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CHAPITRE II

Je rapproche, dans ce chapitre, un certain nombre d'observations d'affections cutanées ; les unes sont des cas d'eczéma ; d'autres ont trait à l'ecthyma, au zona, à l'érysipèle de la face, et enfin à la scrofule. Ce rapprochement est évidemment artificiel : l'eczéma, l'ecthyma ne sont en général que des manifestations cutanées de diathèses telles que l'arthritisme, l'herpétisme, la scrofule, etc., tandis que le zona et l'érysipèle de la face reconnaissent d'ordinaire des causes de tout autre nature. Le désir de ne pas multiplier outre mesure les têtes de chapitres, m'a seul poussé à grouper ensemble des faits très-disparates au fond, bien que la détermination morbide ait clans tous les cas la peau pour siège.

On connaît aujourd'hui la signification d'un grand nombre d'affections cutanées : elles appartiennent, pour la plupart, aux affections chroniques, aux états constitutionnels, en un mot aux diathèses. Toutes ces affections, dont la lente évolution embrasse quelquefois la vie entière, avaient été disjointes, sous l'influence des efforts de l'école dite anatomique; on avait, à cet égard, comme à propos de tant

MALADIES CUTANÉES. — SCROFULE 79 d'autres choses, oublié la tradition.; il a fallu l'influence incontestée de la grande École de l'hôpital Saint-Louis pour ramener à la vraie doctrine les esprits ébranlés et pour reconstituer la pathologie générale de ces affections : ce n'est pas un des moindres titres de MM. Bazin et Hardy que d'avoir ainsi montré toute la valeur des enseignements du passé, d'avoir mieux étudié que leurs prédécesseurs, le mode d'évolution des affections cutanées, au point de vue général et au point de vue particulier.

Tout près de nous, encore aujourd'hui même, il est des pathologistes qui ont contesté ces grandes vues, ces idées générales , si bien déduites , si clairement exposées par l'École de St-Louis, mais c'est le petit nombre. Il faut bien le reconnaître , la médecine expérimentale, la physiologie, l'anatomie pathologique ne peuvent pas donner la raison des divers enchaînements morbides admis par cette école. Mais est-ce là un motif pour se refuser à admettre des données si clairement démontrées par la clinique? Combien de fois M. Yulpian n'a-t-il pas appelé l'attention des élèves et des médecins qui assistent à ses visites, sur les relations si étroites qui lient certaines affections viscérales à telle ou telle affection de la peau, principalement à l'eczéma? Quoi de plus saisissant que de voir le balancement pathologique qui a lieu souvent entre les éruptions cutanées et les troubles fonctionnels de l'appareil respiratoire, du tube gastrointestinal, des glandes annexes, des organes génito-urinaires, du système nerveux, des organes des sens-? A propos de faits de ce genre que nous avions sous les yeux, M. Vulpian nous citait un cas qui l'avait particulièrement frappé. Il s'agissait d'une femme d'une cinquantaine d'années, entrée à l'infirmerie de la Salpêtrière pour s'y faire soigner d'accidents pulmonaires et intestinaux graves. Cette malade toussait depuis plusieurs mois et s'était notablement amaigrie; l'amaigrissement était devenu surtout

rapide depuis quelques semaines, c'est-à-dire à partir du moment où une diarrhée quotidienne, accompagnée de coliques, vint compliquer l'affection thoracique. La percussion et l'auscultation de la poitrine ne révélaient aucun signe certain de tuberculisation : la sonorité était à peu près normale, plutôt exagérée dans certains points; on entendait çà et là des râles vibrants et sous-crépitants fins. Il y avait une expectoration muqueuse, purulente. Malgré l'absence de signes bien nets de phthisie pulmonaire, c'est à ce diagnostic que s'était arrêté M. Yulpian, à cause de la coïncidence de la diarrhée, et en se fondant aussi sur l'amaigrissement, la perte des forces, que l'on constatait chez cette malade. Le traitement fut institué d'après ce diagnostic. Au bout d'une quinzaine de jours, la malade se plaignit d'éprouver de la démangeaison et des cuissons assez vives autour de l'anus. On reconnut là le début d'un eczéma aigu que d'abord on crut pouvoir attribuer à la répétition fréquente des défécations et à l'irritation résultant de l'insuffisance des soins de propreté. Mais les jours suivants, cet eczéma gagna les parties voisines de celles qui avaient été tout d'abord affectées, puis se propagea aux cuisses, au dos et aux parties inférieures de l'abdomen. En même temps, une amélioration, singulièrement rapide, se produisait dans l'état des organes respiratoires et du canal intestinal ; la diarrhée cessait ; la toux diminuait et disparaissait au bout de quelques jours; la nutrition se rétablissait et la malade recouvrait des forces. Cette amélioration en vint à ce point que les affections pulmonaires et intestinales purent être considérées comme guéries. La malade, interrogée de nouveau avec insistance, se rappela alors qu'elle avait déjà eu une éruption analogue à celle qu'elle présentait et que même la toux avait commencé à se manifester lorsque cette éruption avait disparu. Gomment ne pas admettre, dans un pareil cas, une affection eczémateuse de la membrane mu-

MALADIES CUTANÉES. — SCROFULE 81 queuse des bronches et de celle de l'intestin? Un traitement arsenical longtemps continué fit disparaître l'eczéma cutané, sans qu'il y eût reproduction des accidents bronchitiques et entéritiques.

Les relations entre les affections viscérales et les affections cutanées ne sont pas toujours aussi évidentes ; mais elles peuvent encore être dévoilées par une étude clinique un peu pénétrante.

C'est M. Bazin qui a le plus approfondi la pathologie générale des affections cutanées. Ce sont ses efforts persévérants qui ont amené la plupart des médecins à reconnaître, avec lui, l'existence des herpétides cutanées, des arthritides cutanées, des scrofulides cutanées, formant des groupes du même ordre que les syphilides, et étant, comme elles, des manifestations diathésiques. C'est M. Bazin qui a le mieux mis en lumière ces relations, dont nous parlions tout à l'heure, entre les affections cutanées diathésiques, les perturbations fonctionnelles et les lésions viscérales dépendant des mêmes diathèses. Entre toutes ces relations, celles dont l'étude fait le plus d'honneur à la sagacité de ce savant médecin, sont assurément celles que nous présente la clinique de l'herpétisme.

La diathèse eczémateuse est héréditaire. Le plus souvent l'eczémateux naît de parents eczémateux; dans d'autres cas, la diathèse dont il s'agit peut être la fille d'autres diathèses. Les parents peuvent avoir été goutteux, diabétiques, rhumatisants, strumeux. Quelquefois il est impossible de démêler chez les ascendants la possession diathésique à laquelle on doit rapporter la diathèse eczémateuse des descendants. Peut-être les parents directs n'ont-ils rien eu, en effet, qui puisse être attribué à l'herpétisme, à l'arthritisme, etc. Peut-être aussi — et c'est probablement ce qui a lieu le plus souvent — les manifestations de ces diathèses ont-elles été obscures, mal dessinées, très-légères;

de telle sorte qu'elles ont échappé à l'attention des intéressés ou que leur mémoire n'en a conservé aucun souvenir.

La diathèse eczémateuse peut-elle être acquise? Il est difficile de le nier ; mais il est permis de conserver quelques doutes et de penser au moins que c'est pendant l'évolution fœtale elle-même, que s'est développée la prédisposition.

