque la terminaison fatale doit survonirp elle ne se fait pas attendre plus de 5 A 6 jours ; sinon» au bout d'un mois au plus, le malade est i^uéri, et s'il est soustrait à rinfluence du plomb, l'épilephio ne récidive pas. Or, notre malade qui a commencé à avoir dos convulsions, il y a de cela 18 mois, lit encore, et son état général est satisfaisant.
D'autre part, quoiqu'il aitsuspendu depuis longtemps ses occupations habituelles, il est encore sujet aux attaques convulsives. Si on voulait à toute fort^o mettre ces attaques sur le compte du saturnisme, il faudrait créer une forme nouvelle d'épilepsie saturnine, différente, à tous les points de vue, de l'épilepsie saturnine
ANK3THÉSIE CAPSULAinE.
slassique, d'une duroo beaucoup plus longue et aussi ^d'une gravité beaucoup moins grande ; ce qui, dans Tespèce, ne paraîtra certes pas motivé.
Quelle est donc la nature de ces attaques? Sont-elles sous la dépendance d'une lésion cérébrale?
On ne peut guère incriminer la syphilis, puisque le malade parait n'avoir jamais présenté aucune manifestation syphilitique.
Il ne pourrait être question en tout cas que d'une lésion corticale qui devrait siéger dans ou vers le lobule paracentral, puisque les mouvements convulsifs prédominent dans le membre inférieur, qui est même un peu parésié en dehors des attaques.
Mais avant de discuter cette question, occupons-nous des troubles de la sensibilité que présente le malade.
11 existe, comme nous l'avons vu plus haut, une hémianesthésio sensitivo-sensorielle offrant cette particularité, déjàplusicurs fois observée dans Thystérie, que l'anesthésie sensitive occupe le côté gauche, tandis que Tanesthésio sensorielle prédomine du côté droit. Quelle est la nature do cette ancsthcsie? Est-elle due à une lésion organique du cerveau? Cela n'est guère admissible si l'on considère le croisement des doux espèces d'anesthésie que nous venons d'indiquer. Mais supposons qu'il s'agisse ici d'une anesthésie sensitivo-sensorielle régulière. Si l'on veut la faire dépendre d'une lésion encéplialique, il faut localiser celle-ci dans la partie postérieure de la capsule interne, dans le carrefour sensitif. Or, on sait que les lésions qui provoquent l'cpilepsie partielle résident dans l'écorce, tandis que les lésions de la capsule interne, d'après les recherches de MM. G. liallet et Pitres, ne produisent pas ce genre d'éjïilepsie.
Il résulte de ce rapprochement que si Ton veut mettre les accidents convulsifs et rhémlanesthésie de notre malade sur le compte d'une seule et mémo affection — * CUARCOT, T. n. 30
ATTAQUES D HTSTÊBIE.
hypothèse La plus simple — on ne peut attribuer phénomènes à une altération ororaniquo du cerreau, moins d'admettre deux lésions dintinctes, l'une dans la capsule interne, l'autre dans l'écorce, ce qui serait bien peu vraisemblable.
Quelle est donc la nature de ces convulsions, si eiles ne sont imputables ni au saturnisme, ni à une lésion organique do Tcncéphale ?
Ceu\ d'entre vous qui sont familiarisée aveo nos études actuelles Tont déjà établi dans leur esprit; c'est de l'hystérie qu'il s'a^t. Ces attaques-là sont bysti^ riquos. Ce sont des attaques anomales, sans doul simulant répilepsie partielle jusqu'à un certain poii mais c'est une anomalie prévue, classée, décrite pï MM. Ballet et Crespin, dans leur travail sur les attaques d'iiystcrio à forme d'épilepsie partielle.
