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PARALYSIE GÉNÉRALE

Depuis que Bayle et Galmeil ont démontré que la paralysie générale progressive est due à une inflammation chronique des centres nerveux intra-cràniens et de leurs enveloppes, cette maladie, que l'on considérait autrefois comme une vésanie sine materia, a pris les noms de périencéphalite diffuse, de méningo-encéphalite diffuse.

Ce qui frappe, dans les relations anatomo-pathologïques données par les auteurs, c'est la multiplicité, l'étendue des lésions. En effet, l'axe cérébro-rachidien et ses enveloppes peuvent être envahis par l'inflammation chronique ; souvent, le cuir chevelu lui-même est épaissi ; il existe des hématomes fréquents de l'oreille, de l'œdème cérébral

secondaire ; l'arachnoïde présente parfois, dans l'épaisseur de son feuillet adhérent à la pie-mère, de petits kystes. Cette lésion est si commune, que les anciens aliénistes l'avaient donnée comme constante. La pie-mère est enflammée : l'épendyme des ventricules est épaissi, hérissé à sa surface de petites saillies papilliformes. Le processus phlegmasique atteint non-seulement la substance grise, mais encore la substance blanche subjacente. Dans la substance blanche, c'est la névroglie qui est presque seule le siège des modifications inflammatoires. Multiplications des noyaux et des cellules de ce tissu, épaississement et hyperplasie du tissu flbrillaire (réticulum). Dans la substance grise, il y a aussi multiplication des éléments de la névroglie, et altération des cellules nerveuses. Les vaisseaux, dans les deux substances, sont plus ou moins altérés. Les modifications des cellules nerveuses , gonflement , état vitreux, état granulo-graisseux, sont-elles primitives? Y a-t-il, comme le supposait M. Vulpian dès ses premières leçons à la Faculté, en 1867, phlegmasie parenchymateuse de la substance grise du cerveau, au début de l'affection? C'est un point sur lequel la lumière n'est pas encore faite.

Les lésions ne se confinent pas dans la cavité crânienne. Le bulbe est évidemment atteint par l'inflammation. On peut trouver dans cette partie de l'encéphale des lésions d'irritation phlegmasique interstitielle. Les noyaux d'origine des nerfs bulbaires peuvent sans cloute être atteints. M. Vulpian a constaté, dans un cas, des accès de laryngisme et de pharyngisme, accompagnés de troubles violents des mouvements du cœur. Ces accès avaient-ils pour cause un état de souffrance de ces noyaux ? Comme ils se dissipaient au bout de quelques heures, après avoir été menaçants pour la vie ; comme ils ont cessé de se manifester pendant plus de deux ans, à la suite de cautérisations répétées de la région cervicale, M. Vulpian pense

MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX 891 qu'ils ont été plutôt déterminés par de l'irritation des méninges et de la couche externe des régions superficielles du bulbe rachidien, au voisinage et au niveau des origines des nerfs glosso-pharyngiens, pneumogastriques et accessoires de Willis.

La moelle épinière, comme MM. Magnan, Westphal, Voisin, Hanot l'ont montré, n'échappe pas au processus ; les cas de sclérose des cordons postérieurs, des cordons latéraux, la myélite interstitielle diffuse, etc., le prouvent; peut-être même les nerfs périphériques sont-ils quelquefois le siège d'une inflammation chronique.

On comprend, comme les auteurs l'ont noté et comme bien des fois M. Vulpian nous l'a fait remarquer, que, suivant l'étendue, le siège, la multiplicité des lésions, l'appareil symptomatique de la paralysie générale doivent varier ; aussi les aliénistes ont-ils été conduits, afin d'embrasser toutes les variétés cliniques, à créer des formes de la paralysie générale.

Celles-ci sont basées sur les modifications que peuvent présenter les symptômes essentiels de la paralysie générale, principalement ceux qui consistent en troubles de l'intelligence, du mouvement, de la sensibilité.

Les troubles du début varient suivant les malades. En effet, l'affection commence ou par des troubles du mouvement, ou par des troubles de la sensibilité et du mouvement, ou enfin par des troubles des facultés intellectuelles.

Voici ce que l'observation a appris à cet égard :

1° Chez certains malades, on note simplement de l'affais* sèment intellectuel, de la perte de mémoire ; le travail est difficile; le malade est un faible d'esprit, comme on dit. La force musculaire est un peu diminuée ; de temps à autre, quelques contractions fibrillaires se produisent dans les muscles de la face, des membres.

2° D'autres fois, le mouvement seulement est affecté ; les

phénomènes dominants sont quelquefois ceux de l'ataxie; mais le malade est en général un ataxique incomplet; il manque d'ordinaire quelques traits importants au tableau. Ces désordres de la locomotion, au début, ne sont pas toujours un effet de la paralysie véritable. Le plus souvent, ainsi que M . le professeur Jaccoud l'a établi dans son travail sur les paraplégies et Vataxie du mouvement, ils consistent en des troubles de la coordination ; c'est une véritable ataxie motrice. La démarche est chancelante; cependant la force motrice n'est pas diminuée, et le malade ne marche pas en traînant ses jambes ; il élargit sa base de sustentation ; il précipite ses mouvements. Ceux-ci ont une certaine irrégularité qui augmente beaucoup quand le malade ferme les yeux ; en un mot, il n'y a plus contrôle des mouvements. Skae a parfaitement étudié tous ces faits.

