DOUZIÈME LEÇON
ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE L’ATHREPSIE (suite)
Messieurs,
Le muguet nous a fait parcourir le tube digestif tout entier. Aujourd’hui je vais revenir à l’estomac, et vous décrire les autres lésions que l’on y peut rencontrer chez les athrepsiés. Mais je dois préalablement vous dire quelques mots du ramollissement nécro-chimique que l’on trouve très -fréquemment dans les autopsies. Il n’est pas spécial aux nouveau-nés; mais comme il modifie parfois d’une manière assez notable les lésions que l’on trouve chez eux, il m’a semblé utile de vous en parler.
On l’a considéré tantôt comme line modification vitale, et par conséquent morbide, tantôt comme dîi à l’action posl mortem du suc gastrique sur la paroi de l’estomac. Admise par Louis, Billard, Jœgcr, Rokitansky, la première opinion a été particulièrement défendue par Cruveilhier.
Parmi les partisans de la seconde, je vous citerai Hunier,
PARItOT. |fi
Lésion do l’es- Lomac.
Ramollissement
nécro-chimi-
que.
Carswell, Trousseau, MM. Bednâr, Oppolzer, Bam berger, Vogel (1), Virchow et Elsaesser (2).
D’autres observateurs ont émis une opinion mixte, et tout en reconnaissant que le ramollissement gélatiniforme de l’estomac est un l'ait cadavérique, ils supposent qu’il commence pendant la vie, et que la mort a souvent pour résultat de l’exagérer. Quelques-uns, comme MM. Rilliet et Barthez, restent indécis et pensent qu’il s’agit tantôt d’une altération pathologique, tantôt d’un résultat chimique.
La question est aujourd’hui résolue en faveur de la dernière hypothèse ; et les preuves abondent pour démontrer qu’il s’agit d’une véritable digestion post mortem de la muqueuse de T estomac.
Les parties atteintes sont surtout la grosse tubérosité et la face postérieure, parce que dans la position habituelle des cadavres elles sont dans la déclivité; et que, par conséquent, les sucs capables d’agir sur les tissus s’y accumulent.
Il est rare que l’organe tout entier soit atteint. Les parties ] ramollies, toujours imbibées de matières alimentaires, j exhalent une odeur butyreuse, acide et rougissent fortement
(!) Le chapitre que M. Vogel (a) consacre au ramollissement de l’eslomac ou gastromalacie est très-intéressant et mérite d’être consulté par tous ceux qui voudront connaître, au point de vue historique, les phases par lesquelles a passé la question.
(2) Elsaesser, dont les recherches remontent à 184G, a fait de nombreuses expériences pour arriver à la démonstration de sa manière de voir.
Suivant la position qu’il donnait
au cadavre, il a vu que les parties atteintes étaient toujours dans la déclivité.
Il divisait le ramollissement en gélatiniforme proprement dit et en noir. Il est très-probable que celle dernière qualification doit être rapportée au cas où du sang avait transsudé à la surface de la muqueuse, ulcérée ou non. Cette particularité se f présente très-fréquemment chez les ?
nouveau-nés.
(a) Loc. cil., p. 14-6.
LÉSIONS DE L’ESTOMAC, le papier de tournesol. Leur coloration est grise ou d’un gris légèrement verdâtre. Elles sont à demi transparentes, et leur -aspect rappelle celui d’une tablette de gélatine ramollie.
La muqueuse se laisse facilement détacher avec le manche d’un scalpel, comme s’il s’agissait d’une solution de gomme très-épaisse; et au-dessous on voit la tunique fibreuse, habituellement conservée; quelquefois la paroi tout entière est atteinte, et la moindre traction suffit à la déchirer. Celte rupture peut être faite avant l’autopsie, et l’on ne trouve plus, à la place de l’estomac, qu’un magma gris-noirâtre, où sont confondus les restes du viscère et les aliments qu’il contenait .
Si l’on fait l’examen histologique des parties ramollies, on y trouve quelques cellules épithéliales contenues dans une matière muciforme, et le squelette des vaisseaux qui semblent avoir subi l’action de l’acide acétique concentré.
Sur la paroi gastrique, les limites du ramollissement sont nettement tranchées, et l’on n’observe au pourtour aucune coloration anormale, aucune réaction inflammatoire, soit du tissu propre de l’estomac, soit du péritoine.