L'an dernier j*ai montré encore un cas de ce goai (Frogr. méd., 1885, t. II, p. 88), où la nature h; riquo de rnlïection ne peut faire l'ombre d'un dout<
D'ailleurs, si le fait de Tépilepsie partielle au débi est anomal, nous retrouvons Taura hystérique, ia H' !i de serrement du cou, les bourdonnement*
d s et, à un moment donné, cette attitude si
Hpéciale, si cariu^toristique, que l'on appelle l'arc de cercle. Ht si, maintenant, nous considérons les choses dauH l'ensemljle, voyez comme l'hystérie serait simpl ot facile à légitimer, sans faire intervenir aucun lice. Le malade présente des phénomènes qui tuent les Hti(<mate8 de l hystérie. En effet, on peut voiiuor chez lui la contracture artiOcielle; de plus, it A, oommo nous l'avons fait ressortir déjà plusieurs foi une hémianestiiésie sen.sitivo-sensorielle avec abolitj< do la sensibilité profonde, ce qui n'existe peutjainais à ce de^^ré dans les lésions du carrefour seiir Je crois inutile de répondre à ceux qui m'objecten; qu'il s'ajïit ici dun homme ot que l'hystérie est cxccjh tionnolle dans le sexe masculin. On sait, en elïct.
HTSTSBO8AT0R NTSMB .
actuellement, d'une façon péreniptoire, que Ihystérie est chez l homme beaucoup plus fréquente qu'on ne Tavait supposé.
Mais il y a encore une hypothèse que l'on pourrait émettre. On pourrait dire que les convulsions dépendent de Thystérie et que l'anesthésie doit être mise sur le compte du saturnisme -, car, outre les troubles de la sensibilité décrits par Beau et Manouvrier, et consistant en plaques d'anesthésie disséminées, il existerait quelquefois dans le saturnisme une hémianesthésio sea- [sitivo-sensorielle, en tout semblable à l'hémianesthésie hystérique. M. Raymond, en 1874^ signala cette variété d'ancsthésie chez les saturnins et chercha à établir f'entrcellc et le saturnisme une relation de couse à effet. Des observations analogues à celles de ilaymond furent publiées depuis par Anassicff, élève de I-tasègue, en 1878, piïr Hunot, Ilcment et quelques autres. Cette hémianesthésio présentant, d'après les descriptions de oes auteurs, exactement les mômes caractères que Thémiancsthésie hystérique, la nature do Thémianesthésie, dans un cas ilonné, ne peut, en général, être étîdjiie que par la considération des symptômes concomilanta. Or, dans le cas présent, le malade étant en même temps liystérique et sîitxirnin, il me semble beaucoup plus loî^ique de rattacher l'anesthésie à l'hystérie qu'au saturnisme ; car Texistence de l'hémianesUiésie hystérique osl établie sur des milliers d'observations, tandis que l'hémiancsthésie saturnine, si tant est qu elle tîxiste, est, relativement à la précédente, vraiment exceptionnelle.
Le saturnisme a-t-il ]>ourtant joué un rôle dans la production des troubles nerveux que présente noti^ malade? Cela me parait vraisemblable.
Je pense que, chez un sujet prédisposé, l'hystérie peut être mise en jeu par le développement de l'intoïrication saturnine.
Ne savons-nous pas, on effet, qu'il en est ainsi pour
SATORNISUB ET HYSTÉRIE.
d*autres affections vis-à-via du saturnisme, pour U goutte par exemple? La goutte, en réalité, dans ces cas, n'est pas une alïection saturnine au même titre que la paralysie et les coliques, mais le saturnisme détcrraine un trouble do nutrition qui, chez tels sujets prédisposc-s héréditairement ou par constitution, fait éclater la goulle ; ajoutons que la .içoutte, affection arthritique par excellence, et Thystérie, membre important de la grande famille neuropathologique, sont deux arfcction>f qui coïncident assez souvent chez un même sujet.
Donc, dans notre cas particulier, c'est de l'hystérie qu'il s'agît. L'appcllcrons-nous saturnine? Oui, si vous voulez seulement rappeler l'iniluence do la cause occasionnelle; ce sera alors une expression prise dans un sens analogue à celle d'ataxie syphilitique, de choroe rhumatismale.
J*aimerais mieux dire hystérie chez un saturnin, ataxie chez un syphilitique, chorée chez un rhuma* tisant.
Cela étant bien établi, si nous jetons un coup d'œil sur les observations d'hémiplégie avec anesthésie saturnine publiées dans ces dernières années et sur WquoUes repose Texistence, en nosotrraphie, de l'hémianesthésie cérébrale saturnine, j'en viens à me demander si la plupart de ces observations, pour ne p&s dire plus, ne se prêtent pas à Tinterprétation que j'ai donnée de mon cas ?
