Les frottements diminuent
31. — Frottements presque imperceptibles; on ne les entend guère qu'à l'inspiration, sous forme de râles.
Le malade se dit complètement remis : il mange avec un grand appétit ; il a engraissé et repris ses couleurs.
Sort le 7 juin, complètement guéri.
Obs. LXXXÏÏI. — Pleurésie traumatique sans fracture de côtes. — Point de côté violent. — Pleurésie sèche. — Guérison.
Le nommé E... Richard, âgé de 75 ans, tonnelier.
Entré le 14 juin 1877, salle Saint-Jean-de-Dieu, lit n° 30.
Renseignements. — Alcoolisme ; le malade avoue qu'il buvait beaucoup de vin et de liqueurs.
Il y a 4 jours, il reçut à la partie postérieure du thorax, à gauche, un coup de timon de voiture.
Le choc ne fut pas très-violent, et aujourd'hui on n'en voit pas la trace sur la peau.
Mais, 3 ou 4 heures après avoir reçu ce coup, il ressentit à l'endroit frappé un point de côté, qui devint bientôt trèsviolent et gêna considérablement les mouvements respiratoires en les rendant très-douloureux. Les efforts , la toux sont également douloureux.
En même temps, il éprouva un léger malaise et un peu de frisson ; soif assez vive.
État actuel. — Le malade ne paraît souffrir que de son point de côté ; il lui rend toute espèce de mouvements trèsdouloureux.
La pression à ce niveau, c'est-à-dire à la base du poumon gauche, en arrière, est très-pénible.
On ne constate ni fracture de côte, ni lésions traumatiques, d'une autre sorte. Mais, en mettant la main à plat et en faisant faire de fortes inspirations, on perçoit un frottement très-net, en tout semblable au frottement pleurétique.
L'auscultation le fait entendre également, et l'on constate alors qu'il n'occupe qu'une partie limitée de la base du poumon , en arrière. Il ne s'entend bien nettement que dans l'étendue de la paume de la main, au point même où siège la douleur. Ce frottement est perçu aux deux temps de la respiration, principalement dans l'inspiration.
On ne note pas d'autres signes stéthoscopiques.
La percussion est vraiment impossible, à cause de l'intensité de la douleur.
Le reste de la poitrine ne présente rien de particulier.
Etal général. — Pas de fièvre. — Pouls, 68. T. A., 37°.
Les artères sont athéromateuses.
L'appétit est bon. — La langue est à peine blanchâtre. Pas de toux ni d'expectoration.
Traitement. — • On applique six ventouses scarifiées sur le côté gauche, dans la région où siège le point de côté. Chiendent nitré.
MALADIES DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE 373 18 juin. — Le point de côté est encore très-douloureux. On applique à ce niveau un vésicatoire de 0m,12 de diamètre.
22 juin. — Encore de la douleur et des frottements. Injection sous-cutanée d'un centigramme de chlorhydrate de morphine.
25 juin. — Le malade va mieux ; les frottements ont beaucoup diminué.
30 juin. — Le point de côté a disparu. L'appétit est excellent.
Le malade quitte l'hôpital, le 5 juillet, complètement guéri. Les frottements ne se perçoivent plus.
Obs. LXXXIV. — Pleurésie traumatique , avec fracture de côtes. — Point de côté violent. — Léger épanchement. — Guérison.
Le nommé J... Charles, âgé de 54 ans, cocher. Entré le 11 janvier 1877, salle Saint-Jean-de-Dieu, lit n° 19.
Le 1er janvier 1877, cet homme fut précipité de son siège et jeté sur le trottoir des Invalides.
Deux côtes furent fracturées (7e et 8e du côté droit, audessous de l'aisselle).
Le malade se soigna chez lui ; mais, quelques jours après, il se mit à tousser et fut pris, dit-il, d'une fièvre intense.
Cinq jours plus tard, il tomba dans un escalier et se fit à la région frontale gauche, au genou gauche, etc., de violentes contusions. — Le lendemain, il eut un délire furieux, violent, qui dura environ 2 à 3 jours.
Le 11 janvier 1877, il entre à l'hôpital.
Etat actuel. — A son entrée, on constate que le malade est un homme très -vigoureux ; il garde le décubitus dorsal. Il tousse assez fréquemment, mais ne crache pas. Cette toux le fait souffrir énormément dans le côté droit (région
mammaire inférieure). Point de côté persistant au même niveau.
Dyspnée légère.
Inappétence. Langue blanche; soif ardente ; pouls, 80; température : matin, 38°, 5; soir, 38°, 4.
L'inspection du thorax ne montre rien de particulier. — Vestiges de ventouses scarifiées, appliquées récemment à la partie droite, inférieure et latérale du thorax.
Palpation. — Diminution des vibrations thoraciques en bas, en arrière et à droite.
En appliquant la main à plat sur la partie latérale droite du thorax, et en faisant tousser le malade, on sent nettement la crépitation des fractures de côtes.
Percussion. — En avant et à droite, normale. — Matité en bas et en arrière. A gauche, rien de particulier à noter.
Auscultation. — En avant et à droite, râles ronflants, sibilants, quelquefois sous-crépitants (sous l'aisselle); congestion pulmonaire.
En arrière et à droite, respiration soufflante ou même souffle à l'expiration; râles sous-crépitants à forme de frottements dans toute la partie inférieure du thorax de ce côté. A ce même niveau, souffle léger, large : un peu d'égophonie.
A gauche. — Quelques râles sous-crépitants disséminés.
Cœur. — Normal.
Foie. — Normal. Ni sucre ni albumine dans l'urine.
Traitement. — On applique sur le côté droit du thorax, tout autour des points où les côtes sont fracturées, en arrière et en bas du même côté, des ventouses scarifiées (dix). Bandage de corps serré, après les ventouses.
43 janvier. — Le malade a beaucoup souffert du côte pendant la nuit. Il a énormément toussé, et cette toux l'a beaucoup fatigué. Pouls, 80. Respiration, 40.
Température :
matin, 38°, 2; soir, 37°, 6.
On n'entend plus de souffle.
Julep gommeux avec 30 grammes de sirop d'opium.
8 ventouses scarifiées sur le point douloureux.
14 janvier. — Cette fois, l'application des ventouses a beaucoup soulagé le malade.
Il tousse très-peu. Plus de dyspnée. L'appétit renaît. Pouls, 80. Respiration, 30.
Bandage de corps avec du diachylon.
16 janvier. — Le malade est beaucoup mieux.
Les râles ont disparu à gauche.
Submatité persiste en bas et à droite ; elle paraît même avoir augmenté.
20 janvier. — OEdème assez léger des jambes. On donne du vin de quinquina.
21 janvier. — L'examen du cœur, pratiqué de nouveau, est négatif; les urines sont normales.
24 janvier. — Le malade entre en pleine convalescence ; il sort guéri, au bout de quelques jours, souffrant cependant encore un peu, au niveau des côtes fracturées.
Obs. LXXXV. — Pleurésie aiguë ayant duré environ trois semaines chez un malade alcoolique, atteint de tuberculose chronique à marche extrêmement lente. — Guérison de la pleurésie.
Le nommé Jean P..., âgé de 41 ans, garçon d'hôtel.
Entré le 26 avril 1877, salle St-Jean-de-Dieu, lit n° 30.
Renseignements. — Ce malade, âgé de 41 ans, Auvergnat, est garçon d'hôtel.
Rien à noter du côté de ses parents. Il a deux enfants bien portants.
Température :
matin, 37°, 9; soir, 37°, 7.
Il a bu énormément, il y a 4 ans (vin et absinthe). Actuellement, il boit par jour un ou deux verres de rhum.
Ses mains tremblent souvent, surtout le matin.
Dès sa jeunesse, il dit avoir eu la respiration courte, difficile; à l'âge de 10 ans, il toussait et crachait beaucoup.
Il était sujet aux névralgies, et il fut pris, de temps en temps, de douleurs dans les genoux.
A 21 ans, il eut une blennorrhagie suivie d'une orchite, qui d'ailleurs guérit complètement en 1 mois.
De temps à autre, il a du lumbago.
Il y a 6 ans, il eut, dans l'aine gauche, un abcès froid diagnostiqué « abcès froid symptomatique d'une carie de l'os iliaque », par M. Gosselin, dans le service duquel il resta 15 jours. Cet abcès fut ponctionné avec l'appareil aspirateur, et il en sortit environ plein un crachoir de pus.
Chaque fois qu'il fait un léger excès, sa dyspnée habituelle augmente. Il a des vomissements bilieux, surtout le matin.
Il y a un an, il s'aperçut qu'il y avait quelques filets sanglants dans ses crachats.
Il y a 6 mois, il fut pris de vomissements bilieux, de points de côté en avant de la poitrine, et d'une violente dyspnée.
Il entra dans le service de M. Woillez. On lui appliqua des ventouses, des vésicatoires. — 11 en sortit remis, au bout de 3 semaines environ.
Il y a 5 jours, il se sentit indisposé, fut pris de fièvre, de nausées et perdit complètement l'appétit.
Il y a 2 jours, à la suite des quintes de toux, il fut pris de vomissements qui durèrent toute la journée et la nuit. En même temps, la dyspnée augmenta, et il eut des douleurs dans les côtés. — Le 26 avril 1877, il entre à l'hôpital.
État actuel. — C'est un homme grand, maigre, à poitrine un peu étroite. Il est couché sur le côté droit.
Poumon. — Percussion, matité aux deux sommets en avant et en arrière.
Submatité dans la moitié inférieure du côté gauche du thorax, en bas et en arrière.
Palpation. — Diminution des vibrations thoraciques dans la moitié inférieure et postérieure du côté gauche.
Auscultation. — Respiration rude, soufflante; expiration prolongée aux deux sommets, en avant et en arrière, mais surtout à gauche.
