LES LAITS
Vache
Chèvre
Anesse
Après le lait de femme, les lails les plus employés pour l’allaitement des nourrissons sont d’abord le lait de vache, puis le lait de chèvre et enfin le lait d’ànesse.
Voici un tableau qui reproduit la composition moyenne de ces différents laits pour 1.000 grammes :
Femme
Caséine et albuminoïdes. . . 16
Beurre. . . . 35
Lactose. ... 65
Sels 2,5
0)i voit que le lait le plus rapproché du lait de femme par sa composition chimique est le lait d’ânessc, qui toutefois est pauvre en beurre.
Le plus éloigné est le lait de chèvre qui, par rapport au lait de femme, est surchargé de graisse et de caséine et pauvre en sucre. Le lait de vache est trop riche en albuminoïdes, sa teneur en lactose est un peu faible.
Il semble donc que si nous rangions les lails par comparaison avec le lait de femme, nous les classerions ainsi : lait d’ânesse, puis lait de vache et enfin lait de chèvre, cet ordre répond sensiblement dans la réalité à leur digestibilité décroissante. C’est donc à juste titre que le lait de chèvre est relativement peu utilisé, car il est rarement bien supporté.
D’autre part, le lait d’ânesse est extrêmement coûteux, là liesse ne donne que peu de lait et pendant une durée re-
RUDAUX.
THÉRAPEUTIQUE OBSTÉTRICALE
iativement courte, aussi est-ce au lait de vache que l’on a le plus souvent recours pour l'allaitement artificiel.
On a cherché à modifier la composition centésimale du lait de \ache par diverses manipulations, de façon à la rapprocher de celle du lait de femme. Comme il renferme deux fois plus de caséine que ce dernier, un procédé très simple se présente immédiatement à l’esprit : le coupage avec moitié d’eau qui donne les chiffres suivants :
Pour 1.000 Lait de femme Lait de vache
Caséine 16 16,5
Beurre 35 18,5
Lactose 65 32,5
Sels.
Le lait ainsi coupé est pauvre en beurre et en sucre, mais l’addition d’une quantité suffisante de sucre (de 50 à 100 grammes par litre) lui rend de quoi fournir les calories perdues par la diminution proportionnelle du beurre.
Lu pratique, ce coupage de moitié n’est pas nécessaire, sauf pendant la première semaine. Le coupage au tiers suffit jusqu’au A" ou 5e mois et, passé cette époque, on peut donner le lait pur légèrement sucré. Pour la dilution au tiers, il est bon d’einplover de l’eau sucrée à 10 p. 100. Quand le lait est donné pur, on y ajoute 5 p. 100 de sucre, (voir article Allaitement).
Le sucrage du lait devrait être théoriquement réalisé avec du lactose ; en pratique on se trouve mieux d’employer le sucre ordinaire ou saccharose et de préférence le sucre de canne. Notons en passant qu’un morceau de sucre cassé à la mécanique pèse en moyenne 5 grammes. Il y a avantage à sucrer au lactose ou au sucre de canne, quand ou désire obtenir un effet laxatif.
Nous venons de voir comment par le coupage il est possible de remédier aux inconvénients du lail de vache, mais on a cherché à faire mieux et à rendre aussi semblable que possible la composition du lait de femme et celle du lait de vache. De celte idée sont nés les laits dits humanisés et maternisés.
T 1 1 K K A UEÜTIO Ü E OliSTETRiCÀLË
Lait humanisé (Winter-Vigier). — C’est du lai I de vache coupé avec une sorte de sérum de lait obtenu : 1° en écrémant du lait; 2° en précipitant la caséine par la présure. On conçoit que, suivant la richesse du lait à traiter, on peut par des dilutions convenables le ramener à la composition voulue. Toutefois ce lait est toujours pauvre en sucre.
Lait maternisé (Gærtner). — Le lait est d’abord coupé d’eau de façon à ce qu’il donne 18 grammes de caséine par litre. Il est alors placé dans un appareil à centrifuger, qui rassemble la graisse vers le centre. Grâce à un dispositif spécial de robinets, il est facile de recueillir à volonté le lait partiellement écrémé ou le lait riche en crème. On s’arrange de façon à avoir 35 grammes de beurre par litre. Le déficit en lactose est comblé après coup par addition directe du sucre de lait en quantité convenable. Ces laits, essayés en France par plusieurs pædiâtres, ne semblent pas avoir donné des résultats supérieurs à ceux du simple coupage, aussi sont-ils très peu employés.
Yux États-Unis, on prépare, d’après Morgan Roth, des laits sur ordonnance du médecin avec une teneur déterminée à volonté de caséine, de beurre et de lactose. Ces procédés semblent avoir peu de chance de s’acclimater chez nous.
Un des grands reproches adressé au lait de vache, c’est d’ètre d’une digestion difficile pour l’estomac du nourrisson, surtout à cause de la densité et du volume des caillots de caséine ; le lait de femme au contraire précipite dans l’estomac sous forme de grumeaux floconneux. Pour v remédier, on a proposé de faire des digestions artificielles du lait ou des précipitations artificielles de la caséine sous forme floconneuse.
Le lait Backhaus est un lait dont une partie a été soumise a l’action de la trypsine pancréatique et de la présure u 35° pendant 25 minutes. La caséine est transformée en propeptone soluble, et, après filtrage, on ajoute une quantité suffisante de crème et de lactose, puis on stérilise ce mélange.
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Budin cl Michel ont proposé de soumettre le lait à l’action d’une macération de pancréas de veau. Leur procédé esl peu utilisable dans la pratique.
