‹ Clinique médicale de l'Hôpital de la charite [electronic resource]Chapitre 6 sur 65 · Part en permission et ne revient plus · texte numérisé non relu

Part en permission et ne revient plus

Obs. XV. — Rétraction rhumatismale et symétrique des aponévroses palmaires. — Rétrécissement mitral.

Le nommé L.., Ferdinand, 16 ans, bijoutier.

Entré le 18 juin 1877, salle St. Jean -de-Dieu, lit n° 24.

Antécédents héréditaires : père rhumatisant.

Personnels : Gourmes très-abondantes, vers intestinaux dans son enfance.

Renseignements. — Ce jeune homme fait remonter le début de son affection à 2 ans. — Depuis ce temps, il

s'aperçoit qu'il ne peut étendre complètement les doigts des deux mains. D'abord légère, cette difficulté d'extension s'est accentuée peu à peu, et depuis 18 mois, elle est restée telle qu'elle est aujourd'hui. Il ne fait pas de grands efforts avec ses mains. Ne se sert pas habituellement d'un marteau, ni d'autres instruments pouvant irriter la paume des mains.

Jamais il n'a éprouvé de douleurs articulaires. Les parents n'ont rien remarqué clans son enfance qui puisse être considéré comme des accidents rhumatismaux. Il a eu des convulsions dans sa première enfance; il n'a pas eu dechorée.

Etat actuel. — Les mains présentent une attitude semiouverte. Lorsqu'on dit au malade d'étendre les doigts et de forcer l'extension, tout ce qu'il peut faire c'est de les mettre dans une direction qui fait environ 45° avec le plan de la face dorsale de la main, au lieu de les mettre sur le prolongement de cette face.

Du reste, les phalanges ne sont pas étendues les unes sur les autres, mais elles présentent une flexion telle que leurs faces palmaires forment une courbe régulière se continuant avec celle de la face palmaire du carpe. Cette courbe est encore rendue plus uniforme et unie par la tension de l'aponévrose palmaire qui efface tous les plis de la peau, et que l'on sent très-bien à la palpation. Elle donne la sensation d'une lame tendue, qui bride fortement les éminences thénar et hypothénar, ainsi que la face palmaire des doigts.

Les autres mouvements de la main ne sont point entravés.

Les articulations phalangiennes sont déformées.

Les extrémités osseuses sont gonflées régulièrement, surtout au niveau des lres articulations, ce qui donne aux doigts un aspect fusiforme. Il n'y a pas de déplacement des surfaces articulaires. Aussi les mouvements se font sans difficulté, et l'on ne perçoit point de craquement.

Ces déformations sont de beaucoup antérieures à l'inex-

DU RHUMATISME 57 tensibilité des doigts, notée plus haut. — Le malade ne peut se rappeler leur début.

Du reste toutes ces lésions sont parfaitement symétriques aux deux mains, et la marche a été la même, de part et d'autre.

Le cœur est un peu hypertrophié. Ses battements sont forts, et l'on entend un bruit de souffle à la pointe ; bruit de souffle avec roulement pré-systolique. — Le pouls est régulier et non intermittent. — Hier, pour la première fois, il a eu quelques palpitations très-passagères.

Poumons : sains.

Urines : normales.

Traitement. — Le malade est resté un mois, à l'hôpital; on a pratiqué l'extension modérée des doigts, plusieurs fois renouvelée dans la journée; le soir, il faisait une friction sur la face palmaire des mains , avec une pommade à l'iodure de potassium, et il prenait à l'intérieur de l'iodure de potassium (0 gr. 50 à 1 gr.). Amélioration notable lors de la sortie.

Obs. XVI. — Rhumatisme articulaire chronique déformant, de V adolescence.

La nommée H.., Henriette, 16 ans, giletière.

Entrée le 1er février 1877, salle Ste-Madeleine, lit n° 2.

Renseignements. — Cette malade, âgée de 16 ans, a été réglée à 13 ans et demi et toujours d'une façon très-régulière.

A cinq ans, elle a eu la rougeole et à sept ans la fièvre cérébrale.

Dans son enfance, gourme, maux d'yeux et d'oreilles qui ont duré pendant plus d'un an, en même temps qu'un gonflement ganglionnaire dans le creux sus-claviculaire du côté gauche.

Elle déclare aussi avoir eu des douleurs au niveau des

malléoles, mais elles ne l'ont pas empêchée de marcher. Rien à noter du côté de la diathèse rhumatismale ; rien non plus du côté de l'hérédité.

Etat actuel. — Elle entre à l'hôpital pour des douleurs, avec déformation, existant au niveau de l'articulation de la première avec la seconde phalange, à plusieurs doigts.