Souffle léger à l'expiration, vers la partie moyenne du poumon gauche, en arrière. — Egophonie au même niveau.
Le malade a un point de côté douloureux, à gauche, en avant, vers la partie moyenne du poumon .
Cœur. — Les battements sont un peu sourds ; pas de souffle.
Les artères radiales sont athéromateuses.
Foie. — Il dépasse les fausses côtes de trois travers de doigts. La percussion de cet organe est douloureuse.
Rate, grosse, douloureuse à la percussion.
L'appétit est perdu ; le malade dort mal et rêve de temps à autre. — Il a des pituites le matin. — Quand on lui fait étendre les mains, elles tremblent.
L'urine, un peu foncée, ne contient ni albumine ni sucre.
Traitement. — 27 avril. — Large vésicatoire à la partie inférieure du thorax, à gauche et en arrière. Julep gommeux avec sirop de morphine et dix grammes d'oxymel scilli tique.
L'épanchement augmente un peu.
28 avril. — Fièvre intense et sueurs abondantes, le soir.
Le malade souffre beaucoup dans le côté gauche.
8 ventouses scarifiées.
29, 30 avril. — - La fièvre augmente ; le malade sue abondamment la nuit. Le point de côté persiste. Toux continuelle; crachats spumeux, purulents, rouillés.
Broncho-égophonie ; souffle voilé, métallique à la partie moyenne du poumon gauche.
Râles sibilants et sous-crépitants dans toute l'étendue du poumon. La matité augmente en bas.
1er mai. — La fièvre est moins vive. Diminution de la matité, du souffle, de l'égophonie. Apparition de frottements, de râles sous-crépitants fins.
13 mai. — Plus de souffle; très-légère matité et égophonie, frottements un peu plus nets.
15 mai. — Quitte rhôpital ce jour. L'état général est meilleur. La pleurésie a disparu, mais les signes de tuberculose chronique persistent.
Obs. LXXXVI. — Tuberculisation granuleuse aiguë généralisée. — Phénomènes cliniques rappelant ceux de la fièvre typhoïde et de la bronchite capillaire. — Marche rapide des accidents. — Albuminurie très-abondante. — Mort. — Résultat de V autopsie.
La nommée L. Émélie, âgée de 33 ans.
Entrée le il mai 1877, salle Ste-Madeleine, lit n° 18.
La mère est morte de phthisie pulmonaire; son père aurait succombé au chagrin.
Sa sœur est probablement atteinte aussi de tubercules pulmonaires, d'après ce que dit la malade.
Elle a toujours eu une bonne santé; mais pourtant on relève dans son histoire quelques antécédents scrofuleux, tels qu'ophthalmies, dartres, engelures, crevasses, engorgements ganglionnaires.
Jamais de pertes blanches; elle a été réglée à 16 ans.
Ni enfants, ni fausses couches. Bien réglée jusque dans ces derniers temps.
Depuis 6 mois, elle a maigri beaucoup. En outre, il y a eu affaiblissement progressif des forces.
Elle aurait souvent des sueurs abondantes, surtout la nuit.
État actuel. — Peau fine, blanche, avec dessin variqueux des vaisseaux. La face est très-congestionnée. La malade se plaint surtout d'un grand degré d'affaiblissement. C'est à peine si elle peut parler. La voix est faible, cassée. Dyspnée extrême. Peau sèche.
Fièvre vive; température dépassant 40°.
30 à 35 respirations par minute, s'accroissant de nombre au moindre mouvement, au moindre effort que fait la malade pour se lever. Elle se plaint sans cesse.
La langue est sèche, rouge sur les bords. Fuliginosités abondantes sur les lèvres et les dents. Aspect typhique. Ventre un peu ballonné, non douloureux à la pression.
L'intelligence paraît assez bien conservée. Lenteur extrême des réponses. Pas de strabisme; pas de paralysie.
Anorexie complète; constipation.
La percussion de la poitrine ne décèle rien d'anormal ; peut-être existe-t-il un peu de submatité au sommet gauche du poumon, sous la clavicule.
L'auscultation fait entendre, dans toute la hauteur du thorax, aussi bien en avant qu'en arrière, une grande quantité de râles sous-crépitants fins. Ceux-ci sont surtout abondants aux sommets et aux bases des poumons.
Expectoration, nulle. Examen du ventre, négatif.
L'urine contient de l'albumine en très-grande proportion.
Traitement. — On ordonne : ventouses sèches sur toute la surface du thorax, en avant et en arrière. — Potion gommeuse avec 5 centigr. d'extrait thébaïque.
13 mai. — L'état asphyxique est encore plus marqué que la veille : la malade est obligée de rester assise sur son lit. La face est d'un pâle bleuâtre; les lèvres, la langue sont fortement cyanosées. T. A., 39°, 8. Il existe toujours de l'albumine, en abondance, dans les urines. Nouvelle application de ventouses sèches sur le thorax. — Sinapismes sur les membres inférieurs.
14 mai. — Les nuits se passent sans sommeil; la malade se plaint continuellement. Même état dyspnéique.
15 mai. — Etat asphyxique imminent. Langue sèche, comme rôtie. — Fuliginosités abondantes sur les lèvres, les gencives. — Potion avec deux grammes d'extrait mou de quinquina.
16, 17, 18 mai. — Même état,
19 mai. — Amaigrissement très-rapide. Dyspnée continuelle.
20 mai. — La malade est dans le coma; elle meurt, la nuit.
Autopsie, faite le 22 mai 1877. — Cavité thoracique. — Pas de liquide dans la plèvre.
Poumons. — Le poumon gauche est congestionné dans toute sa hauteur. Sur la plèvre viscérale, on remarque une grande quantité de granulations, confluentes par leur nombre; la plupart sont demi-transparentes ou tout à fait transparentes, et ont tout au plus le volume d'ungrain de millet; quelques-unes sont franchement grises; ce sont les plus petites et les plus nombreuses ; d'autres, en voie de caséification; celles-là, en très-petit nombre, sont marquées au centre d'un point jaunâtre.
Sur une coupe transversale comprenant toute la hauteur du poumon, on trouve cette même série de granulations confluentes, ayant le double aspect indiqué plus haut.
Pas de pneumonie lobulaire, ni de noyaux apoplectiques; sur les coupes horizontales et transversales, même quantité de granulations.
En résumé, le poumon est farci dans toute son épaisseur de tubercules transparents ou semi-transparents.
Quelques lobules pulmonaires sont emphysémateux, surtout dans les lobes supérieurs.
Masse caséeuse, molle comme du mortier, ayant le vo-
MALADIES DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE 381 lume d'une grosse noisette, située au sommet du poumon gauche.
Poumon droit. — Même aspect, mais les granulations sont encore plus nombreuses. Pas de lésions caséeuses au sommet.
Cœur. — Tissu mou ; l'organe est petit, rempli de caillots sanguins, noirâtres; pas d'endocardite, ni d'inflammation de l'aorte ou du péricarde; pas de liquide épanché; pas de granulations soit sous le péricarde , soit clans le myocarde.
Cavité abdominale. Foie. — Capsule de Glisson un peu épaissie ; pas de granulations. L'organe hépatique est assez volumineux, décoloré et un peu gras ; sur des coupes transversales, on trouve quelques granulations tuberculeuses très-rares; elles sont transparentes, et elles ont le volume des grains de mil.
Rein gauche. — Volume normal; l'enveloppe s'enlève avec difficulté, et on constate, à la surface externe, des granulations nombreuses, semblables, comme volume et comme aspect, à celles des poumons. Sur la coupe faite du bord convexe au hile, parallèlement aux faces de l'organe, le tissu, noirâtre, est très-congestionné. Il renferme quelques granulations. Dans le rein droit, même aspect; il est encore un peu plus congestionné que le précédent.
Rate. — Un peu volumineuse.
Tissu assez résistant. Enveloppe fibreuse épaissie. Quelques plaques de périsplénite. Pas de granulations.
Péritoine. — Pas de granulations. Pas d'ascite.
Intestins et appareil utérin. — Normaux.
Roîtc crânienne. — Méninges congestionnées ; pas de granulations dans la pie-mère : on a examiné avec soin toutes les anfractuosités de la surface cérébrale, en particulier la scissure de Sylvius, sans trouver la moindre granula-
tion. Substance grise légèrement congestionnée, un peu
œdémateuse.
Obs. LXXXVII. — Tuberculose pulmonaire à marche rapide. — Troubles névropathiques au début de la maladie. — Emploi des douches froides, à cette époque, comme traitement. Tuberculose galopante, survenant consécutivement. — Mort.
La nommée B... Hortense, âgé de 26 ans, demoiselle de magasin.
Entrée le 2 février 1877, salle Sainte-Madeleine, lit n° 2.
Renseignements. — Cette malade, âgée de 26 ans, a été réglée à 15 ans et toujours très-régulièrement.
Gomme antécédents, elle aurait eu des manifestations de scrofule : du gonflement des glandes sous-maxillaires, des maux d'yeux. Elle n'a jamais été atteinte de rhumatisme. En outre, elle a eu des attaques de nerfs, sans perte de connaissance. Sa sœur, qui est dans le service, plus jeune de quelques années, est franchement scrofuleuse.
Depuis trois ou quatre mois, cette malade s'était considérablement affaiblie, et elle offrait, paraît-il, une anémie profonde. Pour traitement, un médecin de la ville lui ordonna des douches d'eau froide.
A la suite de ces douches, elle se mit à tousser. La toux , d'abord sèche , fut bientôt suivie d'expectoration ; mais cette expectoration était peu abondante et sans caractères significatifs.
Depuis ce temps, la malade s'est affaiblie progressivement. Elle a perdu complètement l'appétit. Elle se plaint de palpitations très-fortes, de fièvre qui se montrerait tous les jours, de sueurs, etc.
