AGE DES ENFANTS
Malades \
du tube digestif.
Atteints par j d’autres maladies. f
Envoyés dans les villages.
Décédés. ]
Enfants malades ' du tube digestif.
Enfants 1
atteints d’autres I maladies. \
rz o to • «
Èi
Décédés.
De 1093 enfants de
2 jours à 27 jours.
De 199 enfants de
27 jours à 1 mois 4 jours.
fi
De 278 enfants de
1 mois 4 jours à 5 mois.
TRAITEMENT
des observateurs, regardait l’évolution des dents comme exerçant une influence considérable sur la santé et, en particulier, sur les fonctions du tube digestif, attendait, pour effectuer le sevrage, que la sortie des canines, de toutes la plus laborieuse, fut complètement effectuée. Sans tenir compte de l’âge, il exigeait donc seize dents.
Je ne puis me ranger à cette manière de voir, et j'estime que c’est bien plutôt l’âge que l’état de la dentition qu’il faut consulter. Aussi, lorsqu’un enfant a été graduellement habitué à prendre les aliments que je vous ai précédemment indiqués et qu’il les digère bien, je conseille le sevrage entre 12 et 15 mois.
D’ailleurs, je ne vois aucun inconvénient à suivre un second précepte de Trousseau, qui conseillait de ne sevrer que lorsqu’un même groupe dentaire était complet.
Après vous avoir parlé de Y allaitement naturel , c’est-àdire de celui qui se fait exclusivement au sein, et de Y allaitement mixte , dans lequel la ration insuffisante fournie par la mère ou la nourrice est complétée par un autre lait, il me reste à vous dire quelques mots de Y allaitement artificiel. Vous n’y aurez recours que dans des cas extrêmes ; par exemple, lorsque le lait de la mère faisant défaut, vous ne pourrez vous procurer une nourrice, ou bien encore lorsque l’enfant sera syphilitique.
Il y a deux manières de le pratiquer. L’une, qui ne peut être employée que dans des conditions exceptionnelles et qui partant est peu usitée, bien qu’elle soit recommandable, consiste à remplacer le sein de la mère par la tétine d’une chèvre, qui, mieux que tout autre animal, se prête à ces exigences. Le lait, passant ainsi directement de ses résevoirs naturels dans la bouche et dans l’estomac de l’enfant, ne
De l’allaitement artificiel.
TRAITEMENT
perd pas sa température normale et n’est pas altéré par le contact de l’air ou d’autres corps étrangers, ce qui rend sa digestion plus facile.
La seconde méthode, de beaucoup la plus usitée, consiste dans l’emploi du biberon ou d’un autre vase. Il faut, en principe, considérer ce mode d’allaitement comme trèsfâcheux, et c’est à son emploi qu’est due pour une part considérable la mortalité qui sévit sur les enfants des hospices, des crèches, et même sur un grand nombre de ceux que des nourrices mercenaires, mal surveillées, alimentent de la sorte, au lieu de leur donner le sein. Cependant, je dois reconnaître que si l’iisage du biberon est en général mal toléré dans les grands centres d’habitation et surtout dans les maisons hospitalières, il donne souvent de bons résultats à la campagne, quand il est administré avec beaucoup de soin.
Le premier et le plus grave des inconvénients de l’allaitement artificiel, vous le comprenez bien, consiste dans la substitution au lait de la femme de celui d’un animal, qui n’arrive dans l’estomac de l’enfant qu’après avoir subi une série de manipulations toujours fâcheuses. Mais ce n’est pas seulement par là que le manque de la nourrice se fait sentir, si l’on ne la remplace pas par une femme uniquement affectée au service de l’enfant. C’est elle, en effet, qui le porte, qui varie ses attitudes, qui le change, le baigne, qui l’anime de mille façons. Or toutes ces conditions de santé, je pourrais dire de vie, font défaut à celui que l’on élève au biberon; car aussitôt après ses repas on l’installe dans son berceau, où il fait des séjours beaucoup trop longs. L’immobilité qu’il y trouve, et qui finit par lui plaire, est très-préjudiciable à sa santé.
L’usage du biberon exige certaines précautions. Il importe
lail
Mélliodes dV valuation.