Aujourd'hui, sur ces articulations, au médius et à l'annulaire gauche, ainsi qu'à l'annulaire et au petit doigt du côté droit, on observe un gonflement très-apparent sous forme de fuseau. Les articulations du pouce des deux côtés sont aussi prises, mais n'ont pas la même déformation.

En revanche , à tous ses doigts , existe de la douleur sourde, avec élancement, si la malade veut les fléchir ou lorsqu'on cherche à les mouvoir dans ce sens; en déterminant des mouvements de flexion et de latéralité, on a la sensation de frottements très-nets surtout dans les pouces , le médius gauche et l'annulaire droit ; on sent aussi très-bien qu'il y a une tuméfaction assez notable des extrémités articulaires des deux phalanges.

Quand il fait froid, la malade souffre beaucoup et les parties malades deviennent rouges ; aujourd'hui elles sont couvertes par de la teinture d'iode de sorte qu'on ne peut voir l'état de la peau, qui cependant ne paraît pas participer à l'épaississement des parties molles sous-jacentes.

Le début de cette affection a eu lieu en Angleterre en 1875 ; la malade avait alors souvent les mains dans l'eau.

Elle a d'abord éprouvé des douleurs vives dans le pouce gauche, puis un ou deux jours après, sans que les douleurs aient disparu, elle a observé de la rougeur et du gonflement.

Bientôt le médius et l'annulaire du même côté devinrent malades, dans les mêmes circonstances. De retour à Paris, au mois de juillet 1876, elle eut les doigts du côté droit qui

se prirent à leur tour, et toujours la douleur précédait la rougeur et le gonflement.

Elle a subi à Londres un traitement pendant cinq mois par les. toniques et l'huile de foie de morue.

L'état général de la malade est excellent; elle mange bien, dort bien, va très-bien à la selle; il n'y a pas d'albumine dans son urine.

Rien du côté des poumons, mais la rate est un peu grosse.

L'auscultation dénote un bruit de souffle doux à la base et dans les vaisseaux du cou; de plus, les battements de cœur sont très-forts et précipités ; du reste la malade, malgré sa vigueur apparente, présente la coloration et la finesse de la peau qui se trouvent souvent chez les jeunes filles anémiques, strumeuses.

Traitement. — On fît des badigeonnages de teinture d'iode et le traitement interne à l'iodure de fer et à l'huile de foie de morue.

Les articulations ne changèrent cependant pas d'aspect ; les craquements s'entendaient toujours très-bien et la déformation existait encore quand elle quitta l'hôpital, un mois après son entrée.

Obs. XVII. — Hydarthrose traumatique du genou gauche. — Pas d'atrophie des muscles.

La nommé G... Céline, âgée de 26 ans, domestique.

Entrée le 9 décembre 1876 , salle Sainte-Madeleine , lit n° 20.

Renseignements. — Bonne santé antérieure.

Pas d'antécédents rhumatismaux chez ses parents.

Le 1er septembre, la malade se donna un coup violent dans la jambe en butant du bout de son pied contre un obstacle, sous une porte cochère; elle sentit aussitôt une douleur dans le genou, qui enfla immédiatement, dit-elle.

La malade fut obligée de rester une heure assise, et rentra ensuite à pied chez elle.

Depuis ce temps-là, elle a continuellement souffert de son genou gauche; cependant elle put marcher et continuer son ouvrage.

En voyant la persistance des accidents douloureux, elle se décide à entrer à l'hôpital.

État actuel. — Réglée régulièrement. — Faciès un peu anémique; femme pâle, maigre ; léger souffle anémique au premier temps à la base du cœur. — Souffle intermittent dans les vaisseaux du cou.

Rien dans les poumons.

Le genou gauche est plus volumineux que le droit. — Le gonflement est régulier, arrondi; épanchement assez abondant dans la séreuse articulaire.

Pas de liquide appréciable dans le genou droit.

Les mouvements spontanés sont possibles dans une certaine étendue et ne deviennent douloureux que quand la jambe arrive presque à la flexion à angle droit.

Les mouvements communiqués sont possibles, un peu au-delà de la flexion à angle droit, mais avec une assez vive douleur.

En appliquant la main sur le genou droit pendant qu'on lui imprime des mouvements, on perçoit une crépitation parcheminée.

Traitement. — Badigeonnages iodés. — Sirop d'iodure de fer et vin de quinquina. Séjour continuel au lit. Sous l'influence de ce traitement, une amélioration se produit, lente et progressive.

20 décembre. — Le mieux continue.

A la mensuration faite avec soin, les deux cuisses, à deux travers de doigt au-dessus de la rotule, sont égales.

Les deux jambes ont une circonférence égale au-dessous de la tubérosité tibiale.

Au niveau du milieu de la rotule, la circonférence du genou gauche est plus forte de 1 centimètre 1/2 que celle du genou droit.