État actuel. — La malade est de taille moyenne, assez maigre. Faciès pâle, un peu bleuâtre. Aspect cachectique, fatigué. Elle se plaint de ne pas respirer librement; dyspnée continuelle; les mouvements respiratoires sont courts et
MALADIES DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE 383 précipités ; la malade ne peut rester couchée dans son lit ; elle se tient constamment assise.
La peau est chaude, et on observe une fièvre continue qui augmente le soir.
La malade souffre beaucoup de la tête. Elle a des vertiges et des palpitations. Constipation. Il n'y a pas de taches sur le ventre, ni sur le dos. La langue est blanche avec des fuliginosités sur les bords, l'appétit nul.
L'auscultation montre, des deux côtés de la poitrine, en arrière, des râles muqueux et sous-crépitants disséminés dans toute l'étendue des poumons, surtout à gauche. Ces râles sont beaucoup plus nombreux aux deux sommets du thorax, en avant et en arrière qu'au niveau de la base des poumons. Sous la clavicule gauche, on trouve un peu de souffle à l'expiration. En avant, mêmes râles, mais moins marqués. La percussion, non douloureuse, donne de la submatité à gauche, au sommet; dans le reste de l'étendue du thorax, on ne trouve rien de particulier à noter sous ce rapport. Expectoration muqueuse, aérée. Pas de stries de sang.
Le cœur est sain ; souffle anémique à la base et au premier temps ; souffle continu, avec renforcements, dans les vaisseaux du cou.
Le foie et la rate ont leurs dimensions normales.
L'urine est un peu foncée en couleur. Elle ne contient ni albumine, ni sucre.
Traitement. — On fait appliquer un large vésicatoire entre les deux épaules. Potion gommeuse avec 30 grammes de sirop thébaïque et 10 centigrammes de kermès. Un gramme de chloral hydraté en sirop, vers 8 heures du^oir.
4 février. — La dypsnée augmente. La face est complètement bleuâtre. La malade est obligée de se tenir constamment assise dans son lit. Expectoration abondante de crachats muco-purulents. T. A., 39", 2. Sueurs assez abon-
dantes. Insomnie opiniâtre. Il existe toujours dans la poitrine une très-grande quantité de râles.
5 février. — Même état; l'oppression est encore plus grande. Le ventre se ballonne; la malade va difficilement à la garde-robe.
6 février. — Le ventre est un peu douloureux à la pression. Constipation. Langue sèche.
7 février. — La dyspnée continue.
L'oppression est de plus en plus forte. Submatité au niveau des sommets des poumons, en avant et en arrière : à ce même niveau, gros râles muqueux. Céphalalgie continuelle. Des fuliginosités s'accusent aux lèvres et à la langue. Sinapismes sur les membres inférieurs. Ventouses sèches sur le pourtour du thorax.
8 février. — Même état; diarrhée abondante; la malade est très-oppressée ; respiration pénible ; le ventre est douloureux.
9 février. — Même état, torpeur; coma continu; la dypsnée augmente encore.
La malade meurt le 10 février 1877.
L'autopsie n'a pas pu être faite.
Obs. LXXXVIII. — Tuberculose pulmonaire chronique à marche très-lente. — Troubles dyspeptiques très-accentués marquant le début de V affection. — Disparition de ces troubles à mesure que V affection pulmonaire se localise.
La nommée R... Charlotte-Marie, âgée de 17 ans, demoiselle de magasin.
Entrée le 7 juin 1877, salle Sainte-Madeleine, lit n° 2.
Cette malade, âgée de 17 ans, a été réglée à 13 ans et toujours très-régulièrement depuis cette époque.
Antécédents. — Elle a eu, dans son enfance, des maux d'yeux, qui ont duré longtemps. A la suite de ces maux
d'yeux, il se serait développé des opacités sur la cornée, opacités ayant réclamé une opération.
Elle a eu aussi des abcès dans l'oreille, et ces abcès ont été suivis pendant longtemps d'un écoulement de pus par le conduit auditif externe.
Elle aurait eu une attaque de rhumatisme articulaire aigu, ayant occupé les coudes et les genoux, et ayant duré un mois environ.
Elle a été atteinte de plusieurs autres maladies sérieuses : scarlatine, rougeole. Pendant cette dernière maladie, elle aurait été prise du croup, avec angine couenneuse ; elle eut une pneumonie, il y a dix ans, et plus tard une pleurésie; elle ne peut spécifier le côté atteint.
Enfin elle dit avoir eu, il y a deux ans, la fièvre typhoïde.
Il y a un an, la malade fut prise subitement, dans la nuit, de nausées et de vomissements. Elle rendit en abondance, d'abord de la bile, puis du sang noirâtre. Déjà, deux ans avant cette hématémèse, elle avait eu des crises gastralgiques très-vives, surtout après les repas, crises accompagnées très-souvent de vomissements alimentaires. Elle avait fréquemment, le matin surtout, des renvois acides, aigres.
Au bout de quelques mois, ces divers symptômes se sont un peu calmés; mais il y a plusieurs semaines que ces mêmes phénomènes dyspeptiques sont revenus. Depuis un mois, les vomissements de sang se sont reproduits, jusqu'à lundi dernier. Depuis ce dernier jour, elle en a eu trois.
Ils se sont montrés toujours la nuit, et toujours ils ont été précédés de rejets de matières verdàtres et amères.
État actuel. — Femme petite, assez maigre. Teint pâle, franchement anémique.
La peau est sèche, un peu écailleuse. La malade se plaint surtout de souffrir dans le ventre. Il existe une douleur
vive, continue, au niveau du creux de l'estomac, un peu à gauche de l'appendice xiphoïde; cette douleur est lancinante parfois, et analogue à une sensation de brûlure. Elle s'exaspère par la pression et par les mouvements respiratoires un peu étendus. La malade souffre également dans le dos, au niveau des vertèbres lombaires, et elle déclare qu'à chaque crise douloureuse il lui semble qu'une flèche lui traverse l'estomac d'avant en arrière.
Outre ces douleurs fixes, elle en accuse également d'autres dans les côtes et surtout au niveau des derniers espaces intercostaux; de là partent des irradiations douloureuses dans les lombes et dans la poitrine.
La malade a maigri beaucoup; l'appétit est à peu près nul; la crainte de nouvelles douleurs l'empêche de manger; la langue est chargée; il existe de la constipation. Sueurs nocturnes abondantes.
Des palpitations très-fortes et très-fréquentes existent continuellement. La malade se plaint d'essoufflement, quand elle monte les escaliers ou qu'elle marche un peu vite; on lui a donné de la digitale, autrefois.
Souvent, elle est prise d'étourdissements, de maux de tête et de vertiges; elle est obligée de s'appuyer sur les objets environnants pour ne point tomber.
Elle est très-sujette aux migraines et aux douleurs névralgiques passagères, et, chez elle, on trouve également, très-manifeste, le phénomène de la boule hystérique.
La malade tousse beaucoup.
L'examen de la poitrine donne les résultats suivants. La percussion du sommet droit de la poitrine est douloureuse, en avant et en arrière. Perte d'élasticité sous le doigt. Submatité assez nette.
Les mêmes phénomènes, mais moins accentués, se constatent à gauche, principalement en avant.
A l'auscultation, on entend quelques râles ronflants dans toute l'étendue du thorax; ces râles sont mêlés de quelques râles sous-orépitants. Ces derniers râles sont assez nets aux deux sommets, principalement au sommet du poumon droit. L'expiration est un peu soufflante des deux oôtés, surtout au niveau des fosses sus-épineuses. Expectoration muqueuse; quelques crachats muco-purulents; pas de sang.
Le cœur, par moments, bat très- vite et très-fortement ; cependant il n'existe pas de souffle organique. Il y a un souffle anémique à la base et au premier temps, et un souffle continu, très-fort, dans les vaisseaux du cou. Pouls fréquent; peau un peu chaude. La malade a souvent des sueurs la nuit.
Les jambes sont quelquefois enflées, surtout quand la malade est restée longtemps debout; aujourd'hui, on y trouve encore un peu d'œdème.
L'urine est normale, comme aspect, et ne contient ni albumine, ni sucre.
Constipation.
Traitement. — On donne à la malade 15 gr. d'huile de ricin. Tisane de fleurs pectorales. Julep avec trente grammes de sirop de tolu et 0,05 d'extrait thébaïque.
9 juin. — L'appétit est un peu revenu. Quelques selles, sous l'influence du purgatif. On prescrit un gramme de poudre de pepsine par jour, en deux paquets, à prendre en deux fois, un quart d'heure après chaque repas. Vin de quinquina. Même potion, à laquelle on ajoute un gramme et demi d'hypophosphite de soude.
15 juin. — Les douleurs gastriques sont moins vives; par contre, les signes de bronchite, aux sommets des poumons , s'accentuent. Même traitement , trois granules de Dioscoride chaque jour.:
20 juin. — L'appétit est de nouveau disparu. Constipation opiniâtre. Lavements purgatifs.
25 juin. — État général amélioré. Craquements humides au sommet du poumon droit, en arrière.
30 juin. — La dyspepsie est, actuellement, presque nulle. On suspend la pepsine.
10 juillet. — Les crachats deviennent un peu plus purulents. L'examen microscopique n'y fait pas découvrir de fibres élastiques.
20 juillet. — Les signes d'induration se localisent et s'accentuent au sommet droit. On entend parfaitement du souffle caverneux avec des râles plus ou moins gros. La malade n'a plus de troubles digestifs. Pas de diarrhée.
Elle quitte l'hôpital le 29 juillet 1877.
Obs. LXXXIX. — Tuberculose chronique évoluant chez mie femme ayant eu autrefois des accès de fièvre intermittente. — Mort.
La nommée B..., âgée de 24 ans.
Entrée le 11 juin 1877, salle Sainte-Madeleine, lit n° 1.