TRAITEMENT. '«31
surtout que les repas ne soient pas trop copieux. Quand l’enfant telte, il est rare qu’il absorbe trop de lait; car la peine qu’il prend à le tirer est une sorte de frein à son appétit et de digue à l’exubérance de la sécrétion. Au contraire, le lait du biberon arrive sans effort dans la bouche et est pris souvent en excès. En outre, il se coagule plus facilement que le lait de femme et forme dans l’estomac une masse solide, dont la digestion, très-laborieuse, jette l’enfant dans 1 abatte- Ratiüll d(. ment et la torpeur. Il est donc nécessaire de déterminer la quantité de lait qui peut être donnée sans inconvénient à chaque repas et de ne pas la dépasser (a).
Il y a deux manières d’arriver à ce résultat : l’une consiste à prendre pour base d’appréciation l’allaitement par le sein, et à fixer, d’après la quantité de lait -maternel que prend un enfant, la dose correspondante de lait de vache que l’on doit donner, en tenant compte, bien entendu, des différences qui existent entre ces deux sortes de lait; — dans l’autre, on mesure directement le lait pris par des enfants élevés au biberon.
Le premier procédé a été mis le plus habituellement en usage. Vous n’exigerez pas que je passe' en revue tout ce quia été dit là-dessus ; il me semble suffisant de vous indiquer les résultats les plus connus, et surtout ceux que des observations rigoureuses rendent dignes de confiance.
C’est par des pesées faites à l’aide d’une balance que l’on arrive le plus sûrement à déterminer la quantité de lait que prend un enfant à la mamelle, soit à chaque tétée, soit dans les’vingt-cjuatre heures. A Natalis Guillot (b) l’on doit d’avoir introduit ce mode d’expérimentation dans la pratique, et
(a) Voyez mon Rapport sur V allaitement artificiel dans les hôpitaux et hospices, fait à la Société médicale des hôpitaux, au nom d'une commission composée de MM. Lahric, Parrot et Siredey { Union médicale, 21 février 1874).
{b) N. Guillot, De la nourrice et du nourrisson (Union méd., 1852, p. 61).
TRAITEMENT
les conclusions auxquelles il est arrivé sont d’autant plus clignes d’être examinées qu’on les a citées partout et que plusieurs médecins les considèrent encore aujourd’hui comme très-exactes. — cc Je ne crois pas exagérer, dit l’auteur que je cite, en avançant qu’il y a des enfants qui prennent, à la fin du premier mois, 2 kilogrammes de lait par jour, et qui s’accroissent régulièrement, dans la période diurne, de plus de 50 grammes; » et, plus loin, il ajoute : « que, pour un enfant sain, la quantité de lait que doit fournir la nourrice doit être supérieure à 1000 grammes ».
Cette évaluation est manifestement exagérée. Pour s’en convaincre, il suffit de considérer comment opérait Natalis Guillot. Il disait qu’un1 enfant fait de 20 à 30 tétées par jour, soit, en moyenne, 25; — et, pour savoir la quantité de lait qu’il prend dans une période diurne, il multipliait par ce chiffre 25 le poids d’une tétée, trouvé d’ailleurs trèsaisément en pratiquant deux pesées : l’une, immédiatement avant la mise au. sein; l’autre, aussitôt après la fin du repas. C’est en procédant de la sorte qu’il est arrivé à admettre qu’un enfant prend :
A 2 jours 675 grammes de lait.
On saisit sans peine ce qu’il y a de vicieux dans ce procédé, — et d’où vient l’erreur commise. Et d’abord, au lieu de prendre le poids d’une seule tétée, Natalis Guillot aurait dù, comme on l’a fait depuis, les peser toutes; car on sait, lorsqu’elles sont très-nombreuses, combien grande est leur inégalité. Ensuite, il est impossible d’admettre le chiffre de 25 comme représentant le nombre des tétées faites, même par
TRAITEMENT
un très-jeune enfant ; en estimant, dès le second jour, chacune d’elles à 25 grammes. Comme nous allons le voir tout à l’heure, ces chiffres sont beaucoup trop élevés. Mais, ceci dit, il faut savoir gré au médecin qui nous les a fait connaître d’avoir préconisé une méthode qui , perfectionnée par ses 1 successeurs, les a conduits à des résultats d’une remarquable exactitude.
