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Le malade est pris d'un léger frisson dans la matinée

18. — Frisson intense, avec claquements de dents, et élévation notable de la température : le matin, à 9 heures 39° 4) ; frisson suivi de sueurs abondantes.

Le malade maigrit ; la teinte subictérique de la face augmente; il a un peu de céphalalgie; somnolence, stupeur;

quelques nausées. Injection sous-cutanée de deux centigrammes de lactate de quinine.

19. — Même état, frisson au moins aussi intense que la veille; la stupeur, l'abattement augmentent. — T. (39°4).

Injection de lactate de quinine, 2 centigrammes.

20 mai. — Le malade est de plus en plus abattu, dans un demi-coma.

Il comprend à peine les questions qu'on lui adresse ; mais il faut remarquer qu'il est devenu sourd depuis les injections de lactate de quinine.

La teinte subictérique se prononce encore davantage et le malade maigrit à vue d'œil. (T. 39°8, le soir.) Injection de lactate de quinine, un centigramme.

Le malade fait sous lui. — Il vomit.

Polyurie comme autrefois, et légère quantité d'albumine dans l'urine, mais d'une façon intermittente. Commencement d'eschare dans la région sacrée.

21. — Le malade est dans un coma complet, dont on ne le tire qu'avec grande difficulté, et c'est à peine s'il comprend alors les questions qu'on lui fait. — Ecchymose à l'œil droit; la pupille est un peu contractée. — Il fait sous lui.

Le pouls est petit, fréquent, un peu irrégulier, trémulant.

Rien au cœur.

Quelques râles de bronchite, et un peu de râles souscrépitants dans les 2 poumons, à leur base, et en arrière. Pas de diarrhée.

On constate sur les jambes des plaques brunâtres, comme pigmentées, semblables à celles que produit, à la longue, un eczéma variqueux. — Ces taches n'existaient pas à son entrée à l'hôpital et il est certain qu'elles ne se sont formées que depuis quelques jours.

22 mai. — Urine ammoniacale. Pas d'albumine. T. soir (39° 7).

Le malade est dans un coma absolu.

Il semble qu'il existe de la paralysie faciale droite, avec parésie du bras droit.

Eschare noirâtre énorme, couvrant le sacrum et s'étendant sur la fesse droite et le grand trochanter; elle est entourée d'une vaste auréole rougeâtre. (T. 39° 8.)

Le malade fait sous lui.

La poitrine est pleine de râles sibilants en arrière, et surtout en bas.

Le malade maigrit avec une rapidité effrayante.

Le 23 mai, à 3 heures du matin, il meurt dans le coma (T. 39°).

Autopsie. Cavité thoracique. — Dans le médiastin postérieur, au niveau de la scissure interlobaire du poumon droit, existe une cavité anfractueuse pouvant contenir le poing; elle est à fond grisâtre, et elle présente une série d'inégalités grisâtres, mamelonnées.

A l'extrémité supérieure de cette cavité, aboutit l'œsophage. De son extrémité inférieure part également ce conduit qui, après quatre centimètres de trajet, se termine dans l'estomac. — Cette cavité est donc formée aux dépens de l'œsophage ulcéré dans le médiastin postérieur, et limitée de chaque côté par la face interne des lobes pulmonaires ; en arrière par la colonne vertébrale, au niveau des 4e, 5e, 6e, 7e et 8e vertèbres dorsales. Les vaisseaux passent dans l'épaisseur de la paroi postérieure de l'excavation et sont intacts. — Cette excavation est fermée en avant par le hile du poumon.

En somme, il existait là, dans le médiastin postérieur, une cavité recouverte de gros bourgeons, cavité limitée comme il est indiqué ; cette cavité est formée aux dépens de l'œsophage détruit par un néoplasme épithéliomateux.

L'examen des bourgeons gris, contenus dans l'épaisseur de la cavité, a permis de reconnaître la structure des épithéliomas. — Le poumon n'est pas ulcéré.

Vaisseaux et nerfs du mécliastin postérieur sont intacts. Péricarde. — Sain.

Cœur. — Tissu mou, couleur feuille morte.

Le cœur est volumineux, dilaté. — Pas de lésions des orifices aurieulo-ventriculaires; pas d'athérome de l'aorte.

Poumon gauche. — Siège d'une congestion œdémateuse dans toute sa hauteur. — Pas de tubercules, ni d'abcès métastatiques.

Poumon droit, idem. — Le lobe inférieur est recouvert par la plèvre viscérale, très-épaissie, sur toute la face externe.

Cavité abdominale. — Le foie, dans son ensemble, est augmenté de volume.

La surface est parsemée de granulations jaunes plus ou moins considérables.

Le tissu du foie est assez résistant sur les coupes, on note la teinte jaune roux, caractéritique de la cirrhose. — Les lobules sont séparés, les uns des autres, par des brides conjonctives assez marquées. Ils se dessinent en relief et la plupart sont jaunes, comme graisseux.

Pas de calculs biliaires.

Rate, volumineuse : périsplénite ; la capsule fibreuse est revêtue de néo-membranes dont les unes sont de formation récente. — Tissu mou, diffluent; couleur non changée.