Renseignements. — Cette malade, âgée de 24 ans, a été réglée à 17 ans.
Elle l'a toujours été régulièrement jusqu'au mois de septembre dernier, époque à laquelle elle a cessé de voir ses époques.
Comme antécédents , elle n'indique aucune affection indiquant une diathèse strumeuse ou rhumatismale. Cependant, à l'âge de 6 ans, elle a été soignée pour une maladie des poumons. On lui aurait appliqué des vésicatoires.
A 14 ans, elle a eu la fièvre intermittente. Cette fièvre, dont elle ne se rappelle pas nettement le type, aurait duré plusieurs mois. Depuis lors, elle n'a pas eu de nouvelles atteintes de cette maladie.
Enfin, Uannée dernière, au mois de septembre, elle fut prise d'un point de côté très-violent au-dessous du sein
MALADIES DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE 389 droit. Elle se mit à tousser, et elle cracha trois fois du sang, environ un verre chaque fois. Elle garda le lit pendant 6 semaines. Depuis cette époque, elle a toussé toujours beaucoup ; en même temps, elle est devenue de plus en plus faible. Elle est toujours essoufflée et ne peut rester quelque temps debout sans être fatiguée.
État actuel. — La malade est très-pâle. La peau est sèche; sa température est notablement élevée. Fièvre le soir, et sueur assez abondante la nuit. Par moments, la malade a des coliques peu vives, accompagnées de diarrhée. Perte de l'appétit. La toux est continuelle, très-forte et souvent suivie de vomissements, surtout quand la malade a mangé. Insomnie.
Douleurs spontanées, vagues, dans les deux côtés de la poitrine, surtout adroite. Les doigts sont hippocratiques, et l'amaigrissement est très-considérable. Il existe un peu d' œdème des membres inférieurs.
L'examen du thorax fait trouver, en arrière et aux deux sommets, de la matité complète, surtout à droite; cette matité occupe une étendue très-considérable. La percussion, à ce niveau, est très-douloureuse. Si l'on ausculte, on perçoit, à droite, un souffle très-fort, presque amphorique, dans la fosse sus-épineuse : ce souffle diminue d'intensité, à mesure qu'on descend vers la partie inférieure du poumon. En même temps que le souffle, on entend des râles nombreux, très-forts, dans presque toute l'étendue de la poitrine , et du gargouillement quand la malade tousse. Le souffle, les râles et les gargouillements existent aussi à gauche, mais dans une moindre étendue et beaucoup moins accentués. En avant, on constate aussi de la matité aux deux sommets et de la douleur à la percussion. Bruit de pot fêlé à droite sous la clavicule. A l'auscultation , souffle caverneux, râles et gargouillements, peu marqués à gauche, et très-nets à droite. Les ganglions des creux sous-
claviculaires sont engorgés des deux côtés. Expectoration purulente abondante.
Cœur. — Le cœur est sain.
L'urine est normale et ne contient ni albumine, ni sucre.
Traitement. — On ordonne : potion gommeuse avec 2 gr. d'hypopbosphite de soude. Vin de quinquina. Une pilule d'extrait thébaïque de cinq centigrammes pour le soir.
20 juin. — L'amaigrissement est encore plus prononcé. Sueurs nocturnes très-abondantes. De temps à autre, un peu de diarrhée.
3 juillet. — Diarrhée assez abondante depuis plusieurs jours et coliques assez vives. La diarrhée et les coliques disparaissent par les injections hypodermiques de morphine (injection d'un centigramme de chlorhydrate de morphine dans la peau de l'abdomen).
Même état général.
28 juillet. — Hémoptysie abondante. Fièvre très-forte. La malade s'affaiblit de plus en plus et meurt le 2 août 1877 ; l'autopsie n'a pu être faite.
Obs. XG. — Tuberculose chronique. — Pleurésie chronique du côté droit. Déformation considérable avec amplitude exagérée de ce côté droit. — Cachexie profonde simulant celle d'un cancéreux. — Ganglions sus -claviculaires droits engorgés, douloureux. — Apparition sur le côté droit du thorax, à la suite de V application de ventouses^ d'adénites avec lymphangites. — Amélioration progressive de l'état général. — Persistance des accidents locaux.
Le nommé T...,. Barthélémy, âgé de 58 ans, cordonnier.
Entré le 23 décembre, salle Saint- Jean-de-Dieu, lit n" 13.
Renseignements. — Parents morts de vieillesse. Huit enfants, frères et sœurs du malade, seraient morts : six, de la fièvre typhoïde; un, de la scarlatine, et un du croup.
Jusqu'à l'âge de 20 ans , il n'a pas été malade.
A 20 ans, pneumonie pour laquelle il entra à l'Hôtel- Dieu, où il resta 15 jours.
A 46 ans, il entra à l'hôpital Cochin. Atteint d'une gastrite à cette époque, il avait des vomissements et de la diarrhée, qui durèrent une semaine; ces vomissements survenaient immédiatement après les repas. Les selles étaient sanguinolentes.
Il eut en même temps des accès de dyspnée, tellement intenses , qu'il était obligé de s'asseoir sur son lit et de dormir la tête très-élevée.
Il resta 5 mois à l'hôpital Cochin et en sortit très-amélioré.
Le 13 septembre 1876, ce malade fut pris subitement d'une douleur dans le côté droit de la poitrine ; il eut une pleurésie qui dura deux mois. Depuis sa pleurésie, il est toujours alité, faible, amaigri; il a perdu l'appétit. Il tousse beaucoup et expectore abondamment. N'a jamais eu d'hémoptysie.
État actuel. — Teint cachectique, blanc terreux; amaigrissement très-notable. L'aspect général est celui d'un carcinomateux.
Le malade se tient assis sur le lit ; cette position lui procure un réel soulagement et l'empêche de tousser. Dès qu'il se couche, il est oppressé et il a alors des accès de toux très-fatigants. La toux est fréquente, facile, n'occasionne pas de douleurs thoraciques, et survient surtout la nuit.
Les crachats sont abondants, aérés, blanchâtres, peu visqueux, sans odeur, sans caractères particuliers à l'examen histologique. Lorsque le malade reste calme un jour, le lendemain il rejette assez facilement , sans efforts , une quantité très-considérable de ces mêmes crachats aérés.
Voix normale.
Respiration pénible dans la position horizontale. Examen de la cavité thoracique. Inspection. — Palpation.
— Conservation des vibrations vocales au niveau de la région inférieure latéro-postérieure du thorax, c'est-à-dire là où la déformation est le plus marquée. Ampliation notable du côté droit du thorax. L'angle postérieur des côtes droites fait une saillie considérable sous la peau.
Percussion. — En arrière, à droite, diminution légère de la sonorité dans le 1/3 supérieur du poumon ; matité absolue dans les 2/3 inférieurs.
En arrière et à gauche, sonorité conservée.
En avant et à droite, sonorité dans le 1/3 supérieur.
Matité dans les 2/3 inférieurs.
En avant et à gauche, sonorité.
Auscultation. Côté droit. — Râles sous-crépitants dans la fosse sous-épineuse; ces râles sont surtout manifestes après la toux. Dans la fosse sous-épineuse et près de la colonne vertébrale, souffle bronchique. Frottements disséminés dans toute l'étendue du poumon droit; il en est de même des râles sous-crépitants.
Abolition du murmure vésiculaire dans les 2/3 inférieurs du poumon.
En avant et à droite, râles sous-crépitants manifestes après la toux sous la clavicule; diminution du murmure vésiculaire dans les 2/3 inférieurs de la poitrine.
A gauche, quelques râles sous-crépitants disséminés. Conservation du murmure vésiculaire. Les ganglions du creux sus-claviculaire droit sont un peu tuméfiés, durs, roulants et douloureux.
Cœur. — Pas de palpitation. Bruits normaux. Pouls régulier, normal.
Langue propre. Appétit conservé. Selles régulières. Mictions faciles.
Ni sucre, ni albumine dans les urines.
Pas d'oedème des membres. Insomnie. Céphalalgie légère.
Traitement. — Marche de la maladie — On donne au
malade deux cuillerées d'huile de foie de morue. Potion avec 30 gr. de sirop de morphine. Vin de quinquina. Badigeonnages de teinture d'iode sur la partie inférieure et postérieure (côté droit de la poitrine).
1er janvier. — Aucun changement dans l'état général , ni dans l'état local. On continue le même traitement, et on fait prendre en outre, chaque jour, une cuillerée à soupe de sirop d'iodure de fer.
15 janvier. — La cachexie est toujours très-marquée; cependant le malade est peut-être un peu moins maigre.
1er février. — Le malade se plaint d'oppression. Il raconte que, depuis quelques jours, il étouffe, surtout la nuit. On applique un vésicatoire à la partie postérieure et inférieure du côté droit du thorax. Aucun changement relativement aux phénomènes fournis par l'auscultation et la percussion. L'expectoration est toujours sans caractères significatifs.
15 février. — Les accès de dyspnée sont moins forts, moins violents. Le malade a retrouvé son appétit.
1er mars. — Le malade dit s'être refroidi dans les cours; il a de nouveau de la dyspnée. M. Vulpian fait appliquer des ventouses sèches sur le côté droit du thorax.
Le lendemain et les jours suivants, le malade se plaint de douleurs assez vives dans les régions où l'on a appliqué les ventouses. On constate, en diverses parties de la région postérieure, latéro-inférieure , du côté droit du thorax, l'existence de petites tuméfactions, grosses comme une noisette. Ces tuméfactions sont assez dures, roulantes sous la peau, et manifestement douloureuses à la pression. On voit très-nettement se dessiner, sous la peau, des petits cordons assez résistants, rougeâtres, également douloureux, en relation avec ces petites nodosités. Il n'est pas douteux, pour M. Yulpian, que ce sont des vaisseaux lymphatiques et que les tumeurs sont des ganglions lym-
phatiques, ganglions et vaisseaux qui, sous l'influence de l'application des ventouses , se sont enflammés et tuméfiés.