C'est principalement lorsque les lésions prédominent du côté de la moelle que l'on observe ces particularités, et bien souvent, si on les méconnaît, on commet des erreurs de diagnostic. Cependant un ou plusieurs des symptômes fondamentaux de l'ataxie motrice font habituellement défaut : les troubles oculaires dans un cas, les douleurs fulgurantes dans un autre, etc. Il importe de rappeler que, chez quelques paralytiques généraux, on observe de véritables crises gastralgiques avec vomissements, comme chez les ataxiques.

Aux membres supérieurs, l'incoordination motrice détruit l'aptitude fonctionnelle des mains et engendre ces troubles de l'écriture, si importants à prendre en considération. Bientôt à l'incoordination motrice s'ajoute le tremblement, double cause qui donne à l'écriture du malade une caractéristique bien nette dans la majorité des cas : les lettres sont mal alignées, moins nettement tracées, etc.

3° Le malade peut avoir à la fois des troubles de l'intelligence et des troubles du mouvement. Ces troubles du

MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX 893 début sont souvent fort difficiles à reconnaître. Le trouble intellectuel, en effet, est parfois peu accusé. Il consiste surtout en modifications graduelles, progressives. Dans un cas, on observe un changement complet dans les habitudes du malade ; tout d'un coup, sans raison, il modifie sa vie antérieure ; ses actes présents ne ressemblent plus à son passé; économe jusqu'alors, il devient dissipateur; un caractère doux, enjoué, fait place à la violence, à la colère, etc. D'autres fois, le malade manifeste une ambition démesurée, sans rapport avec sa situation présente ou passée, etc. Bientôt la mémoire s'affaiblit un peu ; l'attention n'est plus soutenue comme autrefois; le travail intellectuel devient pénible, etc.

En même temps que ces troubles psychiques, on note, chez les malades auxquels nous faisons allusion, des troubles de mouvements consistant souvent, comme nous le disions plus haut, en une véritable incoordination motrice ; parfois il y a un certain degré d'hémiplégie motrice ; quelquefois même la sensibilité est modifiée. C'est dans cette forme que l'on rencontre souvent ces actes immoraux qui prouvent une perturbation intellectuelle profonde ; il y a quelque chose d'analogue à Y absence chez certains épileptiques. Les annales judiciaires fourmillent de ces exemples, souvent difficiles à démêler cliniquement, comme M. Lasègue l'a montré.

4° A côté de ces malades, il en est d'autres chez lesquels l'affection débute, ou semble débuter, par des attaques à manifestations beaucoup plus accentuées. La première période de la paralysie générale peut, en effet, être si peu marquée, si atténuée, qu'elle passe vraiment inaperçue, et les manifestations que nous allons décrire paraissent être les premières en date.

Dans un cas, on observe une véritable attaque apoplectique ; quelquefois la mort est très-rapide, mais le plus

souvent le malade sort de cette attaque, guéri en apparence, ou bien elles laissent à leur suite un peu d'hébétude, d'obtusion intellectuelle, et ce n'est que plus tard, après quelques années parfois, que se déroule le tableau ordinaire de la maladie.

Ces attaques apoplectiformes sont, comme on le sait, accompagnées généralement d'une notable élévation de la température.

Ainsi que l'a fait remarquer M. Magnan, lorsque la moelle est atteinte, dans des cas de ce genre, avant le cerveau, les attaques spinales se traduisent par des engourdissements, des fourmillements, des crampes, des convulsions, de véritables paralysies passagères, etc. On conçoit, sans qu'il soit nécessaire d'y insister davantage, combien il importe de connaître ces faits, qui peuvent marquer le début de la paralysie générale.

Outre ces attaques apoplectiformes ou spinales, on peut encore observer de véritables accès épileptiformes ou tétanif ormes, qui, fréquents dans le cours de la maladie confirmée, marquent quelquefois le commencement de l'affection.

Ainsi donc, au début de la paralysie générale, on peut observer quatre formes principales, trois à marche lente, une à marche rapide.

Ces quatre grands types se retrouvent dans la paralysie générale arrivée à sa période d^état.

— L'intelligence est atteinte : c'est une forme particulière. Le malade est un monomane, le plus souvent mégalomane, c'est-à-dire avec délire des grandeurs. Ce délire, depuis son degré le plus faible jusqu'à son expression ultime, est caractérisé par un fait d'une importance capitale dans l'espèce : il porte le cachet de la démence.