Les organes qui continent à l’estomac peuvent être intacts; mais le plus souvent ils sont altérés comme lui, bien qjue plus légèrement. C’est ainsi que la rate, le rein gauche, 1 épiploon, le diaphragme et les poumons euxmêmes, sont plus ou moins ramollis et digérés, par le fait de la transsudation du suc gastrique à travers la paroi de l’estomac.
Pour que le ramollissement nécro-chimique se produise, il est nécessaire que le malade soit surpris en pleine diges-
(ion par la mort. Lorsqu’il de semblable (1).
(1) Voici une observation de ramollissement nécro-chimique de l’estomac ; elle est un exemple de la variété noire dont parlent Elsaesser et M. Vogel.
Ous. XXXV. — Vomissements, diarrhée. — Gastrite ulcéreuse, ramollissement nécro-chimique de l’estomac, stéatose rénale.
Eulalie B., âgée de six mois, est admise- à l’infirmerie le 25 mars 187 1 . Elle a une diarrhée abondante, refuse de prendre le sein, et vomit non-seulement le lait, mais encore une matière jaune d’apparence bilieuse. Son ventre est plat et pâteux; sa peau flasque garde les plis que l’on y fait; ses yeux sont profondément excavés, et de temps en temps elle pousse des cris aigus et plaintifs.
Pouls 136.
Glace et boissons glacées, — corps chaud à la périphérie.
26. — Les vomissements ne se sont pas reproduits, et il n’y a pas eu de diarrhée pendaut la nuit. — Le visage est pâle et la langue sèche ; l’enfant est dans le coma.
Pouls Tl 6.
27. — L’immobilité persiste, les yeux sont excavés et clos, la respiration est très-affaiblie. Il y a eu une seule garde-robe diarrhéique. L’intégrité du mouvement est conservée, mais il y a une diminution notable de la sensibilité, surtout aux membres supérieurs.
Pouls 124.
est à jeun, il ne se fait rien
L’enfant succombe à neuf heures du soir.
L’autopsie est faite le 29.
Au-dessous de la peau des cuisses, on trouve uneçouche de tissu celluloadipeux,qui a un centimètre d’épaisseur.
L’encéphale, le cœur et les poumons ne présentent aucune altération.
Le sang est partput fluide et les séreuses sont couvertes d’une matière visqueuse.
Dès que l’on a ouvert l’abdomen, on voit par transparence des taches brunâtres sur toute l’étendue de la face antérieure de l’estomac. Au moment où on le sépare des parties auxquelles il est uni, il se déchire et laisse échapper une cuillerée environ d’une matière semblable à du marc de café. Après l’avoir incisé le long de sa grande courbure , on constate sur toute l’étendue de sa paroi interne une couche épaisse d’un mucus très - adhérent et constellé de taches opaques d’un brun noir, formant sur quelques points de larges plaques. C’est du sang altéré par le suc gastrique. — Après avoir détaché cet enduit par le raclage ou à l’aide d'un jet d’eau, on voit que dans son ensemble la muqueuse do la face antérieure a conservé sa coloration normale, mais quelle est criblée de petites ulcérations en cupule.
— Ces lésions sont beaucoup plus accentuées sur la face postérieure, dont le tiers interne, à peu près, est en outre atteint de ramollissement gélatiniforme. Elle est semitransparente, et par le raclage on eu
Après avoir rangé le ramollissement gélatiniforme parmi les phénomènes cadavériques, il faut rechercher s’il n’est pas quelque circonstance, où la muqueuse gastrique perd sa consistance normale par le fait de la maladie? Il est certain qu’il peut en être ainsi dans quelques cas; mais ce phénomène est toujours peu accentué et n’a qu’une importance secondaire, étant primé par une affection antérieure. Aussi, tout en reconnaissant que dans certaines affections de l’estomac la tunique interne a perdu sa résistance habituelle, je ne puis concéder que l’on qualifie un pareil état de ramollissement gastrique. ’
J’aborde maintenant des lésions de l’estomac qui font véritablement partie du domaine de l’Athrepsie. Ne voulant pas préjuger leur nature, je les désignerai sous le nom de gastro-
détache line matière qui ressemble à une solutiondegomme très-épaisse, et qui répand, comme d’ailleurs toute la cavité gastrique, une odeur trèsacide.
