‹ Clinique des plaies d'armes a feuChapitre 27 sur 65 · FACE · texte numérisé non relu

FACE

l'emploi du nitrate d'argent et d'une compression méthodique, la fistule disparut ainsi que l'emphysème qu'elle déterminait. Quant au globe de l'œil, il ne paraît nullement altéré dans sa structure, mais ses fonctions sont complètement abolies, ce que j'explique par la lésion du nerf frontal de la cinquième paire, par les communications de cette branche avec le rameau nasal du même nerf, et les liens qui unissent ce dernier aux nerfs ciliaires du ganglion ophthalmique. La mémoire est altérée au point que cet officier perd le souvenir de tous ses actes. Les objets qui, la veille , Font le plus frappé, vingt-quatre heures suffisent pour les chasser à jamais de son esprit. Il a parfaitement souvenance de tout ce qui est antérieur à son accident, la propriété d'expression lui échappe malgré ses efforts, aussi empïoie-t-il fréquemment le mot chose, ce qui vient à l'appui de l'opinion de Gall et des phrénologistes , qui placent le siège de la mémoire dans la portion des lobes antérieurs du cerveau correspondant au globe de l'œil.

Si on éprouvait de grandes difficultés pour extraire une balle qui aurait pénétré- dans les sinus frontaux, il faudrait l'y abandonner. En 1814, à Waterloo, le général T... reçut une balle au milieu de l'orbite du côté gauche, qui déchira le globe de l'œil et vint se fixer en tra-

versant la paroi orbitaire supero-interne ? au milieu des sinus frontaux, Elle y séjourna pendant douze années sans que nul accident ne vînt révéler sa présence, après lesquelles il fut réveillé une belle nuit par la présence d'un corps étranger qui lui était tombé dans le pharynx; c'était la balle, qu'il n'eut que la peine de cracher pour en être débarrassé. Les fastes de la science sont remplis de faits analogues.

île

OBSERVATION

Fonte purulente du cristallin , déterminée par la présence d'une petite pierre chassée par l'explosion cki fort l'Empereur. — Opération de la cataracte par extraction. — Guérîson.

Un canon nier turc appelé Mustapha, âgé de 60 ans , homme remarquable par sa vigueur et la force de sa constitution, fut atteint, lors de l'explosion du fort l'Empereur, à Alger, par une petite pierre arrondie et du volume d'une grosse tête d'épingle, qui, dirigée.obliquement de bas en haut, de manière à déchirer inférieurement la cornée transparente de l'oeil droit , était ensuite venue se fixer au centre du cristallin. Ce militaire souffrait depuis trois jours quand je fus appelé pour le soigner. Ophthalmie des plus intenses, globe de l'œil volumineux, tendu, commencement d'exophthalmie, et fonte purulente du cristallin , au centre duquel on distin

guait aisément une petite pierre; cicatrice complète de la plaie de la cornée qui lui a donné passage. Je pratiquai l'opération de la cataracte par extraction , et à peine la cornée eut-elle été divisée, que le cristallin, comprimé par les humeurs de l'oeil dilatées, ou accrues par le fait de l'inflammation, fut chassé avec force au-dehors ainsi que la pierre, et l'humeur aqueuse. Je fis saigner le malade à plusieurs reprises; je fermai ses paupières à l'aide d'une bandelette de taffetas d'Angleterre, pour soustraire complètement le globe de l'oeil à l'action de la lumière, et six semaines plus tard l'organe avait recouvré ses fonctions, mais incomplètement, parce que l'indocilité du malade m'empêcha d'arrêter les progrès de l'opacité de la cornée provenant de la cicatrice de cette membrane. Je conserve avec soin la pierre dont j'ai fait l'extraction. On a souvent rencontré dans le globe de l'œil des grains de plomb qui y étaient entrés par suite d'accidents à la chasse, mais aucune de ces lésions n'était , que je sache , accompagnée des phénomènes curieux que je viens de mentionner. Ce fait est peut-être unique dans les fastes de la chirurgie. Si des corps étrangers d'un assez gros volume occupaient le globe de l'oeil, il faudrait à tout prix les retirer, le plus tôt possible, quand même il serait nécessaire d'inciser cet organe et de le vider afin de

modérer l'intensité de l'ophthalm-ie , et de s'opposer à ce qu'elle se portât sur l'œil du côté opposé. .

IIIe OBSERVATION.

Contusion du globe de l'œil sans lésion bien apparente de cet organe , déterminée par une balle qui s'est logée dans l'orbite, sous la paupière inférieure.

A la descente du mont Occoza, Z..., soldat au 28e régiment, se sentant frappé vers l'angle externe de l'œil droit, se rend à l'ambulance. Les paupières ne sont aucunement ecchymosées. La conjonctive, vers l'angle externe du globe oculaire, est rouge, un peu injectée, sans déchirure; la paupière inférieure offre une légère tuméfaction. Le défaut de temps et l'arrivée continuelle de nouveaux blessés ne me permettant pas de pousser bien loin l'examen de cette lésion , que ce militaire attribuait au choc d'une petite pierre ou d'une branche d'arbre, je fis un pansement simple avec application de compresses trempées dans de l'eau froide , et je ne le revis plus que dans les hôpitaux d'Alger, quatre jours plus tard. On reconnut derrière la paupière inférieure un corps arrondi fuyant sous la plus légère pression; c'était la balle dont il fallait se hâter de faire l'extraction, afin d'arrêter les progrès de l'ophthalmie aiguë toujours croissante. On fit à