La modalité du délire est donc toujours la même; les aliénistes trouvent dans son mode d'expression un caractère qui le différencie de la monomanie ambitieuse : c'est

MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX 895 V absurde des conceptions. Il n'existe pas, comme chez les monomaniaques ambitieux, une suite d'idées bien coordonnées, qui, chez ces derniers, constituent habituellement une série de preuves persuasives, en faveur de leurs assertions illusoires. De plus,. chez eux, les allures, l'extérieur, la manière d'être, etc., sont parfaitement en rapport avec les idées délirantes. — Les paralytiques généraux, au contraire, ne combinent ni leur conduite, ni leurs actes, pas plus qu'ils n'associent ou coordonnent leurs idées. Falret a surtout nettement montré que ces idées délirantes étaient mobiles, multiples, contradictoires ; en un mot, le monomane suit son idée; le paralytique général n'est pas logique avec elle. A côté des troubles intellectuels, il peut exister quelques troubles de mouvements, mais généralement peu marqués.

Bientôt se montrent des troubles de la parole et de la statique musculaire. Ces troubles consistent en un tremblement plus ou moins marqué, parfois même intermittent. Il affecte généralement les membres supérieurs tout d'abord, et bientôt il rend tout travail de précision impossible. Les muscles des lèvres, de la mâchoire, de la langue sont bientôt envahis. Ce dernier organe est alors agité par une trémulation incessante portant surtout sur la pointe et sur les bords. Il en résulte une difficulté de la parole bien analysée dans ces dernières années. Gomme l'a fait remarquer M. le professeur Lasègue, ce tremblement ou bégaiement, d'abord peu accusé, s'accentue beaucoup sous l'influence des émotions. Le malade a de la difficulté pour prononcer certains mots, ceux en particulier avec consonnes labiales ; il fait effort, veut précipiter sa parole, et il prononce mal; il omet des syllabes, oublie des mots, etc. En même temps, clans les cas accentués, les lèvres tremblent, les muscles de la face sont parcourus par des contractions fibrillaires.

Les troubles de la parole sont assez variables. Les aliénistes, en général, distinguent les variétés suivantes : lenteur, hésitation, tremblement, balbutiement, bégaiement, bredouillement, etc.

La maladie continue à progresser. On observe alors quelquefois une altération du timbre de la voix ; puis apparaît l'inégalité de la pupille.

• La sensibilité générale est parfois atteinte, quelquefois sous forme hémiplégique ; mais ce sont les sensibilités spéciales, l'odorat, l'ouïe, le goût, qui, le plus souvent, présentent des modifications. Ces modifications sont dues aux progrès de la méningite chronique, qui envahit les nerfs crâniens ; peut-être aussi à sa propagation aux parties postérieures des hémisphères cérébraux, s'il y a réellement dans ces régions, comme le pense M. Ferrier, des centres sensitifs.

Le délire peut être un délire triste : le malade est un lypémaniaque'. Une impression habituelle de tristesse, l'inquiétude, la crainte, la terreur, sont les premiers phénomènes en date. Le malade est d'abord un mélancolique, bientôt il a un véritable délire de persécution. Sans cesse en proie à des idées tristes qui le tourmentent, en but à des hallucinations de même nature, le malheureux paralytique devient son propre bourreau ; il refuse tout, même les aliments, parce qu'il a crainte qu'ils soient empoisonnés!

Chez quelques-uns de ces malades, il survient un délire hypocondriaque absolu. Les conceptions sont complètement délirantes ; les malades s'imaginent que leurs organes sont changés, qu'ils sont aveugles, muets, etc. Chez d'autres, mais plus rarement, la modification intellectuelle,, à cette période, consiste, au contraire, dans le contentement, la joie, relativement à tout ce que fait le malade, à tout ce qui lui arrive : c'est la forme béate, avec délire de satisfaction.

MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX 897 D'autres fois, le paralytique général est un véritable maniaque, en apparence ; l'agitation est extrême ; il pousse des cris, etc.

Chez certains malades, comme à la période de début, Y attaque apoplectique est le phénomène dominant ; les attaques se répètent, se succèdent, sont subintrantes ; le paralytique général est pour ainsi dire en état de mal apoplectique. C'est là une des formes les plus graves. La température est celle d'une pneumonie franche pendant tout le temps de l'attaque.

Enfin les complications médullaires, sclérose des cordons latéraux, des cordons postérieurs, etc., peuvent encore, dans l'une quelconque des formes précédentes, modifier le tableau clinique.

La maladie continue ses progrès, le paralytique devient un dément ; il n'y a plus de suite dans les idées ; la parole est extrêmement difficile : le malade ne tarde guère alors à devenir gâteux ; il maigrit, tombe dans l'état cachectique, etc.

Il importe, au point de vue de la pathogénie générale de l'affection, de faire remarquer que tous les accidents qui, dans l'immense majorité des cas, évoluent sous le type chronique, peuvent avoir une marche aiguë; les symptômes de la paralysie générale, énumérés plus haut, se retrouvent, mais ils marchent très-rapidement.

