MUGUET DE L’ESTOMAC
Il résulte des considérations précédentes que si 1 on ne croit plus aujourd’hui au muguet gastrique; que si les moins sceptiques le relèguent parmi ces lésions rares que l’on observe une fois par hasard dans le cours d’une longue carrière médicale; c’est que les cliniciens qui l’ont vu ne l’ont décrit que d’une manière incomplète et l’ont confondu avec des produits inflammatoires.
Me trouvant à mon tour, sur le terrain où ont observé MM. Lélut, Billard et Valleix, j’ai vu, comme eux, le muguet gastrique ; mais à leur affirmation sans preuve, j’ai substitué une démonstration qui, je n’en doute pas, vous convaincra de l’implantation du végétal dans la paroi de l’estomac (a).
À l’ouverture du viscère, la lésion frappe la vue dans le plus grand nombre des cas; mais, parfois elle est masquée par du mucus, qui forme à sa surface un revêtement épais et d’une adhérence remarquable. Pour la voir, il faut faire disparaître cette matière, soit par un léger raclage, soit à l’aide d’un jet d’eau (*).
Alors elle apparaît sous la forme de petits mamelons, de grains isolés, ou rapprochés les uns des autres. Leur volume est très-variable; quelques-uns ne peuvent être distingués qu’à la loupe et, rarement leur grosseur dépasse celle d’un grain de millet.
Les petits sont acuminês et les plus volumineux présentent à leur centre, une dépression, une sorte d’ombilic. En général, leur couleur ne tranche pas d’une manière appréciable sur celle de la muqueuse; d’autres fois elle est jaune cire et si, alors, comme dans une observation que j’ai fait
(a) Mes premières recherches ont paru dans le mémoire suivant : Du muguet tjas* trique et de quelques autres localisations de ce parasite (Arch. de phtis norm et path., 1869, p. 501).
(*) Voy. planche 1,fig. B.
Description du muguet gastrique.
Examen à l'œil nu.
connaître, les grains sont en forme de godet, on croirait avoir sous les yeux une végétation de teigne laveuse.
Leur siège de prédilection est la face postérieure de l’estomac, et on les trouve habituellement groupés au voisinage des courbures, surtout de la petite, et plus près du cardiaque du pylore. Quand la végétation est ancienne et très-étendue, c’est au niveau de ces dernières régions que les saillies sont le plus volumineuses et que la dépression centrale est le plus prononcée.
Toujours elles adhèrent intimement à la paroi, dont on ne peut les séparer ni par le lavage, ni par un raclage prolongé. A vrai dire, elles lui sont incorporées.
Autour des saillies, la muqueuse conserve le plus souvent sa teinte grise normale; dans quelques cas, elle est rose ou violette.
Rien, dans la description précédente, ne peut indiquer la
înuii micros- 11 1 1
copi.juo. nature de la lésion, car elle n’a aucune ressemblance avec celles que produit le muguet dans les parties supérieures du tube digestif. Pour en préciser la nature, l’emploi du microscope est donc indispensable; mais, grâce à lui, rien n’est plus facile que d’arriver à ce résultat. 11 suffit, en effet, à l’aide de ciseaux, de détacher une des petites saillies, et de la dilacérer sur une lame de verre, après y avoir ajouté de l’eau ou une solution de soude.
L’examen de cette préparation, fait voir un grand nombre de filaments tubuleux et de spores caractéristiques de Y oïdium albicans. — Entre eux, on distingue des cellules épithéliales, des noyaux, des granulations protéiques et quelques globules gras.
Toutefois, on n’obtient ainsi que des renseignements superficiels et très- sommaires ; pour se renseigner d’une manière complète, il faut avoir recours à des coupes faites sur
MUGUET DE L’ESTOMAC, l’eslomac préalablement durci, perpendiculairement a sa surface.
Supposons que les saillies soient cupuliformes. — Tl suffit d’un faible grossissement pour se rendre compte de l’état des parties. Au niveau de la dépression du godet, la muqueuse a le même aspect que sur les régions saines. Tout autour de ce point, sa hauteur est au contraire doublée; et à cause de son opacité, l’on n’y distingue ses éléments que d’une manière très-imparfaite. On a de la peine à y reconnaître çà et là, quelques culs-de-sac glandulaires, énormément distendus par une matière que l’on ne peut déterminer, et qui donne aux glandes un diamètre cinq ou six fois plus considérable qu’à l’état normal. La couche sous-muqueuse elle-même est épaissie, et dans la tunique fibreuse, à peu près sur la moitié de sa hauteur, on constate une opacité, qui est comme l’ombre du mamelon, dont elle a la forme et l’étendue. Les vaisseaux correspondants contiennent des thrombus, tandis que ceux du voisinage sont vides (*).
A l’aide d’un grossissement plus fort (**), on constate qu’au niveau des saillies, la muqueuse est très-altérée. Les glandes sont détruites dans leur région superficielle. A leur place, on trouve les éléments du muguet, avec de l’épithélium glandulaire et des corpuscules sporiformes très-petits qui, chez les athrepsiés, existent toujours abondamment à la surface des voies digestives et respiratoires (T).
sc trouvent aussi dans les garde-robes normales des nouveau-nés. Je ne puis déterminer leur signification précise.
Aussi, après cette courte mention, me contenterai-je désormais de noter leur présence.
(l)Ces granulations, certainement végétales, que j’ai rencontrées en grande quantité, sur les diverses préparations, non-seulement do la muqueuse du tube digestif, mais encore de celle des voies respiratoires,
(*) Planche VU, fig. |.
(") Planche VU, lig. 1 l'ARROT.
Les culs-de-sac glandulaires, dont je vous ai signalé l’élargissement si remarquable, sont pleins de spores et ressemblent à des calebasses que l’on aurait remplies de grains de millet. On 11’y voit pas de tubes, quelque soin que l’on mette à les chercher. Le parasite a pénétré aussi dans les espaces interglandulaires, mais en petite quantité.
Dans toute cette partie de la préparation, les spores dominent d’une manière très-manifeste ; elles deviennent beaucoup plus rares à partir de la couche sous -muqueuse, où l’on voit un certain nombre de tubes, qui s’enfoncent dans la tunique celluleuse à peu près perpendiculairement à la direction de ses fibres. Ces tubes pénètrent dans les vaisseaux, et sont peut-être le point de départ des coagulations sanguines que l’on y constate. Je ne les ai jamais suivis jusqu’à la tunique musculeuse. Entr’eux on trouve des spores en très-petit nombre, et l’on remarque que les noyaux du tissu conjonctif ont proliféré.
Si du bourrelet où la lésion est à son maximum on va vers le centre du godet, on la voit diminuer graduellement.
La végétation n’affecte pas toujours la forme d’une cupule; souvent elle se présente en petites éminences acuminées ou arrondies; mais cette différence tout extérieure ne modifie pas les rapports de la mucédinée avec les tissus.
Dans un cas auquel j’ai déjà fait allusion, il existait une ulcération de la paroi gastrique. Elle était à 4 centimètres environ du pylore, à cheval sur la grande courbure et de forme à peu près ovalaire. Elle avait 20 millimètres de long sur 8 de large. Ses bords festonnés, taillés à pic, étaient couverts de petites éminences semblables à celles des autres points de la muqueuse. Sa surface, notablement déprimée, était marbrée de noir et comme ecchymosée. En l’examinant par transparence, on voyait que cette coloration était due à des