INTOXICATIONS VOLONTAIRES
Nous comprenons dans cette catégorie les intoxications chroniques déterminées soit par V opium , qui se présente chez nous sous forme de morphinomanie, soit par Yalcool. L’action de la morphine chez la femme enceinte peut être
THÉRAPEUTIQUE OBSTETRICALE
une cause d’avortement, d’expulsion prématurée, de mort du fœtus, elle dépend de la durée et du degré de J intoxication. L’influence sur l’enfant a été signalée par tous ceux qui ont eu à observer des accouchées morphinomanes. Dans un cas de ce genre, que nous avons eu l’occasion de suivre récemment, la femme, chez laquelle on avait déjà obtenu deux guérisons passagères, avait repris l’usage de la morphine vers le sixième mois de sa grossesse, mais ce n’estqu’au cours du travail qu’on s’est aperçu delà récidive. L’accouchement s’est effectué normalement, mais l’enfant, qui était élevé par une nourrice, présenta pendant trois semaines des troubles graves déterminés sans aucun doute par la privation du poison. Les symptômes les plus accusés furent des élévations de température (39 et 40°), de l’insomnie, des cris aigus au moindre attouchement et plaintifs à l’état de repos, des troubles digestifs : vomissements, diarrhée liquide abondante. Trois semaines environ furent nécessaires avant de constater une amélioration, puis peu à peu la guérison survint, et actuellement cet enfant a repris un aspect normal.
L’influence de Y alcoolisme chez les parents est malheureusement trop connue, car ce genre d’intoxication est fréquent dans la classe ouvrière. Par alcoolisme nous entendons l’intoxication déterminée par toutes les variétés de boissons dites spiritueuses.
L’intoxication a une répercussion sur la grossesse et sur le produit de conception, quel que soit le générateur qui la subit, mais son influence est surtout accusée lorsque la mère continue à s’intoxiquer pendant la grossesse. II est démontré en effet par la méthode expérimentale, (pie l’alcool et les essences traversent le filtre placentaire et passent rapidement dans la circulation sanguine du fœtus, aussi est-ce un des facteurs les plus fréquents de la mort de ce dernier pendant sa vie utérine. Il peut aussi être une cause de malformations, l’alcoolisme uniquement paternel agirait plus spécialement dans ce sens. Enfin ce poison paraît avoir une action très nette sur le système nerveux de l’enfant qui est exposé
*»UDAUXl
THÉRAPEUTIQUE OBSTÉTRICALE
aux convulsions, à l'idiotie, à l’épilepsie ; en plus de cette tare nerveuse, il modifie son terrain, le prédispose à la tuberculose et lui enlève toute résistance vitale, aussi les moindres affections peuvent-elles revêtir chez lui une allure grave et se terminer par une issue fatale.
Comme pour toutes les intoxications chroniques, la thérapeutique est purement prophylactique, l’usage de l’alcool devra être interdit à la mère pendant sa grossesse. Quant à la morphinomanie, il ne faudra pas supprimer brusquement l’usage du poison, la suppression sera progressive, autantdans l’intérêt de la mère que dans l’intérêt du fœtus; il sera prudent de recourir en même temps à une médication tonique.