Ces poussées aiguës, d'ailleurs, surviennent assez souvent dans le cours de la péri-encéphalite diffuse chronique. Une particularité est encore importante à rappeler : je veux parler des intermittences, des rémissions quelquefois trèslongues qui se montrent aux diverses périodes de la maladie ; le malade est guéri en apparence, et, s'il meurt d'une affection intercurrente pendant cette période, on pourra croire, ce qui est arrivé plusieurs fois, avoir guéri la paralysie générale.

Ces considérations sur la symptomatologie de la maladie, considérations qui s'appuient sur les travaux de Bayle, Galmeil, Marcé, Lasègue, Magnan, Voisin, Hanot, Westphal, etc., rendent plus facile l'exposé clinique des trois observations suivantes :

— La première (obs. GLXY) concerne un homme âgé de 64 ans, exerçant la profession de menuisier. Chez lui, l'affection paraît avoir débuté il y a longtemps, à l'âge de 34 ans. En effet, déjà à ce moment, il avait des idées de grandeur, etc.

A l'âge de 52 ans, il semble avoir été frappé d'une attaque apoplectique. En 1870, il a fait un séjour à Sainte-Anne. Le jour de son entrée à l'hôpital de la Charité, on constate tous les signes caractéristiques de la péri-encéphalite diffuse. Les phénomènes dominants étaient chez lui des troubles de l'intelligence ; la sensibilité générale et spéciale était intacte, mais la mémoire faisait défaut au malade, principalement lorsqu'il s'agissait des choses qui se sont passées dans ces dernières années.

La mémoire des chiffres a à peu près complètement disparu ; c'est là un fait assez particulier et qui devait être noté.

— La seconde observation (obs. CLXVI) est celle d'un homme âgé de 46 ans, gardien de la paix.

Chez ce malade, l'affection a commencé en 1864. A cette époque, il éprouvait un affaiblissement notable de la vue ; il voyait les objets comme à travers un voile ; cet affaiblissement de la vision dura 4 mois.

En 1870, il eut une première attaque apoplectiforme, dans laquelle il perdit complètement connaissance. Il y a deux ans, il commença à ressentir des douleurs fulgurantes dans les membres inférieurs; ces douleurs, quelquefois extrêmement violentes, comme lors de l'entrée du malade à l'hôpital, persistaient encore à son départ. A cette époque aussi, son caractère commença à changer.

En octobre 1876, nouvelle attaque apoplectique, pendant laquelle le malade est entraîné à tomber du côté droit. A partir de ce moment, il a eu une hémi-anesthésie droite complète avec des troubles de la vue et de l'ouïe, du côté correspondant.

Le jour de son entrée à l'hôpital, 15 février 1877, la paralysie avait considérablement diminué. Il existait à peine de différence entre la force déployée à droite et à gauche. Sensibilité normale. Seuls les troubles de la vue, de l'ouïe persistaient, ainsi que l'état intellectuel. De plus, les douleurs fulgurantes , dans les membres inférieurs, étaient très-violentes ; il existait également de la douleur en ceinture; et, au niveau des lombes, il y avait un point extrêmement douloureux.

Ainsi, chez ce malade, il y a eu : 1° des attaques apoplectiques, dont l'une a été suivie d'une paralysie motrice droite, avec anesthésie absolue; 2° des signes d'irritation des cordons postérieurs de la moelle, sans ataxie du mouvement bien marquée.

Une autre particularité est encore intéressante : c'est la rémission de tous ces symptômes, rémission qui a été telle que, quand le malade a quitté l'hôpital, on aurait pu le considérer comme guéri.

Il a pris pendant un mois de l'iodure de potassium.

— L'observation GLXVII est un cas de paralysie générale qui a débuté, et c'est là surtout le côté intéressant, presque clans l'enfance.

Le père et la mère du malade étaient très-nerveux ; la sœur est morte folle.

A l'âge de 10 ans, le malade aurait été pris d'une difficulté de la parole, qui a toujours existé depuis, mais qui a augmenté singulièrement à partir de l'âge de 20 ans. A cette époque, son intelligence faiblit ; la mémoire se perdit également ; il eut fréquemment mal à la tète.

Un an après, le malade vint à Paris. A ce moment, sa mémoire était si infidèle que, chargé de faire des courses, il était obligé d'écrire le nom des rues, pour ne pas se tromper ; s'il lisait, il ne pouvait parvenir à fixer son attention ; d'ailleurs il éprouvait une profonde indifférence pour toute chose.

La vue se modifia bientôt; il prenait les objets les uns pour les autres; il les croyait plus grands qu'ils n'étaient en réalité; l'ouïe, l'odorat furent aussi compromis.

Il a eu fréquemment des moments de surexcitation ; il était alors violent, querelleur à propos de la moindre chose.

Ce malade a déjà fait plusieurs séjours dans les hôpitaux de Paris.

Le jour où il est soumis à notre examen (25 janvier 1877), il ne persiste que les troubles intellectuels, ceux de la parole, les modifications de la vue, de l'ouïe, de l'odorat ; mais il n'y a pas de troubles locaux du mouvement, ni de la sensibilité ; seulement le malade a une grande faiblesse générale ; il souffre encore beaucoup de la tête.