30 décembre. — Sort de l'hôpital, améliorée. Le frottement articulaire est beaucoup moins fort et les mouvements de l'articulation ne sont plus aussi douloureux.

Obs. XVIII. — Rhumatisme articulaire chronique. — Traitement par le salicylate de soude. Efficacité peu évidente du traitement.

Le nommé S... Pierre, âgé de 50 ans, serrurier. Entré le 10 juin 1877, salle St-Jean de Dieu, lit n° 11 bis. Antécédents. — Il y a 3 ans, ce malade a eu les fièvres intermittentes qui furent traitées à l'hôpital Baujeon. Pas d'antécédents héréditaires.

Il y a 2 ans, une première attaque de rhumatisme assez légère ; ce furent des douleurs vagues, allant d'une articulation à l'autre.

Maladie actuelle. — Depuis 6 mois, ces douleurs ont reparu. Elles ne sont pas très-intenses et siègent sur les membres supérieurs, aux coudes, aux épaules et aux poignets ; elles n'entravent pas les mouvements.

On n'observe ni rougeur, ni gonflement, au niveau de ces articulations, qui sont à peine déformées.

Les membres inférieurs ne sont pas atteints en ce moment, mais le malade dit que cette fois encore les douleurs errent d'un membre à l'autre.

Depuis 4 ans il éprouve des palpitations qui apparaissent irrégulièrement.

Pendant la marche, sa vue se trouble; souvent il a de la céphalalgie.

De temps en temps il a de l'œdème des jambes, qui disparaît par le repos; mais il a eu, aux membres inférieurs, des varices considérables au niveau desquelles on observe

un eczéma variqueux, très-étendu, et un commencement d'ulcération.

C'est un homme vigoureusement constitué. Pas de fièvre, ni de sueurs.

L'appétit est bon; le sommeil normal.

Le pouls est petit, irrégulier.

En auscultant le cœur, on entend à la pointe un bruit de souffle au premier temps ; ce seuffle est rude et se propage du côté de l'aisselle vers l'épaule gauche ; il est prolongé et présente le même timbre dans toute son étendue.

Rien dans les poumons.

Foie. — Normal.

Urines. — Normales , ne contiennent ni albumine , ni sucre.

Traitement. — 1 gramme d'iodure de potassium à l'intérieur et frictions avec le baume opodeldoch. Il y a un peu d'amélioration au bout de quelques jours; mais cette amélioration ne tient pas. De nouvelles exacerbations se produisent, bien qu'on ait porté la dose d'iodure à 2 grammes, puis à 3 grammes.

14 Juillet. — On supprime l'iodure de potassium. Salicylate de soude, 6 grammes.

16 Juillet. — Il n'y a pas d'amélioration des douleurs.

18 Juillet. — Même état, 8 grammes de salicylate.

22 Juillet. — ■ Les douleurs qui paraissent être plus obtuses depuis quelques jours, se calment encore les jours suivants, sans disparaître cependant.

L'amélioration n'est pas persistante ; après quelques jours, les douleurs reviennent avec une certaine intensité dans les diverses articulations des membres supérieurs.

On porte la dose de salicylate à 10 grammes. Il se produit, sous l'influence de cette élévation de la quantité du médicament, une modification favorable des douleurs dues

DU RHUMATISME 63 à l'arthritisme chronique. Elles deviennent plus lourdes au dire du malade ; mais, malgré la continuation du médicament à la même dose, ces douleurs offrent encore, au bout de quelques jours, une exacerbation notable. En somme, il est difficile de savoir si les variations du rhumatisme ont été le résultat de la médication ou l'expression de la marche naturelle de la maladie.

Toutefois, le salicylate paraît avoir eu une certaine part dans les apaisements des douleurs ; car ils ont coïncidé assez nettement avec les augmentations de doses.

Obs. XIX. — Rhumatisme articulaire chronique. — Traitement par le salicylate de soucie. — Amélioration.

Le nommé L... Charles, âgé de 52 ans, tailleur.

Entré le 29 juin 1877 , salle Saint-Jean-de-Dieu , lit n° 9.

Antécédents. — Santé habituellement bonne. — Pas de blennorrhagie.

Il y a 4 ans, ce malade habitait au rez-de-chaussée, sur le bord d'un canal, une chambre assez humide. — C'est là, dit-il, qu'il a commencé à ressentir les premiers effets de la maladie dont il est atteint.

Renseignements. — Depuis 4 ans, en effet , il éprouve des douleurs qui ont commencé par l'épaule droite, puis ont gagné le coude , le poignet , les articulations métacarpo-phalangiennes et phalangiennes du même côté.