Quelle que soit l'idée qu'on se forme sur ces délicates questions, il est un fait incontestable : c'est que les manifestations de la diathèse eczémateuse, — je parle principalement des manifestations cutanées, — peuvent se révéler dans des périodes très-variées de la vie. Dans l'immense majorité des cas, c'est dans le jeune âge que les premiers indices se montrent. Puis, pendant toute la durée de la vie, l'eczémateux est exposé à voir reparaître de nouvelles poussées d'éruptions cutanées. Dans d'autres cas, relativement très-rares, les premières éruptions ne se produisent qu'après la première enfance, parfois dans l'adolescence, exceptionnellement dans l'âge mûr, peut-être moins rarement dans la vieillesse. On sait que, pour les maladies, la période sénile offre des traits remarquables de ressemblance avec la période infantile. C'est là un fait bien connu et que M. Yulpian nous a rappelé plusieurs fois, surtout à propos des affections de l'appareil respiratoire et de celles de l'appareil nerveux, comme aussi à propos des diathèses, en particulier de la diathèse scrofuleuse et de la diathèse eczémateuse.

Les poussées d'eczéma qui se manifestent dans l'adolescence et dans l'âge adulte se produisent tantôt sans être précédées d'aucune maladie, d'aucun trouble fonctionnel, d'aucune crise physiologique , tantôt sous l'influence deconditions de ce genre. C'est là encore un point sur lequel M. Vulpian a souvent insisté. Une maladie aiguë, inflammatoire ou autre; une indigestion, une colique hépatique, etc., peuvent être suivies du développement d'érup-

tions eczémateuses. La grossesse , l'accouchement , sont souvent le point de départ, la cause occasionnelle de l'apparition d'un eczéma plus ou moins étendu, ou d'éruptions apparentées à l'eczéma. Que de laits répandus ne sont que des manifestations d'une diathèse eczémateuse secouée de sa torpeur par les modifications de l'organisme qui accompagnent ces actes physiologiques !

Ne voit-on pas aussi des éruptions d'eczéma, chez certaines femmes, au moment de toutes ou presque toutes les périodes menstruelles ?

M. le professeur Verneuil a insisté récemment, dans des publications du plus haut intérêt, sur les relations réciproques du traumatisme et des affections diathésiques.

L'eczémateux, celui chez lequel la diathèse a atteint toute sa puissance, peut être tourmenté sans relâche, pendant de longues années, pendant toute sa vie même, par des affections diverses qui se succèdent ou se compliquent. Ces affections sont très-variées et, comme je l'ai déjà dit, peuvent donner lieu aux erreurs de diagnostic les plus considérables. Témoin le fait que je citais tout à l'heure et dans lequel une bronchite et une entérite eczémateuses avaient fait croire à l'existence d'une phthisie pulmonaire et intestinale. Mais que de cas ne pourrait-on pas citer d'erreurs tout aussi complètes! de cas, par exemple, de gastrite chronique pris pour des cancers de l'estomac; d'entérites chroniques diagnostiquées cancers de l'intestin; de névralgies diverses considérées comme des affections médullaires, etc. M. Vulpian a vu des cas où des symptômes d'angine de poitrine paraissaient bien n'être que des manifestations de la diathèse eczémateuse. Suivant lui, le cœur et les artères mêmes peuvent être touchés par cette diathèse : d'où des tendances à des troubles directs de la circulation, à des ischémies ou même à des hémorrhagies cérébrales.

Les eczémateux, profondément travaillés par la diathèse, se reconnaissent souvent à première vue lorsqu'on sait observer. Plutôt gras que maigres, plus ou moins anémiques, ils ont généralement les yeux un peu congestionnés par suite de poussées successives d'eczéma des conjonctives ; les traits du visage plus ou moins fatigués; parfois un peu de bouffissure des paupières avec un aspect cachectique. Il existe fréquemment des vestiges d'éruptions autour des yeux, au niveau des sourcils; ils peuvent offrir un léger degré de couperose. Ils portent en général le masque de Uhypochondrie. Un examen un peu plus détaillé et une étude attentive de l'anamnèse permettent d'ordinaire d'établir avec certitude le diagnostic.

Les affections viscérales dues à la diathèse eczémateuse , sont au nombre des faits que la clinique nous permet le plus souvent de constater.

Les observations XXV et XXVI, qui ont trait à des eczémas, en sont de remarquables exemples.

Dans le premier cas, il s'agit d'une femme âgée de 48 ans, dont la ménopause a eu lieu à l'âge de 39 ans. Dès l'âge de 9 ans, elle commence à avoir une éruption dont elle ne peut préciser la nature ; à 40 ans, elle a eu une fièvre typhoïde qui a duré longtemps, et qui semble, chez cette malade, avoir été le point de départ de nouvelles poussées d'eczéma siégeant à la tête , au pourtour des yeux, aux deux membres supérieurs; ces poussées, d'ailleurs, duraient assez longtemps, et toujours elles alternaient avec des troubles dyspeptiques profonds, ceux-ci étant d'autant moins prononcés que l'eczéma était plus intense , plus étendu.

Le jour de son entrée à l'hôpital, cette malade, à face pâle, terreuse, profondément anémiée, essoufflée à propos du moindre exercice, les jambes un peu œdémateuses, porte

MALADIES CUTANÉES. — SCROFULE 85 autour des paupières, le long des sourcils à peu près complètement disparus, un peu aux mains, les traces d'un eczéma sec, des plus évidents ; mais, ce qui domine dans son état, ce sont des troubles gastriques caractérisés par une douleur assez intense au creux de l'estomac ; cette douleur est cuisante, elle n'existe qu'après le repas, et force la malade à desserrer ses vêtements. La pression, dans la région épigastrique , la provoque , mais elle est alors peu marquée ; il n'existe pas de point dorsal correspondant. — Fréquentes éructations gazeuses ; pyrosis ; quelquefois, le matin, des aigreurs, des vomituritions de matières glaireuses, toujours en petite quantité. La malade affirme que, depuis trois mois, il arrive souvent que ses selles sont noirâtres comme de la suie, et renferment des filaments roulés en pelotons ; elle est presque toujours constipée. Elle a fréquemment des douleurs névralgiques dans la tête qui, parfois, l'empêchent de dormir la nuit. Les jambes sont faibles ; la malade est très-névropathique ; elle-même raconte qu'elle souffre d'autant moins de son état morbide, que son éruption eczémateuse est plus abondante.

L'observation XXVI est analogue sous presque tous les rapports; même état général cachectique; mêmes troubles dyspeptiques profonds; même marche des accidents, mêmes alternances entre eux. Une particularité pourtant doit être notée, c'est que, chez ce malade, l'eczéma était accompagné de démangeaisons extrêmement vives, comme dans les cas d'eczémas désignés par M. Bazin sous le nom d'eczémas herpétiques.

Évidemment tous ces troubles viscéraux dépendent d'une seule et même cause générale , d'une disposition particulière de tout l'organisme, qui met la santé de tous les organes , de tous les tissus , ou plutôt de tous les éléments anatomiques dans un état spécial d'équilibre instable , état tel que , sous l'influence des impressions

morbifîques banales, on voit naître avec une déplorable facilité, des affections plus x>u moins graves, plus ou moins tenaces. Ces affections sont naturellement diverses suivant les organes atteints; mais elles ne sont, en réalité, que des expressions différentes d'un seul et même mal. Apparentées par nature, elles sont réversibles, commutables. Elles ne disparaissent donc souvent dans un ou plusieurs organes, dans un ou plusieurs systèmes, que pour reparaître dans un autre ou plusieurs autres organes ou systèmes. La guérison n'a vraiment lieu qu'à la condition que la médication modifie tout l'organisme et s'adresse ainsi à la disposition morbide générale.