Rein droit. — L'enveloppe est un peu adhérente par places. — Toute la surface externe est parsemée d'une multitude de petites taches anémiques, grosses comme des grains de mil, qui pénètrent, dans l'épaisseur du tissu, à quelques millimètres de profondeur. Au premier abord on croirait avoir affaire à des tubercules, mais ce sont de petits abcès miliaires.

Sur les surfaces de la coupe faite du bord convexe au hile, on note, dans la substance corticale, et surtout dans

la substance médullaire, de petits abcès miliaires semblables, en assez grand nombre.

Rein gauche. — Mêmes altérations; abcès encore plus nombreux sur la coupe.

Mésentère. Intestin, vessie, sains. Estomac : état sain. Ecchymose sur Voreille droite, couvrant toute la conque.

Gavité crânienne. Cerveau. — Liquide dans les ventricules en grande quantité ; tout le tissu cérébral est œdématié.

Lobe droit. — Il existe sur toute l'étendue du lobe sphénoïdal, et en particulier près du bord inférieur du cerveau à 2 cent, en arrière de la branche postérieure de la scissure de Sylvius, dans la pie-mère, un épanchement sanguin peu abondant, qui couvre une étendue de quatre travers de doigts. Sur la circonvolution marginale postérieure est un anévrysme miliaire bien net, gros comme une forte tête d'épingle ; pas d'abcès métastatiques.

Lobe gauche. — Les méninges sont infiltrées de sérosité, mais sans épanchement sanguin au-dessous d'elles.

Le tissu cérébral est œdémateux. — On trouve dans les profondeurs de ce tissu plusieurs anévrysmes miliaires.

Bulbe rachidien, isthme, cervelet. — Rien.

Énorme eschare s'étendant sur le sacrum et une partie de la fesse droite, se rétrécissant et s'étalant de nouveau pour couvrir le grand trochanter droit.

Obs. XLIX. — Embarras gastrique fébrile, à type rémittent. — Guérison sous l'influence d'un vomitif et du sulfate de quinine.

La nommée B..., âgée de 18 ans, demoiselle de magasin.

Entrée le 15 février 1877, salle Ste-Madeleine, lit n° 10. Cette malade, âgée de 18 ans, est réglée depuis l'âge de 15 ans et d'une façon très-régulière.

Antécédents. — Étant jeune enfant, elle a eu le carreau, de la gourme, des maux d'yeux et d'oreilles pendant trèslongtemps; elle avait très-souvent des rhumes. Point de douleurs rhumatismales. La malade ne peut donner aucun renseignement sur ses père et mère; ses frères et sœurs se portent très-bien.

Pendant plus d'un an, elle a eu des palpitations, et des douleurs névralgiques qui changeaient de place à chaque instant ; aujourd'hui elle n'en éprouve plus. Enfin, fièvre typhoïde vers l'âge de 8 ans.

Etat actuel. — Depuis trois jours, elle se plaint de souffrir dans les reins et au niveau de l'estomac ; elle a de la céphalalgie, des bourdonnements et des tintements d'oreille, parfois des éblouissements. Point de vertige, point d'épistaxis, point de diarrhée. La malade, au contraire, se plaint d'une constipation opiniâtre, qui dure depuis samedi dernier. Elle n'a pas d'appétit; la langue est blanche et large.

Elle est toujours en proie à une fièvre qui augmente beaucoup le soir et qui s'accompagne de sueurs trèsabondantes; elle a de l'insomnie et quelquefois des cauchemars. Le matin, le mouvement fébrile est très-modéré, comparé à celui du soir.

On ne trouve pas de taches rosées sur le ventre, et la pression ne provoque pas de douleurs dans la fosse iliaque droite.

L'urine est rouge, contient beaucoup de mucus, mais ni albumine ni sucre. Léger œdème des membres inférieurs.

On remarque, sur la figure, les traces d'une éruption qui commence à disparaître; cette éruption a débuté avec la fièvre, il y a trois jours; elle est restée limitée à la face et comme aujourd'hui, à la joue droite et au front. Elle a éprouvé, pendant deux jours, de fortes démangeaisons qui ont à peu près disparu ; on remarque aussi quelques boutons d'herpès sur les lèvres.

Le cœur est normal, les battements sont seulement forts et fréquents.

Les poumons sont sains ; la malade ne tousse pas.

Rien non plus du côté de la rate et du foie.

Traitement. — On donne un vomitif : poudre d'ipécacuanha 1 gr. 50 et 5 centigr. d'émétique en trois paquets.

17 février. — La malade est mieux; la langue est moins blanche. L'accès fébrile du soir est toujours aussi accentué. On ordonne 1 gram. de sulfate de quinine.

Les jours suivants, 18, 19, 20, 21, 22, 23 février, même quantité de sulfate de quinine.

24 février. — On supprime le médicament ; l'appétit est revenu; la température de la peau est normale. Il n'y a plus d'accès fébriles depuis trois jours.

1er mars. — La malade quitte le service, complètement guérie.

Obs. L. — Blennorrhagie accompagnée d'embarras gastrique fébrile, à forme rémittente. — Traitement de l'embarras gastrique par les purgatifs et le sulfate de quinine. — Guérison.

