MUGUET DU PHARYNX ET DE L’ŒSOPHAGE
liles (1). En bas, il ne dépasse pas l’entrée du larynx.
il'
L’œsophage est un des organes que le muguet envahit le plus souvent. Il peut le couvrir entièrement; quoique dans le plus grand nombre de cas, il n’en occupe que les deux tiers ou les trois quarts inférieurs. D’ordinaire, il s’arrête à un centimètre environ au-dessus du cardia, formant en ce point un feston irrégulier. — Il s’y présente sous des aspects assez divers, qui sans doute, ne marquent que des degrés dans son évolution. Ce sont tantôt de petits grains analogues à ceux de la bouche et du pharynx; tantôt des plaques elliptiques, très-allongées suivant l’axe de l’organe, faisant une saillie d’au-
(I) «J’ai observé, dit M. Lélut(a), le muguet sur cinq enfanls atteints de bec-de-lièvre avec division ou absence de la voûte palatine ; ils sont morts tous les cinq. Pendant la vie et après la mort, je n’ai pas vu dans leurs fosses nasales la moindre trace de muguet.
« Le muguet ne pénètre point dans les trompes d’Eustache ; j’ai fait à ce sujet des recherches directes. J’en ai vu trois ou quatre fois de très-petits points au bord libre de l’épiglotte et au pourtour de la glotte, aux ouvertures des ventricules latéraux, seuls endroits de la muqueuse pulmonaire où l’on trouve l’épithélium. Ils étaient situés sous celle membrane, et trèsadhérents à la membrane sous-jacente. Au delà, dans les voies respiratoires, je n’ai jamais vu du muguet. »
A l’appui des observations de M. Lélut sur l’absence constante du
muguet dans les fosses nasales, voici
un fait que j’ai moi-même recueilli.
Obs. XXX. Muguet buccal, chez un enfant atteint de division congénitale du voile du palais; absence de muguet dans les fosses nasales.
Eugénie A., âgée de 10 jours, succombe le 21 novembre 1870, dans le service de chirurgie, à l’hospice des Enfants-Assistés. Elle est atteinte d’un bec-de-lièvre double. La voûte palatine est largement ouverte et le voile du palais divisé.
Il y a beaucoup de muguet dans la cavité buccale, et l’on n’en voit aucune trace sur la muqueuse rosée des fosses nasales, qui communique si largement avec cette dernière.
Toute larégion postérieure du poumon droit est atteinte d’une induration pneumonique.
Muguet de l'œsophage.
(a) Loc, cil., p. 349.
2 li ANATOMIE PATHOLOGIQUE,
tant plus marquée, qu’elles sont, plus étendues. Leur surface n’est pas uniforme; on y distingue une série de zones, variant du blanc pille au gris jaune alternativement saillantes et déprimées. Les premières sont manifestement les plus larges, et tendent à empiéter sur les autres.
Si les intervalles qui séparent les plaques parasitaires sont peu étendus, la muqueuse est en général rouge et tuméfiée. - La végétation offre une certaine résistance soit aux tractions, soit au raclage, et l’on peut en conclure qu’il existe une j adhérence assez intime entre elle et les tissus (*).
Dans une autre variété, la mucédinée couvre de larges ] surfaces et même toute l’étendue de l’œsophage. Elle a une i épaisseur toujours considérable, et après avoir ouvert le canal suivant son axe, si on le soumet à l’action d’un filet d’eau , i on voit comme des feuillets longitudinaux, ou des saillies, qui s’entre-croisent de diverses manières, donnant ainsi à la pallie malade, l’aspect d’une écorce d’érable.
Parfois, cette disposition n’est plus appréciable, et le canal oesophagien est comme rempli par une bouillie plus ou moins compacte, dont les portions les plus superficielles sont aisément entraînées par l’eau. Ce qui reste après le lavage, peut encore avoir jusqu’à °2 millimètres d’épaisseur.
La couleur des feuillets ou de la pulpe parasitaire, est d'un blanc gris, parfois même d’un brun noirâtre. Ces teintes* \ diverses sont communiquées par les matières ingérées, et surtout par les vomissements, qui contiennent souvent de la bile ou un mucus noirâtre. Souvent enfin des coagulations laiteuses couvrent les parties malades.