Cette disposition générale morbide, dans les cas dont il s'agit, est-elle celle que l'on appelle arthritisme, ou celle qu'on a nommée herpétisme ? Faut-il en admettre une autre qui serait, à proprement parler, une diathèse eczémateuse? Quoique penchant vers cette dernière manière de voir, M. Vulpian ne se prononce pas catégoriquement. Il pense toutefois qu'il y a tout au moins une sous-diathèse de ce genre qui peut se traduire par diverses expressions morbides : cutanées, muqueuses, séreuses, articulaires, musculaires, fibreuses, cardio-vasculaires , pulmonaires, nerveuses, etc., c'est-à-dire par des éruptions cutanées, surtout eczémateuses, des énanthèmes muqueux de même sorte (conjonctivite, angine, coryza, laryngite, bronchite, gastrite, entérite, angiocholite, cystite, etc.); des affections rhumatoïdes, des névroses, des troubles circulatoires, des altérations viscérales, etc.

Avant de quitter ces deux observations, je ferai encore une remarque : chez la malade de l'observation XXV, la diathèse eczémateuse paraît avoir été mise en évolution par la fièvre typhoïde ; ce fait est en rapport avec ce que je disais tout à l'heure de l'influence des maladies aiguës comme causes provocatrices des éruptions diathésiques.

MALADIES CUTANÉES. — SCROFULE 87 L'observation XXVII est presque l'analogue , en tous points, des précédentes; de plus chez la malade qui en fait l'objet, il y a eu une leucorrhée eczémateuse des plus évidentes ; les viscères, modifiés par la diathèse, ont été en dehors de l'utérus et du vagin , plus spécialement , les reins, les poumons.

L'observation XXVIII est aussi un exemple des altérations viscérales eczémateuses ; seulement, de plus, le malade était alcoolique. Ce malade a éprouvé des douleurs articulaires bien accusées, dix mois avant d'être soumis à notre observation. Ces douleurs doivent-elles nous le faire considérer comme un arthritique? N'ont-elles pas été plutôt, comme l'a pensé M. Vulpian, des manifestations arthritiques de la diathèse eczémateuse?

L'observation XXIX suggère les mêmes réflexions. Dans ce cas particulier la malade a eu une pleurésie aiguë ; peutêtre faut-il la rattacher à la diathèse eczémateuse ; il n'est pas rare, dans le cours de l'eczéma, mais surtout du psoriasis, d'observer de semblables complications.

L'observation XXX est un cas d'eczéma étendu, traité avec succès par le proto-iodure de mercure ; la maladie avait résisté aux autres procédés de traitement, en particulier au traitement par l'arsenic, les bains d'amidon. Cette médication a également été employée chez des malades des observations précédentes, et constamment le résultat a été satisfaisant. Ce mode de traitement, préconisé il y a déjà longtemps par M. le professeur Gubler, doit être employé dans les cas où l'eczéma est très-étendu, et quand il est très-tenace. D'après les faits qu'il a observés, M. Vulpian pense que le traitement mercuriel est surtout efficace lorsqu'il est institué après l'emploi assez prolongé des préparations arsénicales.

La médication arsénicale, les bains d'amidon, les alcalins, l'occlusion à l'aide des gants, des bandes de caout-

chouc, de vernis au caoutchouc ou à la gutta-percha, ont aussi très-bien réussi dans quelques cas que nous avons eus sous les yeux.

L'observation XXXI est un bel exemple d'ecthyma chez un individu cachectique; il s'agit d'un jeune homme de 25 ans, qui a souffert de la faim; dans ce cas, comme dans tous ceux où il y a inanition lente et anémie profonde, on voit souvent survenir l'ecthyma, et, ainsi que dans l'espèce, il y a fréquemment une pigmentation brune de la peau.

L'observation XXXII est un cas de zona chez un jeune homme de seize ans. Tout s'est passé comme habituellement ; il n'y a pas eu de douleurs névralgiques consécutives, et le malade, revu longtemps après sa sortie de l'hôpital, a affirmé n'en avoir jamais éprouvé. A ce propos, M. Vulpian rappelait que le zona des jeunes, de l'adolescent en particulier, n'est quelquefois, ni précédé, ni suivi de douleurs névralgiques.

Les observations XXXIII et XXXIV sont des exemples classiques d'érysipèle de la face ; je les ai choisies entre plusieurs, parce qu'une particularité clinique intéressante, bien connue d'ailleurs, s'est présentée pendant leur évolution ; je veux parler de l'albuminurie ; celle-ci a été tout à fait transitoire ; la présence de l'albumine dans l'urine a coïncidé avec la période d'augment et la période d'état de l'érysipèle. Dans ces deux cas, comme aussi, dans les autres que nous avons observés, il n'est point survenu de complications cardiaques; l'érysipèle a débuté par la gorge; il n'y a pas eu d'inflammations érysipélateuses du menton.

L'observation XXXV contient des enseignements cliniques pleins d'intérêt ; il s'agit d'un cas de scrofule viscérale. La malade, âgée de 21 ans, est restée très-longtemps à l'hôpital, et on a pu étudier tout au long son histoire antérieure et son état actuel.

Elle a bien eu dans sa vie, vingt-quatre ou vingt-cinq

érysipèles, d'après son dire, et je suis assez porté à le croire en prenant en considération le grand nombre de ceux dont elle a été atteinte pendant son séjour à l'hôpital. Tous ont offert le même caractère ; ils ont consisté en inflammations bâtardes de la peau , inflammations sans grande réaction, ressemblant plutôt à de l'œdème inflammatoire, qu'à un véritable érysipèle, et n'en présentant pas d'ailleurs ni la coloration, ni la douleur, etc. Cependant ces érysipèles débutaient presque toujours avec un ensemble de phénomènes généraux graves, mais ceux-ci s'éteignaient très-vite aussi; l'érysipèle disparaissait; à la fin, la peau de la face restait constamment œdémateuse, constamment, pour ainsi dire, en état latent d'inflammation érysipélateuse.

La figure de la malade est pâle, légèrement bouffie ; les lèvres sont grosses, épaisses ; le nez épaté ; les cils ont disparu ; les paupières sont enflammées ; la peau est blanche, fine, les membres ronds; le panicule sous-cutané abondant. Dans ce cas, il y a surtout de remarquable, des troubles viscéraux, troubles gastriques incessants, troubles dyspeptiques de toutes sortes et de tout genre ; des troubles névropathiques multiples, divers ; des embarras gastriques, à propos du moindre changement dans la nourriture ; de la polyurie sans albuminurie, etc. ; en un mot toute la série des troubles dont j'ai déjà fait l'énumération à propos de plusieurs cas d'eczéma chronique. Chez cette malade, tous les accidents sont liés bien certainement à la scrofule, et les troubles viscéraux sont vraisemblablement dus à des lésions amyloïdes des organes dont les fonctions sont plus ou moins altérées. M. Vulpian avait d'ailleurs fait inscrire dans le diagnostic détaillé, relatif à cette malade : altération amyloïde des viscères.