C’est dans la thèse inaugurale de M. le docteur Bouchaud, ancien interne de la Maternité, publiée en 1864, et à laquelle j’ai déjà fait de nombreux emprunts, que l’on trouve les renseignements les plus précis sur le sujet qui nous occupe. Les précautions dont il s’est entouré, le nombre de ses expériences, doivent les faire considérer comme l’expression la plus rapprochée de la vérité.
Il a fait, pour les divers sujets mis en observation, les pesées de toutes les tétées, dont le nombre, contrairement à ce que supposait Natalis Guillot, était, pour vingt-quatre heures, de 8 à 10 seulement. En procédant de la sorte, il a établi que le poids de ces tétées était, en général, pendant les quatre premiers jours, de 3, 15, 40 et 55 grammes; pendant le deuxième mois, de 70 grammes; pendant le quatrième, de 100 grammes; pendant le sixième, de 120 grammes; et dans les suivants, de 150 grammes. En additionnant toutes les tétées faites dans une période diurne, il a donné les chiffres suivants, comme représentant la moyenne de la quantité de lait, prise en vingt-quatre heures, par un enfant, depuis la
naissance jusqu’à neuf mois.
Premier jour
30 grammes
Deuxième jour
Troisième jour
Quatrième jour
Après le premier mois. . .
PAÎIROT.
TRAITEMENT
Après le troisième mois. . . 750 grammes.
Après le quatrième mois. . 850 —
Et de six à neuf mois.. . ! 950 —
Ces chiffres sont beaucoup moins élevés que ceux donnés par Natalis Guillot. Je les accepte complètement, après en avoir contrôlé l’exactitude par des expériences qui me sont propres.
En les prenant comme un point de repère très-sûr, M. Jacqucmier a cherché à déterminer la ration de lait de vache nécessaire à un enfant soumis à l’allaitement artificiel. Il fait observer que ce dernier lait contient beaucoup plus de caséine, de beurre et de sels que celui de femme, mais qu’il est moins riche en sucre et en eau; et il admet qu’en l’étendant de 1/3 de ce liquide, et en ayant soin d’y ajouter 1/25 de son poids de sucre, on arrive à imiter approximativement le lait de femme (1).
(1) Suivant M. Ph Biedert («), la caséine pure du lait de femme diffère essentiellement de celle du lait de vache ; mais, lorsqu’on ajoute à celui-ci quelques gouttes d’une solution alcaline, sa caséine tend à se rapprocher de celle du premier. — D’un autre côté, quand on traite le lait de femme par une solution faible d’acide lactique, sa caséine se transforme en une modification acide et insoluble, qui présente une grande analogie avec la caséine ordinaire du lait de vache.
L’auteur, ayant fait des digestions artificielles comparatives, a vu que le suc gastrique du veau (et probablement celui de l’enfant) détermine,
dans le lait de vache, des caillots plus complets, plus durs, que dans le lait de femme, et moins solubles que ceux de ce dernier. — La caséine de vache est donc moins facilement digérée que celle de femme.
Le lait de vache contient 4 p. 100 de caséine, tandis qu’il n’y en a que 2 p. 100 dans celui de la femme (Biedert); si l’on admet que la digestibilité de la caséine de vache est moitié moindre que celle de la caséine de femme, dans le lait qu’on donnera à un nourrisson, on n’en devra laisser que 1 p. 100.
Voici, d’après cela, le mélange que recommande M. Biedert, comme se
(a) Biedert, Arch. fur pathol. Anat.und Phys., t. LX, p. 353 et 379, et Revue des sciences médicales, t. IV, p. 506, 1874.
TRAITEMENT
D’après cela, j’ai dressé le tableau suivant, qui représente en poids la quantité de lait de vache nécessaire à l’alimentation d’un enfant, depuis la naissance jusqu’à neuf mois.
Premier jour
20 grammes.
Deuxième jour
Troisième jour
Quatrième jour
Après le premier mois. . .
Après le troisième mois.. .
Après le quatrième mois. .
De six à neuf mois
Bien que, rigoureusement, ces
données fussent
santés, j’ai cru devoir les contrôler par la détermination directe de la quantité de lait que prend un enfant élevé au biberon, en opérant comme M. Bouchaud l’avait fait pour ceux élevés au sein. — Douze enfants, de différents âges et choisis parmi les plus robustes, ont été mis en expérience à la crèche de cet hospice. On les a nourris exclusivement au lait de vache pur, qu’ils prenaient six fois dans vingt-quatre heures, et on les a pesés immédiatement avant et après le
repas. Voici les chiffres obtenus de la sorte :
Premier jour, un enfant !67gram.
