ULCÉRATIONS BUCCALES
constater une odeur gangréneuse et une dénudation de l’os, comme Denis l’avait déjà noté.
Le frein de la langue peut subir la même atteinte, mais j cela est beaucoup plus rare.
Les ulcérations de la voûte palatine ont attiré l’attention de la plupart des cliniciens ; Denis (a) etM. Lélut(à), paraissent être les premiers, qui en aient fait mention; ils notent leur siège central. Billard (c) en a rapporté un cas, et Yalleix (1) en parle assez longuement. Il les a consignées dix fois, dans 22 observations. D’après la description qu’il en donne, je suis assez disposé à croire, que dans quelques cas, il a eu affaire à des érosions spécifiques. Pour moi, en faisant abstraction de la syphilis, je n’ai jamais vu la voûte palatine ulcérée, qu’à la partie moyenne du raphé, et en arrière, près du voile du palais. Cette remarque, comme nous le verrons, est très-importante, surtout pour le diagnostic. Au niveau du premier siège, les ulcérations peu fréquentes, allongées d’avant en arrière, parfois irrégulières, profondes, à bords taillés à pic, arrivent d’ordinaire jusqu’à l’os. Elles se développent sur l’emplacement des kystes épidermiques étudiés par MM. Guyon et
(1) C’est, dit Valleix, un ramollissement ulcéreux de la muqueuse et dans plusieurs cas de la membrane fibreuse. Le plus souvent, il existe en avant, derrière l’arcade alvéolaire ; mais on le voit aussi à la partie postérieure, près du voile du palais, et sur la région médiane. Sa longueur varie de 1 à 6 lignes et sa largeur de 1 à 12. Son tissu est jaune ou blanc-jaunâtre, et alors très-ramolli ; au-dessous de lui, l’os est plus rugueux, il peut même avoir perdu sa
(a) Loc. cit., p. MO.
(b) Loc. cit., p. 309.
(c) Loc. cit., p. 232.
couleur normale. D’ailleurs, il n’a été trouvé à nu que dans un cas. Les bords sont taillés à pic, et décollés dans une certaine étendue. D’autres fois, on trouve simplement une excoriation rougeâtre avec des bords mousses et peu élevés ; et alors le ramollissement au lieu d’avoir, comme dans la première variété, détruit tous les tissus jusqu’à l’os, n’a atteint qu’une mince couche de la muqueuse.
Ulcération d u frein de la langue.
Ulcération médiane de la voûte palatine
SYMPTOMATOLOGIE
Thierry (a), et l’on ne peut douter qu’il n’existe entre ces deux lésions, un rapport de cause à effet. Quand la nutrition est imparfaite, les kystes provoquent, à la manière des corps étrangers, un travail d’irritation, par lequel ils sont éliminés, laissant après eux une cavité limitée par une zone inflammatoire ou par une couronne de muguet.
Ulcérations ou De toutes les ulcérations de la muqueuse buccale, les plus
plaques ptéry- . y
goïd ion ries, communes et les plus dignes de votre attention, sont celles que j’appelle habituellement plaques ptérygoidiennes . Vous apprécierez bientôt l’origine et la justesse de cette dénomination. Toujours au nombre de deux, elles sont situées d’une manière parfaitement symétrique, sur les parties latérales de la voûte palatine, immédiatement en arrière et en dedans de l’arcade alvéolaire, au niveau delà saillie que forment en ces points les apophyses ptérygoïdes. A l’état normal, on y voit une éminence mamelonnée, et la muqueuse comprimée par l’os sous-jacent, y est pâle.
Les plaques ont toujours une forme régulièrement arrondie ou ovalaire, et leur plus grand diamètre atteint rarement un centimètre. — Dans la première période de leur évolution, elles font une légère saillie et ont une teinte blanc jaunâtre. On dirait qu’à leur niveau l’épithélium est boursoufflé; leur surface est tomenteuse. Puis elles s’affaissent et l’on ne tarde pas à distinguer une perte de substance cupuliforme, à fond jaunâtre ou gris, entourée d’un cercle rouge. Leur siège, leur forme et leur couleur sont alors si caractéristiques, qu’il est impossible de se méprendre sur leur véritable nature. Par les progrès du mal, elles se creusent davantage, s’élargissent et finissent même par perdre leur coloration première, pour devenir brunâtres, COin-
fa) Loc. cil., p 218.
ULCERATIONS BUCCALES.
nie le resle de la muqueuse desséchée. Il est des cas où le muguet végète autour d’elles, et probablement les envahit. Elles saignent aisément lorsqu’on les touche avec un corps dur, on dans la manœuvre qui consiste à nettoyer la bouche de l’enfant avec le doigt recouvert d’un linge. Elles restent assez longtemps stationnaires, et guérissent fréquemment. Alors on voit leur surface se déterger, devenir rosée, se combler peu à peu, et reprendre le niveau et l’aspect luisant de la muqueuse voisine.
Cette lésion est excessivement fréquente et peut se développer dans les cas les plus légers. Sans en avoir dressé une statistique exacte, j’estime qu’elle est à peu près aussi commune que le muguet, bien qu’elle ne coïncide pas toujours avec lui. On ne l’observe presque jamais chez les enfants qui ne prennent pas le sein ; et il semble que la pression et le frottement que la langue exerce sur les saillies ptérygoïdiennes, au moment de la succion, soient nécessaires à son développement (i).
(1) Les plaques plérygoïdiennes sont propres aux nouveau-nés. Une seule fois, il nous a été donné de les constater en dehors de cette période de la vie ; c’est chez un enfant de deux ans *et demi, atteint de rougeole.
Voici cette observation.
Obs. IV. Rougeole ; plaques ptérygo'idicnnes chez un enfant de deux ans et demi.
Ilippolyte G., né le 8 juin 1872, est admis à l’infirmerie le 16 octobre 1874. — 140 puis. Les amygdales sont rouges et tuméfiées; il y a quelques aphthes sur la muqueuse buccale. On a administré un vomitif.