M. Vulpian lui fit prendre du bromure de potassium et lui pratiqua, de huit jours en huit jours, sur la nuque, des cautérisations ponctuées avec le thermo-cautère Paquelin. Le 1er mars, sous l'influence de ce traitement, le malade sortit considérablement amélioré.

Il est rare de voir la paralysie générale commencer dans un âge aussi peu avancé ; c'est peut-être une preuve de plus, en faveur de son hérédité.

Les trois observations citées mettent en relief certaines des particularités intéressantes de l'histoire de la paralysie générale. Elles sont des preuves — s'il en était encore besoin — de la variété qu'imprime aux types cliniques la diversité des ensembles de lésions, observés dans tels et tels cas.

OBSERVATIONS

Obs. GLXV. — Péri-encéphalite diffuse. — Troubles mentaux comme symptôme prédominant. — Perte presque absolue de la mémoire des chiffres.

Le nommé L.., âgé de 64 ans, menuisier.

Entré le 26 juillet 1877, salle Saint-Jean-de-Dieu, lit n° 15.

Renseignements. — Pas d'antécédents alcooliques. Sa mère paraît avoir été hystérique. — Son frère, mort à 49 ans, aurait présenté des phénomènes nerveux vagues.

Dans sa jeunesse, il eut, pendant plusieurs années, des éruptions de taches rougeàtres, qui étaient accompagnées de vives démangeaisons. Il était, dit-il, très-nerveux et rêvait beaucoup la nuit. A 18 ans, il contracta une blennorrhagie, qui guérit rapidement. A 19 ans, il fut atteint du choléra.

A 23 ans, il eut un chancre, suivi de bubons ; ces accidents furent soignés par M. le Dr Ricord, qui lui ordonna du mercure et de l'iodure de potassium. Il ne se souvient pas d'avoir eu d'autres manifestations syphilitiques.

A 30 ans, deuxième blennorrhagie.

Il y a 12 ans, il fut atteint, dit-il, d'une congestion cérébrale, pour laquelle il fut soigné à la Charité.

Le malade reconnaît avoir eu des idées de grandeur depuis vingt ans environ : il voulait s'élever au-dessus de sa position, recherchait avec ardeur toute espèce d'inventions, entre autres le mouvement perpétuel ; il est même persuadé qu'il l'a trouvé. — De plus, il fut malheureux en ménage, se sépara de sa femme, subit de fortes pertes d'argent. Alors son caractère changea de plus en

plus : il devint irascible ; il était pris par moments d'accès

de colère des plus violents.

Depuis une quinzaine d'années, sa mémoire diminue ; quelquefois, il la perd complètement.

Il a eu des étourdissements, et même, par instant, il perdait complètement connaissance.

Il a eu aussi des céphalalgies qui devenaient très-intenses par moments; il dormait mal, avait des rêves affreux. Quelquefois il bégayait.

Ces accidents augmentant, il entra en 1870 dans le service de M. Féréol, à l'hôpital temporaire. Il offrit alors sans doute des troubles mentaux bien caractérisés, car il fut envoyé à Sainte-Anne, où ses mouvements de colère devinrent plus fréquents. Après un séjour de quelques semaines il sortit de cet asile. Il est impossible d'avoir des renseignements précis sur cette période de son existence. Au sortir de l'asile Ste-Anne, il n'était pas guéri. Certains symptômes étaient même devenus plus accusés. Ainsi, la céphalalgie était plus intense ; il avait de temps en temps des douleurs fulgurantes. Il bégayait plus souvent. Il perdit presque complètement le sommeil.

La mémoire s'affaiblit davantage. Celle des chiffres et des noms disparut presque totalement. Il s'aperçut que sa vue baissait graduellement.

Il perdait ses forces de plus en plus : il se décida à entrer à l'hôpital de la Charité le 26 juillet 1877.

Etat actuel. — C'est un homme amaigri, faible, fatigué.

Quand on le fait parler, on s'aperçoit que la mémoire, surtout celle des chiffres et des nombres lui manque. Il bégaye, par moments, s'il se presse pour répondre.

La langue, tirée hors de la bouche, présente des contractions fibrillaires et est un peu déviée à droite. Quand on fait étendre les mains au malade, on ne constate pas de tremblements.

MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX 903 L'arc sénile de la cornée est un peu développé; la pupille droite est plus dilatée que la gauche ; pas de troubles de la vue, ni du goût, ni de l'odorat.

La surface cutanée est pâle et couverte sur les cuisses, la poitrine, des traces d'ecthyma cachectique. OEdème cachectique aux malléoles.

Poumons. — Sains.

Cœur. — Bat faiblement, lentement; les battements sont éloignés. Le pouls est faible, lent; artères très-légèrement flexueuses.

Foie et autres organes abdominaux. — Sains. Urine. — Normale; ni albumine, ni sucre. La sensibilité est intacte dans toutes les régions du corps.