Deuxième jour, trois enfants (moyenne). 148 — Troisième jour, id. 179 —
Quatrième jour, deux enfants (moyenne) . 238 —
rapprochant le plus du lait de femme : Don lait non écrémé.. . 1/4 de litre.
Eau 3/4 —
Sucre 15 grain.
11 contient pour 100 parties :
1 de caséine 2,6 de beurre 3,8 de sucre de lait.
.le ne puis partager la manière de voir de M. Biedert. J’estime que, dans le plus grand nombre des cas, le lait de vache doit être donné pur, et que, lorsqu’on le coupe, l’eau ne doit entrer dans le mélange que pour un-tiers.
TRAITEMENT
Cinquième jour, deux enfants (moyenne). 222gram.
Onzième jour,
id.
Premier mois,
id.
Deux mois,
id.
Six mois,
id.
En comparant ce tableau au précédent, on constate qu’ils diffèrent parle détail, mais que, dans l’ensemble, ils présentent une grande ressemblance ; ce qui est le point essentiel pour le but que je me propose.
Ainsi, comme moyenne du lait pris dans le mois qui suit la naissance, on trouve : dans l’un, 198 grammes par jour, et, dans l’autre, 196 grammes; soit, en nombre rond, 400 grammes.
Dans le deuxième mois, le premier tableau dit 434, et le second 400 ; et, dans le sixième mois, le premier 634 et le second 708 grammes.
Si nous remarquons que le chiffre de 200 grammes, qui répond à la moyenne des premiers jours du premier mois, doit être un peu faible pour les derniers jours ; que celui de 400 grammes, très-suffisant pour les deuxième et troisième mois, ne saurait l’être pour les quatrième et cinquième, je crois devoir établir que :
300 grammes pour le premier mois ;
600 grammes pour les deuxième, troisième, quatrième et cinquième;
800 grammes pour le sixième ; représentent, dans tous les cas, une quantité de lait quisuffil à nourrir les enfants élevés au biberon, à lacondition expresse que ce lait soit pur et de bonne qualité, et que, si l’on vient à le couper suivant le conseil de beaucoup de praticiens, il soit additionné d’une quantité de sucre, qui sera de :
30 grammes pour le premier mois ;
TRAITEMENT. 4<i/
40 grammes pour les quatre suivants ;
50 grammes pour les autres, h partir du sixième.
A mon avis, il esl toujours préférable de donner le lait pur. A partir du sixième mois, on augmentera la ration de 150 à : 200 grammes par mois, ou bien, ce qui sera préférable, on introduira dans l’alimentation les bouillies et les potages, comme je l’ai précédemment indiqué.
Si, au lieu de lait de vache, on se sert du lait de chèvre, bien qu’il contienne plus de caséine et de beurre que le lait de femme, l’expérience a appris qu’on devait le donner cà peu ! près à la même dose que ce dernier (1).
J’arrive au traitement proprement dit de l’Athrepsie.
La diarrhée jaune ou verte, qui ouvre la marche des accidents, est si fréquente chez les nouveau-nés; elle disparaît si facilement et si vite, que l’on demande rarement au médecin d’intervenir. Lorsqu’il est appelé, il ne doit pas hésiter à la combattre, parce qu’elle a l’inconvénient d’affaiblir le malade ; et que parfois il suffit de quelques jours, et même de quelques heures, pour qu’elle détermine un état très-grave.
Les conditions dans lesquelles se présentent les malades ne sont pas toujours les mêmes, et il est bon d’examiner les différents aspects de l’affection gastro-intestinale. — Suppo-
(1) Le lait de femme a la densité i; suivante :
Minimum. 1025,61 Maximum. 1046,58
Voici, d’après M. Régnault, sa
composition moyenne :
Eau 38,6
Caséum et sels insolubles. .... 3,9
Beurre 2,6
Sucre de lait e! sels solubles.. 4,9
Le tableau suivant montre la composition des différents laits qui servent le plus souvent à l’alimentation des enfants :
Vache. Anesse. Chèvre. Femme.