Plus tard , le membre supérieur gauche fut pris aussi dans son entier. Puis les deux genoux. Puis les deux articulations tibio-tarsiennes qui ont été très-gonflées.

Ces douleurs ont toujours subsisté, mais elles ont présenté des périodes variées d'exacerbation et de rémission. . .

Depuis un an , le cou est pris aussi et le malade est parfois dans l'impossibilité de tourner la tête.

Pendant les accès aigus, il éprouve des sueurs abondantes.

État actuel. — Le malade est absolument impotent ; il est pâle et très-maigre ; cependant sa santé générale est bonne; l'appétit est conservé ; presque toutes les articulations font percevoir, pendant leurs mouvements, des craquements plus ou moins accentués.

Les poignets sont actuellement très-douloureux. On n'y observe pas de rougeur ni de gonflement.

Les autres articulations sont moins sensibles.

Les articulations métacarpo-phalangiennes sont déformées ainsi que celles des premières phalanges avec les deuxièmes.

Les tètes des os sont fortement augmentées de volume.

Cependant il n'y a pas de déplacement des surfaces articulaires ni de déviation dans la direction des os. Ces phénomènes sont surtout marqués au deuxième et troisième doigt de chaque main. Il y a symétrie parfaite.

Cœur. — Dédoublement du deuxième bruit. Pouls régulier. Pas de fièvre.

Urine. — Normale.

Traitement. — On prescrit cinq granules d'acide arsénieux de 0,001 milligr. chaque, et des bains sulfureux tous les deux jours. Cette médication est continuée jusqu'au 14 juillet; il n'y a aucun changement dans l'état du malade. Ce jour, on 'donne 6 grammes de salicylate de soude dans une potion gommeuse.

22 Juillet. — Le malade, depuis 8 jours, prend du salicylate de soude.

Depuis 3 jours les douleurs ont diminué.

23 Juillet. — Amélioration notable.

Obs. XX. — Rhumatisme blennorrhagique. — Arthrite -chronique du genou droit. — Cautérisations ponctuées avec le therrno-cautère-Paquelin. — Guérison.

La nommée A... Joséphine, âgée de 22 ans, domestique.

Entrée le 5 avril 1877, salle Sainte-Madeleine, lit n° 5.

Renseignements. — Cette malade , âgée de 22 ans, est réglée très-régulièrement depuis l'âge de 11 ans.

Dans son enfance, elle eut des engorgements, des ganglions sous-maxillaires, mais ces ganglions ne suppurèrent pas.

Sa mère serait morte phymique. Ses frères et sœurs se portent bien. A 8 ans, elle a eu la rougeole; à 13 ans, la fièvre typhoïde : ces deux maladies ont d'ailleurs parfaitement guéri.

La malade est très-nerveuse et accuse fréquemment la sensation de la boule hystérique.

11 y a trois semaines, un individu, dit-elle, aurait abusé d'elle par violence. Une huitaine de jours après cet attentat, elle vit son flux leucorrhéique (elle était leucorrhéique depuis assez longtemps) devenir plus jaune, puis verdâtre, tacher le linge; en même temps elle éprouvait en urinant une sensation d'ardeur insolite.

Bientôt elle fut prise dans l'épaule droite de douleurs sourdes, parfois lancinantes, et le genou droit ne tarda pas à se prendre.

En même temps apparurent des frissons peu intenses; elle eut un peu de fièvre qui devint très- vive.

Les douleurs de genou augmentant, elle entre à l'hôpital le 5 avril 1877.

État actuel. — C'est une femme robuste d'apparence , bien constituée, au teint un peu pâle, anémiée ; les muqueuses et toute la surface cutanée sont décolorées et moites.

Le genou droit est le siège de douleurs vives. La malade ne peut mouvoir ses bras, ployer sa jambe droite, qu'au prix des plus vives douleurs.

La moindre pression , le moindre attouchement exaspèrent ces douleurs.

Ce genou présente une teinte légèrement rosée; il est le siège d'un gonflement notable ; peu de liquide dans la synoviale articulaire.

Céphalalgie violente, vertiges, bourdonnements d'oreilles, léger œdème des jambes.

Cœur. — Palpitations assez fortes, souffle au premier temps et à la base du cœur, se propageant dans les vaisseaux du cou.

Insomnie, langue couverte d'un enduit blanchâtre, soif vive, constipation.

Les poumons, le foie, la rate, sont sains.

L'urine peu abondante, rouge, acide, est troublée par du mucus en assez grande quantité. Ni albumine, ni sucre.

Écoulement vaginal assez abondant, tachant le linge en vert jaune, douleurs cuisantes pendant la miction.

L'examen au spéculum montre quelques vestiges de la membrane hymen et la présence , dans le vagin , dont la muqueuse est rouge et enflammée, d'une grande quantité de muco-pus. Uréthrite aiguë.