Le malade est un peu plus faible à droite (bras et jambe) qu'à gauche ; ces parties sont lourdes ; cependant il n'y a pas cle modifications de la marche bien apparentes.

Les troubles intellectuels sont les plus accusés.

Lorsqu'on prie le malade de raconter son histoire , au début, sa parole est à peu près normale, quoiqu'il y ait un très-léger bégaiement; mais bientôt il précipite ses phrases, s'embrouille, perd le fil de ses idées ; le bégaiement est alors très-prononcé.

La mémoire fait défaut au malade, principalement sur les choses qui se sont passées dans ces dernières années. Mis sur le chapitre de sa situation antérieure, il raconte qu'autrefois il était patron et que maintenant il est simple ouvrier, presque sans ressource. Ce récit est accompagné de pleurs abondants; il aurait eu, d'après son dire, plusieurs fois des idées de suicide. La mémoire des chiffres a à peu près complètement disparu.

A certains moments, le malade éclate ; il parle avec une grande volubilité ; il se lève de son lit, gesticule cle toutes les façons, et on a toutes les peines du monde à le calmer.

En palpant la tête de ce malade, on constate, sans peine, qu'il y a une chaleur très-notable vers la partie antérieure des pariétaux, sur le dessus de la tête. Il y a une différence considérable, non-seulement entre la température de cette région et celle des autres régions de la tête, mais entre cette température et celle des mêmes parties, examinée sur des malades atteints d'autres affections , ou sur des individus sains. M. Vulpian, qui appelait notre attention sur ce point, nous disait qu'il avait observé la même particularité sur tous les malades affectés de paralysie générale qu'il a eus à examiner. C'est un fait qu'il a signalé depuis longtemps aux élèves qui suivaient son service à la Pitié.

Traitement. — Bromure de potassium, 4 gram. ; vin de quinquina.

28, 29, 30 juillet. — Même traitement.

31 juillet. — Pointes de feu sur la nuque. On continue le bromure de potassium.

Pas d'amélioration. Le malade quitte l'hôpital le 10 août.

Obs. CLXVI. — Péri-encéphalite diffuse. — Phénomènes médullaires. — Eczéma des membres inférieurs.

Le nommé M..., Louis, âgé de 46 ans, gardien de la paix.

Entré le 15 février 1877, salle Saint-Jean-de-Dieu, lit n° 10.

Renseignements. — Bonne santé jusqu'en 1864. Pas d'antécédents scrofuleux, ni rhumatismaux : du moins, rien de net dans ce sens. En 1864, à la suite d'une légère affection fébrile, dont il est impossible de déterminer la nature, et qui ne dura que quatre jours, ce malade a éprouvé un affaiblissement notable de la vue. Il voyait les objets comme à travers un voile. A cette époque, il alla consulter le docteur Sichel, qui rapporta cette affection à une congestion cérébrale.

Cet affaiblissement de la vue dura environ quatre mois. En 1870, ce malade eut une première attaque, dans laquelle il perdit subitement connaissance. — Il tomba à terre, mais n'eut aucun mouvement convulsif, ni des membres, ni des mâchoires. — Il resta immobile pendant dix minutes environ ; après quoi il fut complètement rétabli et ne conserva aucune trace de cet accident,

Depuis dix-huit mois environ, il éprouve des douleurs fulgurantes dans les membres inférieurs.

Elles ont lieu pendant le jour et jamais la nuit. L'été, elles cessent à peu près complètement. Aujourd'hui, elles semblent avoir notablement perdu de leur intensité.

En même temps, le caractère du malade a changé, mais le changement n'était pas assez marqué , au début, pour qu'on pût savoir si ce changement tenait à une affection cérébrale commençante, plutôt qu'aux préoccupations et aux chagrins domestiques auxquels il est en proie.

En octobre 1876, en allant prendre son service, ce malade, qui depuis le matin se sentait déjà mal à l'aise et éprouvait de la céphalalgie, est tout à coup entraîné du côté droit. — Il continua ainsi à marcher pendant quelques minutes en inclinant de ce côté, comme attiré par une force irrésistible. — On le fit entrer dans une maison, et là, aussitôt assis, il perdit connaissance.

Cette seconde attaque eut encore lieu sans secousses et sans aucun mouvement convulsif.

Il fut apporté presque aussitôt dans le service de M. Hardy, à l'hôpital de la Charité, où l'on constata les phénomènes suivants : 1° Anesthésie complète du côté droit. On pouvait enfoncer des épingles à travers la peau sans déterminer aucune douleur. Cette anesthésie disparut au bout de vingt-quatre heures. 2° Surdité de l'oreille droite, qui persiste encore. 3° Diplopie de l'œil droit, qui n'est pas constante, mais qui se produit aussitôt que le malade fixe

un objet depuis un certain temps. 4° Paralysie presque

complète du mouvement du côté droit.