Cet état des ganglions et vaisseaux lymphatiques persiste pendant une quinzaine de jours, ainsi que les douleurs concomitantes. Pendant ce temps, on ne note aucune modification des ganglions du cou.
4 mars. — L'état général est meilleur. Les engorgements ganglionnaires et les lymphangites ont disparu.
24 mars. — L'expectoration, depuis quelques jours, est devenue purulente. L'examen microscopique ne montre pas trace de fibres élastiques.
10 avril. — Les crachats sont maintenant franchement purulents. Cependant le malade va mieux; il se lève toute la journée.
25 avril. — Amélioration progressive. La cachexie est bien moins accentuée. Aucune modification dans l'état pulmonaire local.
Le malade quitte le service dans les premiers jours du mois de mai. Il va beaucoup mieux, mais rien n'est changé dans les phénomènes d'auscultation et de percussion du côté droit du thorax. L'expectoration purulente est moins abondante.
Obs. XCI. — Tuberculose chronique chez une négresse. — Prédominance des troubles gastriques. — Mort par hémoptysie foudroyante.
La nommée R... Marie-Louise, âgée de 38 ans.
Entrée le 8 février 1877, salle Ste-Madeleine, lit n° 9.
Renseignements. — Cette malade, âgée de 38 ans, est née en Égypte. Elle est venue une première fois en 1857 en France, où elle resta jusqu'en 1862, époque à laquelle elle est retournée en Afrique. Elle y a séjourné alors quatre ans. Depuis 1867, elle est à Paris.
Elle a été réglée à quatorze ans et toujours très-régulièrement; elle a eu trois enfants, et à la suite de chaque couche elle est restée deux ou trois mois malade; son dernier accouchement date de 1876; elle a été soignée à la Charité.
Il n'y a rien à noter en fait d'antécédents soit comme scrofule, soit comme rhumatisme.
Elle ne se souvient pas d'avoir jamais été malade, excepté pendant son dernier séjour en Afrique, époque à laquelle elle aurait eu une pneumonie droite, qui l'aurait forcée à garder le lit pendant trois semaines. Depuis cette époque, elle a toujours un peu toussé, surtout la nuit.
La malade se plaint aujourd'hui d'une courbature. Il y a quinze jours, elle éprouvait déjà des douleurs clans le dos;, mais, depuis lundi dernier, à la suite d'un refroidissement, elle a été atteinte d'un violent mal de tète, de frissons et d'une douleur au -côté gauche.
Elle a eu beaucoup de fièvre toutes les nuits depuis lundi et des sueurs abondantes. Le mal de tête a disparu, de même que la douleur au côté; mais elle a été prise de mal à la gorge et de douleur à la nuque, avec augmentation de la courbature. Elle n'a pas vomi ; elle n'a pas eu la diarrhée.
Etat actuel. — Femme de taille moyenne, assez maigre. Le visage est amaigri et fatigué.
La peau est sèche, chaude au toucher. T. A.,, 38°, 7.
La malade sue assez abondamment pendant la nuit.
La langue, large, est blanche au centre, rouge à la pointe et sur les côtés ; l'appétit est perdu ; il n'était, du reste, pas très-considérable auparavant. Elle est constipée depuis lundi soir. Il y a un peu de rougeur de l'isthme du gosier. La malade n'éprouve plus qu'une faible douleur pendant la déglutition. La nuque n'est presque plus douloureuse.
Pas d'épistaxis ; pas de douleur du ventre à la pression.
L'examen du cœur ne présente rien d'anormal, de même que celui du foie et de la rate.
L'examen de la poitrine permet de constater, en arrière et en avant, de la submatité aux deux sommets, submatité surtout accusée à droite.
A l'auscultation, on trouve la respiration forte et rude, surtout à droite, mais sans souffle bien net. On constate aussi quelques râles de bronchite disséminés. Expectoration muco-purulente peu abondante.
L'urine, examinée, ne contient pas d'albumine, ni de sucre.
On diagnostique une bronchite survenue pendant la première période d'une phthisie pulmonaire.
Traitement. — Limonade purgative au citrate de magnésie. Tisane de fleurs de mauve. Julep avec 30 grammes de sirop de tolu et 5 centigrammes d'extrait thébaïque.
11 février. — La malade est mieux. T. A., 38°. Même prescription. Yin de quinquina. 3 granules de Dioscoride.
15 février. — L'état gastrique est très-amélioré. T. A., 37°, 6. La respiration, à chaque sommet des poumons, est toujours un peu soufflante , aussi bien en avant qu'en arrière. Même prescription, et, en outre, huile de foie de morue, deux cuillerées à soupe par jour.
La malade va chaque jour de mieux en mieux ; elle quitte l'hôpital au bout de quelques semaines, pendant lesquelles on a appliqué deux fois un vésicatoire volant sur la partie supérieure et postérieure du côté droit du thorax. Son état est très-amélioré.
22 juin. — Elle revient dans le service se plaignant de faiblesse générale et d'une toux continuelle. Elle a considérablement maigri. Peu après sa sortie de l'hôpital, elle se serait de nouveau sentie plus malade, et, depuis lors, elle a toujours beaucoup toussé. Fièvre assez vive vers le soir, avec sueurs abondantes dans la nuit. Insomnie. L'appélit est complètement perdu.
Expectoration de crachats purulents, déchiquetés. Douleurs névralgiques fréquentes dans les côtés du thorax.
La percussion de la poitrine donne de la matité dans le tiers supérieur de chaque poumon, aussi bien en avant qu'en arrière.
L'auscultation dénote l'existence de cavernes aux deux sommets, surtout à droite. Gargouillements très-forts.
On donne une potion gommeuse, avec 2 grammes d'hypophosphite de soude, trois granules d'acide arsénieux. Une pilule d'extrait thébaïque de 5 centigrammes pour le soir. Vin de quinquina.
Ce traitement est continué sans interruption pendant une vingtaine de jours; mais la malade s'affaiblit de plus en plus.
16 juillet. — Bien que l'état s'aggrave de jour en jour, la malade est encore loin d'être arrivée aux dernières périodes de l'épuisement.
17 juillet. — Elle meurt subitement d'une hémoptysie foudroyante.
Elle n'avait jamais craché le sang jusque-là. Pas d'autopsie.
Obs. XGII. — Tuberculose chronique. — Caverne énorme, simulant un pneumothorax. — Bruit d'airain. — Tintement métallique. — Autopsie.
La nommée M... Marie, âgée de 25 ans, couturière.
Entrée le 2 février 1877, salle Ste-Madeleine, lit n° 9.
Cette malade, âgée de 25 ans, a été réglée à 16 ans, mais jamais d'une façon régulière ; elle restait trois et six mois sans avoir ses règles, et aujourd'hui elle ne les a pas eues depuis deux mois.
11 n'y a rien à noter, chez elle, comme antécédents scrofuleux, et elle n'accuse rien qui puisse faire penser à un état rhumatismal ou nerveux quelconque.
A cinq ans, elle a eu la variole et la rougeole. Elle avait 1 1 ans lorsque sa mère est morte de la poitrine.
Elle est mariée depuis un an, et elle n'a pas eu d'enfants.
Depuis deux ans environ, elle tousse. Elle a, tous les ans, des bronchites pendant la mauvaise saison, et ces bronchites disparaissent très-lentement.
Il y a trois mois qu'elle a, de nouveau, été atteinte de bronchite , mais cette fois plus violemment que les autres années. Elle a été obligée de s'aliter ; elle garde le lit depuis lors. A l'époque où elle a commencé à tousser , elle a craché du sang plusieurs fois, en assez grande abondance; les premières fois, elle dit en avoir expectoré le contenu d'un verre à deux ou trois reprises.
A partir de cette époque, les crachats ont toujours contenu quelques filets de sang.
Etat actuel. — La malade est pâle , très-amaigrie. La peau est sèche, chaude au toucher. Dypsnée habituelle. Très-léger œdème des membres inférieurs.
Tous les soirs, la malade est prise de fièvre. Depuis trois mois , cette fièvre dure une partie de la nuit ; elle est accompagnée de sueurs abondantes, d'une toux fréquente et quinteuse; aussi le sommeil est-il presque impossible. La malade tousse d'ailleurs fréquemment aussi dans la journée. Expectoration abondante , purulente ; quelques stries de sang.
Elle éprouve aussi des douleurs assez fortes dans tout le côté droit de la. poitrine et dans le dos ; ces douleurs ont débuté avec la toux. Aujourd'hui, elle accuse une nouvelle douleur à la base de la poitrine, en avant, à gauche, au niveau de la rate.
Elle a cependant conservé un peu d'appétit; elle mange et digère assez bien. Elle n'éprouve pas de véritables coliques; mais, tous les matins, elle a des douleurs sourdes dans le ventre, douleurs suivies d'une diarrhée assez abondante.
L'urine est rouge , contient de nombreux dépôts de mucus et de sels calcaires : pas d'albumine, ni de sucre.
Le foie est un peu augmenté de volume.
Le cœur ne présente rien d'anormal; seulement les battements sont fréquents et très-forts.
L'amaigrissement considérable, déjà signalé, s'est produit surtout depuis deux mois.
L'examen du thorax donne les résultats suivants :
Poumon gauche. — En arrière et au sommet, on constate de la submatité à la percussion, et, à l'auscultation, un bruit de souffle caverneux très-marqué; dans le reste de l'étendue, en arrière, la percussion est très-sonore, et l'auscultation ne révèle rien d'anormal.
Poumon droit. — 1° En arrière, la matité est très-complète au sommet du poumon, dans tout le tiers supérieur.; au-dessous, dans le reste de l'étendue du thorax, la percussion donne un son normal ou même exagéré.
