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EXAMEN DES BLESSURES FAITES PAR LE BOULET

Ainsi que les autres projectiles, le boulet agit à la surface des corps sous un angle oblique ou droit.

i° Action oblique du boulet.

Dans la première hypothèse, il peut arriver qu'il soit reflété à la surface des parties touchées, absolument comme une pierre projetée obliquement sur l'eau. Les enveloppes tégumentaires, à raison de leur élasticité, cèdent

(i) J'ai vu néanmoins quelques lésions déterminées par des balles reçues à bout portant , qui offraient de larges déchirements cutanés , et qu'on aurait pu attribuer à l'effet de la bombe.

sans se déchirer j tandis que les tissus profonds sont meurtris, rompus, désorganisés, et souvent réduits en une masse homogène et pultacée. Les membres peuvent offrir ces affreux désordres, aussi bien que les cavités splanchniques. Dans cette dernière supposition, la mort est ordinairement instantanée, comme si elle était l'effet de la foudre : et, comme à l'extérieur on ne voit point de traces du projectile , les uns ont attribué pendant long-temps la cause de ces effets surprenants au vent du boulet, d'autres à l'électricité développée à sa surface; comme si, à défaut même de la physique , dont les plus légères notions auraient dû détruire cette erreur y les faits n'étaient pas là pour la combattre. Comment en effet concilier avec de tels préjugés l'enlèvement du sac , du chapeau, ou de portion de vêtement par le boulet y sans que ce dernier laisse la moindre marque de son passage sur les parties qui se sont trouvées avec lui presque en contact immédiat?

2° Action directe du boulet.

Dans la deuxième hypothèse, le boulet agissant perpendiculairement à la surface du corps, donne lieu à des accidents plus ou moins graves, dont je propose de faire trois classes afin d'en fa-* ciîiter l'examen,

Dans la première classe, le projectile n'a entamé que les parties molles; les téguments sont largement déchirés, les muscles, les tendons, et les aponévroses , meurtris et rompus , se confondent. Dans un cas analogue, j'ai vu à Sidi-Ferruch les faces postérieures du tibia et du péroné totalement dénudées dans leur partie moyenne par l'enlèvement des parties charnues qui constituent le mollet. Chez un autre blessé, un éclat d'obus avait déchiré, vers le tiers supérieur et externe de la cuisse, les muscles qui recouvrent le fémur, et celui-ci était à nu dans une étendue de trois à quatre pouces. Dans un troisième cas , le muscle grand fessier, enlevé presque en entier, laissait voir une large plaie désorganisée et tapissée par le muscle moyen fessier, dont les fibres les plus externes étaient privées de vie.

Dans ces circonstances, on se contente ordinairement de masquer ces plaies avec des compresses fenestrées enduites de cérat et par des plumasseaux de charpie, que l'on maintient en place à l'aide de jets de bande. Cet appareil est conservé jusqu'à l'époque de la suppuration pour être remplacé ensuite par des cataplasmes émollients , puis par des onguents tels que celui de styrax saupoudré de camphre, par la poudre de charbon , etc., afin de hâter la chute des parties mortifiées.

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Les plaies ainsi traitées sont d'ordinaire promptement mortelles par suite d'une réaction vive et inflammatoire sur l'un des grands viscères : sinon leur cure se fait attendre très long-temps, et le plus souvent le malade périt dans le marasme, n'ayant pu suffire aux frais de la suppuration, ou bien la mort survient à la suite de la pourriture d'hôpital , etc., etc.

TRAITEMENT DE l'aUTEUR.

Le désir d'éviter les accidents précités m'a suggéré les modifications qui suivent en faveur du traitement des plaies de cette nature.

Afin de prévenir l'engorgement du membre, j'ai soin d'appliquer, à partir de son extrémité digitale, et en remontant jusqu'à la lésion, un bandage roulé contentif ; puis à l'aide de ciseaux et d'un bistouri,, j'enlève tous les tissus frappés de mort, pour mettre la plaie au vif, et dans des conditions favorables à sa guérison, sans suppuration éliminatoire. Cette opération facile et simple ne saurait être douloureuse , puisqu'on ne doit retrancher que des parties privées de vie. Après ces préliminaires , je m'efforce de réduire la surface de la plaie le plus possible , en rappelant de tous côtés les téguments que

je maintiens rapprochés à l'aide de nombreux points de suture soutenus eux-mêmes par le bandage unissant. Un linge fenestré enduit de cérat recouvre la plaie , et l'appareil est complété par de la charpie et quelques compresses. Une ou deux saignées générales doivent être faites avant même l'apparition de la fièvre traumatique, si faire se peut. On arrose tout le membre d'eau froide plusieurs jours de suite, sans discontinuer, et on ne change le premier pansement que le plus tard possible.

Ce traitement m'a fourni des succès inespérés. Des plaies de dix pouces de diamètre se sont trouvées immédiatement réduites à vingt ou trente lignes; la chance des accidents à redouter a éprouvé une réduction proportionnelle, et le temps nécessaire à la guérison a toujours été ainsi considérablement abrégé.

Dans la deuxième classe 7 c'est un membre qui, enlevé par le boulet, laisse voir une plaie horrible , des téguments et des muscles en lambeaux noirs, désorganisés et pendants, des os fracassés, de longues portions de tendons, d'aponévroses mâchées et méconnaissables ; le tissu artériel profondément rétracté, les nerfs privés de sensibilité, un tronçon froid, informe, privé de vie, couvert de sang épanché et coagulé entre

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les parties qui le composent. Toujours, il y a stupeur locale , et cette stupeur devient souvent générale quand la commotion s'est transmise à toute l'économie.

Or, il est évident que dans ce cas l'amputation peut seule offrir quelques chances de salut; mais il ne faut la pratiquer que du moment où les phénomènes de la commotion généraJe commencent à se dissiper , et qu'il y a réaction. Nous n'avons pu l'obtenir chez un voltigeur qui, lors de l'expédition de Mascara, avait eu les deux jambes broyées par le canon d'Abd-el-Rader. L'hémorrhagie avait été abondante, le pouls ne se releva pas, et la mort survint douze heures plus tard; l'amputation dans ce cas aurait compromis l'art et rendu plus cruels les derniers moments de cet infortuné.

Dans la troisième classe , le boulet porte d'aplomb sur l'une des trois cavités splanchniques, et détermine des désordres auxquels l'on ne saurait remédier.

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