Ne s'agiraitil pas, alors, je le répète, le plus souvent d'hystérie ?
Eh bien, je vois, en examinant ces observations, des hémiplégies affectant le mémo côté que les hémianesthésieset dans lesquelles il n'y a pas participation delà face (caractère, vous le savez, que l'on retrouve dans les hémiplégies hystériques); je vois encore des attaques oonvulsives ou comateuses, parfois accompagnées de perte des urines (ce qui n'est pas absolument contraire à ridée d'hystéro-épilepsio), mais n'étant jamais mor-
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AHTHR1TI8UE ET NÈVROPATHtB.
telles et s'établissant parfois, en quelque sorte, à titre de maladie habituelle. Je relève enfin des hémianesthêsies ne différant en rien de Thémianesthésie hystérique, modifiées parfois par l'application de l'aimant, avec transfert ; en un mot, tellement semblables à celles de rhystérie que, lorsqu'elles existent isolées, le seul argument sérieux, en apparence, des auteurs ijui plaident pour leur origine saturnine est qu'il s'agit de l'homme! Eli bien, aujourd'hui, ce n'est pas là un argument ; et nous savons qu'il y a des hommes de trente. quarante, cinquante ans, qui sont hystériques, même dans la classe ouvrière.
La conclusion que je tire de tout ce qui précède, la voici. A la question : existe-t-il une hémianesthésie saurnine? je répondrai : un certain nombre de cas d'hémiancsthésies qui ont reçu ce nom relèvent de l'hystérie (i) ; la chose est certaine pour plusieurs cas et il est probable qu'il en est de même pour tous les autres, bien que ce ne soit pas absolument démontré.
C'est donc une question à reprendre en se plaçant au oint do vue que je viens d'indiquer.
Un autre fait important parait se dégager de notre étude, c'est que, en raison du nombre des cas où il existe de l'hémianesthésie dans le saturnisme, il semble établi (jue l'intoxication saturnine provoque le développement de rhystérie, au même titre que celui de la goutte ; le rapprochement n'est pas sans intérêt quand on songe, je le répète, que la famille névropathique à laquelle appartient l'hystérie, et la famille arthritique dont fait partie la goutte, ont entre elles d'étroites relations.
Avant de terminer, je crois qu'il ne sera pas sans
(1) M. Debovo a plubicurs fois reconnu la nature hystérique de rhémiftnosthésie obscrvi^e chez des sujets saturnins. Tout récemment, un C'iève de M. Dcbove, M. Achard, a signalé le mCroe fait dans son mémoire sur l'apoplexie hystérique [Archives de Médecine, 1887).
OBSBRVATIOM ANXIBNNE.
intérêt do rapporter ici une observation que j'ai recueillie, il y a plus de trente ans, et qui m'avait alors beaucoup préoccupa.
Il s*a^t d'un saturnin qui avait des attaques convulsives et do rhémiauesthésie. J'avoue qu'à cette époque je ne savais f^ uèrc comment interpréter ces phénomènes. Aujourd'hui, jo suis convaincu qu'il s^agit là, comme aujourd'liui, do l'hystérie chez un saturnin. Cette observation il dV'troitos relations avec celle de Kauf... La voici à peu très telle qu'elle a été recueillie :
« J'ai observé, le 4 août 1854, service de M. Cniveilhier, à la Charité, un homme d'une quarantaine d'années, peintre en bâtiments depuis son enfance. Cet homme a déjà eu la colique de plomb, il y a un an envi^ ron, mais il en a été complètement iruéri. Cette première attaque ne s'est d'ailleurs accompagnée d'aucun autre phénomène saturnin.
Il y a 5 semaines, ce malade a été pris de nouveau d'un accès do colique. Il était alors employé au jrrattagedes maisons de Paris. Pendant un niois, à partir du début de l'attaque, il n'a pas discontinué son travail ; il con^battait sa maladie par des purgatifs qu'il s'administrait de son chef. Cependant le mal no iit qu*empirer, et il lui fallut se rendre à l'hôpital où il «ntra il y a 15 joui*s. A optte époque rafffctioii saturnine ne se traduisait que par une colique bien dessinée qui fut combattue avec succès par des purgatifs et qui cessa complètement au bout de 10 joui-s.
