‹ Clinique des nouveau-nésChapitre 76 sur 127 · MUGUET UE 1/ESTOMAC · texte numérisé non relu

MUGUET UE 1/ESTOMAC

membrane qui, chez les nouveau-nés, siège sur la muqueuse digestive sus-diaphragmatique, et sur celle de l’estomac. Il ne l’a jamais vu au delà de ce viscère, dans le tube digestif. Billard (a) décrit une forme de gastrite avec altération de sécrétion, ou muguet de l’estomac. Denis (b), dit avoir observé deux fois cette lésion. Yalleix (c) en rapporte plusieurs observations. MM. Robin (d), Barrier(e) etSeux (/), bien que ne l’ayant jamais rencontrée, croient à son existence.

Parmi les observateurs qui disent : non, il n’y a pas de muguet gastrique, je vous citerai Berg, Véron (g), Niemeyer (h), Trousseau (i) et M. Yogel (1). M. Gubler, après avoir nié, dans un premier travail (k), la possibilité du développement du muguet sur la muqueuse de l’estomac, à cause du manque d’air et de la présence du suc gastrique, reconnaît, dans un mémoire postérieur (/), que ces obstacles ne sont pas à la rigueur insurmontables.

Quelle est la cause de la divergence des opinions que je

(i) Cet auteur étant parmi ceux qui ont écrit le plus récemment sur les maladies des enfants, je crois devoir le citer textuellement : « L’opinion assez répandue , dit-il ( j ) , chez beaucoup de médecins de l’ancienne école, que le muguet peut se propager à l’estomac et aux intes-

tins, n’a jamais été confirmée par l’autopsie. On ne peut pas nier que les membranes de muguet ne soient éliminées du corps par l’anus sans avoir été digérées; mais cela ne prouve nullement qu’elles se soient formées sur la muqueuse de l’estomac et de l’intestin. »

(( i) Billard, loc cit., p. 330.

(b) Denis, Loc. cit., p. 160.

(c) Loc. cil., p. 247.

(d) Loc. cit., p. 496.

( e ) Loc. cit., p. 689.

(/') Loc. cit., p. 145.

(y) Véron, Q^serv. sur les maladies des enfants (Des altér. or y an. et du munuel des nouveau-nés j. Paris, 1825. '

(II) Niemeyer, Eléments de pathologie interne. Trad. franc Paris 1865 t I n mu (0 Trousseau, Clinique médicale. Paris, 1861, t. I, p. 457. ’ 1

(j) Loc. cit., p. 103.

(/q Gubler, Note sur le muguet. ( Comptes rendus de la Soc. de biologie 1852 n 691 (/) Gubler, Sur la mucedmée du muguet (Mém. de l’Acad. deméd ', t ’xxtl p î p) '

viens de vous énumérer ; el. comment se fait-il que les faits rapportés parties observateurs tels que MM. Lôlut, Valleix et Billard, n’aient pas entraîné la conviction de ceux qui, depuis, se sont occupés du muguet gastrique? C’est qu’ils n’ont pas administré, en faveur de leur opinion, la seule preuve capable de convaincre, celle que nous exigeons aujourd’hui pour affirmer qu’un produit pathologique est constitué par du muguet ; je veux dire la démonstration faite par le microscope.

Commençons par Billard : dans une première observation, qui est la 32e de son livre, il parle d’une enfant de 19 jours qui succomba profondément amaigrie, après avoir eu quelques vomissements bilieux. On trouva du muguet dans la bouche, le pharynx et l’œsophage. La muqueuse de l’estomac était d’un rouge intense, fort épaisse et très-friable, et l’on voyait à la partie centrale de l’organe une large couche de muguet, composée d’un nombre considérable de petits points, d’un blanc éclatant, surmontant les villosités, et dont l’ensemble pouvait être comparé à une couche de givre étendue sur une mousse fine. Ces points blancs s’enlevaient avec le scalpel, quand on les grattait un peu fort. Quelquesuns se trouvaient détachés, et flottaient parmi les mucosités gastriques. — Dans un second fait, il s’agit d’une petite fille de 21 jours, morte dans le premier degré du marasme. La bouche,, le pharynx et l'œsophage étaient tapissés par une couche assez épaisse de muguet. A la petite courbure de l’estomac, on en voyait une large plaque, résultant de l'agglomération d’un grand nombre de petits points pelliculeux, d’un blanc éclatant, résistant assez au frottement de l’ongle, mais pouvant être détachés avec le tranchant du scalpel : alors les villosités apparaissaient très-saillantes et très-rouges. — Un dernier cas est celui d’une petite fille de 14 jours.