A l'auscultation, on trouve, au sommet droit, dans la fosse sous-épineuse, un souffle caverneux, des râles caverneux et du gargouillement ; dans le reste de l'étendue, on entend des râles ronflants et sibilants disséminés.
2° En avant et à droite, au sommet, la percussion donne une sonorité exagérée et un bruit de pot fêlé très-net ; l'auscultation fait entendre à ce niveau du souffle et des râles amphoriques très-évidents. On entend aussi de la pectoriloquie amphorique. Il y a parfois du vrai tintement métallique. Dans le reste de l'étendue, à gauche et en avant, l'examen ne dénote que des râles muqueux et sibilants, disséminés.
De plus, si l'on pratique la percussion avec deux pièces de monnaie au sommet droit, en avant, au-dessous de la clavicule, en même temps que l'on applique l'oreille en arrière, on entend un hruit d'airain très-caractéristique, absolument semblable à celui du pneumo-thorax.
Pas de bruit de fluctuation thoracique par la succussion.
Traitement. — Injections sous-cutanées de morphine (un centigramme chaque fois, deux par jour) dans les régions douloureuses. \in de quinquina. Potion avec 30 grammes de sirop d'opium, et 4 grammes de sous-nitrate de bismuth.
5 février. — La diarrhée est un peu diminuée ; mais la malade est très-faible. On constate encore très-facilement tous les signes reconnus lors de l'entrée de la malade, entre autres le bruit d'airain, et, de plus, par instants, un petit tintement métallique. La percussion, sous la clavicule droite, donne une sonorité exagérée.
La malade va chaque jour en s'affaiblissant davantage. Elle meurt le 8 février.
Autopsie. Examen du thorax. — Une incision est pratiquée au-dessous de la clavicule droite ; on dissèque toutes les parties molles à ce niveau, de manière à laisser une mince couche de tissus en avant du poumon droit. On fait ainsi une espèce de godet qu'on remplit d'eau; on plonge alors une canule mousse au travers de la couche de tissus laissés en place : immédiatement, de nombreuses bulles de gaz s'échappent en bouillonnant au travers de l'eau.
A l'ouverture du thorax, on trouve les deux poumons adhérents à la plèvre pariétale. Ces adhérences sont trèspeu marquées à gauche, tandis qu'à droite le poumon, ratatiné, est adhérent dans toute son étendue; il est transformé en un bloc dont le tissu se détache avec peine des parois thoraciques et même du diaphragme.
Poumons. — 1° Poumon gauche. Masses caséeuses au sommet. Elles sont ramollies et forment de petites cavernes. Le lobe inférieur est emphysémateux et contient quelques masses caséeuses, avec des granulations grises.
2° Poumon droit. Le sommet du poumon présente une cavité énorme, qui logerait facilement le poing d'un enfant; la face interne de cette cavité est tapissée par unenéo-mem-
MALADIES DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE 401 brane; elle est traversée par des brides allant d'une paroi à l'autre et provenant de vaisseaux oblitérés. On note aussi des petits diverticules creux, partant de la caverne principale et s'enfonçant ça et là dans la substance pulmonaire périphérique. Les parois de cette caverne sont excessivement minces, tant en avant qu'en arrière. Elles font corps avec celles du thorax et n'en augmentent pour ainsi dire pas l'épaisseur, surtout en avant, au niveau des premières côtes. Le lobe moyen est rempli de masses caséeuses non ramollies, les unes, grosses comme une noisette, les autres, comme un petit pois.
Dans le reste de l'étendue du poumon existe une multitude de petites cavernes dont quelques-unes sont cicatrisées. Le lobe inférieur contient quelques masses caséeuses et des granulations jaunes, peu abondantes.
Cœur. — Petit, mou; pas de traces de péricardite, ni d'endocardite; pas d'athérome.
Foie. — Un peu gras; il est augmenté de volume et huileux sur la coupe.
Reins. — Normaux.
Système nerveux. — Id.
Obs. XGIII. — Tuberculose chronique. — Péritonite tuberculeuse chronique, à forme spéciale. — Ascile considérable. — Limitation des poussées granuleuses au péritoine pariétal. — Autopsie (observation résumée).
Le nommé X..., âgé de 38 ans, employé.
Salle St-Jean-de-Dieu, lit n6 11.
Ce malade, dont la mère est morte de la poitrine après une longue maladie, raconte qu'il tousse depuis plus de quatre ans. Il est allé en s'affaiblissant progressivement. Plusieurs fois, il a eu des hémoptysies considérables. Il a beaucoup de sueurs la nuit, depuis plus d'un an.
État actuel. — Homme grand, brun, très-amaigri ; les
pommettes sont saillantes; les joues, décharnées; les masses musculaires des membres, extrêmement réduites.
L'examen de la poitrine montre les signes évidents d'une tuberculose, au troisième degré, très-étendue. Expectoration abondante ; crachats purulents, déchiquetés.
Thrombose dans les veines saphènes internes des deux membres.
Le malade souffre du ventre depuis quelque temps (la tuberculose a débuté il y a quatre ans). Douleurs sourdes, mais devenant parfois plus vives et s'exagérant sous l'influence de la palpation, surtout au niveau de l'ombilic. Pas de vomissements. Peu à peu, le ventre se tuméfie, et au bout de quinze jours une ascite considérable se produit.
Le malade meurt six semaines après le début des accidents péritonéaux. La thrombose des veines saphènes a persisté jusqu'à la mort, mais avec des variations notables. A deux reprises, elle a été sur le point de disparaître. Le gonflement des veines diminuait, et les douleurs spontanées ou provoquées que l'on constatait à leur niveau devenaient tout à fait obtuses; puis, sans cause reconnaissable, le gonflement douloureux des veines redevenait très-manifeste. Il y a donc eu là tendance à la guérison de la thrombose veineuse, malgré la profonde détérioration de l'état général. M. Yulpian, à propos de ce malade, faisait observer que la guérison complète de la phlegmatia alba dolens, déjà bien caractérisée, n'est pas absolument rare chez les phthisiques, tandis que cette guérison est tout à fait exceptionnelle chez les cancéreux. La guérison se ferait , suivant lui, chez les phthisiques, par retrait et résorption du caillot et par oblitération des veines affectées.
Autopsie. — Poumons. — Lésions du troisième degré de la tuberculose chronique.
Cavité abdominale. — Ascite considérable; neuf litres d'un liquide séreux, citrin.
Le péritoine viscéral ne présente presque aucune altération; à peine si, à la surface de l'intestin grêle, il est vascularisé, et si l'on trouve ça et là quelques granulations tuberculeuses miliaires.
Il n'en est plus de même du péritoine pariétal; celuici est épaissi, opaque; par places, il est le siège d'une vascularisation des plus nettes, avec néo-membranes qui s'étendent souvent d'un point à un autre, à une assez grande distance; de plus, sa surface, dans toute son étendue, est parsemée d'un infinie quantité de granulations tuberculeuses ; c'est principalement dans les fosses iliaques, droite et gauche, que l'inflammation prédomine et que les granulations tuberculeuses sont les plus abondantes.
Pas de tuberculisation des organes génito-urinaires.
Rien de particulier à signaler du côté du système nerveux.
Obs. XGIV. — Tuberculose pulmonaire chronique. — Déformation, à marche aiguë, des extrémités digitales (main et pied) (observation résumée).
Le nommé X..., âgé de 38 ans, garçon d'hôtel.
Entré le 31 mars, salle St-Jean-de-Dieu, lit n° 28.
Ce malade dit que, à la suite d'un chaud et froid, il s'est mis à tousser, dans les premiers jours de janvier. Depuis ce moment, la toux a persisté; il n'a jamais craché de sang, mais il expectorait beaucoup le matin. Crachats mucopurulents.
Amaigrissement rapide ; sueurs abondantes.
Rien de particulier du côté de l'hérédité.
Etat actuel. — Homme brun, de taille moyenne. La figure est pâle, terreuse; il est amaigri, mais, en somme, encore assez vigoureux.
La peau est sèche, la température un peu élevée. Appétit nul; toux fréquente; expectoration muco-purulente.
Matité aux deux sommets de la poitrine, en avant et en arrière, à gauche et à droite; percussion douloureuse; à gauche, la matité est peu étendue.
Expiration prolongée au sommet gauche ; respiration soufflante au sommet droit. Pas de râles bien nets au sommet.
Râles ronflants et quelques râles muqueux disséminés çà et là, dans la poitrine.
Vers le milieu du mois d'avril, les ongles et le bout des doigts prirent pour ainsi dire une forme hippocratique , d'une manière aiguë; les extrémités digitales devinrent chaudes, douloureuses, rouges, et se tuméfièrent; ces phénomènes étaient si accusés que le malade ne put bientôt plus maintenir ses doigts sous la couverture, car la chaleur du lit lui faisait très-mal. Au bout de quelques semaines, cet état aigu se dissipe, mais les doigts restent déformés.
Un mois après le moment où l'on avait noté ces modifications des doigts, les gros orteils se déformèrent, en présentant exactement les mêmes phénomènes, comme marche des accidents.
A la fin de mai, les lésions pulmonaires étaient devenues considérables. Il y avait, à cette époque, des cavernes énormes, surtout à droite; amaigrissement considérable.
Ce malade était sujet, la nuit, à des sueurs abondantes; il en fut délivré par le sulfate d'atropine, donné le soir, en pilules de 1/2 milligr., en commençant par une, puis deux, jusqu'à trois pilules, pendant cinq à six jours. Dans le commencement de juillet, le malade retourne dans son pays.
Obs. XGV. — Tuberculose chronique chez un scrofuleux {scrofule ganglionnaire). — Marche lente de Vaffeclion. — Engorgement probable des ganglions bronchiques. — Toux, à forme de coqueluche.