Il y a 0 jours, le malade se croyait complètoineiil guéri, il mangeait et se promenait dans les salles, Iors(pic, sans cause connue, il éprouva un malin un sentiment de fatitcue et d'abattement extraordinaire; ce jour-là, il garda le lit, son sommeil fut interrompu et agité. Le lendemain matin, c'est-à-dire ily a fi jours, il 86 trouvait mieux et se leva; il se promenait dans les salles Iorsc[u*il se sentit tout à coup frappé d'hémiplégie du côté droit ; on fut obligé de le porter dans son Ht
OBSBHTATION ANCIENNE,
L*altaque a été subite, cependant le malade assure qu^il n'a ôprouvé ni étourdissement, ni vertige, ni surtout do perte de connaissance ; seulement, dés cette époque, le bras et la jambe droits devinrent insensibles, presque complètement incapables de mouvements.
L'œil droit fut frappé à'amauro9ù incomplète (amautose hystérique). Le côté droit do la face devint insensible (sans déviation de la bouche). La parole s'embarrassa quelque peu et le malade remarqua lui-même qu'il bégayait en parlant (mutisme hystérique). Tout se borna là, et, le lendemain, le malade put se lever; il put même marcher un peu» malgré la faiblesse du côté droit du corps, et malgré une sorte de tremblement chronique, de danse, comme dit le malade, occupant lo côté droit ilu corps (tremblement hystérique). II y a à noter que les fonctions intellectuelles ont été bien peu altérées pendant tout ce temps-là. Le trouble de ces fonctions s'est borné à un sentiment de vague assez léger qui u précédé et suivi l'attaque hémiplégique. Il y a deux jours, de nouveaux accidents se sont manifestés, au moins aussi singuliers et aussi exceptionnels que les premiers. Le malade était, le matin, assis près de son lit, lorsqu'il fut pris tout à coup de convulsions générales^ mais manifestes surtout du côté droit du corps, c'est-à-dire du côté paralysé (attaque hystérique à forme d'épilepsie partielle). Lo malade fut renversé, et il fallut le replacer dans son lit, où les con\'ulsions persistèrent encore pendant quelque temps. Il fallut même Vaidede, plusieurs inpnniers pour maintonir au lit le malade qui assure que, pendant tout oe temps, il ne perdit pas connaissance. Le malade nous a assuré (piMl n*a pas eu d'écume à la bouche, que les membres étaient dans l'extension plutôt que dans la flexion, que le côté droit du corps était principalement le siège des convulsions. Cette attaque convulsive ne s'est pas reproduite depuis, et, lorsqu'elle eut cessé,
ANE&THÉSIE ALCOOLIQUE.
tout rentra dans l'ordre et le malade se trouva dans l'é* tat où il était un instant auparavant et où il se trouve encore aujourd'hui : cachexie saturnine bien prononcée, couleur jaunâtre spéciale des téguments, mais pas d*içtère ; hémiplégie incomplète du côté droit, sans trace d*a[rophie. Il y a faiblesse de tout le côté et diminution de la sensibilité aux membres comme à la Tace ; pas de douleurs dans le trajet des membres ; a7nauro«e incoivplète de l'œil droit (probablement on eût trouvé là un rétrécissement concentrique très prononcé du champ visuel) ; intelligence très nette ; un peu de bégaiement; il ne parait pas y avoir le moindre embarms dans les idées. Liseré bleu des gencives extrêmement prononcé. Le malade peut fermer la main avec un certain degré d'énergie, mais il ne peut pas retendre. »
Voici donc rexistcnce de rhémianeslhésie saturnine mise en doute, J^avoue, Messieurs, avoir une grande propension à en faire autant, d'après ce que j'ai vu, de rhémianesthésie alcoolique. C*est depuis une dizaine d'années, à la suite du ti-avail d'un excellent observateur, M. Magnan, que l'on parle d'une liémianesthésie alcoolique présentant tous les caractères de Thémiancsthésie cérébrale par lésion du carrefour sensitîf, et de rhémianesthé,sio hystérique.
Eh bien, je me demande aussi, Messieurs, si cette hémianesthésie prétendue alcoolique ne serait pas tout simplement une anesthésïo hystérique combinée avec l'alcoolisme?