La nommée T... Marie, âgée de 28 ans, domestique.

Entrée le 15 mars 1877, salle Ste-Madeleine, lit n° 2 bis.

Renseignements. — Cette malade, âgée de 28 ans, est réglée depuis l'âge de 16 ans.

Elle l'a toujours été régulièrement, mais elle a souvent de la leucorrhée dans l'intervalle des époques.

Gomme antécédents, elle accuse des engorgements ganglionnaires cervicaux et de la gourme.

Elle a eu quelquefois des douleurs dans les articulations. Il y a près de deux ans, elle a été soignée, à la Charité, pendant 3 ou 4 jours, dans le service de M. Bernutz, pour une atteinte de rhumatisme. Elle souffrait surtout de douleurs dans l'épaule gauche. En même temps, elle avait des

douleurs au niveau de l'articulation tibio -tarsienne des deux côtés, douleurs accompagnées de gonflement et empêchant tout mouvement.

Enfin, elle a eu, il y a un an, une rougeole accompagnée d'une très-forte bronchite (énanthème bronchial) : elle a été soignée encore à l'hôpital de la Charité.

Rien à noter du côté de l'hérédité.

Il y a 15 jours, la malade a éprouvé des douleurs vives dans les reins et dans les jambes; en même temps elle a souffert du ventre qui a gonflé un peu; elle a souffert aussi du côté droit de la poitrine.

Elle a été prise de toux avec expectoration peu abondante; ces phénomènes ont disparu, il y a 2 ou 3 jours, ainsi que le point de côté.

Etat actuel. — La malade est grande, assez forte; teint rouge, animé.

Le ventre est douloureux. La douleur occupe toute l'étendue de l'abdomen, mais elle est plus forte à droite. La pression ne l'exaspère qu'à droite et encore d'une façon peu marquée. Interrogée sur le caractère de cette douleur, la malade dit qu'elle consiste en des élancements et des souffrances sourdes, qui existent dans l'intervalle des élancements.

La langue est sale, blanchâtre; la bouche, pâteuse et amère; l'appétit a disparu; la malade ne mange presque rien. Constipation; pas de selles depuis avant-hier.

La malade n'accuse ni vertiges, ni insomnie à aucun moment, depuis qu'elle souffre. Pas de céphalalgie; pas de maux de gorge.

Le soir elle a de la fièvre avec quelques frissons ; ce malaise dure une heure ou deux et la malade sue abondamment.

Les jambes sont faibles. La malade ne peut rester longtemps debout; il n'y a pas d'œdème.

Elle se plaint aussi d'avoir des accès d'oppression, des

palpitations et des étouffements au moindre effort, et à la suite d'une marche un peu longue.

L'examen du cœur fait constater un bruit de souffle trèsfort à la base et au premier temps, ainsi qu'un souffle doux dans les vaisseaux du cou.

Les poumons ne présentent rien d'anormal.

Il en est de même du foie et de la rate.

Depuis 15 jours, elle souffre en urinant; elle a des douleurs cuisantes très-fortes.

La leucorrhée qui existe souvent dans l'intervalle des règles, est très-abondante depuis cette époque.

V urine contient beaucoup de mucus, mais il n'y a pas d'albumine ni de sucre.

1 L'examen au spéculum fait voir une sécrétion muco-purulente très-abondante et une muqueuse vaginale très-rouge. Traitement. — Sulfate de soude : 30 grammes.

17 mars. — La malade va mieux, le mouvement fébrile a encore été très-accentué — sulfate de quinine. 1 gram. injections d'eau alunëe. Pilules de fer réduit, rhubarbe et extrait mou de quinquina.

18 mars. — Même état.

19, 20, 21, 22 mars. — On continue le sulfate de quinine et les injections. — Le mouvement fébrile du soir est toujours accusé.

25 mars, — La malade va mieux. L'appétit est revenu. 30 mars. — On supprime le sulfate de quinine ; la fièvre a disparu; l'état général est bon.

La malade quitte l'hôpital le 10 avril, guérie.

Obs. LI. — Embarras gastrique fébrile à type rémittent. — Traitement par les purgatifs et le sulfate de quinine; guérison rapide.

La nommée S... Marie, âgée de 16 ans.

Entrée le 18 janvier 1877, salle Ste-Madeleine, lit n° 2 bis.

Renseignements. — Cette malade, âgée de 16 ans, est née à Paris; elle a "été réglée à 15 ans, et depuis, ses règles ont été très-régulières.

Gomme antécédents, elle a été atteinte de la rougeole à l'âge de 5 ans; dans son enfance, elle a eu quelques gonflements ganglionnaires sous la mâchoire sans, autres symptômes de strume bien accusés.

Souvent elle avait à la figure, et surtout autour des lèvres et des ailes du nez, une éruption de petits boutons qui disparaissaient très-vite et revenaient de même.

Rien à noter du côté des articulations; elle n'a jamais eu de douleurs rhumatismales.

Elle est, depuis un an, atteinte de maux de gorge fréquents; ses cheveux seraient tombés en très-grande abondance, et elle aurait été sujette, depuis lors, à des boutons sur le corps.