Le nommé A..., âgé de 17 ans, menuisier.
MALADIES DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE 405 Entré le 6 février, salle St-Jean-de-Dieu, lit n° 16 bis. Antécédents. — Né à Paris, ce garçon dit n'avoir jamais été en bonne santé.
Depuis sa naissance, il porte de volumineux engorgements ganglionnaires au cou, surtout à droite. Ces engorgements furent ouverts par le bistouri, à l'hôpital Ste-Eugénie et à l'hôpital St-Louis, etc. , où il était entré pour faire soigner ces ganglions strumeux ; d'autres s'ouvrirent spontanément.
Ces engorgements, chaque année, à peu près à la même époque (février), sont le siège de nouvelles poussées inflammatoires.
A l'âge de 3 ans, sa tète se couvrit de croûtes qui, en tombant, laissèrent de nombreuses cicatrices sur le cuir chevelu.
Il eut une éruption semblable sur le corps, éruption qui laissa à sa suite des cicatrices rondes, blanches, peu profondes, sur la poitrine et le bras droit.
En octobre 1876, atteint de coliques saturnines, il entra à l'hôpital temporaire, dans le service de M. Lépine.
Le 2 janvier 1877, il eut une pneumonie de la base, à droite, pour laquelle il garda le lit environ 12 jours.
Depuis lors, pour peu qu'il se livre à quelques efforts, il est pris d'une dyspnée intense, accompagnée de quintes de toux violentes. Il expectore alors, avec peine, des crachats verdâtres.
Il se mit aussi à suer abondamment de la face et de la poitrine, pendant la nuit, à peu près à la même époque.
L'appétit, très-bon auparavant, ne tarda pas à diminuer et bientôt à se perdre presque complètement. — De temps en temps, il fut pris de palpitations.
Pas de syphilis. Sa mère est morte phymique; son père, rhumatisant. Sa sœur est une phymique assez avancée.
Ses oppressions et sa toux augmentent; sa faiblesse allant croissant, il entre à l'hôpital le 6 février 1877.
Etat actuel. — C'est un jeune homme d'un embonpoint assez notable, et cependant peu musclé.
Chairs molles. Sa peau est fine, blanche; il est peu velu. Ses muqueuses , palpébrale , gingivale , sont pâles , anémiées.
Malade intelligent et d'un caractère nullement apathique.
Il porte sur le cuir chevelu de nombreuses cicatrices, cachées par des cheveux noirs assez abondants, cicatrices qui sont les traces de l'éruption qu'il eut vers l'âge de 3 ans.
Cicatrices rondes, blanches, un peu déprimées sur la poitrine, les bras.
A droite, sur les parties latérales du cou, dans la région sous-maxillaire, derrière l'oreille, on voit une énorme masse ganglionnaire strumeuse , sillonnée de cicatrices allongées, déprimées, brunâtres par places. Cette masse ganglionnaire est ferme, indolore, adhérente à la peau.
Les ganglions sous-maxillaires sont engorgés, surtout à gauche.
Gros ganglions engorgés, durs, indolores, roulant sous la peau, dans le triangle sus-claviculaire gauche. Pas de ganglions épitrochléens.
Quelques ganglions gros comme de petites noisettes dans les régions inguinales.
Les doigts du sujet sont hippocratiques.
Il est de plus atteint d'un staphylome postérieur , à droite.
Poumons. — Percussion. — En avant, légère submatité au sommet droit.
En arrière, submatité en haut et adroite; son normal, du côté gauche.
Auscultation. — En avant, expiration assez rude et prolongée au sommet du poumon droit. Rien à gauche.
En arrière, en haut et à droite, respiration rude, expira-
MALADIES DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE 402 lion prolongée, quelques râles sibilants. A gauche, respiration un peu rude en haut. Au niveau de la racine des bronches, souffle assez intense, à droite et à gauche.
Toux sèche, parfois quinteuse. La toux est fréquente et simule parfois, à s'y méprendre, celle de la coqueluche.
Crachats verdâtres , muco-purulents , aérés , très-peu abondants.
Cœur. — Sain. Le malade se dit pris parfois de palpitations. Température de la peau normale.
Foie. — Augmenté de volume.
Rate. — Rien.
Urine. — Ne contient ni albumine, ni sucre.
Traitement. — On donne au malade deux cuillerées d'huile de foie de morue. Yin de quinquina. Badigeonnages de teinture d'iode au niveau de la racine des bronches et sur les sommets de la poitrine, alternativement en avant et en arrière. Julep gommeux avec 30 grammes de sirop de morphine et un gramme d'hypophosphite de soude.
8 février. — L'appétit est assez bon. Pas de modifications de l'état général.
9 février. — Un peu de diarrhée la nuit. Perte de l'appétit. 1 gramme de sous-nitrate de bismuth.
13 février. — Le malade tousse et crache beaucoup plus que lors de son entrée.
15 février. — Céphalalgie intense le soir. Fièvre à peine marquée.
16 février. — Le malade souffre un peu de la gorge en buvant. De plus, il éprouve une douleur assez vive dans le côté gauche du thorax, sous le sein; en ce point, on entend quelques râles de bronchite.
Fièvre assez intense et céphalalgie le soir. On continue le même traitement.
18 février. — La toux est moins pénible, moins quinteuse.
— Expectoration presque nulle. — Le mouvement fébrile est très-modéré.
23 février. — Le malade quitte l'hôpital pour aller à Vincennes; la respiration rude et le souffle du sommet droit du poumon ont augmenté un peu.
Obs. XGVI. — Tuberculose des ganglions bronchiques caractérisée par du souffle à la racine des bronches, et une toux à forme de coqueluche. — Amélioration de Vétat général par les toniques.
Le nommé L... Charles, âgé de 19 ans, garçon de cuisine.
Entré le 8 mars 1877, salle St-Jean-de-Dieu, lit n° 3.
Antécédents héréditaires. — Il n'y a rien à noter par rapport aux antécédents de famille. Ce malade a encore ses père et mère, qui sont bien portants; ses frères et ses sœurs jouissent également d'une bonne santé.
Antécédents personnels. — Ce malade, dans son enfance, aurait eu des ganglions lymphatiques engorgés autour du cou.
En 1870, il fut atteint d'une fièvre typhoïde qui le retint au lit pendant 2 mois 1/2. Cette première maladie évolua sans présenter d'accidents particuliers, et le malade recouvra une santé parfaite.
En janvier 1876, il contracta une bronchite pour laquelle il entra à l'Hôtel-Dieu, dans le service de M. Fauvel. Les crachats, à cette époque, 'auraient contenu des filets de sang.
Au bout d'un mois 1/2, il fut envoyé à Vincennes, où il resta 15 jours; après quoi, il rentra chez lui, à peu près guéri.
Mais, presque aussitôt, il est de nouveau atteint d'une bronchite, qui présenta les mêmes caractères que la première. Elle aurait été caractérisée par du frisson, de la fièvre, de la toux, des crachats spumeux.
MALADIES DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE 409- Il rentre à l'hôpital une 2e fois, et, au bout d'un mois, il
est envoyé, de nouveau, à Vincennes; mais là il est repris
de toux et de fièvre, et il est obligé d'entrer à l'infirmerie,
où il reste 15 jours.
Au bout de ce temps, il en sort guéri et ne toussant plus
du tout.
Cet état de bonne santé dura ainsi jusqu'au mois de janvier 1877.
Depuis ce moment, il a recommencé à tousser. La toux ne fut pas d'abord très-fréquente, et le malade n'y prit pas garde; mais bientôt il toussa de plus en plus. Il y a 15 jours, il a été obligé de cesser tout travail.
8 mars 1877. Etat actuel. — Ce malade est pâle, maigre. Il raconte que, depuis un an, il a maigri considérablement, au point de ne plus être reconnu par les personnes qui l'ont vu avant cette époque.
Il accuse une grande faiblesse des jambes; celles-ci sont le siège d'un œdème léger. On ne détermine aucune douleur par le ballottement des masses musculaires du mollet.
Depuis un mois, il éprouve des sueurs nocturnes assez abondantes, au commencement de son sommeil, ainsi qu'à son réveil.
A aucun moment il n'a été pris de diarrhée persistante. Les digestions se font bien , et l'appétit est relativement bon.
Ce qui attire surtout l'attention chez ce malade, c'est une toux sèche, rauque, et se produisant un certain nombre de fois chaque jour, par quintes répétées coup sur coup. Cette toux a quelque analogie avec celle de la coqueluche.
De temps en temps, il expectore quelques crachats gris, aérés et liquides, sans caractères.
L'examen du thorax donne les signes suivants :
Percussion. — Rien de particulier.
Auscultation. — Dans toute l'étendue du poumon gauche,
en avant et en arrière, on entend quelques râles sibilants.
On perçoit, surtout au niveau de la racine des bronches, une respiration rude et soufflante, particulièrement au moment de l'expiration, qui est en même temps prolongée.
Le sommet des poumons paraît intact; cependant, au sommet droit, on entend une respiration soufflante assez prononcée et de l'expiration prolongée.
Rien au cœur, ni dans les autres viscères.
Sur la face interne du tibia gauche, à 3 ou 4 centimètres au-dessus de la malléole , on trouve une exostose de la grosseur d'une noix. Le malade ne s'en est aperçu que le jour où M. Fauvel la lui fit remarquer, il y a un an. Cette tumeur est absolument indolente.
Traitement. — M. Vulpian formule le diagnostic : tuberculisation pulmonaire au début ; lésions tuberculeuses des ganglions bronchiques avec gonflement de ces organes. Il ordonne 2 cuillerées d'huile de foie de morue par jour. — 30 grammes de sirop d'iodure de fer. — Yin de quinquina. — Badigeonnages de teinture d'iode au sommet de la poitrine et en arrière.