Etat actuel. — La paralysie paraît avoir considérablement diminué, puisque le malade atteint le même chiffre au dynamomètre avec l'une et l'autre mains (50) ; cependant, comme c'est le côté droit qui est affecté, on peut conclure qu'il y a un certain affaiblissement de ce côté (il est droitier). Pas de troubles de sensibilité.

Le malade est grand, assez vigoureusement constitué ; il mange bien ; il a, dit-il, souvent de l'insomnie.

Son caractère, depuis quelques années, s'est profondément modifié ; il est devenu irascible, très-irritable. — Sa mémoire a considérablement diminué ; lorsque le malade raconte son histoire, il bégaye par instants ; le bégaiement s'accuse surtout si on l'invite à prononcer les mots : Ecole polytechnique, serrurier, etc. La pupille droite est plus dilatée que la gauche.

Plusieurs fois, le malade a voulu se jeter à l'eau.

Ce dont il se plaint surtout, c'est d'une douleur aux lombes qui le rend très-faible des jambes. — Cependant il dirige sa marche sans difficulté, même dans l'obscurité.

Il a déjà été traité à l'Hôtel-Dieu pour un lumbago, qui a disparu en quatre ou cinq jours par l'application de ventouses scarifiées, en février 1875.

Douleurs fulgurantes dans les membres inférieurs ; douleurs constrictives, non continues, au niveau de l'ombilic.

Pas de diminution du volume des muscles dans aucune région.

Organes respiratoires. — Sains.

Cœur. — Aucune lésion reconnaissais. Le pouls est d'ordinaire normal.

Organes abdominaux : état sain; digestions normales. Un peu de constipation.

Pas de troubles de la sécrétion urinaire. — Urine normale.

MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX 907 Traitement. — On donne au malade deux pilules écossaises. — Vin de quinquina. Bromure de potassium , 4 grammes.

21 février. — Poussée d'eczéma occupantla presque totalité des deux membres inférieurs. — Le malade a des varices. C'est la première éruption de ce genre qui se soit produite sur le malade jusqu'ici. On continue le bromure de potassium, et l'on fait prendre, en outre, 1 gramme d'iodure de potassium. Quatre granules d'acide arsénieux.

23 février. — Œdème assez considérable des deux jambes. L'eczéma est moins accentué. M. Vulpian pense, à propos de l'affection cutanée, que l'on doit attribuer une influence, ou provocatrice, ou prédisposante, à l'irritation spinale dont souffre ce malade.

6 mars. — Depuis plusieurs jours, c'esL-à-dirc depuis le surlendemain de l'entrée du malade à l'hôpital, les douleurs fulgurantes, qu'il éprouve dans les membres inférieurs, sont devenues plus intenses. — On suspend l'emploi du bromure de potassium et l'on prescrit deux pilules de nitrate d'argent, sans cesser les autres médicaments; l'eczéma persiste encore, bien qu'un peu moins aigu.

3 avril. — Sort, évidemment amélioré sous plusieurs rapports. — Le traitement a été continué sans interruption. L'eczéma a presque disparu : il n'y a plus d'œdème des membres inférieurs; les douleurs fulgurantes , bien que beaucoup moins fortes , se sont cependant reproduites chaque jour. L'état mental s'est considérablement amendé. La période de rémission est bien notable.

Obs. GLXVII. — Paralysie générale ayant débuté presque à l'adolescence. — Traitement par la cautérisation ponctuée et le bromure de potassium. — Rémission des accidents.

Le nommé B..., Adolphe, âgé de 28 ans, journalier.

Entré le 25 janvier 1877, salle Saint-Jean-de-Dieu, lit n° 4.

Antécédents héréditaires. — Père et mère très-nerveux. Sœur atteinte de folie à la suite d'une fièvre cérébrale.

Renseignements. — Ce malade raconte que, vers l'âge de dix ans, il fut pris subitement d'une difficulté de la parole. Ce bégaiement, d'abord peu intense, a singulièrement augmenté aujourd'hui, c'est-à-dire depuis le commencement de sa maladie actuelle, qu'il fait remonter à l'âge de vingt ans.

Vers cette époque, il commence à s'apercevoir que son intelligence s'obscurcit et que sa mémoire faiblit. Une céphalalgie, qui augmente considérablement avec la température, ne le quitte plus depuis ce temps.

Au bout d'un an environ, il se décide à laisser sa famille pour venir à Paris, où il emploie son temps à faire des courses, la seule profession qui lui soit possible, bien que son instruction ait été assez complète pour lui en procurer une plus en rapport avec ses désirs.

Il dit, en effet, que sa mémoire était si infidèle qu'il était obligé d'écrire le nom des rues où il allait et les commissions dont il était chargé. En marchant, il remarquait qu'il ne pensait à rien. Il avait peine à fixer son attention, et, lorsqu'il lisait, il était obligé de recommencer pour enchaîner les phrases. Il avait une profonde indifférence pour tout.