La plupart des faits que j'ai lus me paraissent se prêter à cette interprétation, et je puis aujourd'hui vous présenter un cas qui me semble plaider fortement en faveur de l'opinion que j'avance.
Che..., 33 ans, en traitement dans le service dcpuiê un an.
Antécédents héréditaires, — Père violent, joueur;
OBSERVATION
la mère aurait eu des attaques convutsives avec crises do sutTocation. « Elle cassait tout dans ses attaques, »
Un oncle paternel vraisemblablement ataxique. (Il avait des accès de douleurs vives, lançait ses jamlies en marchant.)
Antécédents personnels. — Le malade lui-raeme aurait eu des convulsions dans son enfance.
A 17 ans, pendant la guerre, il s'est engagé et a été fait prisonnier. Il a passé quelques mois dans les ambulances allemandes, et c'est là qu'il s'est mis à boire de Teau-de-vie. Infirmier ensuite au Val-de-Grâce et au Gros-Caillou, il a continué à s'adonner aux boissons alcooliques. Depuis quatre à cinq ans, il a et»'» garçon d'amphithéâtre à Rouen et aux Quatre-Mares, et il est arrivé à prendre par semaine cinq litres d'eau-dir-vie ou d'alcool. En conséquence, des accidents d'alcoolisme se sont montrés, consistant en tremblement des mains, cauciiemars où le malade revoit des épisodes de la cam» pagne, Irayeurs, crampes douloureuses, etc.
Il y a deux ans environ, quinze jours après un incendie dont il avait été témoin, il eut une première attaque convulsive pendant laquelle il tomba de son lit, et qui fut suivie d'iiéraiplégie tlroite. Bientôt après, nouvelle attaque : l'hémiplégie disparait, mais il survient du mutisme. Le malade dit ne pas avoir de souvenir de ces premières attaques, mais depuis il a eu fréquemment des attaques régulières, avec aura partant de l'aine droite, céphalalgie, constriction du cou, convulsions toniques, puis mouvements do salutation, arc de cercle, enfin attitudes passionnelles avec délire et hallucinations (toujours relatives à divers épisodes de la guerre).
Ces attaques durent à peu près une heure et demie. Le malade en a eu par mois jusqu'à 19« et maintenant il en a de 8 à 10. Le malade présente de plus du tremblement prédominant du coté droit et ayant les caractères du tremblement hystérique; il présente les carac-
HVSTERO-ALÇaOLtSME.
tères de la diathèse de contracture (contracture provoquée). Enfin il existe chez lui une hémianesthési© droite sensitivo-sensorielle avec rétrécis-sement trea prononcé du champ visiieL Cette hémianesthésie oslj complète ot très profonde; il y a abolition de la sensibilité superficielle et de la sensibilité profonde, et il y a perte absolue du sens musculaire* 1
Voilà donc un bel exemple d^hy^stêrie chez Uïi alcoolique. La prédisposition nerveuse existe à un haut dcgrâ : père violent, onole vraisombiablement ataxique, mère hystérique j le malade lui-même atteint: de convulsions dans Tenfance. Le rôle de lalcoolismen a été de provoquer le développement de l'affection, jncore a-t il tallu l'intervention d'une autre cause occa- Fidonnelle — Tincendie — pour que les accidents apparusîient.
8i Ton a danâ rcsprit Tidée, comme c^était le cas il a dix anSj que T hystérie n'existe pour ainsi dire pî uhcx rhomme, on attribuera à peu prêts in\inciblemoal tous ces phénomènes à ralcoolisme, L'hémianesthésie! sera alcoolique, et quant aux crises, on les rapportera probabl'îment à l'épilepsie alcoolique. Il est inutile de iaire ressortir combien, dans le cas présent, une semblable interprétation serait erronée.
En résumé, Messieurs, je crois qu'un bon nombre des observations d'hémianesthésie alcoolique avec ou sans hémichorée (car il y a parfois tremblement unilatéral) citées par les auteurs, sont des obser^'ations d'hystérie chez des alcooliques. Nous sommes ainsi conduits à poser la question que voici : « Exi.ste-t-il une hémianesthésie alcoolique ? «> et à y répondre ain^i qu'il Buit ; « Cela n*cst pas encore démontré* »