Comme hérédité, il y a à noter la mort de sa mère à fa suite d'une maladie de poitrine qui aurait duré 6 semaines; elle n'a jamais connu son père; elle a deux frères qui se portent bien.

Souvent la malade a des accès d'oppression , avec la sensation d'une boule comprimant la poitrine et montant vers la gorge; en même temps elle ressent, sans cause appréciable, des bouffées de chaleur tout à fait incommodes.

L'appétit est très-irrégulier ; elle a fréquemment des vomissements, ainsi que des vertiges qui se montrent sans la moindre cause, surtout le matin quand elle se lève et qu'elle passe rapidement de l'attitude couchée à la station debout.

Depuis 2 ans elle a été prise d'une toux sèche, sans jamais avoir eu de fièvre ni d'expectoration.

Cette toux existe encore', mais elle est peu accusée. Etat actuel. — Cette malade entre aujourd'hui à l'hôpital

pour de violents maux de tête, avec maux d'estomac. Perte complète de l'appétit.

Il y a trois jours qu'elle souffre ainsi; le premier jour, elle a eu, en même temps, des frissons répétés, mais peu intenses, car elle n'a pas claqué des dents; elle a vomi plusieurs fois.

Insomnie depuis ce moment; cette insomnie est interrompue par quelques moments d'assoupissement pendant lesquels elle a des rêvasseries dont elle sort subitement, en sursaut.

Elle accuse un malaise général dans tout le corps, mais surtout dans les jambes et les bras, avec sensation de brisement; elle ne peut se tenir longtemps debout, ni marcher, car elle éprouve des vertiges qui vont jusqu'à la perte de connaissance, comme cela lui est arrivé jeudi matin.

Elle a encore de la fièvre presque constamment depuis le début de sa maladie; cette fièvre est, dit-elle, plus forte la nuit que le jour et s'accompagne d'une sueur assez abondante.

A l'examen du ventre, on ne trouve aucune tache rosée; celui-ci ne paraît pas tendu; à la pression, on détermine une douleur assez intense dans la fosse iliaque droite ; les autres points du ventre ne sont pas douloureux.

Elle a eu, la nuit dernière, des coliques assez vives, et n'a pas été à la selle depuis lundi.

Point d'épistaxis; la malade a ses règles en ce moment.

Elle n'avait pas uriné depuis hier soir; elle a été sondée, Yurine est fortement colorée et ne contient pas d'albumine.

A la pression on détermine un godet à la face interne des jambes; léger œdème.

L'examen du cœur est négatif ; les bruits sont seulement très-forts et rapides.

Du côté des poumons il n'y a aussi rien à noter d'anormal.

19 janvier. — Même état que la veille. Tilleul sucrée. Bouillons et potages.

20 janvier. — Les règles sont terminées. L'état ne s'est pas modifié. On prescrit un éméto-cathartique; il provoque d'abondants vomissements.

21 janvier. — L'accès fébrile qui s'est manifesté jusqu'à présent le soir, revient encore : sulfate de quinine, 0,50 cent.

22 janvier. — L'accès fébrile n'a pas été modifié; 1 gr. sulfate de quinine en 2 doses.

23, 24, 25, janvier. — Même traitement.

28 janvier. — L'appétit est meilleur. Deux portions depuis deux jours.

^janvier. — On supprime le sulfate de quinine.

Aujourd'hui, 4 février, l'état de la malade est bon; elle souffre encore un peu de la tête et n'a pas beaucoup d'appétit. Il n'y a plus d'accès fébrile, le soir.

Elle a été purgée deux fois, le 22 et le 25 janvier.

Elle quitte l'hôpital, 18 jours après son entrée; elle peut être considérée comme complètement guérie.

Obs. LIL — Embarras gastrique fébrile à type rémittent. Névralgie intercostale traitée par le sulfate de quinine et les injections sous-cutanées de morphine. Guérison.

La nommée R..., âgée de 51 ans, domestique.

Entrée le mars 1877, salle Sainte-Madeleine, lit n° 8.

Renseignements. — Cette malade est âgée de 51 ans ; elle a été réglée à 19 ans et toujours d'une façon régulière.

Elle s'est habituellement très-bien portée et elle n'accuse aucun symptôme de scrofule ni de rhumatisme, dans son enfance.

• A l'âge de 5 ans, elle a eu la variole dont on remarque encore les traces sur le visage.

Dans sa jeunesse, fracture du bras gauche.

A 21 ans, à la suite d'une frayeur très-grande, elle a été prise d'une attaque nerveuse. Pendant quelques instants elle eut des mouvements convulsifs de l'un des bras

et elle tomba ensuite sans connaissance. La malade ne peut dire si elle avait de l'écume à la bouche. Elle a eu de fréquentes attaques à la suite de la première. Ces crises nerveuses avaient une courte durée ; la malade reprenait presque aussitôt sa pleine connaissance, sans être fatiguée, sans avoir besoin de dormir ; la langue ne présentait pas traces de morsures.

Toutes les fois qu'elle devait avoir ses règles, elle avait une attaque.