Traitement. — 7 Avril. — Application de laudanum sur l'articulation douloureuse. — Sulfate de quinine : 1 gr. ; chiendent nitré. — Injections vaginales alunées.

15 Avril. — Badigeonnage à la teinture d'iode; vésicatoire sur le genou droit au-dessus de la rotule.

20 Avril. — Immobilisation du genou , en plaçant le membre dans une gouttière ouatée.

23 Avril. — La douleur et le gonflement du genou persistent.

Plus de fièvre, ni de céphalalgie. Peu d'appétit. Constipation opiniâtre. .

1er Mai. — Etat saburral assez prononcé. Inappétence et constipation.

6 Mai. — La douleur du genou diminue un peu, mais le membre doit toujours être maintenu immobilisé.

DU RHUMATISME 67 . 15 Mai. — Le tissu cellulaire péri-articulaire est trèsempâté, épaissi, dur.

Le gonflement du genou est notable, mais il n'y a presque plus de rougeur, et l'on ne constate que la présence d'une légère quantité de liquide dans la synoviale.

L'articulation est très-douloureuse, et le moindre mouvement, la moindre pression arrachent des cris à la malade.

La douleur siège surtout au niveau du ligament latéral interne.

26 Mai. — Application de pointes de feu sur le pourtour de la rotule, après avoir insensibilisé le genou au moyen d'un mélange réfrigérant.

29 Mai. — Le gonflement du genou a un peu diminué et le genou est un peu moins douloureux.

La pression ne produit plus ces douleurs si vives du début.

2 Juin. — Le gonflement du genou a beaucoup diminué, mais l'empâtement persiste. — Presque plus de douleurs spontanées ou provoquées par la pression.

La flexion de la jambe sur la cuisse est impossible, et le moindre mouvement, dans ce but, occasionne, à -la malade, de vives douleurs.

12 Juin. — Application de pointes de feu sur le genou.

24 Juin. — La douleur a considérablement diminué. Une pression assez forte est supportée , sauf au niveau du condyle externe.

L'empâtement diminue beaucoup.

29 Juin. — Application de pointes de feu.

4 Juillet. — ■ La malade commence à fléchir légèrement la jambe d'elle-même presque sans douleurs.

20 Juillet. — Elle commence à pouvoir se lever et à marcher avec de grandes précautions.

10 Août. — Depuis le commencement du mois de juillet on a cautérisé trois fois le genou. — La santé générale est

bonne; la malade peut marcher seule sans aide. — Plus de gonflement du genou ; plus de douleurs ; quelques craquements persistent.

Obs. XXI. — Rhumatisme blennorrhagique. — Çhaudepisses successives. — Attaques consécutives de rhumatisme. — ■ Rhumatisme chronique déformant.

Le nommé B... de Tonin, âgé de 26 ans, employé. Entré le 1er Mars 1877, salle Saint-Jean-de-Dieu, lit n° 20.

Renseignements. — Ce malade, employé de Préfecture, est âgé de 26 ans environ. Aucun antécédent morbide, relatif à ses père et mère, à ses frères et sœurs.

Bien portant dans son jeune âge, il contracta à 16 ans une blennorrhagie violente qui dura plusieurs semaines, mais qui fut guérie complètement.

A 17 ans 1/2, il s'engage dans les spahis et tient garnison en Afrique jusqu'à 22 ans 1/2. Au début de son séjour il fut atteint de fièvres intermittentes qui durèrent un an.

Pendant son métier de soldat il contracta à 18 ans 1/2 une deuxième blennorrhagie et, peu de temps après, il fut pris de douleurs vives dans les gros orteils, au niveau des articulations métacarpo-phalangiennes ; ces douleurs suivaient le trajet des extenseurs.

Les parties atteintes étaient légèrement gonflées. En même temps, il eut des douleurs le long du trajet du sciatique droit.

Elles débutèrent au pli de la fesse et suivirent tout le trajet du sciatique, jusqu'au mollet.

Il quitta l'hôpital au bout de 4 mois, complètement guéri de sa sciatique, mais ressentant de temps à autre, dans les pieds, des douleurs qui siégeaient dans les points primitivement atteints.

A 20 ans, il contracta une troisième blennorrhagie d'ail-

DU RHUMATISME 69 leurs légère : huit jours après, elle fut suivie d'une orchitc, qui dura plusieurs semaines.

Guéri de cette orchite, il ressentait encore, par intervalles, des douleurs dans la cuisse droite.

A 24 ans 1/2, il fut atteint à l'œil droit d'une ophthalmie rhumatismale (diagnostic du Dr Worms). Il souffrait de vives douleurs dans l'œil droit. L'œil était injecté, et pendant 3 semaines il perdit complètement la vue de ce côté.