Tout cela est plus marqué au niveau de la petite courbure et dm grand cul-de-sac, la digestion cadavérique y ayant été plus complète; et c’est là que les tissus plus mous et très-amincis se sont déchirés par les manœuvres de l’autopsie. Les ulcérationsqui avoisinent cette région sur les deux faces, mais principalement sur la postérieure, sont beaucoup plus larges que les autres, et entourées d’une zone de ramollissement qui peut avoir juqu’à 2 millimètres de large.
Dans les points où l’action chimique a été moins intense, comme sur la paroi antérieure, on distingue les vaisseaux colorés en sépia.
Les follicules isolés du gros intestin font une légère saillie, et leur périphérie est congestionnée.
Le foie a une teinte marron clair et sa vésicule contient beaucoup de bile. Les cellules grasses que l’on y trouve sont, assez abondantes et à peu près également distribuées autour de la veine centrale et à la périphérie du lobule. — Les calices et les bassinets des deux reins contiennent de petits graviers jaunâtres. — La substance corticale est colorée comme le foie. Les gros tubes contournés sont stéatosés et les gouttelettes huileuses qu’ils' contiennent sont assez nombreuses, pour masquer les éléments épithéliaux. Dans les tubes de Dellini, la graisse, beaucoup moins abondante, forme des granulations plus fines.
Gastropathie
pathics. IlI les révèlent deux formes principales : Y ulcéreuse el la diphthéroïde.
Je vais vous en indiquer les caractères essentiels, en commençant par Yulçcreuse qui estde beaucoup la plus fréquente.
Elle a été vue et décrite par la plupart des auteurs qui se sont occupés des maladies des nouveau-nés ; par Denis, Billard (l), MM. Rilliet et Barthez (2), Vogel (3) et Bar-
(1) Billard, (a) considère quatre variétés de gastrites :
Gastrite érythémateuse,
— avec altération de sécrétion,
— folliculeuse,
— avec désorganisation du tissu.
Je n’ai jamais observé la forme
érythémateuse isolée. Dans tous les cas où je l’ai rencontrée, elle s’accompagnait d’un exsudai pseudomembraneux.
La gastrite avec altération de sécrétion n’est autre chose que Je muguet de l’estomac.
La gastrite avec désorganisation du tissa comprend la gangrène de l'estomac que l’auteur dit être assez rare chez les enfants à la mamelle, et le ramollissement gélatiniforme.
Reste donc lagastrite folliculeuse, qui se confond avec celle que j’étudie sous le nom de gastropathie ulcéreuse.
(2) MM. Rilliet et Barthez (b) rattachent aux lésions des follicules de l’estomac les ulcérations à facettes et ils en rapportent une observation. — Il y est dit que k tout le viscère, sauf le grand cul-de-sac, est criblé d’une infinité de petites ulcérations, les unes
parfaitement arrondies, les autres ovalaires ; la plupart ont perforé toute . la muqueuse et ont pour fond le tissu sous-muqueux ; d’autres, plus superficielles et plus petites, ont à peine l’étendue d’une petite tête d’épingle, et forment sur la muqueuse des érosions qui, rapprochées les unes des autres, rappellent l’aspect d’un dé à coudre. D’autres enfin, de l’étendue d’une petite lentille, ont détruit le tissu sous-muqueux, et reposent sur la membrane musculeuse ; leurs bords sont rouges, minces et décollés dans l’étendue de plus d’un millimètre au pourtour de l’ulcération. »
Il est probable que sur ces derniers points la paroi avait subi le ramollissement nécro-chimique.
(3) M. Vogel (e) décrit sous le nom d’érosions hémorrhagiques de la muqueuse de l’estomac des lésions qui, dit-il, se rencontrent à l’autopsie de beaucoup d’enfants morts des affections les plus variées, surtout chez les tuberculeux etehez ceux qui ont eu des vomissements à la fin de leur vie. Elles succèdent aux ecchymoses et aux extravasals qui se forment dans cette membrane.
(a) Loc. cit., |t. 326.
(b) Itilliet et Barthez, Traité des maladies des enfants-, 1853, t. 1, p. 685. ' (c) Loc. cil., p. 115.
rier (i). Mais leurs descriptions sont confuses et incomplètes ; leur étiologie et leur pathogéniè erronées.
La gastropathie ulcéreuse se présente sous deux aspects bien différents, suivant qu’on l’observe chez les enfants nés dans des conditions normales ou chez les avortons atteints d’œdème et de la coloration subicférique qui se développe presque toujours en pareil cas.
La première est de beaucoup la plus fréquente, et nous servira de type.