Depuis 2 ans la malade n'a plus ses règles. A l'époque de la ménopause, elle n'a éprouvé aucun accident spécial. Depuis lors, les attaques nerveuses ont eu lieu moins souvent et irrégulièrement. La dernière s'est produite au mois d'août dernier, attaque précédée encore de mouvements convulsifs dans le membre supérieur gauche et terminée comme les autres, sans fatigue marquée.

Au mois de novembre 1876 elle eut, à la suite d'un froid et chaud, une vive douleur dans le côté gauche.

A cette époque elle souffrait d'une sciatique, qui durait déjà depuis dix ans (sciatique gauche). Cette sciatique existe encore ; la douleur paroxystique est aujourd'hui peu marquée et ne dépasse pas le genou.

Elle a été prise de frissons et de fièvre, il y a quelques jours; elle se mit à tousser et ses crachats étaient teints de sang. Il y a 2 jours ils l'étaient encore ; ces crachats sont peu abondants dans la journée et la nuit ; de même, la toux est aujourd'hui peu marquée.

Etat actuel. — Malade assez forte, assez bien musclée ; faciès animé; pommettes rouges. — Pas d'appétit. Langue blanche, saburrale. — Nausées fréquentes, allant quelquefois jusqu'aux vomissements.

Constipation. — Ventre douloureux à la pression, au niveau de la région épigastrique.

La malade dort mal la nuit. Tous les soirs, elle est prise,

vers les 5 heures , de petits frissons durant quelquefois deux heures; bientôt il vient une chaleur vive, et au bout de 2 à 3 heures, une sueur abondante.

Douleur dans le côté gauche du thorax. La malade tousse, et elle crache abondamment; pas de frottements pleurétiques ; quelques râles de bronchite.

Elle a un peu mal à la gorge.

L'examen du cœur ne montre rien d'anormal. 11 en est de même pour l'examen des poumons, à part les râles indiqués plus haut.

La pression, dans les points d'émergence des nerfs des 6e et 7e espaces intercostaux du côté droit, provoque une douleur assez intense. Il y a en outre une douleur continue, et des élancements douloureux sur tout le trajet du neuvième nerf intercostal du côté droit.

Le foie, la rate et les reins n'ont rien d'anormal.

h1 urine est blanche et ne contient ni albumine, ni sucre.

Traitement. — 30 grammes de sulfate de soude. — Injection sous-cutanée de chlorhydrate de morphine au niveau du neuvième intercostal droit, dans la région douloureuse à la pression.

3 mars. — L'accès fébrile du soir est revenu ; on donne 1 gr. de sulfate de quinine. On continue les injections.

4, 5,6, 7, 8 mars. — Même traitement.

12 mars. — L'appétit est revenu; les accès fébriles ont disparu; la malade quitte l'hôpital le 20 mars.

Obs. LUI. — Gastralgie violente causée peut-être par un ulcère simple de l'estomac. Traitement par le sous-nitrate de bismuth. Amélioration considérable. Disparition des accidents gastriques.

La nommée B... Louise, âgée de 27 ans, domestique. Entrée le 8 mars 1877, salle Sainte-Madeleine, lit n° 5. Renseignements. — Cette malade, âgée de 27 ans, est

réglée depuis l'âge de 18 ans; ses règles sont assez irrégulières, et, dans les intervalles, elle a de la leucorrhée.

Elle est à Paris, depuis un an seulement ; elle déclare n'avoir jamais été malade ; étant petite fille, elle a eu la gourme et des maux d'oreille, mais jamais de douleurs rhumatismales. Rien non plus à noter du côté de l'hérédité.

Elle se plaint de palpitations qui durent depuis trois ans. Ces palpitations viennent par accès; elles sont trèsfortes, surtout quand la malade fait un effort ou qu'elle monte les escaliers ; et elles s'accompagnent alors d'essoufflements très-longs et très-douloureux. A la même époque, elle a été soignée dans cet hôpital, pour une anémie : depuis lors, la malade se plaint toujours de faiblesse, de sueurs qui surviennent sans cause, de bouffées de chaleur qui se produisent subitement et s'en vont de même.

Etat actuel. — La malade est grande, assez développée ; le faciès est pâle, anémique.

Elle n'a jamais eu de maladie sérieuse, et ce n'est que depuis quinze jours qu'elle souffre. Depuis ces quinze jours, elle éprouve une douleur vive au niveau de l'épigastre, douleur cuisante, continue, avec exacerbation, très-pénible. Elle se propage d'avant en arrière jusque dans le dos, vers l'épaule droite. Les douleurs épigastriques continues se produisent sous forme d'accès surtout après l'ingestion des aliments. Après avoir mangé, la malade est prise d'une douleur aiguë, atroce, qui la traverse d'avant en arrière, comme une flèche;puis elle a des nausées, et elle vomit tout ce qu'elle a pris. Outre ces accès qui surviennent après les repas, il en est quelques autres dans les intervalles, mais beaucoup moins douloureux ; ils commencent subitement, sans cause manifeste ; puis, la malade a des nausées et elle est prise de vomissements, blanchâtres comme de l'eau, ou simplement alimentaires. Jamais de sang, ni de matières noirâtres dans ces vomissements.