Guéri ou plutôt en voie de guérison au bout de ce temps, il fut pris, à la suite de l'usage de chaussures mal faites, de douleurs violentes au niveau du tendon d'Achille et sous le talon gauche.

Ces douleurs allèrent croissant et la partie atteinte était le siège d'un gonflement assez prononcé.

Au bout de 15 jours, il put recommencer ses travaux habituels, mais il ressentait néanmoins des douleurs au niveau du talon, de temps à autre, surtout quand il posait le pied à terre.

Il y a environ 6 mois il contracta une 4° blennorrhagie assez légère.

8 jours après , il vit les parties atteintes dans sa première attaque, se reprendre de nouveau.

Les orteils devinrent très-douloureux, surtout au niveau des articulations métacarpo-phalangiennes.

Les douleurs s'étendaient le long du trajet de l'extenseur du gros orteil.

Les talons devinrent le siège de vives douleurs.

Toutes ces parties étaient gonflées et légèrement rosées.

Les genoux devinrent douloureux.

Il éprouva, de plus, des douleurs le long du sciatique droit jusqu'au milieu de la cuisse.

Le docteur Barré, qui le traita, prescrivit de l'acide salicylique et de la poudre de Dower.

Depuis cette époque ces douleurs persistèrent.

Ces douleurs persistant, quoique légèrement amendées, il entre à l'hôpital le 1er mars 1877.

Ajoutons au résumé de l'histoire antérieure de ce malade qu'il n'a jamais eu de chancre et qu'il a bu beaucoup d'absinthe en Afrique.

État actuel. — C'est un homme grand, amaigri, un peu pâle.

Sa peau est couverte de moiteur, en particulier au niveau des pieds, qui sont baignés de sueur.

Les gros orteils sont le siège d'un gonflement rosé, douloureux, au niveau des articulations métacarpo-phalangiennes.

Douleur le long du trajet des extenseurs du gros orteil.

Les talons sont douloureux , à l'attache des tendons d'Achille, et à leur face plantaire; le talon gauche est un peu plus douloureux que le droit.

Douleurs vives au niveau du pli de l'aine droite, surtout quand on presse au niveau de la tète du fémur.

Douleurs légères le long du trajet du sciatique droit.

Torticolis double affectant spécialement les sterno-mastoïdiens et occasionnant au malade de vives douleurs qui ne lui permettent aucun mouvement.

Il peut à peine bouger la tête latéralement et tout mouvement d'extension et de flexion est impossible.

Cœur, poumon, foie, rate, sains.

Appétit, bon.

Le malade ne peut marcher qu'au prix des plus vives souffrances ; à peine peut-il remuer les bras ; la tête ellemême est immobilisée par la douleur. Presque toutes les articulations sont déformées; aussi bien celles des bras que celles des jambes; c'est un rhumatisant chronique, perclus de tous ses membres.

Il importe de remarquer comment ce malade, quoique très-jeune, a été conduit, par suite de blennorrhagies suc-

DU RHUMATISME 7t cessives, accompagnées chaque fois de manifestations douloureuses vers les articulations, au rhumatisme chronique déformant.

Urines. — Ni albumine, ni sucre.

Traitement. — Sirop d'iodure de fer, vin de quinquina, sulfate de quinine, 1 gr. ; puis 1 gr. 50. Frictions avec du baume tranquille.

5 Mars. — Le torticolis diminue. Douleurs dans la branche gauche du maxillaire inférieur, et gonflement de cette partie. Abcès gingival au niveau de la dernière molaire.

10 Mars. — Le gros orteil gauche redevient douloureux.

12 Mars. — Le malade se sent mieux.

19 Mars. — Le malade va mieux. L'écoulement blennorrhagique le reprend.

22 Mars. — Le malade quitte Thôpital; l'état général est amendé, mais les douleurs sont presque aussi intenses; la marche est pour ainsi dire impossible.

Peu de temps après l'entrée de ce malade à l'hôpital, nous avions à soigner un autre homme affecté aussi de rhumatisme blennorrhagique et dont l'observation sera publiée ailleurs. Chez ce malade, c'étaient surtout les articulations métacarpo-phalangiennes qui étaient prises et très-fortement atteintes , ainsi que les articulations tibiotarsiennes et les bourses séreuses calcanéennes. Le traitement par le salicylate ' de soude, continué pendant plus d'un mois (6 grammes par jour), n'a produit aucune modification.

Obs. XXI. — Rhumatisme musculaire des parois de V abdomen. — Phénomènes généraux graves.

Le nommé S... Victor, âgé de 21 ans, garçon épicier.

Entré le 8 février 1877, salle St-Jean-de-Dieu, lit n° 12.