Lorsqu’on a enlevé la paroi abdominale, l’estomac étant encore en place, s’il est distendu par des gaz, on voit à travers sa mince paroi de petites taches brunes, bleuâtres ou noires qui correspondent aux ulcérations de la muqueuse.
Après qu’il a été ouvert (*), sa surface* interne, presque tout
Il est probable que l’auteur n’a pas eu en vue les ulcérations des athrepsiés.
(1) M. Barrier (a) pense que, parmi les gastrites, la folliculeuse est la seule qui appartienne à l’enfance, et qu’elle est propre aux enfants très-récemment nés. Il la distingue avec soin de la turgescence des cryptes gastro-intestinaux qui ne se montre que plus tard, surtout à l’époque de la première dentition.
Dans sa description, l’auteur commet plusieurs inexactitudes.
« Un plus ou moins grand nombre de follicules, dit-il, sont détruits par des ulcérations arrondies, quelquefois très-régulières et comme faites avec un emporte-pièce, d’un diamètre de 1 à 3 ou 4 millimètres.
Leur fond est habituellement d’un beau jaune, et leurs bords un peu
tuméfiés d’un rouge carmin vif, qui tranche sur la couleur pâle de la muqueuse du voisinage. Ces solutions de continuité intéressent la tunique interne de l’estomac dans toute son épaisseur, mais ne dépassent point la couche celluleuse sousmuqueuse. Elles affectent exclusivement les follicules , car lorsqu’elles sont peu avancées, on retrouve dans leur fond ces follicules non encore détruits, et une pression modérée en fait sourdre une gouttelette de mucus plus ou moins altéré.
Enfin , la coïncidence d’un grand nombre de follicules simplement tuméfiés, tantôt pâles, tantôt rouges, fournit un nouvel indice sur le siège précis des ulcérations.
» Dans la plupart des cas elles
ont amené une exsudation sanguine. »
Première variété.
Examen à l’œil nu.
(a) Loc. cil., t. 11, p, HO.
(*) Voy. planche III, fig A.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE, entière, apparaît couverte d’une épaisse couche de mucus, adhérente à ce point qu’il est difficile de l?cn détacher autrement que par le raclage ou l’action d’un jet d’eau. Cet enduit a une teinte générale grisâtre et il est parsemé de taches sépia et même tout à fait noires, isolées et nettement circonscrites, comme étalées et déchiquetées sur les bords. Parfois leur confluence et l’épaisseur de la matière qui les constitue sont telles, qu’elles forment de larges surfaces noires, d’ailleurs très-irrégulières dans leur forme et leur teinte. Leur substance absolument amalgamée avec le mucus y forme quelquefois des stries produites artificiellement par le frottement des deux parois l’une contre l’autre. Elle est identique à celle que l’on rencontre dans l’estomac, toutes les fois qu’une hémorrhagie s’est produite dans sa cavité. En pareil cas, on l’a justement comparée tantôt à du marc de café, tantôt à de la suie délayée dans de l’eau. C’est du sang qui a subi l’action du suc gastrique.
La couche de mucus étant enlevée, on voit dans les points qui correspondent aux taches noirâtres, tantôt de simples dépressions en cupule, tantôt de véritables ulcérations circulaires (*) . Les dimensions de ces pertes de substance sont trèsvariables ; il en est que l’on a de la peine à distinguer ; d’autres, dont le diamètre dépasse deux millimètres. Leur profondeur diffère également suivant les cas; mais il est rare qu’elle atteigne un millimètre. Leurs bords sont, déprimés ou taillés à pic. Cette dernière forme est d’autant plus prononcée que l’ulcération est plus large. Lorsqu’on les a détergées, on voit que le fond est grisâtre. La muqueuse qui les entoure a le plus souvent toutes les apparences de l’étal normal, quelquefois cependant elle est légèrement rosée. Rarement les vaisseaux de la couche sous-jacente s’y dessi-
(*) Voy. planche III, ftg. A et B.
nent en lignes noirâtres. A côté des ulcérations, il peut exister de petites ecchymoses rouges ou rosées, circulaires ou à contour irrégulier, n’ayant pas en général plus d un a deux millimètres de large, peu nombreuses et superficielles. Comme les ulcérations, elles sont souvent recouvertes d’un
exsudât sanguinolent.
Chez un grand nombre de sujets, on rencontre des amas de mucus tachés de noir, même lorsque la paroi gastrique a toutes les apparences de l’état sain. Il s’agit probablement d’hémorrhagies par diapédèse (1).