Toujours dans le but de rendre le lait plus digestible, on a utilisé le ferment la b ou présure. Ce ferment ajouté aulail I iède le coagule rapidement en un bloc gélatineux, il suffit alors de secouer le récipient ou de battre le caillot pour obtenir une sorte de crème liquide.
Enfin, on a publié dans ces derniers temps des résultats satisfaisants obtenus dans certains cas particuliers par l’emploi du lait en poudre.
En résumé, que faut-il retenir de ceci? C’est que, d’une façon générale, il y a intérêt à donner à l’enfant soumis à l’allaitement artificiel un lait ayant subi le moins de manipubliions possible; le coupage el le sucrage, selon les règles exposées à l’article allaitement , suffisent dans la majorité des cas. On sera amené à faire usage de laits indus- Iricllcincnt modifiés, voire même digérés, par tâtonnements en quelque sorte, sans que l’on puisse affirmer que tel enfant lolérera el digérera bien telle espèce de lait. D’ailleurs avant de se lancer dans ces essais, il sera bon de s’assurer que l’allaitement esl conduit d’une façon irréprochable, que le lail fourni esl de bonne qualité et que toutes les précautions ont été prises pour assurer sa parfaite conservation. S'il n’est pas niable que la dyspepsie des nourrissons les achemine souvent vers la gastro-entérite, il n’est pas moins certain (pie cette dernière est le plus habituellement primitive et ([ue sa cause déterminante réside dans l’ingestion d'un lait contenant des microbes ou des toxines microbiennes.
Ceci nous amène à parler de la stérilisation du lait.
Le lait destiné à l’alimentation des jeunes enfants ne doit contenir ni toxines microbiennes, ni microbes vivants, nous ne saurions trop le répéter. Le lait, dans lequel les espèces microbiennes ont pullulé, reste dangereux même après la stérilisation.
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Donc, autant que possible, la stérilisation devra être pratiquée aussitôt après la traite. L’observation de cette prescription prend une importance toute particulière pendant la saison chaude où en l’espace de quelques heures le la il peut renfermer des milliards de germes par centimètre cube.
Les laits stérilisés industriellement offrent à cet égard des garanties sérieuses qui doivent conduire à les préférer pendant les mois les plus chauds de l’année, ils sont en effet recueillis proprement et stérilisés très peu de temps après la traite.
Cette stérilisation rigoureuse est obtenue en chauffant le lait à la température de 108-110° centigrades pendant un temps suffisant (15 à 20 minutes). Ce lait est dit surchauffé, puisque le point normal d’ébullition de ce liquide est voisin de 101°, il offre cette particularité que le beurre tend à se rassembler à sa surface en masses d’aspect huileux, ce qui présente par contre l'avantage de pouvoir le dégraisser aisément avec une simple cuiller dans le cas où l’on veut donner à l’enfant un lait relativement « maigre ».
Mais c’est là un mode d’emploi exceptionnel; dans la majorité des cas on préfère avoir un lait « complet », ce qui a amené l’industrie à préparer des laits dits fixés ou homogénéisés, dans lesquels le beurre conserve la forme crémeuse avec la digestibilité inhérente à cette dernière.
La stérilisation à domicile est facile à réaliser soit par ébullition, soit par chauffage au bain-marie. Il est important de se rappeler que cette stérilisation n’est pas absolue, les spores microbiennes résistant aux températures de 100 et 101°. De là cette conclusion pratique que toute provision de lait stérilisé à domicile doit être consommée dans les 24 heures au maximum (même si les flacons n’ont pas été débouchés).
La stérilisation par ébullition du lait a l’avantage de pouvoir être réalisée dans les milieux les moins fortunés. Il faut placer le lait dans un récipient toujours trop grand, parce qu’il monte, et se souvenir que quand il monte il ne
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bout pas encore; aussi faut-il faire tomber cette mousse avec une cuiller très propre el attendre l’ébullition tumultueuse, Qui succède à la montée. Dix minutes d’ébullition donnent une garantie suffisante.
La provision de lait ainsi bouillie est gardée dans un endroit frais et à l’abri des poussières.
fontes les fois «pie cela est possible, il est commode de se servir de l’appareil Soxhlet, qui n’est en somme qu’un bainmarie dans lequel ou place les biberons tout préparés et bouchés a\rc dns petits couvercles de caoutchouc en forme de clous. On trouve dans le commerce des appareils de <S et 12 bouteilles. De dernier modèle est préférable, car il peut y a\oir des bouteilles à rejeter par suite de stérilisation imparfaite. Celle-ci s’obtient en portant l'eau du bain-marie à l’ébullilion et en l \ maintenant 23 à 30 minutes, temps suffisant.
Lorsque 1rs bouteilles sont bien stérilisées, l’opercule de caoutchouc adhère | fortement au goulot et présente une cupule due à la pression atmosphérique; de plus, quand on donne un coup sec a\ec la paume de la main sur le fond de la bouteille, le lait projeté violemment vers l’opercule sans air interposé produit un claquement sec (marteau d’eau).
Il faut abandonner les bouteilles ne présentant pas ces caractères ou tout au moins le premier, qui saute aux yeux.
Avant de donner un des biberons, il faut toujours goûter le lait et le sentir, qu’il s’agisse de lait industriel ou de lait stérilisé à domicile, et rejeter celui qui présenterait une mauvaise odeur, un goût désagréable, amer ou acide, celui enfin qui « aurait tourné » pendant la stérilisation, indice certain du dé\eloppemenl des fermentations lactiques.