La malade ne peut boire de vin, ni prendre d'aliments épicés; au commencement, ces aliments provoquaient, de suite, des accès beaucoup plus forts et plus douloureux que ne le faisaient les aliments non épicés. La douleur ne reste pas toujours limitée au creux épigastrique ; elle se porte, dans les cas où elle est très-forte, un peu à droite et aussi vers l'épaule droite. Quelquefois elle remonte et envahit toute la région antérieure du thorax, tandis que jamais elle n'est descendue vers les reins, et le long des cuisses.

Si on exerce une pression au niveau de l'épigastre, la douleur continue est exaspérée, tandis que, dans les autres régions, la pression ne produit pas ce phénomène.

Après les accès douloureux, la malade est toujours prise d'envie d'uriner, et elle urine beaucoup le jour et la nuit ; elle a des envies très-fréquentes ; elle est obligée de se lever quelquefois pour satisfaire ce besoin.

Depuis qu'elle est sujette à ces douleurs, elle a habituellement de la diarrhée , tandis qu'auparavant elle restait ordinairement deux et trois jours sans aller à la selle. Les garde-robes sont cependant peu fréquentes ; elles sont noirâtres.

L'appétit est très-diminué ; la malade accuse de la faiblesse dans les jambes, qui sont un peu œdémateuses.

Il y a un peu de fièvre tous les soirs ; la malade dort bien si elle ne souffre pas de l'estomac.

L'examen des poumons fait constater quelques râles de bronchite. Du côté du cœur, on trouve un souffle à la base et au premier temps , de même qu'un très-léger souffle dans les vaisseaux du cou. Le foie est normal; il n'y a rien du côté de la rate. L'urine est très-peu colorée et ne contient ni albumine ni sucre.

Traitement. — Bouillons; potages. — Potion gommeuse avec 4 gr. de sous-nitrate de bismuth.

10 mars. — On applique, à la région épigastrique, un

emplâtre de ciguë belladoné. — On continue la potion. 12 mars. — Id.

15 mars. — La malade a moins souffert hier; elle n'a pas vomi. Même traitement : on porte la dose de sous-nitrate à 6 grammes.

20 mars. — Les douleurs, quoique moins vives, se montrent encore.

25 mars. — Même état.

28 mars. — Les douleurs ont reparu. — On donne huit grammes de sous-nitrate de bismuth. Deux injections souscutanées d'un centigramme de chlorhydrate de morphine, au creux de t l'estomac. Ces injections sont continuées chaque jour.

1er avril. — État général meilleur; l'appétit revient.

10 avril. — La malade va bien; ses digestions sont beaucoup moins douloureuses. Plus de vomissements.

La malade quitte l'hôpital, à la fin du mois, paraissant guérie.

Obs. LIV. — Ulcère simple de l'estomac probable. Arthrite rhumatismale sub-aiguë du cou-de-pied droit.

La nommée B... Léonie, 27 ans, blanchisseuse.

Entrée le 1er mars 1877, salle Sainte-Madeleine, lit n° ii.

Renseignements. — La malade a ses parents bien portants.

Elle-même s'est toujours bien portée. Pas de maladies dans son enfance, ou du moins elle ne s'en souvient pas.

11 y a 2 ans, elle a été prise, subitement, sans cause connue, de vomissements, survenant presque immédiatement après les repas, et de douleurs abdominales, siégeant surtout à la partie supérieure du ventre ; la malade ne peut préciser davantage.

Elle aurait été, à cette époque, soignée pour une gastrite, qui dura environ 3 mois.

Il y a un an, nouvelle apparition de la maladie, pendant deux mois. Enfin, dans ces 3 derniers mois, elle aurait été reprise, par trois fois, de cette affection; elle dit avoir éprouvé les mêmes symptômes qu'autrefois.

On lui aurait donné, pendant les différentes manifestations de son affection, comme traitement, des purgations et des éméto-cathartiques.

Depuis 15 jours elle garde le lit, parce qu'elle est trèsfaible.

Etat actuel. — Femme grande , brune , assez maigre. Faciès pâle, anémique, exprimant la souffrance. — Température de la peau à peu près normale.

Le sommeil est fréquemment interrompu par des douleurs que la malade éprouve dans l'abdomen ; l'appétit est médiocre.

Les vomissements ont lieu aussitôt après l'ingestion des aliments, 1/4 d'heure, 1/2 heure au plus, après; ils se composent surtout des aliments ingérés et rarement attaqués par la digestion.

La malade accuse la présence, dans ses vomissements, de bile et de matières noires semblables à de la poudre de charbon, à du marc de café.

Constipation légère; d'ailleurs la malade a toujours été un peu constipée.

Les règles, toujours assez régulières, sont suspendues depuis deux mois ; depuis lors pertes leucorrhéiques, assez abondantes.

Elle a ressenti, il y a quelque temps, de la douleur dans les reins»

C'est aussitôt après le repas, que les douleurs apparaissent; ces douleurs produisent une sensation de déchirure,

d'arrachement de l'estomac et de l'œsophage, quelquefois aussi de cuissons en ces mêmes régions.