(I) Voici cequeditM. Rindfleisch ( a ) relativement à cette lésion.
« Le catarrhe hémorrhagique diffère des exsudations séreuses par le fait que ce ne sont plus les principes isolés du sang, mais ce liquide en substance qui apparaît à la surface de la muqueuse. L’hémorrhagie a lieu régulièrement aux points les plus proéminents de la muqueuse ; ainsi dans l’estomac, elle se fait sur les replis conjonctifs qui entourent les orifices glandulaires; dans l’intestin grêle, au sommet des villosités, et plus particulièrement de celles qui garnissent les bords des valvules conniventes ; dans l’iléon et le côlon elle se produit principalement au voisinage des glandes folliculaires.
Le phénomène en lui-même est ce qu’on appelle une diapédèse. Le sang, sortant par de toutes petites déchirures situées aux points d’inflexion des anses vasculaires, s’épanche par portions très-minimes dans le parenchyme conjonctif et chemine de là vers la surface. »
Ces petites hémorrhagies de la muqueuse gastrique sans lésion appréciable sont très-fréquentes chez les enfants des différents âges, quelle qu’ait été d’ailleurs la cause de la mort. En général, la quantité de sang extravasé est très-peu considérable.
L’observation suivante est un exemple très-net de cette lésion.
Ons. XXXVI. — Athrepsie . — Ecchy moses de la muqueuse de l'estomac.
Marie Sal, née le 25 janvier 1871, succombe à l’Athrepsie le 23 février.
L’autopsie est faite le lendemain.
La bouche, le pharynx et l’œsophage contiennent beaucoup de muguet.
La paroi interne de l’estomac est couverte d’une couche de mucus qui présente de nombreuses taches brunes. Après l’avoir enlevé par le raclage, on trouve sur les deux faces du viscère un très-grand nombre de petites ecchymoses d’un rose vif, disséminées sans ordre. Au niveau de la
(a) Rindfleisch, Truité d’histologie pathologique (trad franç., 1873, p. 353).
Los ulcérations ne se rencontrent pas indifféremment sur tous les points de l’organe; elles occupent surtout la face anterieure, la grande courbure et la région pylorique. Cependant, chez un certain nombre d’enfants, on les voit sur les deux faces.
Le ramollissement nécro-chimique peut exister avec les ulcérations gastriques,' principalement au niveau de la grosse tubérosité et dans son voisinage (1). Alors il y a un décollement du bord des ulcérations qui sont plus étendues que de coutume. Leur fond est nacré comme si la tunique celluleuse était à nu ; pourtant il n’en est pas toujours ainsi, et un examen attentif montre que bien souvent ce n’est là qu’une apparence, due à ce que le reste de la muqueuse est devenu transparent, sous l’influence du suc gastrique. Cette transparence s’est même étendue parfois à toute la
grande courbure, elles sont très-abondantes. On n’en voit pas au niveau de la petite, autour du pylore et sur presque tous les points du grand culde-sac. Le reste de la muqueuse a une coloration gris rosé.
La surface du gros intestin est couverte de follicules saillants, dont quelques-uns sont déprimés au centre, et entourés de vaisseaux injectés.
(1 )Denis (a) avait constaté cette combinaison du fait morbide et de l’action cadavérique, mais sa signification lui avait échappé ; il n’avait vu là qu’une variété de l’ulcération. « Après la mort, dit-il, on trouve des ulcères qui permettent de passer sous leur
bord un stylet délié : ce qui avertit que le tissu cellulaire qui l’unissait dans l’origine à la musculeuse a disparu. Le stylet pénètre même quelquefois à une demi-ligne entre la muqueuse et la musculeuse. C’est dans le cas de grand décollement du bord, quand on voit à nu une large surface à l’ulcère avancé dans son développement, qu’on est à portée d’observer ce qui s’est passé dans la musculeuse. Elle s’est décollée, des libres se sont disjointes, leur direction n’a pas changé, cependant elles forment des zigzags, et ont pris une teinte blanc-nacré, comme si on les avait macérées, et aucune rougeur ne s’y fait voir. »
(a) Loc. cit., i>. 55.
LÉSIONS DE L’ESTOMAC, paroi, et l’on distingue, au niveau de 1 ulcération, les faisceaux musculaires (obs. XXXVII).