Eau 87,4 90,5 82,0 88,6
Beurre 4,0 1,4 4,5 2,6
Sucre de lait. 5,0 6,4 4,5 4,9
Caséum 3,6 1,7 9,8 3,9
| moyenne 1032.
Traitement de l’Athrepsie.
TRAITEMENT
sons que l’enfant soit soumis à l’allaitement naturel. Si, après avoir examiné la nourrice, vous la trouvez dans de bonnes con- | ditions ; si vous supposez qu’un refroidissement a pu être la cause des troubles digestifs, hypothèse à laquelle l’existence d’un léger coryza ou d’un peu de toux donnera une grande probabilité; vous vous contenterez de faire tenir le petit malade à la chambre, en recommandant qu’on diminue la dose f de chaque repas, et qu’on maintienne sur le ventre des corps * chauds ou très-légèrement rubéfiants. Si, malgré ces soins, la diarrhée persiste, vous ferez prendre 6 ou 8 fois dans les \ vingt-quatre heures, avant les tétées, une cuillerée à café de • la mixture suivante :
Sirop de grande consolide, ou sirop de coings 100 grain.
Sous-azotate de bismuth 2 —
Dans le cas de diarrhée verte, la formule précédente sera modifiée ainsi :
Sirop de grande consolide ) KA
1 G aa 50 grammes.
Eau de chaux )
Sous-azotate de bismuth 3 —
Lorsqu’il y a de l’agitation, avec ou sans fièvre, et du dégoût pour le lait, il est bon de faire précéder l’usage de la mixture astringente par l’administration d’un vomitif, si la langue est chargée; et d’un purgatif, si les matières fécales r sont muqueuses. Dans le premier cas, vous donnerez de 5 a 10 grammes de sirop d’ipécacuanha ; et, dans le second, 5
grammes d’huile de ricin.
Vous aurez beaucoup plus difficilement raison du mal, lorsqu’il prend sa source dans un vice de l’alimentation. Au lieu d’éclater brusquement, comme dans les cas où il est dû
au froid, il apparaît d’une manière plus lente, plus insidieuse; mais, en général, la diarrhée et les vomissements sont infiniment plus tenaces.
TRAITEMENT
Si l’allaitement est mixte, vous réduirez l’enfant au sein, en conseillant les médicaments que je viens de vous indiquer.
La persistance des désordres et a fortiori leur aggravation, en dépit de l’emploi des moyens que je viens de vous indiquer, surtout si la nourrice vous paraît insuffisante, — ou si, par une observation attentive, vous avez acquis la conviction que son lait ne convient pas à l’enfant, — devront vous engager à la changer.
En tout cela, vous ne mettrez pas de précipitation ; vous observerez avec le sang-froid de celui qui est sur son terrain, sans vous laisser troubler par l’agitation qui se fera autour de vous. Vous éviterez les fausses manœuvres; mais votre dé- • oision prise, vous n’hésiterez pas à l’exécuter, car quelques heures perdues suffisent souvent à compromettre la vie du malade.
Que vous ayez changé ou non la nourrice, si le mal s’aggrave, vous devez intervenir d’une manière encore plus active, mais en tenant compte de l’allure du mal.
Supposons le cas le plus redoutable : celui d’une marche Athrepsie très-rapide et même foudroyante, où le mal mérite la qualification (ï Athrepsie aiguë. Avant tout, il faut rétablir la tolérance du tube digestif, si profondément compromise, réparer les pertes liquides et rappeler la chaleur à la périphérie. Vous chercherez à obtenir ces résultats; et vous les atteindrez assez souvent, à l’aide des moyens suivants. —
Toutes les dix minutes, tous les quarts d’heure, vous ferez prendre alternativement une cuillerée à café de deux boissons glacées préparées, l’une avec :
Eau sucrée 200 grammes.
Cognac vieux 10 —
l’autre avec du bouillon de bœuf frais, fait sans légumes,
•t-W> TRAITEMENT.
absolument privé de graisse, très-légèremeni salé; et la quantité d’eau ordinaire.