Tous les faits que je viens de passer en revue, se rapportent à la grande question des diathèses et des maladies

constitutionnelles. Les observations contenues dans ce chapitre, ont certainement une grande valeur et constituent un appoint notable à l'ensemble des preuves sur lesquelles on s'est appuyé pour établir l'existence des affections diathésiques, et pour montrer les particularités caractéristiques de leur évolution progressive, ainsi que les rapports qui lient entre elles leurs diverses manifestations. L'organisme envahi par la diathèse, ou par la maladie constitutionnelle, est pour ainsi dire, sur tous les points, dans un état d'imminence morbide spéciale. Comme nous l'avons dit, sous l'influence des moindres causes et parfois même en dehors de toute cause occasionnelle reconnaissable, il naît tantôt des affections cutanées, tantôt des affections arthritiques, ou bien des affections nerveuses, ou bien des affections viscérales, etc. Dans quelques cas il semble que la fatigue de l'organisme, profondément et longtemps travaillé par ces affections diathésiques , constitue une condition favorable pour le développement du cancer. Mais le cancer est par lui-même une diathèse spéciale. Ce sont ces évolutions successives, appartenant toutes à la même diathèse, considérées dans leur ensemble, qui sont le trait le plus saillant dans l'histoire des maladies diathésiques constitutionnelles.

Ces notions sont du plus grand intérêt pour le clinicien, car ce sont elles qui fixent le diagnostic, qui dictent le pronostic, et qui doivent suggérer le traitement.

OBSERVATIONS

Obs. XXV. — Eczéma. — Troubles dyspeptiques profonds. Anémie générale. — Alternance des troubles fonctionnels et des poussées d'eczéma. — Traitement par l'arsenic et le mercure. — Amélioration.

La nommée B.., Françoise, 48 ans, domestique.

Entrée le 4 janvier 1876, salle Ste-Madeleine, lit n° 3.

Renseignements. — Cette malade, âgée de 48 ans, a été réglée à 17 ans ; les règles ont toujours été très-régulières jusqu'à l'âge de 39 ans, époque à laquelle est survenue la ménopause.

Elle a eu 4 enfants, dont 2 sont morts, l'un du choléra, à 2 ans ; l'autre, de convulsions, à 12 mois ; les deux autres se portent bien.

A 7 ans, elle fut atteinte de la petite vérole ; à 9 ans, elle eut sur tout le corps une éruption dont elle ne peut préciser la nature; à 40 ans, elle a eu la fièvre typhoïde et elle garda le lit pendant 3 mois.

Cette malade entre à l'hôpital pour un malaise général ; depuis sa fièvre typhoïde elle déclare qu'elle ne peut rester longtemps debout, à cause d'une grande faiblesse dans les jambes ; elle se plaint aussi de douleurs dans les reins, l'estomac et la tête.

Ces douleurs sont, dit-elle, très-fortes dans la tête, depuis 6 mois; elles occupent, sous forme d'accès névralgiques, la totalité de la tête pendant le jour et la nuit ; aussi le sommeil est-il impossible.

En même temps que les douleurs lancinantes il y a du

larmoiement et une rougeur assez intense de la face qui se couvre d'une sueur abondante.

Depuis sa fièvre typhoïde, plusieurs fois des éruptions eczémateuses, localisées à la tête et aux 2 membres supérieurs, sont apparues, et, à ce moment, elle souffrait moins de l'estomac.

Chaque fois que ces éruptions ont disparu, elle a, immédiatement après, éprouvé des douleurs dans les oreilles, et ces douleurs ont été suivies d'un écoulement de pus. Ces alternances entre les éruptions eczémateuses, les douleurs, les troubles fonctionnels ont été notées plusieurs fois, par la malade.

Elle affirme aussi que depuis 3 mois ses selles sont noirâtres comme de la suie et renferment des filaments roulés en peloton ; ses selles seraient moins noires quand elle a son éruption d'eczéma; elle a eu souvent de la lienterie.

Etat actuel. — On remarque autour des yeux une éruption eczémateuse qui détermine de très-vives démangeaisons ; les paupières sont comme squameuses ; les cils ont disparu ; les sourcils sont recouverts de petites plaques furfuracées ; les poils sont tombés ; sur la face dorsale des mains, mêmes traces de squames; eczéma sec.

La malade est pâle, anémiée; la figure est un peu bouffie; elle a le faciès d'une albuminurique chronique.

La malade se plaint surtout des douleurs de tête qui viennent d'être mentionnées et qui la privent de sommeil.

Elle se plaint, en outre, d'une douleur assez intense au creux de l'estomac. Cette douleur est cuisante ; elle n'existe qu'après le repas et force la malade à enlever ses vêtements.

La pression au niveau de l'épigastre, en dehors des repas, provoque une douleur analogue, mais qui est alors peu marquée. Il n'existe aucune douleur spontanée dans

MALADIES CUTANÉES. — SCROFULE 23 le dos, au point opposé, et la pression, en ce point, n'en provoque pas.

Depuis un ou deux mois environ, elle éprouve des éructations gazeuses ; le matin elle a des aigreurs et elle rend des matières glaireuses en petite quantité; ces troubles dyspeptiques sont aujourd'hui très-prononcés.

Les membres inférieurs sont faibles ; on y observe aussi un certain degré d'œdème.

Le bras gauche est un peu plus faible que le droit.

Elle éprouve parfois dans ce membre des fourmillements, et alors elle laisse échapper ce qu'elle tient à la main.

La main qu'on lui donne à serrer est moins fortement pressée par la main gauche que par la main droite ; la différence est d'ailleurs peu sensible.

L'examen du cœur et de la poitrine ne montre rien d'anormal ; il en est de même de l'examen des urines.

L'inappétence est complète ; il n'y a ni nausées, ni vomissements ; actuellement la malade est constipée.

On constate un notable degré d'hypochondrie.

Traitement. — La malade a été traitée d'abord par les toniques, l'acide arsénieux (3 granules de dioscoride, puis 4, 5, 6 par jour) et par les bains sulfureux-, à partir du 25 janvier on a commencé le traitement au mercure.

Les maux de tête avaient disparu, mais ils sont revenus depuis le traitement par le mercure. Ils sont, il est vrai, beaucoup moins intenses que lors de l'entrée de la malade dans le service.

28 janvier. — Les selles tendent à se régulariser; l'appétit renaît un peu.

30 janvier. — L'éruption persiste, malgré le traitement, un peu moins marquée toutefois que lors de l'arrivée de la malade : elle diminue surtout, sans cesser complètement, quand la malade a des crises gastralgiques, ce qui arrive assez souvent.

1er février. — On continue le traitement mercuriel. — L'eczéma tend à disparaître, mais les troubles dyspeptiques, en revanche, sont très-accusés. — Douleurs violentes à l'épigastre. — Quelques vomissements.

3 février. — Les douleurs névralgiques de la tête, qui avaient disparu, se reproduisent avec une certaine intensité. — Diarrhée séreuse assez abondante. 5 février. — Même état.

8 février. — Nouvelles poussées d'eczéma au pourtour des paupières et sur les mains. — On donne en plus, du vin de quinquina.

10 février. — Depuis l'apparition de l'eczéma, les troubles viscéraux se sont considérablement amendés. L'état général de la malade est meilleur.

Pendant la fin du mois de février, on note, plusieurs fois, l'alternance, déjà indiquée, entre les troubles fonctionnels, l'apparition ou la disparition de l'eczéma.

La malade quitte l'hôpital, le 18 mars 1877. Elle est dans un état notable d'amélioration. Elle mange mieux; elle reste souvent plusieurs jours sans diarrhée; depuis longtemps on n'a pas vu la moindre selle noirâtre ; les douleurs de l'épigastre sont moins vives ; le moral est moins abattu. L'éruption de la face et des mains est encore apparente; mais elle est plus pâle. Un traitement plus prolongé eût certainement amendé bien plus favorablement encore la maladie de cette femme ; mais elle était obligée de quitter l'hôpital.