Lorsque les aliments sont, ou digérés, ou rejetés par le vomissement, les douleurs diminuent, et ne se réveillent que par la pression.

A la palpation, on détermine des douleurs vagues dans l'abdomen; mais au creux épigastrique, la douleur provoquée par la pression est très- vive, surtout au niveau de l'appendice xiphoïde. Cas de tumeur.

Dans le dos, à la moitié inférieure de la colonne dorsale, on produit de la douleur par la pression, principalement vers la neuvième vertèbre.

Urines claires avec un peu d'albumine; polyurie légère, deux litres, en 24 heures.

Cœur. Souffle au 1er temps et à la base.

Bruits de souffle doux dans les vaisseaux du cou.

L'appareil pulmonaire ne présente rien de particulier à noter.

Traitement. — 2 mars. On ordonne une injection souscutanée d'un centigramme de chlorhydrate de morphine au creux épigastrique et une potion gommeuse avec 30 grammes de sirop d'opium ; lavement simple. — Bouillon et potage.

3 mars. — La malade éprouve des douleurs violentes dans le cou-de-pied droit.

Points douloureux au niveau de l'articulation tibio-tarsienne ; le pied est enflé; à la face externe, la peau est rouge et comme granuleuse.

Application de laudanum sur la région douloureuse.

4 mars. — Les vomissements, qui paraissaient avoir cédé hier, sont revenus aujourd'hui presque immédiatement après l'ingestion du bouillon ; ils ont été simplement alimentaires. On ajoute à la potion, 4 grammes de sous-

nitrate de bismuth. — Continuation du laudanum sur l'articulation tuméfiée et douloureuse.

5 mars. — Les douleurs épigastriques ont diminué ; celles de l'articulation tibio-tarsienne sont moins vives. Même traitement.

6, 7, 8, 9, 10 mars. — On continue le traitement.

1 1 mars. — L'état local s'est sensiblement amendé ; il y a deux jours que la malade n'a pas vomi. — Même traitement.

1 5 mars. — L'articulation du cou-de-pied est revenue à son état normal ; il n'y a plus ni douleur ni gonflement.

— L'état gastrique est également meilleur; la malade ne vomit plus, mais elle souffre encore au creux de l'estomac, surtout à la pression. On supprime le sous-nitrate de bismuth et on donne seulement du sirop d'opium.

20 mars. — La malade va beaucoup mieux; elle n'a pas eu de nouveaux accidents rhumatismaux ; l'état général est bien meilleur. Plus de vomissements ; encore quelques douleurs épigastriques. L'appétit est presque redevenu normal; la malade mange deux portions.

28 mars. — La convalescence est franchement établie ; l'état anémique a presque disparu. La malade quitte l'hôpital le 30 mars, à peu près guérie.

Obs. LV. — Carcinome de V estomac et du foie. — Propagation probable du cancer de l'estomac à V organe hépatique.

— Attaque antérieure de rhumatisme articulaire aigu. Le nommé L..., 54 ans, employé.

Entré le 2 août 1877, salle St-Jean-de-Dieu, lit n° 27. Renseignements. — Ce malade, âgé de 54 ans, est employé.

Jeune, il paraît avoir présenté quelques éruptions qui lui occasionnèrent de vives démangeaisons.

Très-bien portant jusqu'à l'âge de 30 ans. A cette époque, il fut atteint d'une hydarthrose du genou gauche ; puis il

fut obligé de garder le lit pendant 3 mois, à la suite d'un rhumatisme articulaire aigu qui occupait surtou t les genoux et les épaules.

Vers l'âge de 40 ans, il eut une fluxion de poitrine, dont la convalescence fut, dit-il, longue.

Il paraît avoir quelques antécédents alcooliques.

Le père est mort d'une maladie du tube digestif.

Rien autre chose à noter du côté de l'hérédité.

Depuis un an, dit-il, son appétit a beaucoup diminué; il mangeait peu et avait un dégoût très-prononcé pour la viande; de plus il avait toujours soif; les digestions étaient pénibles, et l'estomac se ballonnait après les repas; éructations nombreuses.

Cet état persiste en s'aggravant un peu, jusqu'en décembre dernier.

Il perdit alors complètement l'appétit.

En même temps, il commença à ressentir des douleurs lancinantes à la région stomacale ; il lui semblait qu'on lui enfonçait un couteau dans l'estomac. — Très-rapidement il maigrit et il s'affaiblit énormément.

Au mois d'avril, il s'aperçut que ses selles, d'ordinaire liquides, contenaient une matière noire semblable à du marc de café.

Bientôt une constipation opiniâtre apparut, et presque chaque fois qu'il allait à la selle, ses garde-robes contenaient des matières noires.

Il continua à se cachectiser de plus en plus.

Il y a 4 semaines environ, il commença à vomir ; ses vomissements étaient rares, et jamais ils n'ont contenu de sang sous quelque forme que ce soit; c'étaient des vomissements clairs, glaireux ou alimentaires.

En môme temps, les douleurs allèrent en augmentant, s'étendirent dans le dos, les deux épaules, et parfois même jusque dans les mains.