Deux ou trois fois dans la journée, pendant cinq minutes, l’enfant sera maintenu dans un bain d’eau à 35 degrés centigrades, à laquelle on aura ajouté, par 25 litres, de 50 à 60 grammes de farine de moutarde, mélangée directement; ou bien, comme le conseille Trousseau, enveloppée dans un nouet de grosse toile; en la malaxant dans l’eau, on en extraira le principe irritant. Au sortir du bain, on séchera rapidement l’enfant à l’aide de linges fins, secs et même chauds; on le frictionnera légèrement, et, après l’avoir enveloppé dans des langes de laine, on le placera dans son berceau ; puis, de temps en temps, on le prendra dans les bras, en ayant soin de maintenir ses pieds et ses jambes auprès d’un foyer de chaleur. Il est bon que tous ces soins soient donnés par une personne intelligente, active, autre que sa nourrice, afin qu’elle ne puisse lui donner le sein, et que, lui-même, il ne soit pas tenté de le chercher. Pour maintenir la lactation en bon état, on fera téter un autre enfant, ou l’on videra les seins à l’aide d’une pompe.
Dès qu’un mieux notable s’accusera par des évacuations moins nombreuses, un cri plus normal, un pouls moins fréquent et plus facile à percevoir, surtout par un faciès meilleur; vous songerez, tout en éloignant les prises de boissons glacées, à redonner du lait. Si, sans trop de fatigue, l’enfant peut le prendre lui-même, on lui présentera le sein; dans le cas contraire, la nourrice se traira dans une cuiller, dont elle fera immédiatement boire le contenu au malade. Si le lait de femme ne peut être administré de la sorte, c’est par celui d’une anesse qu’on le remplacera. — L’amélioration venant à s’accentuer, on supprimera rapidement le bouillon coupé, on ne donnera plus qu’un bain sinapisé chaque jour, ou même
TRAITEMENT
Ions les deux jours; mais l’on continuera l’usage de la solution de cognac dans l’eau sucrée, en élevant peu à peu sa température jusqu’à celle de la chambre.
Dans les formes plus lentes ou torpides, notamment lorsqu’on a affaire à des nouveau-nés, dont la faiblesse native a été exagérée par la maladie, il faut user de la plus grande circonspection. Tout en s’efforçant de stimuler l’enfant et de le nourrir, on doit se garder de dépasser une certaine limite ; car un organisme aussi débilité résisterait mal aune secousse,
même provoquée dans un but thérapeutique. On agira sur la peau par des frictions, par l’application de quelques rubéfiants; on maintiendra le corps entier à une température assez élevée, mais on ne donnera pas de bains. On fera boire le lait à l’aide d’une cuiller, de peur que l’action de téter, sans satisfaire aux besoins du malade, n’épuise rapidement ce qui lui reste de forces. Dans ce cas, pour aider l’estomac, qui, comme le reste de l’organisme, est dans la torpeur, je conseille d’administrer, six fois environ dans les vingtquatre heures, immédiatement après le repas, une demicuillerée à café de l’élixir de pepsine de Mialhe. L’action de ce médicament est double ; par sa pepsine, il facilite la digestion du lait, et, par son principe alcoolique, il est stimulant. A ces enfants, je ne donne aucune autre boisson, car ce qu’exige leur état, c’est un aliment qui, pris fréquemment, mais à très-petite dose, soit la source d’une réparation continue. Dans ces cas, il n’y a pas de vomissements, et la diarrhée, en général peu intense, 11e commande aucune médication spéciale.
L’on voit certains malades, surtout lorsque' leurs garderobes sont constituées par un liquide séreux et des amas de mucus verdâtre, s’agiter et pousser sans cesse des cris aigus, en même temps que leur faciès exprime unegrande souffrance.
Athrepsie
lente.
TRAITEMENT
Puis ils font une selle bruyante et redeviennent calmes, jusqu’il ce que le môme besoin amène la même torture. Bien souvent il m’est arrivé, en introduisant dans le rectum de ees enfants le réservoir d’un thermomètre, d’ouvrir un passage aux matières et de faire cesser du même coup les cris et l’agitation. Cela doit faire penser que, chez eux, les garde-robes sont douloureusenent retenues par une action spasmodique du sphincter anal, et que l’on amène un soulagement, en leur donnant un libre cours. Ce résultat sera facilement obtenu par l’introduction, dans l’anus, d’un petit suppositoire de beurre de cacao, ou de savon, préalablement huilé.