tort une incision transversale dans l'épaisseur de la paupière; l'impossibilité de fixer le corps étranger rendit vaines les tentatives d'extraction par cette voie; le lendemain on fut plus heureux. Il suffit de refouler le globe de l'œil en arrière, et de tirer en même temps la paupière inférieure en avant, pour engager derrière le projectile une petite curette qui servit à l'expulser. Dès ce moment il ne resta plus à traiter qu'une ophthalmie qui bientôt prit une marche rétrograde. Ce fait, à cause de sa rareté et du mode d'extraction du corps étranger, m'a paru digne d'être mentionné. Il existe actuellement encore dans les hôpitaux d'Alger un militaire qui a été blessé dernièrement, à laTafna, d'une balle qui est entrée dans l'orbite à travers la paupière inférieure, et après avoir écorné légèrement le bord orbitaire. En déprimant avec force l'angle externe des paupières , on reconnaît aisément la présence du projectile qui comprime le globe oculaire par sa face inférieure et un peu externe, à tel point que la pupille déformée a la forme d'un ovale dont le grand diamètre est perpendiculaire, et à travers cette ouverture, on voit une partie de la face interne de la rétine qui est refoulée ainsi que les autres enveloppes de l'œil, dont les humeurs ne sont encore nullement altérées. La vue s'éteint déplus en plus chaque jour; la conjonc-

tivite n'est pas très intense, la plaie d'entrée est fermée et laisse des traces blanches à peine visibles. Je ne conçois pas pourquoi on s'obstine à ne pas procéder immédiatement à l'extraction de cette baîle.

IVe OBSERVATION (1).

Ablation d'une tumeur de nature fibrineuse, contenant plusieurs petits kystes séreux du poids de quinze onces et développée dans l'épaisseur de la paupière supérieure du côté droit.

Un Maure habitant la ville de Blidah, âgé de vingt-quatre ans, attiré à Alger par les opérations chirurgicales que j'avais faites sur quelques uns de ses coreligionnaires , se présente à moi , porteur depuis plusieurs années d'une énorme tumeur bosselée et située dans la paupière supérieure du côté droit. Il attribue à un coup de bâton reçu sur l'œil la cause de cette production dont le développement dans l'épaisseur de la paupière supérieure est tel aujourd'hui , que les cils refoulés descendent jusques auprès du menton. Cette tumeur, longue de six pouces? dans son diamètre vertical, large de cinq pouces transversalement, dirigée un peu obliquement

(1) Bien que cette observation ne soit pas de la nature de celles qni font le sujet de ce travail , néanmoins j'ai pensé quelle pouvait être consignée parmi les lésions pathologiques de la région oculaire, à raison de l'intérêt qu'elle peut offrir.

en dedans, développée entre la conjonctive palpébrale et les tissus qui recouvrent cette membrane , présente un relief très prononcé qui s'élève au-dessus de la hauteur du nez. Elle dépasse les cils de huit lignes environ, masquée dans ce point uniquement par la conjonctive très rouge et couverte de larmes qui tombent avec abondance, surtout quand on la laisse exposée à l'action irritante du contact de l'air. En haut , ce tissu pathologique remonte bien avant dans l'orbite; modelé sur la concavité de Sa paroi supérieure, il adhère même au globe de l'œil qu'il a fortement refoulé et atrophié en partie, en même temps qu'il a déterminé l'opacité presque totale de la cornée transparente. 'Aussi , quand, après avoir soulevé la tumeur qui le comprime, on expose l'œil à l'action de la lumière , le malade indique que la vue n'est point éteinte , mais bien très altérée. Cette lésion tenant à une cause toute mécanique , je conçus l'espoir de la faire disparaître par l'ablation de la masse qui par son poids l'avait fait naître, et la compliquait de plus en plus.

Ajoutons que cette production pathologique reflétait son influence fâcheuse sur toute l'économie, et que, par suite du trouble qu'elle y avait déterminé, les digestions sont pénibles, la nutrition est en souffrance et la maigreur prononcée.

J'appelai mes collègues en consultation; je leur exposai que cette tumeur d'apparence charnue , étant si tuée au- dessus de la conjonctive, devait être disséquée de bas en haut , en la faisant basculer dans ce sens, et qu'une fois enlevée, il serait convenable d'opérer dans le tissu cutané une perte de substance égale à celle que la conjonctive allait subir pour l'extirpation de la tumeur , afin d'obtenir dans les cicatrices du tissu cutané et de sa membrane muqueuse un équilibre qui s'opposât au renversement de la paupière , soit en dedans, soit en dehors. En opérant de la sorte, je ménageais les fibres du muscle orbiculaire , les attaches du muscle élévateur de la paupière supérieure, et le fibro-cartilage de ce voile. Mon opinion prévalut, et je procédai à l'opération, qui devint surtout fort laborieuse par l'indocilité du patient.Les bosselures de cette tumeur s'étant logées de distance en distance entre les fibres écartées et amincies du muscle orbiculaire, la dissection en fut pénible, et les difficultés augmentèrent encore quand il fallut isoler du globe de l'œil, que je craignais de léser, ce tissu dégénéré. Je plaçai entre lui et l'œil la pulpe de mon index qui, refoulant ce dernier, me permit de couper sans accident la conjonctive palpébrale dans son point de réflexion sur le globe oculaire. Une syncope survint, j'en profitai pour enlever un énorme

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