Obs. XXVI. — Eczéma. — Troubles dyspeptiques profonds. — Cachexie extrême. — Phénomènes symptomaliques simulant un cancer de l estomac. — Traitement par V acide arsénieux et le proto-iodure de mercure. — Guérison.

Le nommé A... Dominique, 61 ans, cordonnier.

Entré le 24 mai 1877, salle Saint-Jean-de-Dieu, lit n° 12.

MALADIES CUTANÉES. — SCROFULE 95 Antécédents héréditaires. — Sa mère a été souvent tourmentée par des éruptions semblables à celles qu'il présente aujourd'hui.

Antécédents personnels , nuls.

Renseignements. — Depuis 6 mois ce malade éprouve de fréquentes nausées. Elles n'ont jamais été suivies de vomissements, mais à chaque instant il avait des renvois aigres, accompagnés de bâillements continuels.

En même temps, il éprouvait une douleur localisée à Fépigastre. Elle n'était pas continue, mais apparaissait subitement et avec les renvois.

Cependant les digestions se faisaient bien et le malade dit qu'aussitôt après avoir mangé sa douleur stomacale disparaissait.

Les selles ont toujours été régulières. Mais bientôt de l'amaigrissement survint ; une éruption particulière et qui occasionnait de vives démangeaisons, apparut il y a 2 mois environ et cet état allant peu à peu en augmentant le malade se décide à entrer à l'hôpital.

État actuel. — 24 mai 1877. — C'est un malade d'aspect cachectique, considérablement amaigri, s'il faut en juger par ce qu'il en dit, et comme le montre le vide que laissent sur lui ses vêtements.

Les téguments présentent une teinte jaune pâle. Les paupières et les lèvres sont complètement décolorées.

Les jambes sont un peu œdémateuses.

L'examen direct de l'abdomen est tout à fait négatif. On ne trouve pas trace de tumeur.

La pression sur l'épigastre est à peine douloureuse. L'appétit est passable. La digestion est lente, pénible; quelques vomiturations ; pyrosis; de temps à autre, diarrhée alternant avec de la constipation. Depuis quelque temps, le sommeil est troublé par des démangeaisons très-vives.

Rien de particulier, ni au cœur, ni au poumon; souffle

doux dans les vaisseaux du cou. Ce malade offre une éruption qui présente les caractères suivants :

Ce sont de petites vésicules , acuminées , réunies en plaques rondes, grandes en général comme une pièce de 2 francs. Le fond de la plaque est rouge et les vésicules laissent suinter un liquide séreux. Ces vésicules sont, du reste, à diverses périodes de leur développement. Dans la plupart des régions qu'elles occupent, les vésicules tendent à se dessécher. En examinant avec soin les plaques qu'elles forment par leur groupement , on voit que ces vésicules siègent toutes ou presque toutes au niveau d'orifices de follicules pileux. Dans les endroits où il n'y a plus de vésicules, ces orifices apparaissent chacun au centre d'une très-petite macule rouge d'une teinte vive.

Cette éruption a débuté il y a 2 mois par la face dorsale des mains ; de là elle est apparue sur les avant-bras, puis sur les membres inférieurs, où elle est surtout développée en ce moment.

Il y a deux de ces plaques rondes sur la cuisse droite, une grande sur la cuisse gauche. Plusieurs siègent sur la jambe gauche, une seule sur la jambe droite à sa partie antéro-externe. Il y en a trois sur l'avant-bras droit et quatre sur le gauche.

Du reste, elles apparaissent successivement. Quand les unes s'en vont, d'autres reviennent.

Toutes démangent fortement le malade.

Traitement. — On prescrit d'abord l'acide arsénieux, 4, 5, 6, 7, 8, pilules de 0,001 milligramme, successivement. — On continue ainsi jusqu'au 10 juin.

L'état général est un peu amélioré , mais les plaques eczémateuses sont peu modifiées ; M. Vulpian ordonne alors les pilules de proto-iodure de mercure, pilules de 0,05 centigr., une par jour.

Le malade sort le 29 juin très-amélioré par le proto-

MALADIES CUTANÉES. — SCROFULE 97 iodure de mercure; les plaques se sont séchées, et, peu à peu, la peau a repris son état normal. Il faut faire remarquer que les troubles dyspeptiques ont été très- variables, suivant que l'eczéma était, ou n'était pas, en activité. Le fait a été noté plusieurs fois.

Sur ce malade, on a essayé de traiter quelques-unes des plaques d'eczéma, par l'occlusion, à l'aide soit du collodion, simplement, soit du caoutchouc dissous; les résultats ont été assez bons ; mais ils n'ont pas été comparables à ceux qu'on a obtenus, dans des cas d'eczéma de la main, du bras, par les bandes ou les gants de caoutchouc.

Obs. XXVII. — Eczéma; leucorrhée. — Emphysème pulmonaire. — Traitement par l'arsenic. — Guérison.

La nommée B..., Marie-Alexandrine, 45 ans, ménagère.

Entrée le 8 mars 1877, salle Sainte-Madeleine, lit n° 7.

Renseignements. — Cette malade, âgée de 45 ans, ménagère de son état, est réglée depuis l'âge de 18 ans; elle a eu très- souvent de la leucorrhée, dans l'intervalle de ses règles; mais cette leucorrhée est plus abondante, depuis quatre mois ; ses règles viennent très-régulièrement.

Elle déclare s'être toujours bien portée ; elle n'a pas eu de gourmes, ni de glandes; pas de douleurs rhumatismales. Elle accuse des maux de gorge très-forts et trèsfréquents, des douleurs sourdes dans les jambes, le long de la face interne du tibia : ces douleurs sont très-vives, surtout la nuit, et quand elle s'approche du feu. Il n'y a pas de ganglions gonflés dans l'aine ni au cou.

Pendant qu'elle allaitait son enfant, elle a eu un abcès au sein gauche. Depuis douze ans, hernie crurale à droite, delà grosseur d'une mandarine; elle n'a pas fait souffrir la malade. La gêne causée par cette tumeur, est peu marquée ; la hernie rentre facilement, et est maintenue par un bandage.

CLINfQUE MÉDICALE. 7

Etat actuel. — Depuis 4 mois, cette malade présente des plaques d'eczéma multiples. Elles occupent le front, s'étendent à droite, derrière l'oreille et dans le conduit auditif ; dans ces derniers temps , cette oreille l'a fait beaucoup souffrir ; la malade a eu un écoulement de pus assez abondant par le conduit auditif externe. On trouve encore de l'eczéma sur le lobule du nez et un peu sur la face, puis sur la lèvre supérieure à droite. Il en existe aussi une plaque très-marquée, en forme de demi-cercle, sous le sein gauche ; on voit d'autres plaques dans les deux aines; de chaque côté des grandes lèvres; à la face interne des cuisses.

Ces plaques ont débuté par la région du sein, puis se sont montrées dans les aines et, ensuite, à la face. En même temps la leucorrhée qui existait depuis très-longtemps, est devenue beaucoup plus abondante; c'est une incommodité dont la malade se plaint. Les démangeaisons sont aussi violentes et la font beaucoup souffrir.

L'examen des grandes lèvres et du vagin montre , à l'entrée de la vulve, à quelques centimètres en dehors, se propageant vers la face interne des cuisses, sur le pénil, ainsi que sur chacune .des lèvres, sur une certaine étendue de la muqueuse vaginale, l'existence de plaques eczémateuses, avec des squames sèches très-abondantes. Çà et là, comme d'ailleurs sur les plaques du corps , existent de petites vésicules séreuses, jaunâtres, qui causent de trèsvives démangeaisons.