Je ne vous ai pas parlé de l’usage des lavements, et peutêtre quelques-uns d’entre vous ont-ils pensé que c’était là de ma part une omission, tant il est habituel de les voir conseillés et administrés dans tous les cas où le tube digestif des enfants est en cause. Il n’en est rien; et, si je ne vous ai pas signalé ce moyen, c’est que je le considère comme incapable de rendre les services que l’on attend généralement de lui. Les seuls liquides que l’on puisse introduire de la sorte sont ceux qui sont doués de propriétés émollientes ou astringentes. Or, la partie de l’intestin, sur laquelle ils peuvent agir, est certainement de toutes la moins malade chez les athrepsiés. Elle tolère mal ce que l’on introduit et le conserve à peine pendant quelques minutes. Voilà pourquoij’ai laissé de côté, malgré la vogue dont elle jouit encore, une pratique qu'il n’est pas toujours facile de suivre, et dont l’efficacité est plus que douteuse.
Danger des Pour ce qui est des préparations opiacées, quelles qu’elles soient, j’en proscris absolument l’usage, même aux doses les plus minimes. Les nouveau-nés sont, en effet, d’une excessive sensibilité à leur action ; et je vous avoue que ce ne serait
TRAITEMENT. 443
pas sans de grandes appréhensions, que je verrais prendre a un malade de cei âge un quart de goutte de laudanum de Sydenham (1).
Il me reste à vous indiquer les moyens à l’aide' desquels vous combattrez les diverses affections locales de l’Athrepsie. Ce sont des adjuvants de la médication générale, et ils n’au-
(1) Trousseau considère l’opium comme un médicament dangereux, désastreux même, lorsqu’on l’applique au traitement des maladies de l’enfance. Il affirme qu’une goutte de laudanum , c’est-à-dire un trentedeuxième de grain d’opium , suffit pour jeter un enfant d’un an dans une stupeur qui dure parfois quarantehuit heures (a).
— Le fait suivan t observé par le docteur Hawlhorn (b) montre également combien les jeunes enfants sont sensibles à l’action de l’opium. « Une dame, ayant à subir une opération, fut soumise à des préparations opiacées. A dix heures du matin, elle prit 25 gouttes de la solution sédative de Battley, dose que l’on renouvela à deux heures de l’après-midi. A huit heures du soir, elle prit 5 centigrammes d’opium en pilule.
« Son enfant, un vigoureux enfant de sept semaines, futagité toutlejour.
A minuit, il prit le sein et tomba dans un sommeil dont il ne sortit que six heures après ; à son réveil, il téta un peu, puis s’endormit le reste du jour. A deux heures après midi,
la respiration diminua un peu de fréquence, elle devint moins profonde et saccadée. A dix heures du soir, M. Hawthorn vit le petit malade ; il trouva sa pupille trèscontractée; la respiration, incomplète, saccadée, très - irrégulière , avait à peu près sa fréquence normale; ce n’est qu’avec beaucoup de difficulté qu’on pouvait le tirer de son sommeil.
» On lui donna du café par la bouche et par le rectum, et on l’exposa à l’air de la fenêtre. Au bout d’une heure, l’état devint meilleur. Cependant, une heure après, sa respiration s’arrêta pendant quelque temps, et il tomba dans un état de mort apparente. Il revint à la vie, et le jour suivant, à deux heures du matin, il était hors de danger. »
L’auteur pense, avec raison, qu’il s’agit là d’un cas d’empoisonnement par l’opium, et que le lait de la mère a servi de véhicule au poison.
On sait, en effet, que les alcaloïdes de l’opium, de même que les sels de mercure et les iodures, passent rapidement du sang dans le lait.
(a) Trousseau, Clin, rnéd., t. III, p. 13-1, 1865.
(b) Hawthorn, New Orléans med. and surg. Journal. Analyse dans Annales de la Société de médecine d’Anvers, 1875, p. 521.
Traitement du muguet.
Traitement de l’érythème.
*** TRAITEMENT
te hI d’efficacité, qu’autant que cette dernière sera elle-même suivie de succès.