Il y a 3 mois, il vit ses chevilles se gonfler, et bientôt l'œdème s'étendit aux jambes, gagna un peu les cuisses. Depuis deux jours, il a envahi le scrotum et le prépuce.

Cet œdème semble avoir débuté en même temps que se produisaient des crampes violentes dans les mollets.

Le malade se décide à entrer à l'hôpital , le 2 août

Etat actuel. — C'est un homme profondément cachectique, amaigri; sa surface cutanée est décolorée; son visage présente une teinte jaune-paille très-légère. — La région épigastrique est un peu bombée.

A la palpation, on y perçoit une tumeur aplatie, dure, bosselée, s' étendant dans l'hypochondre droit.

Cette plaque dure s'étend aussi dans l'hypochondre gauche, et même jusque vers l'ombilic.

La palpation est douloureuse, surtout dans l'hypochondre droit.

La percussion de l'abdomen, en général, est très- douloureuse. — On ne constate pas de signes d'ascite.

Les pieds et les jambes sont le siège d'un œdème diaphane, notable.

Les masses musculaires des mollets sont très-douloureuses à la pression. On ne sent pas de cordons veineux indurés.

Le scrotum et la verge sont assez œdématiés.

Le foie est douloureux à la percussion ; il est manifestement augmenté de volume de haut en bas; il déborde les fausses côtes de plus de trois travers de doigts : sa surface, à ce niveau, est légèrement douloureuse à la pression; elle est saillante, mammelonnée irrégulièrement; on y perçoit assez distinctement des nodosités de volume variable.

L'appétit est nul; le malade ressent de vives douleurs à

l'estomac, après l'ingestion des aliments. Alternatives de diarrhée et de constipation. Le malade dort mal.

L'urine est trouble, jumenteuse, et contient une grande quantité de phosphates.

Traitement. — Application au niveau de la région épigastrique , d'un emplâtre de ciguë belladoné ; pilules d'extrait de ciguë de 0,02 centig., deux par jour. Liqueur de Fowler, 5 gouttes dans un julep avec 30 gram. de sirop d'opium. Lavement à la glycérine.

Ce traitement est continué jusqu'au 14 août; à cette époque, les salles du service sont livrées aux ouvriers pour des réparations urgentes : le malade, de plus en plus souffrant, est évacué dans un autre service.

Obs. LVI. — Gastro-hépato-carcinie. — Cancer du foie consécutif à un cancer du pylore. — Autopsie. — {Observation résumée.)

Salle Saint-Jean-de-Dieu, lit n° 3. Entré le 1er janvier 1877. Mort le 18 mars 1877.

Ce malade, âgé de 53 ans, était souffrant depuis huit mois, lorsqu'il est entré à l'hôpital; il ne donne sur son passé, sur sa famille, aucun renseignement important.

Depuis plus d'un an, il éprouve des douleurs vives au creux de l'estomac; il maigrit; son appétit ne va plus; il vomit quelquefois.

État actuel, 2 janvier 1877. — Homme profondément cachectique, avec de l'œdème presque généralisé. Amaigrissement notable; yeux bleus, très-clairs, très-transparents.

Appétit nul ; soif assez vive.

Léger degré de polyurie; urine transparente; ni sucre, ni albumine.

Douleur au creux épigastrique, et au niveau de l'hypo-

chondre droit. Cette région est comme soulevée. A la palpation, on trouve une série de bosselures, dont quelquesunes ont bien le volume du poing d'un enfant. La percussion démontre une augmentation notable du foie; ce dernier organe déborde de toute la largeur de la main le rebord des fausses côtes ; c'est à sa surface que paraissent siéger les bosselures.

Rarement de vomissements; ceux-ci, très-irréguliers dans leur apparition, ne présentent rien cle particulier. Constipation opiniâtre.

Rien dans les autres organes viscéraux.

Le malade a été soumis à peu près au même traitement que le précédent ; on n'a constaté aucune amélioration même passagère : au contraire, il est allé sans cesse en s'amaigrissant ; l'œdème a été déplus en plus marqué; il est mort le 18 mars 1877 , après avoir vomi seulement quatre ou cinq fois ; ces vomissements ont été purement alimentaires.

Autopsie. — Le foie est très-volumineux ; c'est bien lui qui est le siège des tumeurs perçues pendant la vie ; ces tumeurs sont grosses, les unes comme le poing, les autres comme des noix, certaines n'occupent que la surface du foie; d'autres sont situées entièrement dans son épaisseur. Ces tumeurs sont jaunâtres sur la coupe; leur centre est ramolli : la surface de celles qui font saillie sous la capsule fibreuse du foie est un peu déprimée en godet. Tout autour de ces tumeurs, le tissu hépatique est normal.

Une des tumeurs, siégeant à la face inférieure du foie, en dedans de la vésicule biliaire, englobe la tête du pancréas, et se continue avec une semblable tumeur qui occupe le pylore. La tumeur du pylore siège dans le tissu sousmuqueux ; aucune ulcération à la surface de la muqueuse stomacale. Rien de particulier à signaler dans les autres organes.

Hépato-carcinie. — Dosage de l'urée.

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