Antécédents héréditaires. — Père mort hydropique. Mère, rhumatisante.

Antécédents personnels. — Alcoolisme très-prononcé. Ce malade a eu déjà 5 ou 6 attaques de rhumatisme articulaire aigu.

Renseignements. — Ce malade raconte que hier (7 février), en se levant, il eut un frisson intense avec claquement des dents, qui dura environ 3 heures, et fut suivi de sueurs abondantes.

Pendant la journée, il éprouva tout à coup de violentes coliques et en même temps des vomissements.

Il va prendre un vulnéraire qu'il rend aussitôt.

Plus tard il veut encore ingérer quelque chose qui n'est pas davantage toléré. En même temps , il est pris d'un grand mal de tète, de fatigue.

Une diarrhée fréquente, mais peu abondante, se déclara.

Le malade est allé environ 20 fois à la selle, mais peu à chaque fois.

8 Février. — État actuel. — En approchant du lit, on remarque que le malade se tient couché sur le côté droit, les jambes fléchies sur les cuisses et celles-ci fléchies sur l'abdomen.

Cette position, dit-il, allège beaucoup ses souffrances. C'est sur ces douleurs abdominales qu'il attire surtout l'attention.

Le ventre est un peu tendu. La pression exaspère singulièrement la douleur, mais plus à gauche qu'à droite.

Cependant si l'on saisit à pleines mains les muscles de la paroi abdominale, on remarque que la souffrance est beaucoup plus exagérée encore que par la simple pression.

Ce phénomène se produit surtout au niveau du muscle grand droit abdominal.

Les efforts , la toux et les mouvements augmentent ces douleurs. Elles ne ressemblent pas complètement aux douleurs de la péritonite.

Le malade accuse aussi une légère douleur au niveau des fausses côtes droites.

Il a une petite toux sèche et brève non accompagnée d'expectoration.

A l'auscultation on ne perçoit que quelques râles sibilants.

Rien à la percussion. Pas de douleurs articulaires. Cœur normal.

Le malade a eu encore dans la journée plusieurs garderobes liquides.

État général. — Température 40° 8'. Langue blanche. Plus d'appétit, Pouls très-petit, 130 pulsations.

L'urine est très-rouge, présente un peu de bleu et pas •d'albumine.

9 Février. — Épis taxis peu abondante. Température axillaire : 39°.

Quelques garde-robes seulement cette nuit. Les douleurs des parois abdominales sont vives encore, et le faciès du malade exprime la douleur. On se demande s'il y a eu une intoxication; les recherches dans ce sens ne donnent aucun résultat, Il ne paraît pas non plus y avoir une véritable indigestion.

Traitement. — Tisane de tilleul. Lavement laudanisé avec 12 gouttes de laudanum de Sydenham. Cataplasmes laudanisés sur le ventre.

10 Février. — Amélioration très-grande. Cependant il y a encore des douleurs abdominales : la diarrhée tend à disparaître. Il n'y a eu qu'une garde-robe liquide cette nuit. — Même traitement.

11 Février. — L'amélioration s'accentue. Il n'y a plus de diarrhée. Les douleurs des parois abdominales sont beaucoup moins vives.

13 Février. — Épistaxis. L'amélioration fait chaque jour des progrès.

Sort le 1er mars à peu près guéri.

Obs. XXIII. — Sciatique rhumatismale. — Pas d'atrophie du membre. — Erreur possible à cet égard parce que la jambe du côté opposé était variqueuse et un peu œdémateuse. — Albuminurie passagère.

Le nommé M... Louis, âgé de 64 ans, ébéniste. Entré le 3 juillet 1877, salle St-Jean-de-Dieu, lit n° 10.

Antécédents. — Il y a 30 ans, ce malade eut à faire un service forestier pendant lequel il fut exposé fréquemment aux intempéries de l'air ; il lui arrivait souvent de coucher en plein air.

Il y a 24 ans déjà, il a eu les deux articulations des coudes atteintes parle rhumatisme.

A l'âge de 20 ans, il prit une pleurésie ; il y a deux ans il eut le genou droit très-gonflé et extrêmement douloureux, pendant un mois.

Depuis longtemps ce malade éprouvait des maux de reins, qui* revenaient deux ou trois fois par an et qui ressemblaient à ceux dont il se plaint aujourd'hui ; mais les douleurs se passaient au bout de quelques jours.

Actuellement il souffre depuis dix-huit jours; s'étant baissé, il éprouva, tout à coup, au niveau des lombes une douleur vive en voulant se relever; elle était telle que la respiration lui manquait : à partir de ce jour, cette douleur est restée continue, mais elle varie suivant quelques circonstances.

C'est ainsi qu'après avoir marché quelque temps le malade se trouve soulagé.