La malade accuse, de plus, des palpitations fréquentes quand elle fait des efforts ; elle tousse un peu et est souvent enrhumée.

L'appétit est conservé ; le sommeil, excellent. Cependant il y a parfois de vives douleurs de tête qui, débutant dans la journée, persistent la nuit de manière à empêcher le sommeil.

Déjà la malade a eu, pour la première fois, une éruption

analogue, aux jambes et aux cuisses, l'année dernière et à la même époque ; cette éruption a été accompagnée d'une leucorrhée très -abondante et cle douleurs de tête.

La malade a une constipation opiniâtre ; elle est obligée de prendre des lavements pour aller à la selle ; jamais elle n'a éprouvé cle douleurs dans le ventre : pas de coliques ; les digestions se font très-bien. Il faut noter, de plus, une soif continuelle et des envies très-fréquentes d'uriner. La malade urine beaucoup et est obligée de se lever très-souvent pendant la nuit pour uriner.

Le cœur est sain; les battements sont un peu forts : à la base , il y a un souffle systolique très-léger ; on entend aussi un souffle léger, mais tendant à être continu, dans les vaisseaux du cou.

L'examen de la poitrine révèle une grande quantité de râles muqueux ronflants et sibilants, disséminés dans les deux poumons; sonorité exagérée, en avant et en arrière du thorax.

Le foie et la rate n'ont rien d'anormal.

L'urine est très-peu colorée; elle ne contient ni albumine, ni sucre.

Traitement. — On donne à la malade de l'arsenic et des bains amidonnés, ainsi que de la pommade au sulfate de zinc (axonge 30 gr., sulfate.de zinc Ogr.,50). En outre, injections vaginales alunées.

L'eczéma diminue un peu, mais très-lentement; la céphalalgie reste opiniâtre; la leucorrhée diminue également.

La malade quitte l'hôpital, le 15 avril.

Sous l'influence du traitement (granules d'acide arsénieux de 0,001 milligr. 3, 4, 5, puis 6 par jour et des bains d'abord amidonnés, puis sulfureux) l'eczéma a disparu presque totalement. A peine y a-t-il encore quelques squames sèches. L'eczéma de la vulve est guéri, ainsi que

la leucorrhée. La bronchite chronique et l'emphysème pulmonaire sont aussi considérablement amendés.

Obs. XXVIII. — Eczéma. — Emphysème pulmonaire. — Traitement par V acide arsénieux. — Gnérison.

Le nommé M... Jacques, âgé de 47 ans, typographe.

Entré le 29 juin 1877, salle St-Jean-de-Dieu, lit n° 1.

Antécédents héréditaires. — Père mort d'une affection pulmonaire, après six mois de maladie.

Antécédents personnels. — Alcoolisme.

Le malade boit des liqueurs le matin à jeun.

Il a des pituites. Son sommeil est troublé par des rêves.

Les digestions se font mal. Aussitôt après avoir mangé, il éprouve de la pesanteur au creux, épigastrique , et des nausées.

Pas de tremblement des doigts.

Depuis longtemps déjà, il a des palpitations, qui parfois sont assez violentes.

Il y a 10 mois environ, il éprouva une douleur à l'épaule droite. Quelque temps après, le genou gauche fut pris, ainsi que l'articulation tibio-tarsienne du même côté. Cette dernière, paraît-il, a présenté un gonflement notable.

En même temps apparaissaient des éruptions sur divers points du corps, mais principalement sur le scrotum.

Déjà il y a deux ans, ses bourses avaient été atteintes de la même manière qu'aujourd'hui. A la même époque, il eut une bronchite pour laquelle il vint se faire traiter à la Charité. Il resta 6 semaines, après quoi il sortit non complètement guéri. Il a toujours continué à tousser un peu, et surtout il a conservé une grande facilité à s'enrhumer : jamais il n'a eu d'hémoptysie; jamais de diarrhée ayant duré quelque temps.

Il n'a pas maigri.

Il éprouve fréquemment des sueurs nocturnes.

L'expectoration a toujours été peu abondante, et n'a rien présenté de particulier.

État actuel. — .Le malade est vigoureusement constitué; il est sans fièvre. Aspect un peu sénile. — De temps à autre, il éprouve des douleurs dans les jointures. Les douleurs ne sont pas continues, mais vont et viennent.

En ce moment le malade souffre peu de son épaule. La douleur n'est pas très-intense. Pendant les mouvements, on perçoit des craquements faibles.

Le cœur nè présente rien de particulier.

Le scrotum est, depuis huit jours, envahi tout entier par une rougeur uniforme. Le malade y éprouve des démangeaisons insupportables. En même temps, on y observe un léger suintement.

Sur le dos de la main droite est une large plaque de desquamation, occupant la tète des deuxième, troisième et quatrième métacarpiens. Il y aurait eu d'abord, en ce point, une bulle remplie de sérosité, qui occasionnait de vives démangeaisons.

Les jambes sont le siège d'un léger œdème.

L'examen de la poitrine donne les résultats suivants :

Poitrine large ; creux sus-caviculaire un peu effacé.

A la percussion, rien de particulier tant en avant qu'en arrière, si ce n'est un peu de sonorité exagérée.

A l'auscultation, on entend près de la clavicule gauche quelques râles muqueux.

A ce même niveau, expiration prolongée.

En arrière, au niveau de la fosse sus-épineuse la respiration est légèrement soufflante. On y entend également quelques râles muqueux très-limités. Expectoration de crachats muqueux.

Le malade ne tousse pas beaucoup et sa santé générale ne paraît pas avoir souffert.

Le foie est augmenté de volume. 11 dépasse le rebord

des fausses côtes de quelques centimètres. L'appétit est conservé; langue blanche, un peu saburrale. — La digestion commence à être douloureuse, 1 heure après les repas. — Quelques vomituritions. — Constipation.

Urine normale.

Céphalalgie très-fréquente.

Traitement. — Sulfate de soude, 20 grammes. Potages.

1er juillet. — Application de teinture d'iode sur les articulations douloureuses; — 3 granules d'acide arsénieux de 0 gr. 001 chaque. — Pommade au sulfate de zinc sur le scrotum et les mains. — Bains d'amidon; un, tous les 2 jours.

Le traitement est continué jusqu'au 1er août; le malade quitte l'hôpital guéri de son eczéma, les douleurs rhumatismales ont disparu; encore un peu de bronchite chronique. Il n'y a plus d'œdème des membres inférieurs.

Obs. XXIX. — Eczéma. — Pleurésie aiguë. — Traitement arsenical et mercuriel. — Amélioration.

La nommée M... Marie, âgée de 23 ans, domestique.

Entrée le 2 décembre 1876, salle Ste-Madeleine, lit n° 7.

Renseignements. — Cette malade, âgée de 23 ans, a été réglée à 16 ans, et elle a toujours ses règles d'une façon très-régulière.

A l'âge de 18 ans, elle a eu une variole qui la retint au lit pendant quatre semaines; à vingt ans, elle eut la rougeole.

Elle n'accuse aucun antécédent rhumatismal dans sa famille, ni chez elle.

Elle déclare seulement être très-nerveuse et avoir, par moments, des accès d'étouffements avec bouffées de chaleur au visage.

Il n'y a rien de remarquable du côté du cœur, ni du côté des poumons. La malade s'est toujours bien portée ; elle avait bon appétit, bon sommeil ; elle est cependant

MALADIES CUTANÉES. — SCROFULE 103 un peu constipée ordinairement, car elle ne va à la selle que tous les deux ou trois jours et avec des lavements.