Obs. XXXVI I . — Ulcérations avec ramollissement nécr.o-chimique de l’estomac. — Thrombose des veines rénales. — Stéatose encéphalique et rénale.
Léonie H. née le 8 juin 1869, est admise le 22 à l'infirmerie.
Elle porte de larges ulcérations et des plaques rouges autour des malléoles et le long du bord interne des pieds.
Poids 2394.
Temp. 38".
La mort a lieu le 23, et 1 autopsie est faite le 24.
Les veines méningées sont gorgées de sang, et la substance cérébrale est le siège d’une stéatose ditluse des plus prononcées.
La caisse du tympan contient à droite une assez grande quantité d’un pus jaunâtre diflluent. A gauche, cette cavité est injectée, mais vide.
Toutes les cavités cardiaques sont remplies de caillots cruoriques mous.
Avant l’ouverture de l’estomac, on voit que sa tunique péritonéale est saine, et par transparence l’on distingue un très-grand nombre de petites taches violacées, au niveau desquelles la paroi est amincie.
L’ayant ouvert par une incision faite le long de la grande courbure, on constate que sa face interne est tapissée par du mucus auquel se trouve mêlée une matière noirâtre semblable à de la sépia.
Après un lavage sous un filet d’eau, la muqueuse apparaît avec une teinte gris sale, çà et là rosée, transparente, d’aspect et de consistance gé-
latiniforme sur quelques points de la grosse tubérosité. De plus, on y voit un très-grand nombre d’ulcérations en cupule, dont le diamètre varie de 1 à 3 ou 4 millimètres. Au fond des plus larges, on aperçoit une surface nacrée. A leur niveau, la paroi gastrique est friable et se déchire aisément. Les bords d’un certain nombre sont décollés et entourés d’un cercle brunâtre.
Les ulcérations les plus larges sont celles qui avoisinent la grosse tubérosité, c’est-à-dire la région ramollie. Elles paraissent encore 1apissées par une légère couche de la muqueuse.
Dans le duodénum et dans quelques anses de l’iléon on trouve du mucus gastrique. Il y est mêlé à de la bile jaune, mais n’est nullement adhérent à la muqueuse intestinale.
Les follicules isolés du gros intestin font une légère saillie.
L’examen microscopique des portions gélatiniformes et transparentes de la paroi gastrique fait voir que toute trace de texture a disparu. L’on n’y distingue plus que des vaisseaux dont la plupart des éléments sont très-apparents, comme s’ils avaient subi l’action de l’acide acétique. Les artères sont beaucoup plus nettes que Its veines. - — Au centre des ulcérations, il n’y a plus de glandes. Sur leurs bords on en distingue encore qui sont en partie détruites.
Les reins sont altérés à des degrés divers. Sur l’un d’eux, la veine au niveau du hile est remplie par un caillot grisâtre, friable, qui se pro-
Examen
microscopique
Pour achever de se renseigner sur les ulcérations gastriques, il est indispensable de les étudier sur des coupes laites ] perpendiculairement à la paroi du viscère (*).
La perte de substance apparaît comme une échancrure j semi-lunaire, a Tond assez régulier et dont les bords ne saillent que faiblement sur la ligne de surface. — Les détails ana- f forniques varient avec sa profondeur. Quand elle est peu con- . sidérable, les glandes ne sont détruites que dans leur partie S la plus superficielle. Entre elles on distingue tout à la fois | une congestion veineuse, et une multiplication des noyaux du tissu conjonctif. Si elle est tout à la fois large et profonde, I les glandes ont complètement disparu dans une certaine I étendue; et son fond, qui bombe comme une lentille, est formé par la tunique fibreuse, dont la couche la plus super- 1 ficielle est le siège d’une abondante multiplication de ses! éléments plasmatiques. Sur les bords de cette cavité, I les glandes sont détruites à des hauteurs diverses, ainsi que fl le tissu interstitiel qui présente les altérations sus-indiquées. - Il est des cas où la congestion vasculaire prend des proportions considérables. Alors les glandes reposent sur un réseau noirâtre, d’où s’élèvent, semblables à des bourgeons, de grosses veines dont l’extrémité la plus rapprochée de fl la surface se renfle en massue, et présente parfois un volume 'i
longe jusque dans des ramifications très-ténues. Toutes les pyramides sont le siège d’une très-forte congestion et ont une coloration noire. Dans l’autre, la lésion est moins marquée; quelques ramifications veineuses seulement contiennent des caillots, et la congestion des pyramides est assez irrégulière. Lorsqu’on
a détaché la capsule fibreuse, on constate que la congestion n’atteint la périphérie que sur un petit nombre de points. Les caillots n’ont contracté aucune adhérence avec les t parois veineuses. Il y a une stéatose très-marquée des tubes contournés de la substance corticale.