Au contraire, lorsqu'il est resté assis pendant un certain temps, il éprouve une grande difficulté à se lever, à cause de l'intensité de cette douleur.

État actuel. — Le siège de la douleur paraît limité à quatre points (à gauche) .

1° Au niveau des premières vertèbres lombaires.

2° Sur l'échancrure sciatique.

3° Sur la jambe, au niveau de la région antéro-externe supérieure.

4° Sur le cou-de-pied.

En tous ces points, la pression exagère considérablement les douleurs.

Lorsqu'on fait asseoir le malade , il pousse des cris et ne parvient qu'à grand'peine à se mettre sur son séant.

.L'apparition des douleurs, dans le membre inférieur, ne date que de deux jours ; jusqu'alors, ces douleurs étaient limitées aux lombes.

Cependant on constate, sur la jambe gauche, une atrophie notable du mollet; la circonférence de ce mollet est inférieure à l'autre de 2 centimètres; cette différence s'apprécie parfaitement à l'œil.

Le malade dit que, depuis 2 ans, il s'aperçoit que cette jambe est plus faible que l'autre/ mais' quoique variqueuse, elle l'est beaucoup moins que la jambe droite, qui est aussi un peu œdémateuse; c'est là ce qui explique la différence de volume entre les deux jambes.

Les urines présentent une notable quantité d'albumine ; cependant le malade n'a pas d'œdème très-marqué, ni de troubles visuels. A l'auscultation des poumons, quelques râles sibilants. Le cœur est sain. Le foie et la rate : id. — L'état général est bon.

Traitement. — 5 Juillet. — On precrit : iodure de potassium, 0, 50 centigr.; frictions avec le baume Fioraventi. — Il y a toujours de l'albumine.

8 juillet. — Même traitement. — L'albumine persiste.

10 juillet. — Id.

13 juillet. — L'albuminurie diminue.

14 juillet. — Même état douloureux. Deux injections hypodermiques chaque jour , de chlorhydrate de morphine, sur le trajet du nerf sciatique, surtout au voisinage de la région de l'échancrure sciatique.

Les douleurs diminuent peu à peu chaque jour. L'albuminurie a cessé; elle a duré neuf jours. Sorti le 20 juillet, convalescent.

Obs. XXIV. — Sciatique rhumatismale. — Absence fîanesthésie. — Inefficacité du bromure de potassium, à hautes doses.

Le nommé M..., 35 ans. Entré le 28 décembre 1876, salle Saint-Jean-de-Dieu, lit n° 29.

Renseignements. — Constitution forte. A 26 ans, pendant son service militaire, il fut atteint d'une rougeole légère.

Exposé fréquemment au froid humide ; quelques manifestations rhumatismales vagues, pendant sa jeunesse, dans les membres inférieurs. Puis dans le bras droit en 1876.

Il était de plus pris de palpitations de temps en temps; il prétend avoir constaté des irrégularités dans ses battements cardiaques.

Rien de particulier comme antécédents de famille.

Il y a 2 mois, il ressentit, après un travail fatigant, des douleurs vives dans la région lombaire gauche, douleurs qui, au bout de 2 jours, s'étendirent le long de la fesse, puis suivirent tout le trajet du sciatique jusqu'au creux poplité.

Les douleurs qui existent aussi au niveau de la partie postérieure de la malléole interne ne commencèrent que plus tard.

Le 28 décembre 1876, il entre à l'hôpital.

État actuel. — Le membre inférieur gauche n'est pas diminué de volume. Douleurs le long du trajet du sciatique jusqu'au creux poplité : douleurs continues avec redoublement. Le malade marche difficilement; les premiers pas provoquent une douleur très-vive; au bout de 4 à 5 minutes de marche, les douleurs diminuent.

Points malléolaires, externe et interne.

Pas de points d'anesthésie; pas d'atrophie du membre.

Douleurs persistantes, calmées par les injections de morphine, mais pendant 2 heures seulement. Le malade est fort, vigoureux. L'état général, bon. Cœur, normal. Poumons, id. Rien dans les urines.

Traitement. — On ordonne 2 injections de morphine, de- 0,02 centigr. par jour.

Les douleurs se calment après l'injection.

Puis on cesse les injections et on donne du bromure de potassium, pendant 6 jours (6 g., 8, 10 gr.).

Les douleurs, loin d'être diminuées, augmentent, et le malade ne peut plus marcher.

Le 16 janvier 1877, on recommence les injections de morphine.

La douleur cesse pendant une heure et demie. 20 janvier. — Dysurie après les injections de morphine.

21. — Capsules de térébenthine (3), tout en continuant les injections de chlorhydrate de morphine, mais à plus faible dose.

Les jours suivants, le malade ressent un grand soulagement. Il sort, en assez bon état, à la fin du mois.

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