En même temps, sa vue s'est modifiée. Il commence d'abord par prendre des objets pour d'autres, et, ce n'est qu'au bout d'un instant qu'il s'aperçoit de son erreur. Les dimensions surtout lui paraissent augmentées. Il en résulte une grande difficulté pour apprécier les distances : ainsi il croit voir son lit un peu plus haut qu'il n'est réellement, etc.

Ces troubles visuels ne sont pas dus à des hallucina-

MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX 909 tions, mais à un affaiblissement de la vue, qui fait apparaître les objets comme à travers un voile.

L'ouïe a également été affectée; mais ce n'a été qu'un simple affaiblissement. Bourdonnements d'oreilles. L'odorat a été presque aboli, le goût aussi.

Souvent, le malade éprouve du vertige, accompagné d'un certain malaise, mais sans vomissements.

Il ressent, de temps en temps, des douleurs vagues, errant d'un endroit dans un autre.

Il raconte aussi qu'il était continuellement dans une grande surexcitation depuis son arrivée à Paris.

En même temps, les forces ont considérablement diminué. Le malade dit avoir maigri beaucoup des jambes, bien qu'on ne constate pas chez lui un membre plus atrophié que l'autre. Mais ce qu'il y a de remarquable, ce sont les troubles moteurs suivants : Lorsqu'on fait parler le malade, au bout de quelques instants il est pris d'un bégaiement, léger d'abord, mais qui augmente bientôt au point de le forcer à s'arrêter, pour peu qu'il parle longtemps. En lui faisant tirer la langue, on voit qu'elle présente des contractions fibrillaires très-marquées. Les muscles de la commissure labiale gauche sont atteints aussi de ces contractions, et le malade raconte que souvent il sent que sa bouche est tiraillée en dehors.

Il dit aussi que, lorsqu'il veut écrire, au bout d'un instant les mouvements de sa main se précipitent et deviennent bientôt désordonnés, ce qui le force à s'arrêter. Il éprouve une grande difficulté à former certaines lettres. Il compare absolument ces phénomènes à son bégaiement.

Fréquemment, ses bras se portent involontairement dans l'abduction.

Pendant son sommeil, il perd toute sa salive.

Depuis deux ans, il a des soubresauts des tendons, marqués surtout pendant la nuit.

Profondément attristé de cet état de choses, le malade se livra à la boisson, pour s'étourdir. Il eut souvent des idées de suicide. Son sommeil est troublé par des rêves clans lesquels il ne voit que des choses tristes : des précipices, des batailles plus ou moins sanglantes, etc. ; cependant on ne remarque pas de tremblement des doigts. De temps en temps, il se met à rire sans savoir pourquoi.

Après le siège de Paris, il retourna à la campagne, où il resta pendant trois mois; après quoi, sa santé s 'étant améliorée, il revint à Paris.

Bientôt, sa situation s'étant aggravée, il fut obligé d'entrer à la Charité le 12 janvier 1874.

D'après ce qu'il raconte, tous les phénomènes, précédemment notés, étaient très-accentués. Il était, dit-il, comme anéanti.

Il sortit de l'hôpital le 25 février, c'est-à-dire au bout d'un mois et demi. Il se rendit ensuite deux mois après chez ses parents, où il resta cinq mois. Ce séjour améliora considérablement son état, et il revint à Paris.

Mais bientôt tous les symptômes reparurent, et il fut obligé encore une fois de quitter la capitale, le mois de mai dernier, c'est-à-dire il y a huit mois. Il se rendit à Marseille, où il prit des bains de mer, qui ne changèrent rien à son état.

C'est trois jours après son retour qu'il entre actuellement à l'hôpital (25 janvier 1877).

État actuel. — 25 janvier 1877. — Tous les phénomènes précédemment racontés subsistent, mais beaucoup moins intenses.

La sensibilité générale est intacte. Pas d'hyperesthésie. Pas de troubles des mouvements.

La vue est encore un peu faible, mais moins qu'auparavant.

Le malade se plaint toujours de la perte de ses forces.

Le bégaiement est encore très-accentué.

Un spécimen de son écriture ne dénote pas ce tremblement de la main dont il a été question ; mais le malade affirme que son écriture actuelle ne ressemble pas à l'ancienne. Les lettres manquent seulement de netteté, et quelques-unes d'entre elles sont en effet mal formées.

Céphalalgie frontale très-intense par moments. Chaleur notable du cuir chevelu sur le dessus de la tète, au niveau et en arrière de la suture fronto-pariétale.

Les organes thoraciques et abdominaux sont en bon état.

Traitement. — Bromure de potassium, 4 gr. — Vin de quinquina.

{"février. — Application de pointes de feu sur la nuque, ce qui amène une amélioration notable.

5 février. — Il prend tous les jours 6 gr. de bromure de potassium (4 gr. n'étaient pas suffisants).

Depuis ce moment, la céphalalgie a considérablement diminué et en trois jours a complètement disparu.

1er mars. — Sort très-amélioré ; les cautérisations ont été pratiquées cinq fois de suite, à huit jours d'intervalle ; le bromure de potassium a toujours été continué à la dose de 6 gr.

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