MUGUET UE L’ESTOMAC, qui succomba après avoir présenté tous les symptômes d une affection gastro-intestinale aigue. La langue ët les parois de la bouche étaient couvertes par une couche épaisse de muguet; il y en avait aussi dans le pharynx et 1 œsophage. L’estomac, au niveau de son grand cul-de-sac, était atteint de ramollissement gélatiniforme, et, sur divers points de sa surface, on voyait des couches ou plaques de muguet irrégulièrement disséminées. Enfin, il existait le long de la petite courbure un assez grand nombre de follicules mucipares, légèrement tuméfiés, et environnés d’un cercle rouge. Quelquesuns d’entre eux avaient leur orifice central béant et jaunâtre.

Dans ces trois faits, une seule lésion rappelle le muguet de l’estomac : c’est précisément celle que l’auteur considère comme due à une hypertrophie des follicules mucipares. Quant aux autres, elles doivent être rapportées sans aucun doute, comme vous le verrez plus tard, à la lésion que je décrirai sous le nom de gastropathie diphthéroïde.

Les cas de Vallcix n’ont pas une valeur plus grande. Un seul lui est propre, les autres sont empruntés à Lediberder. Le premier, qu’il relate très-longuement, est celui d’un garçon de 21 jours, qui avait du muguet dans la bouche, le pharynx et l'oesophage. La surface de l’estomac ôtait couverte de mucus. A partir du cardia, commençaient deux bandes d’un pouce de large, s’avançant de chaque côté de la petite courbure, et formées par des grains fins et très-rapprochés de matière blanche, molle, très-adhérente et entièrement semblable, sauf la couleur, à celle dont étaient formés les grains de muguet de l’œsophage. Elles s’arrêtaient à un demi-pouce du pylore. Du côté du grand cul-de-sac, on voyait une plaque semblable, d’un pouce. et demi de diamètre.

Les observations de Lediberder, qui n’étaient pas desti-

interne de l’estomac présentait, après avoir été lavée, une assez grande quantité de granulations, d’un demi-millimètre de diamètre, légèrement saillantes, et adhérant fortement à la muqueuse. — Dans une autre, on voyait vers la partie supérieure, du côté du grand cul-de-sac, des points jaunes, gros comme des grains de millet, et qui, ajoute l’auteur, étaient évidemment du muguet. — Dans la troisième, il est dit que le muguet, qui existait en grande quantité dans l’œsophage, se prolongeait à la face postérieure de l’estomac, dans l’étendue de deux pouces de long, à partir du cardia. 11 formait une bande verticale d’un pouce de large supérieurement et d’un demi-pouce en bas; il était jaune, peu épais, et s’enlevait difficilement.

Comme vous le voyez, aucune de ces observations ne porte l’estampille du microscope, et j’ajoute, qu’à part les deux premières de Lediberder, il n’en est aucune qui puisse être considérée comme se rapportant au muguet de l’estomac. Car je puis le dire ici par avance, la mucédinée, dans ce dernier siège, se présente avec une physionomie tout à fait différente de celle qu’on lui connaît dans la bouche, le pharynx et l’œsophage. C’est pour avoir ignoré ce fait et avoir cru au contraire à une analogie d’aspect, que les auteurs précités ont regardé comme du muguet, un produit dû très- ' probablement à l’inflammation delà muqueuse gastrique (1).

. (1) Jusqu'ici, M. Lélul est le seul auteur qui, à ma connaissance, ait tenté de décrire le muguet gastrique; et dans cette rapide esquisse, il a donné souvent des détails d’une remarquable justesse. « Dans l’estomac, dit-il, la fausse membrane est disposée par points isolés, d’une grandeur très-variable. Tantôt on peut les compter, d’autres fois ils sont contigus

les uns aux autres et recouvrent près que toute la surface internedu ventricule. Chacun d'eux n’a quelquefois que le volume d’une tète d’épingle, d’autres fois sa base a une ligne au moins de diamètre. Son sommet, ordinairement floconneux, offre quelquefois, mais très-rarement, une trèslégère dépression centrale. »

Page 1