Lorsqu’on sépare la production parasitaire de la muqueuse œsophagienne, on trouve celle-ci d’un rouge assez
(") Voy. planche I, li". B.
MUGUET DE l/ŒSOPHAÇE.
vif, et parfois même, comme l’a vu M. Seux, légèrement érodée ou ulcérée. Dans un cas, cet observateur aurait con-
Jstaté une plaque gangréneuse.
Pour étudier à l’aide du microscope, les rapports du mu- Examen mi guet avec les tuniques œsophagiennes, j’ai choisi la seconde variété, qui se prête mieux que les autres aux préparations nécessaires. Les coupes ont été pratiquées normalement au grand axe de l’organe, sur les plaques les moins | larges.
A un faible grossissement, on voit que l’altération détermine une saillie superficielle, et s’étend dans la profondeur, jusqu’à la tunique musculeuse. Elle a la forme d’une ellipse allongée dans le même sens que la coupe. On y distingue
I plusieurs zones concentriques, alternativement opaques et claires. C’est au voisinage de la surface, que ces zones sont surtout larges et foncées, précisément dans les points qui correspondent au relief des plaques que je vous ai signalées dans la description faite à l’œil nu.
Souvent au centre de la saillie il y a une dépression, une sorte de cavité en forme de cratère, très-déchiquetée sur ses bords. C’est, à n’en pas douter, le résultat du ramollissement des parties le plus anciennement altérées.
A l’aide d’un objectif plus puissant, on voit que l’épithélium et les saillies papillaires ont disparu ; en sorte que c’est le derme muqueux, qui forme la surface libre. C’est à sa lésion et à celle de la tunique fibreuse, que sont dues les saillies. L’on y constate une prolifération nucléaire généralisée, mais inégale. — Le muguet, en le pénétrant d’une .manière intime, l’a complètement disloqué. Noyaux, cellules, fibres musculaires et élastiques, spores et mycélium, tous ces éléments sont tellement enchevêtrés, qu’ils semblent constituer au même titre, cette espèce de mélange
que l’on a sous les yeux. Plus profondément, le désordre est moins grand, les tubes, moins nombreux, et le tissu de la muqueuse est encore apparent, bien que modifié d’une manière très-notable, par la prolifération de ses noyaux. — Plus bas encore, c’est-à-dire dans la tunique nerveuse, on distingue quelques rares tubes, dont les extrémités n’atteignent pas les muscles. Ils pénètrent les tissus perpendiculairement ou d’une manière un peu oblique à la direction de leurs fibres. — Sur tous les points touchés par le muguet et à- une certaine distance, le tissu conjonctif a proliféré si abondamment, qu’au centre de la lésion, l’on ne voit que des noyaux. Les vaisseaux eux-mêmes sont complètement enveloppés, car c’est à leur périphérie que le travail de prolifération a été le plus intense. En général, leur lumière est complètement effacée. Dans quelques-uns, il m’a semblé constater des débris de globules. Çh et là, au milieu de I l’épithélium des glandes, on distingue des tubes. — Mais I la lésion n’est pas partout limitée aux deux couches les plus I internes de l’œsophage. Dans certains points, l’irritation causée par la présence du parasite a été telle, que les 1 muscles et la tunique fibreuse périphérique elle-même, ont participé au travail d’hyperplasie (1). L’on y distingue, en
(1) Ayant eu à sa disposition l'œsophage d’un enfant de trois mois et demi, qui succomba à une diarrhée abondante et à une anémie profonde, et sur lequel on trouva une végétation confluente de muguet dans la cavité buccale et dans la partie supérieure du tube digestif, le professeur Wagner (a) pratiqua des coupes sur cet organe préalablement durci, et après
les avoir colorées, il en fit l’examen.
— Il vit que les plaques de muguet situées à la surface de la muqueuse se composaient de spores et d’une substance moléculaire finement granuleuse, de nature inconnue. Les éléments se retrouvaient dans les plaques plus volumineuses et profondes.
— La couche superficielle de l’épithélium légèrement soulevée existait
pi) E. Wagner, Zur Kenntniss îles Snors des (Esophagus, in Jahrh d. Kinderheilkunde (1808), 58-0- et Union méd., 1809.