PRÉFACE
Le médecin, m'écrivait, il y a 20 ans, mon illustre maître Louis, n'a pas comme le magistrat ou l'avocat à côté ou au-dessus de lui des corps constitués qui dictent les lois, et dont il lui incombe seulement de régler l'application. Le médecin réunit la double prérogative du législateur et du pouvoir exécutif, et il en a la responsabilité, aussi chacun de nous doit-il travailler dans la mesure de ses forces à étendre nos connaissances. Le précepte de Louis est contenu dans une lettre dans laquelle, au moment de quitter Paris, il me traçait la voie médicale que je devais poursuivre en province.
C'est sous la direction de Louis que j'ai commencé mes études médicales dans les hôpitaux de Paris; attaché successivement à son service comme élève externe et interne, j'ai puisé dans son enseignement clinique le goût de l'étude au lit du malade, et la conviction de la difficulté extrême de la constatation des phénomènes que fournit l'observation du malade. Je serais fier si mes travaux portaient l'empreinte de la méthode rigoureuse de mon maître, et je serais heureux de lui rapporter la meilleure part des résultats que j'ai obtenus. Mes études
Vï PRÉFACE.
ont été continuées sous la direction de Rayer, Ricord et Gendrin, savants éminents, qui ont tous tracé leur sillon dans le champ de la science.
L'étude clinique puisée pendant six années consécutives d'internat dans les hôpitaux de Paris, a été complétée par une série de recherches bibliographiques françaises et étrangères. 11 y a 22 ans, en même temps que mes excellents amis Béclard, Broca et Yerneuil, j'ai cherché à propager les découvertes de nos confrères étrangers; notre organe fut alors la Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie. Pour achever cette étude, j'ai consacré plusieurs années à suivre à l'étranger, l'enseignement des savants les plus connus, à m'inspirer de leurs œuvres. La Gazette hebdomadaire a publié une partie de mes impressions de voyage sur l'Allemagne médicale en 1854.
J'avais besoin de rappeler mes études, pour montrer quelle fut ma tendance ; c'est en effet dans la première période de la vie d'un homme que l'on découvre l'impulsion qui l'a toujours guidé ultérieurement.
En 18S4, les professeux's de l'Ecole de Médecine de Rouen m'appelèrent, d'un avis presque unanime, à diriger la Clinique médicale, dont le titulaire venait de succomber. J'acceptai cette mission, ^trouvant pour me dédommager de l'éloignement de Paris, l'avantage d'entrer en possession immédiate d'un grand service de médecine, et d'y trouver des matériaux d'études suivies dont je pourrais, sans aucune préoccupation, formuler les résultats quels qu'ils fussent. Ceux qui ont passé leur jeunesse entière à Paris, et qui ont vécu sur le pied d'égalité avec ceux qui aujourd'hui occupent dignement les plus hautes situations de la science, comprendront, que la vie de province, telle que nous l'a faite notre régime français, est une rude épreuve pour le travailleur.