Ce traitement est continué un mois et demi. Au bout de ce temps, le malade avait engraissé un peu. Il dormait mieux et ne suait presque plus la nuit. La toux persistait avec les mêmes caractères. Aucun changement dans les signes physiques.
Obs. XGVII. — Pleurésie chronique du sommet du poumon droit, de nature tuberculeuse. — Vaste caverne consécutive. — Absence de lésions tuberculeuses reconnaissables dans d'autres parties de V appareil pulmonaire.
La nommée B... Angèle, âgée de 20 ans, polisseuse en caractères d'imprimerie.
Entrée le 16 février 1877, salle Ste-Madeleine, lit n° 22.
Pas d'antécédents héréditaires de tuberculose. Son père
MALADIES DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE 41 i
est mort des suites d'un traumatisme ; sa mère est morte aussi; mais il est difficile de savoir de quelle façon, car, d'après la malade, la mort aurait eu pour cause un dépôt au cœur.
Sur vingt enfants qu'ils étaient, sept seulement sont vivants et en bonne santé; les autres ont succombé sous l'influence de fièvres typhoïdes, du croup, etc. On ne relève aucun cas de phthisie pulmonaire ; du reste , tous sont morts dans la première enfance.
La malade a eu la rougeole et la fièvre typhoïde vers l'âge de 6 ans, et à 16 ans une pneumonie pour laquelle elle resta un mois au lit.
Coliques saturnines à l'âge de 18 ans. A cette époque, première apparition des règles : la menstruation semblait être bien établie pendant les trois premiers mois; mais ensuite elle a subi des retards considérables; ainsi, aujourd'hui, il y a six mois qu'elle est interrompue. De plus, l'écoulement menstruel ne dure guère qu'une demi-journée. Pertes blanches, presque continuelles.
Depuis sa pneumonie, elle n'a jamais recouvré la même force, la même santé ; elle se sent souvent mal à Taise ; elle est faible. Son attaque de saturnisme a encore ajouté à cette faiblesse, et, peu après cet accident, elle fut forcée d'aller à Beaujon pour un état anémique très-prononcé.
Elle a des rhumes continuels, qui se répètent surtout l'hiver et qu'elle contracte, la plupart du temps, sans cause appréciable. Les deux derniers rhumes ont été très-intenses. La malade a maigri de vingt-trois livres.
Le point de côté de sa pneumonie n'a jamais complètement cessé. La malade souffre surtout dans la région dorsale, vers l'angle inférieur de l'omoplate droite. C'est de ce côté qu'elle a eu sa pneumonie.
La malade n'a jamais eu d'hémoptysie, ni même de crachats sanguins. Elle souffre de l'estomac. Son sommeil est
interrompu par des rêvasseries. Elle a de la fièvre, le soir, avec soif intense et céphalalgie, et souvent des sueurs abondantes pendant la nuit.
17 février. État actuel. — La malade ne paraît pas amaigrie; mais elle est très-pâle ; les conjonctives, les lèvres, les gencives sont décolorées; les pupilles, dilatées; les pommettes, un peu rouges. La peau est blanche, sèche, légèrement fébrile. T. A., 37°, 9.
La langue est large, humide; la malade a conservé de l'app/'tit.
Les extrémités digitales sont légèrement renflées en massue. L'examen du thorax donne les résultats suivants :
La percussion est douloureuse en arrière, au sommet droit. Perte d'élasticité et matité assez absolue. La matité s'étend en arrière, du sommet à la réunion du tiers supérieur et des deux tiers inférieurs de la fosse sous-épineuse. En avant, sous la clavicule droite, léger bruit skodique.
L'auscultation pratiquée en arrière et en haut, au niveau des régions mates à la percussion, fait entendre un souffle doux, large, assez voilé; ce souffle est surtout expiratoire. De plus, on perçoit des râles fins, superficiels, aux deux temps de la respiration (frottements-râles). Dans toute cette région, il y a du retentissement considérable de la voix, sans caractère caverneux.
Au-dessous de l'épine de l'omoplate, on entend une broncho-égophonie très-nette, qui cesse dans le point où disparaît la matité. La toux ne modifie pas ces phénomènes.
Dans toute la région mate, absence de vibrations thoraciques.
Sous la clavicule droite, la respiration est à. peu près pure; cependant on entend quelques râles crépitants moyens, d'ailleurs inconstants.
La percussion et l'auscultation du poumon gauche ne
dénotent aucune modification de l'état normal. Expectoration de bronchite, sans caractère défini.
Cœur. — Léger bruit de souffle à la base et au premier temps.
Bruit de rouet dans les vaisseaux du cou, avec redoublement correspondant à la diastole artérielle. Les autres organes paraissent sains. Urine normale.
Traitement. — M. Vulpian formule le diagnostic : pleurésie chronique du sommet droit du poumon, pleurésie de nature tuberculeuse; il prescrit : application d'un large vésicatoire. 5 gouttes de liqueur de Fowler dans une potion gommeuse, avec 30 grammes de sirop de morphine. Vin de quinquina. Une cuillerée de sirop d'iodure de fer.
18 février. — On retire beaucoup de sérosité du vésicatoire appliqué hier sur le sommet droit de la poitrine, en arrière.
23 février. — Le vésicatoire a amené un peu d'amélioration dans l'état de la malade. Elle est bien moins oppressée. Deuxième vésicatoire.
24 février. — Accès de suffocation avec quintes de toux pénibles, provoquant des vomissements.
25 et 26 février. — Badigeonnages du voile du palais et du pharynx avec une solution concentrée de bromure de potassium.
27 février. — Les vomissements ont cessé hier et n'ont point reparu depuis.
1er mars. — Amélioration assez sensible; la malade n'a plus de fièvre ; ses suffocations sont moins fréquentes. Badigeonnages du sommet du poumon droit, en avant et en arrière, avec la teinture d'iode.
15 mars. — L'amélioration de l'état général est persistante, quoique très-lente; les frottements, au sommet droit du poumon, sont plus nets.
6 avril. — La malade sort : son état est amélioré ; ses
forces sont revenues un peu; elle mange bien. Cependant l'état local est très-peu modifié; les signes de pleurésie persistent. Ses règles ont reparu deux fois pendant son séjour à l'hôpital.
19 juillet. — La malade rentre à V hôpital. Depuis son départ, elle a beaucoup maigri; elle est très-faible, trèsanémiée. Il y a deux mois que ses règles n'ont point reparu.
Elle a vomi du sang, quatre fois, à la suite de quintes de toux. Ces hémoptysies paraissent avoir été notables.
Les sueurs nocturnes sont très-abondantes ; elles forcent la malade à changer quelquefois de chemise, la nuit.
L'expectoration est actuellement franchement purulente. Les crachats sont verdâtres, déchiquetés.
La percussion est douloureuse. Matité complète, au sommet droit du poumon, en arrière et en avant.
A l'auscultation, on entend un souffle caverneux considérable au sommet droit du thorax; ce souffle est accompagné de gros gargouillements.
Rien dans les autres parties du poumon.
La malade a souvent des vomissements alimentaires.
Traitement. — M. Vulpian fait appliquer un nouveau vésicatoire et donne de l'huile de foie de morue et du vin de gentiane. — La malade reste dans le service jusqu'au 10 août. Elle part ce jour, un peu améliorée, quant à son état général; mais elle présente toujours des signes d'une vaste excavation.
Obs. XGVIII. — Cancer aigu du poumon et des plèvres. — Cancer du foie et du pancréas paraissant avoir été le point de départ de celui du poumon. — Autopsie [observation résumée).
Le nommé G.... Claude, âgé de 45 ans, domeslique.
Entré le 3 avril 1877 dans le service du Dr Vulpian, à la Charité, salle Saint-Jean-de-Dieu, n° 1.
Renseignements. — Depuis déjà un mois environ, ce ma-
MALADIES DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE 415 lade se sentait mal en train et éprouvait quelques légers troubles de la digestion, auxquels il ne prêta aucune attention.
Après huit jours, survint une toux qui alla en augmentant et fut bientôt accompagnée d'une forte dyspnée, qui força la malade à entrer à l'hôpital.
Etat actuel. — Ce qui frappe tout d'abord en approchant du malade, c'est son anxiété respiratoire. Elle est extrême : les inspirations sont d'une faible amplitude et très-fréquentes.
Il n'existe des signes physiques qu'en arrière et des deux côtés.
La percussion dénote une matité complète depuis l'angle de l'omoplate jusqu'à la base du poumon, tant à gauche qu'à droite.
A l'auscultation, on entend un souffle doux occupant la même étendue que la matité.
La voix est également chevrotante des deux côtés.
Râles ronflants et sibilants dans les sommets, en avant et en arrière.
On constate en outre, par la percussion, une augmentation insolite du volume du foie : la palpation de cet organe est douloureuse et fait reconnaître l'existence de petites saillies sur le bord antérieur de l'organe.
Aussi M. Duguet, qui remplaçait alors M. Vulpian, n'hésita-t-il pas à porter le diagnostic de cancer du foie avec propagation aux poumons et à la plèvre.
Le 4 avril, les phénomènes asphyxiques deviennent plus menaçants, et le 5 le malade expire.
Autopsie. — Les deux feuillets de la plèvre sont recouverts d'un semis de petits nodules blanchâtres, ressemblant à des grains de riz cuits. Les poumons renferment dans leur épaisseur une multitude de productions analogues.
Épanchement sanguinolent modéré dans les deux cavités pleurales.
Les deux faces du diaphragme, mais surtout l'inférieure, sont criblées de petites masses cancéreuses
On en trouve aussi en grande quantité sur la surface convexe du foie et dans son épaisseur. Le pancréas est englobé dans une masse cancéreuse de la face inférieure du foie ; son tissu est dégénéré.
Ces néoplasmes, examinés par M. Renaut, ont été reconnus être de nature cancéreuse.