Elle est entrée à l'hôpital le 2 décembre 1876, malade à la suite d'un refroidissement.

Le 17 novembre, étant occupée à cirer le parquet chez elle, elle fut exposée à un courant d'air alors qu'elle avait chaud. Elle éprouva bientôt, un ou deux jours après, une douleur assez vive occupant toute la partie latérale droite du thorax. Cette douleur, lancinante et cuisante par moment, était exaspérée par les mouvements du tronc et les grands mouvements d'inspiration.

Bientôt elle se met à tousser sans cependant avoir d'expectoration. Elle eut aussi quelques petits frissons peu intenses et peu répétés au début. Mais vers le 23 ou le 24 novembre, ils s'accentuèrent en même temps que la fièvre s'établissait.

Cette fièvre, modérée au début, n'existait que le soir ; quelques sueurs nocturnes. Elle augmenta rapidement et ce fut avec ces symptômes de douleur au côté, de toux et de fièvre assez vive, qu'elle entra à l'hôpital.

La fièvre a duré jusqu'au 22 décembre 1876. La malade, dans le lit, était obligée de garder le décubitus dorsal ou latéral gauche à cause d'une sensation d'étouffement trèsgrand, qu'elle éprouvait dès qu'elle se couchait sur le côté droit.

État actuel. — Femme brune, maigre, à faciès un peu anémique.

L'état général est assez bon. — Le sommed est interrompu la nuit, de temps à autre, par la douleur de côté, et, dit-elle, par des démangeaisons dans divers points du corps, notamment sur les jambes.

L'appétit est en partie revenu; pas de troubles dyspeptiques. — Constipation.

Il n'existe pas d'éruptions à la surface de la peau.

Aujourd'hui, 6 décembre, la malade n'a plus qu'un peu de fièvre le soir et encore cette fièvre est-elle très-légère ; elle souffre clans le côté droit, mais seulement quand elle fait de grandes inspirations ; elle ne tousse plus.

A la percussion, on constate une diminution très-peu marquée de la sonorité normale, en arrière et dans la moitié inférieure du poumon.

La palpation fait reconnaître , dans cette région , l'absence des vibrations vocales, tandis qu'on sent un peu de frottement à la main ; à l'auscultation , ce dernier signe devient très-net ; on entend très-bien un bruit de frottement analogue à celui qu'on obtient en froissant de l'amidon.

L'urine, très-rouge au début de la maladie, Test encore un peu aujourd'hui ; pas d'albumine.

Traitement. — Badigeonnages de teinture d'iode sur le côté gauche du thorax, région postérieure. — Potion gommeuse avec 30 grammes de sirop d'opium. — Tilleul.

Le 9 décembre, la malade a de l'insomnie, une légère agitation fébrile.

Le matin, on trouve, le 10 décembre, une éruption d'eczéma sur tout le corps. La surface de la peau, principalement sur les bras, les jambes, les cuisses, la face postérieure du tronc, est uniformément rouge. La coloration rouge n'est pas aussi accusée que dans l'eczéma rubrum. — De plus sur toutes ces parties ainsi enflammées, on aperçoit une multitude de petites vésicules ; les unes grosses comme des grains de mil; les autres, un peu plus volumineuses. Ces dernières sont transparentes. Toutes causent de violentes démangeaisons. Quelques vésicules renferment du liquide un peu trouble.

En même temps, le mouvement fébrile, qui était complètement disparu, revient un peu; cependant la fièvre est très-modérée. — Les frottements pleurétiques qui, déjà,

MALADIES CUTANÉES. — SCROFULE 105 étaient en partie disparus, ne deviennent pas plus accentués.

On donne : 15 grammes d'huile de ricin. Tisane de camomille.

1 1 décembre. — La rougeur de la peau est moins intense ; les démangeaisons, moins vives. Granules d'acide arsénieux.

12 décembre. — Bain amidonné.

14 décembre. — La rougeur de la peau a bien diminué; çà et là, il se forme des squames sèches, petites et trèsnombreuses.

16 décembre. — Les badigeonnages , avec la teinture d'iode, sur la région postérieure et gauche de la poitrine, ont fait à peu près disparaître les frottements pleurétiques. L'eczéma est toujours en activité.

20 décembre. — L'éruption eczémateuse est très-affaiblie. — 3 granules d'acide arsénieux.

29 décembre. — Légère recrudescence de l'eczéma.

2 janvier. — Ce jour, la malade avait encore la face dorsale des mains, la face antéro-externe des jambes, couvertes de desquamations épidermiques. La peau était sèche, rugueuse, sur fond rouge; çà et là existaient de petites vésicules transparentes, grosses comme des têtes d'épingles; elles démangeaient beaucoup.

Le 5 janvier, poussées aiguës d'eczéma; celui-ci occupe non-seulement les bras, les jambes, mais encore les parties latérales du tronc, les aines.

Le 6, l'éruption est un peu éteinte.

Dès les premières apparitions de l'eczéma (10 décembre), la malade a été, comme il est indiqué, soumise au traitement arsenical; granules d'acide arsénieux.

Le 6 janvier, on donne du proto-iodure de mercure.

La malade quitte l'hôpital le 18 janvier, guérie de sa pleurésie , mais avec des taches rougeâtres , écailleuses

dues à son eczéma. Cette éruption est évidemment en voie de guérison.

Obs. XXX. — Eczéma. — Traitement par V acide arsènieux et le proto-iodure de mercure. — ■ Guérison.

La nommée P..., Rose, 27 ans, domestique.

Entrée le 18 novembre 1876, salle Madeleine, lit n° 2.

Renseignements. — Cette malade, âgée de 27 ans, est à Paris depuis 6 mois seulement ; elle est réglée depuis l'âge de 12 ans.

Comme antécédents, elle aurait eu la rougeole à 6 ans, le croup à 13 ans. Il y a 6 ans, en 1870, elle est accouchée et depuis ce temps ses règles sont très-abondantes ; elle perd beaucoup pendant huit jours. Elle accuse enfin des phénomènes nerveux assez marqués.

La malade est aujourd'hui à l'hôpital pour une éruption eczémateuse, dont elle est atteinte depuis le mois de février 1874.

A cette époque, elle eut les mains et les poignets cou- A^erts de plaques d'eczéma, mais seulement du côté droit. Cette éruption ne gagna pas l'avant-bras ; elle provoquait de grandes démangeaisons qui forçaient la malade à se gratter, de sorte qu'elle s'écorchait souvent.

En même temps, la face dorsale de tous les doigts de la même main droite, était fendillée, parsemée de crevasses très-douloureuses.

La malade, en ce moment à la campagne, subit un traitement consistant en cataplasmes de fécule, bains de bras, tisane de goudron et de douce-amère.

Cette éruption disparaissait sous l'influence de ce traitement, pendant un certain temps. La malade était obligée de ne jamais mettre les mains dans l'eau car, aussitôt qu'elle essayait de le faire, l'éruption reparaissait de nouveau. Au mois d'août 1876, la main gauche se prit également et

présenta les mêmes phénomènes que la droite ; de ce côté encore l'éruption ne dépassa pas le poignet.

Les deux mains étaient en même temps couvertes de sueurs abondantes sur la face palmaire.

Etat actuel. — La malade est assez forte; embonpoint notable.

La face est pâle; aspect, un peu cachectique. La peau du visage est sèche, un peu écailleuse.

Les sourcils sont peu nombreux.