Le muguet est, sans contredit, l’une de ces manifestations locales les plus fréquentes. On a proposé contre lui un grand nombre de topiques. Tous, ils peuvent réussir, quand l’état général s’améliore ; ils échouent, au contraire, fatalement, quand il devient plus mauvais. Si la végétation est abon-
dante, on frotte avec l’indicateur enveloppé d’un linge (in et sec, les points de la muqueuse buccale, de manière a en détacher le parasite ; puis on y pratique un badigeonnage, que l’on renouvelle trois fois dans la journée, à l’aide d’un pinceau de blaireau, enduit de l’une des mixtures suivantes :
A. — Miel rosat
Borate de soude
Parties égales.
B. — Glycérine neutre Miel rosat
Chlorate de potasse 6 —
En même temps, l’on fait boire, toutes les deux ou trois heures, une cuillerée à café d’un mélange à parties égales d’eau sucrée et d’eau de Vichv.
Le muguet de la bopche et delà partie supérieure du pharynx est le seul que l’on puisse atteindre. Vous n’aurez aucune prise directe sur celui de la glotte, de l’œsophage et de l’estomac. Cela, d’ailleurs, n’a pas une grande importance; car, au moment où lamucédinée existe dans ces régions, le malade est mortellement atteint.
Les mêmes topiques seront portés sur les plaques ptérygoïdiennes, qui, presque toujours, coïncident avec la végétation parasitaire.
L’érythème des fesses, des parties génitales et des cuisses,
a a 15 gram.
TRAITEMENT
étant déterminé par le contact humide des urines et des matières fécales, disparait aisément, au début, par l’usage de couches fines et sèches, fréquemment renouvelées; surtout lorsque, chaque fois, l’on a soin de couvrir les parties atteintes d’une poudre inerte, fine et non parfumée; celles d’amidon, de riz, et surtout de lycopode, remplissent ce but à merveille. Elles ont le double avantage de sécher complètement les parties malades et de les isoler les unes des autres, ou des linges. Ces précautions resteraient sans efficacité si, avant de les employer, on n’enlevait pas trèssomneusement, à l’aide de lotions détersives, toutes les souillures résultant des déjections. Lorsqu’il y a des érosions, le blanc de baleine ou cétine, matière onctueuse et difficilement altérable, est un excellent topique. Quand il se forme des ulcérations profondes, on les saupoudre très-légèrement avec de l’iodoforme, puis on fait un pansement simple avec de la charpie enduite de cérat ou de pommade de concombre.
Je n’ai pas d’autres recommandations pratiques à vous faire , car vous n’attendez pas de moi que je vous parle du traitement de l’encéphalopathie. Chez ceux où elle se manifeste, vous le savez, le mal est incurable ; d’ailleurs, comment agirions-nous sur les centres nerveux, alors que la sensibilité et l’absorption sont nulles ou considérablement affaiblies ? Cependant, depuis que le chloral a été proposé contre le tétanos des adultes, et qu’il a procuré quelques cas de guérison, on a cru devoir l’administrer dans celui des nouveaunés; et vous trouverez dans les journaux de médecine la relation d’un certain nombre de succès (1).
(1) F. Ehrendorfer, Un cas de tétanos die* une petite fille âgée d’une semaine, (juéri par l'hydrate de chloral (Jalir. f. Iiinderkr., 1873, et Rev. des sc. méd., 1873’ t. Il, p. 709)/— Von Huttcnbrcnner, Du traitement du Irismus et du tétanos des nouveau-nés par l’Iiydrate de chloral {Jalir. f. Kinderkr., VII Jalir, et Gaz. liehd., 1874, p. 358). — Bouchul, Du tétanos et de l’hydrate de chloral dans celte maladie (Gaz. des liôpit., 1873, p. 371).
TRAITEMENT
Je ne crains pas d’affirmer qu’aucun de ces faits ne se rapporte au trismus, tel que je l’entends avec la plupart des cliniciens, et tel qu’il se présente dans Y Athrepsie. Aussi, sans nier que le tétanos vrai des enfants du premier âge, dont je vous ai cité un exemple, puisse être guéri par l’hydrate de chloral, je ne saurais admettre que l’affection traitée par les auteurs qui ont fait usage de ce remède avec succès soit comparable au trismus que je vous ai décrit, d’après mes observations personnelles et celles de Matuszynski, du professeur Cederschœld et des autres cliniciens qui ont eu l’occasion d’étudier ce mal redoutable.