AMPUTATION DANS L'ARTICULATION RADIO-CARPIENNE
lre OBSERVATION.
Désarticulation immédiate du poignet. - - Guérison en dix-huit jours.
S..., soldat au 37e régiment de ligne, âgé de trente-trois ans , de forte constitution , venait de recevoir un coup d'arme blanche qui avait divisé obliquement et avec esquilles les quatre premiers métacarpiens de la main droite , quand il se présenta à moi. Cette lésion avait donné lieu à une hémorrhagie abondante que des camarades avaient arrêtée à l'aide de liens circulaires fortement serrés sur l'avant-bras. Le peu de chances de guérison qu'offrait une blessure de ce genre , les avantages constants des amputations immédiates me décidèrent à procéder, sans retard, à la désarticulation du poignet. La direction de la
plaie était telle que les téguments de la face palmaire avaient été divisés à peu de lignes de l'articulation radio-carpienne , tandis que ceux de la face dorsale l'étaient dans un point bien plus éloigné, et permettaient de tailler à leurs dépens un large lambeau. D'après cette disposition de la plaie, je dus modifier un peu le procédé opératoire pour faire le lambeau cutané presque exclusivement sur la face dorsale de la main. La compression de l'artère humérale étant faite , un aide fut chargé de tenir le membre en pronation et de tirer les téguments le plus possible vers le coude. Je plaçai sur le bord libre du cubitus et du radius mes doigts indicateurs pour les faire descendre jusqu'aux apophyses styloïdes, en sou^ tenant avec les doigts restés libres le poignet légèrement fléchi, quelques mouvements de flexion me firent reconnaître l'articulation qui déjà était considérablement tuméfiée. De la main gauche j'embrassai le poignet en fixant le pouce immédiatement sous l'apophyse styloïde du cubitus, et l'index sous celle du radius, et après avoir fait fléchir la main, afin de tendre les parties molles et d'écarter les surfaces articulaires , je portai le couteau au-dessus de mon pouce; et en le faisant agir largement du talon vers la pointe de manière à décrire une courbe très prononcée, j'obtins la formation d'un lambeau cutané long et convexe.
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Au moment où l'instrument parvint au-dessous de l'apophyse styloïde du radius, que mon indicateur n'avait point abandonnée, je pénétrai dans l'articulation , en décrivant une courbe en sens inverse de la première pour contourner la convexité des surfaces articulaires des os du carpe, en agissant de la pointe vers le talon du couteau; et je terminai par la formation du lambeau cutané palmaire, qui fut nécessairement très court. Cette désarticulation a duré vingt-cinq secondes montre à la main.
J'ai cru devoir laisser saigner un peu le moignon, pour opérer un dégorgement salutaire; j'ai placé trois ligatures, et la plaie fut réunie par des bandelettes agglutinatives, le lambeau dorsal étant plus que suffisant pour que cette réunion pût se prêter à une légère tuméfaction consécutive du moignon. En six jours toute la plaie fut cicatrisée par première intention, le centre seul offrait un hiatus de trois lignes d'ouverture donnant issue aux liens , et laissant voir l'exfoliation des cartilages. Au bout de dix-huit jours, la guérison fut terminée.
Sans entrer dans de grands détails sur les dé- N sarticulations partielles opérées dans des régions de la main , je dois dire que j'ai toujours fait choix des procédés ovalaires, tant pour l'ablation totale du pouce et du premier os du métacarpe que
pour celle du petit doigt, y compris le cinquième métacarpien.
J'ai employé mon procédé pour désarticuler les premières phalanges des doigts dans leurs articulations avec les os du métacarpe; une foule de blessés ont subi des amputations partielles de cette nature, et tous ont guéri sans accidents et avec rapidité.
NOUVEAU MODE OPERATOIRE POUR LA DESTRUCTON DES ONGLES RENTRÉS DANS LES CHAIRS.
Les ongles rentrés dans les chairs constituent l'une des affections qui ont le plus exercé le génie des hommes de l'art, à en juger parles nombreux moyens proposés ou employés pour la combattre; il en est peu néanmoins qui laissent plus à désirer.
Quand le mal est avancé, quand il existe une plaie ulcéreuse , avec grand développement de chairs fongueuses, et abondante suppuration, les procédés de Desault, Richerand , Boyer, Dupuytren, etc., deviennent insuffisants; l'emploi de la potasse caustique pour couper la portion interne de l'ongle, et réduire les chairs en une escarre, est incertain, long et douloureux,
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Il faut avoir recours à l'arrachement de l'ongle et à la cautérisation , espèce de supplice dont l'idée fait frissonner.
Voici le procédé dont je fais usage : de la main, droite le chirurgien tient son bistouri absolument comme un canif au moment de tailler une plume; le gros orteil, saisi de l'autre main, représente la plume. Il plonge le tranchant du bistouri perpendiculairement jusqu'à l'os, à quatre ou cinq lignes au-dessus de la racine de l'ongle ,. pour être certain d'en détruire la matrice. L'instrument est ensuite engagé sous la face postérieure de cet ongle, et d'un seul temps, par une flexion sur la main des doigts qui tiennent le bistouri, il emporte toute la portion cornée rentrée,, ainsi que les chairs fongueuses qui peuvent la recouvrir.
Cette méthode est d'une exécution si prompte et si facile, que la crainte de donner comme nouveau un moyen qui dès l'enfance de l'art aurait dû être imaginé, m'a empêché pendant plusieurs années de le publier.
J'en fais souvent usage, et toujours avec les résultats les plus satisfaisants.