Il n'existe pas de douleurs articulaires; du reste, la malade n'en a jamais souffert.

L'état général est passable.

Rien à noter, ni du côté du cœur, ni du côté de la poitrine. Souffle doux dans les vaisseaux du cou.

La peau de la face dorsale et de la paume des mains, celle des poignets, et, sur une petite étendue, celle de la face postérieure des avant-bras, est sèche, squameuse, et le siège d'assez vives démangeaisons; il existe encore, surtout sur la face postérieure des mains, quelques crevasses très-douloureuses.

A la face externe du pavillon de l'oreille, même aspect de la peau; aussi, au niveau de l'apophyse mastoïde.

Sur les premières phalanges des doigts, quelques petites vésicules séreuses ; elles démangent beaucoup. Ces démangeaisons causent de l'insomnie.

L'appétit est assez bon ; douleurs vives à la pression, au creux de l'estomac. Constipation. La malade se plaint aussi d'éprouver quelquefois du vertige.

Traitement. — On ordonne l'arsenic, le vin de gentiane et les gants de caoutchouc.

Sous l'influence de ce traitement, l'éruption des mains disparut au bout de quinze jours environ ; mais la peau était encore très-peu souple à cette époque.

Quand l'éruption disparaissait aux mains, elle apparais-

sait à la face, autour des lèvres, des oreilles, des yeux, du

nez ; ces parties en sont aujourd'hui débarrassées.

Mais depuis samedi, 6 janvier, la même éruption se montre au creux poplité, des deux côtés, aux deux aines, sur la poitrine, entre les deux seins, autour des malléoles, au talon gauche, et sur le dos du pied droit, à la base des orteils.

Le 8 janvier elle prit un bain d'amidon qui fit un peu disparaître l'éruption de la poitrine. Aujourd'hui elle suit un traitement au mercure , pilules de proto-iodure de 5 centigrammes; une, puis deux par jour.

La malade quitte l'hôpital le 31 janvier très-améliorée ; elle n'a plus d'éruption ; la desquamation de la paume des mains persiste.

Obs. XXXI. — Ecthyma cachectique.

Le nommé M..., Auguste-Joseph, 25 ans, garçon de magasin.

Entré le 7 février 1877, salle Saint-Jean-de-Dieu, lit n° 17.

Antécédents. — Cet homme s'est toujours bien porté jusqu'à l'âge de 18 ans environ; à cette époque, il devint triste, mélancolique, vit sa mémoire diminuer et entra à l'hospice de Vaucluse ; il dit n'avoir jamais été furieux ; jamais on ne fut forcé de l'attacher; triste et d'un caractère doux, il travaillait la terre, mêlé aux autres pensionnaires de l'hospice.

A 21 ans il quitte l'hospice et est employé comme homme de peine chez un bijoutier.

Depuis 2 mois il est sans ouvrage et vit chez son père qui est concierge. Quoiqu'il éprouve une certaine répugnance à le dire, on parvient à savoir qu'il n'a pas eu toujours à manger ; de plus, il a été soumis à de mauvaises conditions hygiéniques.

Rien de particulier du côté de son père, de ses frères et sœurs ; la mère est à la Salpétrière.

Il n'a pas d'antécédents alcooliques.

Il affirme n'avoir jamais eu la syphilis : jamais il n'aurait eu de chancres.

Il y a 8 jours il vit apparaître sur ses jambes une éruption qui ne tarda pas à envahir les cuisses, le tronc, les bras.

Cette éruption lui occasionnait de très-vives démangeaisons, et ces démangeaisons étaient plus fortes la nuit que le jour.

A part cette éruption, il paraît qu'il s'est assez bien porté; il a conservé l'appétit, le sommeil.

État actuel. — C'est un homme grand, un peu pâle, un peu amaigri ; son visage exprime la souffrance et la tristesse.

Ce malade est très-sale et, en certains points du corps, lacrasse est accumulée en assez notable quantité.

On ne découvre pas de poux dans ses vêtements, ses cheveux, etc. , mais on l'a changé complètement de linge à son entrée à l'hôpital.

Son corps est couvert d'une éruption qui s'étend depuis les chevilles jusqu'au cou; mais cette éruption est surtout abondante, aux jambes, à la face interne des cuisses, entre les deux épaules.

On ne peut découvrir des parties de cette éruption en voie d'évolution ; ces boutons sont maintenant évidemment modifiés.

Si l'on examine l'éruption avec attention, on constate qu'elle offre des apparences variées, et qu'elle est constituée :

1° Par de petites croûtes brunâtres de sang caillé; ce sont des papules de prurigo, qui ont été grattées, déchirées par les ongles.

2° Par des taches pigmentaires brunes.

8° Par des élevures rouges (rouge saumon) présentant parfois au centre une petite croûte brune de sang des-

séché, élevures rouges qui sont entourées d'un cercle de desquamation ; quelques-unes laissent encore apercevoir à leur centre un peu de pus desséché. ■

Si l'on examine l'éruption en allant de bas en haut, c'està-dire des jambes vers le cou, on constate que les jambes sont couvertes depuis les malléoles, de ces saillies boutonneuses, flétries, entourées d'un cercle de desquamation, cercle plus ou moins grand, plus ou moins épais ; que ces saillies boutonneuses vont en diminuant, d'étendue et de nombre, en remontant, et que sur la poitrine et les bras, on n'en trouve presque plus.

Ces saillies boutonneuses sont entremêlées de petites croûtes brunes, formées de sang caillé (résultat du grattage) . On voit, en outre, çà et là, de nombreuses macules. Ni les saillies boutonneuses, ni les macules n'offrent une couleur violacée ou jambon.

Les 'macules sont brunâtres. Plus petites et moins nombreuses sur les membres inférieurs, elles vont augmentant en nombre et en étendue, à mesure qu'on remonte vers les parties supérieures du tronc : elles constituent à elles seules presque toute l'éruption de la poitrine qui, couverte de ces taches brunâtres, présente un aspect truité.

A la face interne des cuisses, et en haut, on trouve deux grandes plaques brunes ; mais cette couleur paraît être produite en grande partie par la crasse dont cette région est couverte.

Sur les bras l'éruption est bien moins abondante. Entre les 2 épaules on trouve une quantité de taches brunes, mêlées de petites croûtes brunes, de sang desséché, et de papules de prurigo.

Croûtes brunes et saillies boutonneuses dans le dos.

Tel est l'aspect de l'éruption. Maintenant elle produit peu de démangeaisons, mais, il y a quelques jours, elle en occasionnait de vives et l'on voit encore un grand nombre

de petites plaies superficielles, d'écorchures, dues au grattage.

Les ganglions inguinaux du malade sont engorgés, gros comme de petites noisettes ; durs, roulants ; sous la peau de chaque côté, dans l'aine, on en trouve une pléiade.

Il existe également dans le triangle sus-claviculaire gauche, un certain nombre de ganglions engorgés.

Les ganglions épitrochléens sont pris de chaque côté.

L'examen de la gorge du malade ne montre rien de particulier.

Cœur. — Léger souffle présystolique ; léger dédoublement à la base.

Foie. — Plutôt petit.

Rate. — Un peu grosse.

L'appétit est resté très-bon.

L'urine ne contient ni albumine, ni sucre.

Traitement. — 8 Février. — Bains; iod. pot. 2 gr. Vin de quinquina.

13 Février. — ■ L'éruption pâlit, les saillies boutonneuses s'affaissent. — On supprime l'iodure de potassium ; vin de quinquina ; sirop d'iodure de fer.

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