(*j Voyez planche V, lîg. 1.
considérable. Ces vaisseaux compriment les glandes du voisinage et les font en quelque sorte disparaître sous leur masse. Sur un petit nombre de points, les hématies sont manifestement extravasées et forment des amas d’importance variable dans le tissu interglandulaire. Jamais les vaisseaux, quelque congestionnés qu’ils soient, n’atteignent la surface libre de la muqueuse. Là où il n’existe encore aucune perte de substance, ils sont couronnés par une couche d’épithélium cylindrique.
Cet état des veines n’existe qu’au voisinage de l’ulcération ; dès que l’on s’en éloigne, elles disparaissent on ne sont plus indiquées que par la présence de quelques globules rouges.
Certains vaisseaux, surtout à la base des glandes, contiennent non-seulement des hématies, mais aussi des granulations fibrineuses, ce qui doit faire supposer que des thrombus s’y sont formés durant la vie.
La seconde variété d’ulcérations gastriques s’observe sur certains athrepsiés nés avant terme, atteints d’œdème, et présentant cette coloration jaune-abricot de la peau, qui existe presque toujours en pareil cas.
Sur la face interne de l’estomac (*), tapissée ou non d’une couche de mucus, on voit de petites plaques lenticulaires n’ayant pas en général plus d’un millimètre de diamètre, mais pouvant être beaucoup plus petites ; d’un jaune foncé ou citron; un peu déprimées à leur centre, ou véritablement ulcérées (1).
(1) Denis (a) pense à tort que cette lésion est l’origine de tous les ulcères gastriques des nouveau-nés, et il se méprend sur leur véritable na-
(a) Loc. cil., p. 53.
(*) Voy. planche lit, t'ig. C.
lure, puisqu’il les considère comme des pustules. Voici son texte :
« Après l’injection phlegmasique de la muqueuse, l’altération la plus
Deuxième variété.
Le fond de l’ulcération a une teinte jaune d’autant plus prononcée, que la perte de substance est moins étendue et moins profonde. La muqueuse est, dans son ensemble, beaucoup plus injectée que dans la première variété, et les ulcérations sont d’ordinaire entourées d’une zone rouge. I l n’estpas douteux que les plaques jaunes ne soien t le premier degré des \ ulcérations et le plus souvent on trouve les deux lésions réunies j sur le même estomac (obs. XXXVIII) ; mais il n’en est pas tou-
fréquemment produite dans l’état aigu consiste dans un grand nombre de petites taches jaunes, qui occupent communément la portion splénique du ventricule. En examinant à l’œil nu, et mieux encore avec une bonne loupe, on s’aperçoit que ces taches sont : les unes des élevures lenticulaires de la muqueuse, ayant d’un sixième de ligne à une demiligne de diamètre, placées à des distances variées entre elles ; les autres, des cavités circulaires d’un même diamètre , qui semblent avoir été produites aux dépens de la muqueuse...
» ... Les points des parois de l’estomac occupés par les élevures sont plus épais que ceux non altérés.
Quant à ces élevures, on les prendrait au premier abord pour le produit d’un épaississement local; mais en les incisant on en fait sortir, un peu d’un fluide blanc jaunâtre et opaque, qui remplissait une petite cavité entre la couche musculeuse et la muqueuse...
y> Il résulte de cet exposé, que les élevures jaunes de la muqueuse sont île vraies pustules. L’élevure se rompt très-rapidement, ce qui fait que les pustules sont rarement ren-
contrées à l'autopsie, tandis que les petites cavités jaunes, que je désignerai par le nom d’ulcères, sont fréquemment observées. »
Ods. XXXVIII. — Œdème, Ictère. — Stéatose de l’encéphale et des reins, ulcérations de la muqueuse gastrique.
Marie M., née le 5 juin 1 870, est apportée à l’infirmerie le 8 et est vue pour la première fois le 9. Sa peau a une teinte subictérique. Les membres sont œdémateux, surtout dans leur segment inférieur. A la lin de l’inspiration, on perçoit des râles crépitants dans les deux poumons en arrière.
Pouls 76.