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P. 96. Un peu de chaleur de la peau ; une selle dans

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la nuit^ agitation, un peu de délire, ce matin, état comateux, gémissements^ jactitation; l'enfant change souvent de place et on le trouve, par exemple, la tête aux pieds de son lit. (Pas de strabisme, vue intacte, pupilles un peurétrécies. Seltz sp. de Gros^lait, yésicatoire à chaque tempe).

5. P. 76. Douleurs vives accusées dans la tête, principalement à gauche. Absence de connaissance. Cris de courte durée, mais intenses pendant la nuit. Pas de strabisme ni d'inégalité dans les pupilles. (Lavement purgatif.)

Agitation plus marquée dans la journée, cris aigus.

6. Etat comateux plus intense, agitation. (Seltz sp. de Gros, pot. avec acide cyanhydriqae médicinal 4 gouttes,

Pendant la journée^ persistance de l'état comateux. Dans la soirée, mouvements convulsifs dans les membres supérieurs principalement ; peu d'agitation pendant la nuit.

7. A l'heure de la visite, nous trouvons le malade dans l'état suivant : alternative de mouvements convulsifs et de contracture dans les deux membres supérieurs ; pas de strabisme. La pupille gauche paraît un peu développée, plus que la droite ; les deux iris sont presque immobiles sans dilatation ou resserrement. Absence complète de connaissance. Alternatives de pâleur ou de rougeur, grincements de dents par moments. P. 128^ peu développé, peu fort. Ventre rétracté. (Eau de Gros. Frictions matin et soir sur la tête, avec la pommade suiva)jte : axonge, 6 gr., tartre stibié, 2 gr., huile de croton, 0,50.)

8. Persistance du même état comateux. L'éruption stibiée ne s'est pas encore produite sur le cuir chevelu. (Seltz, orange, frictions continuées. Yin Malaga par cuillerées. Bouillon.)

Mort Ib 9 août à deux heures du matin. Ouverture du cadavre le 10 août à neuf heures du matin.

Pas de raideur cadavérique ni de putréfaction .

Tête . Les téguments du crâne ne présentent aucune altération, pas de dilatation des sinus de la dure mère. Aucun épanchement dans l'intérieur de la cavité de l'arachnoïde. La pie mère ne présente aucun épaississement sur les parties latérales, pas de granulations dans ce point. Au niveau des corpuscules de Pacchioni, on trouve ces concrétions blanchâtres en grand nombre, bordant les deux côtés du sillon longitudinal. Pas de tubercules miliaires à la base . Sérosité accumulée dans les mailles de la pie mère, principalement au niveau de l'espace sous-arachnoïdien antérieur. Pas d'opacité ou d'aspect purulent du liquide contenu dans les mailles de la pie mère, pas de pus, ni de concrétions pseudomenbraneuses.

Cerveau volumineux ; circonvolutions aplaties également des deux côtés. Aucune altération de la surface du cerveau ; dilatation énorme des deux ventricules latéraux, du moyen, et même de celui de la cloison, qui est très-visible ; ces ventricules ont au moins le double de leur capacité ordinaire. La voûte à trois piliers, le septum lucidum très-ramollis, se déchirent au moment où on ouvre les ventricules ; la paroi supérieure des ventricules est également très-ramoUie. La pulpe cérébrale est partout intacte, sans ramollissement. Le liquide intraventriculaire est parfaitement transparent, incolore.

Au niveau delà partie supérieure de la couche optique gauche, dans l'étage supérieur du ventricule latéral gauche, existait un petit kyste à paroi saillante, dans la cavité ventriculaire, dans le tiers environ de son étendue.

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Cette vésicule était renfermée dans un kyste à paroi celluleuse épaisse, et dans laquelle existait un cysticerque contenu lui-même dans une poche à paroi translucide. Le cysticerque à vésicule caudale et céphalique parfaitement distincte, fut examiné au microscope à un grossissement de 350 diamètres, et montra distinctement quatre suçoirs et une couronne de crochets ; de plus dans le vésicule caudale un grand nombre de corpuscules brillants.

Aucun autre cysticerque ou cestoïde quelconque existait dans le cerveau et les membres supérieurs, dont les muscles fiirent examinés.

Thorax. Pas d'épanchement dans les plèvres. Adhérences celluleuses anciennes des deux poumons à la plèvre. Les deux poumons présentent quelques tubercules miliaires à peine grisâtres dans l'intérieur de leur parenchyme.

Cœur sain.

Abdomen. — Péritoine sain. Estomac sain contenant ainsi que l'intestin, plusieurs lombrics . Foie, rate, reins sains.

L'observation de Maigre présente quelques points sur lesquels je dois insister. Il est rare de rencontrer des cysticerques chez des sujets d'un âge aussi peu avancé ; au contraire le développement de tubercules des méninges s'observe fréquemment à cette époque de la vie. Les accidents éprouvés par ce malade se sont montrés à deux époques différentes, d'abord à l'âge de quatre ou cinq ans, ensuite à l'âge de sept ans; les premiers ont consisté en symptômes convulsifs, suivis d'un état comateux, les autres ayant continué jusqu^à la mort, consistaient en douleurs de tête violentes, délire et mouvements convulsifs, suivis de côma. Un seul cysticerque parfaitement reconnaissable existait dans une des couches

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optiques ; la lésion secondaire, provoquée par cet entozoaire était une accumulation considérable de liquide céphalorachidien dans les ventricules, avec ramollissement des parties environnantes du cerveau. C'était en réalité un hydrocéphale aigu, dont les symptômes et les lésions étaient nettement caractérisées. Comme les tubercules des méninges ne provoquent quelquefois que le même genre de lésion secondaire, on comprend, vu la fréquence plus grande des tubercules des méninges chez des jeunes sujets, qu'on ait conclu de la notion de l'hydrocéphale aigu, à l'existence antérieure probable d'une méningite tuberculeuse. On pourrait rapprocher des faits que je viens de rapporter, les observations de J. Klob et Meckel (1), dans lesquels l'entozaire détermina également une hydre pisie intraventriculaire considérable.

J'hésite à rapporter à la présence du ver dans le cerveau, les accidents convulsifs dont il fut atteint à l'âge de 4 ou S ans. On a vu que ces accidents disparurent pendant plusieurs années. Je note ces faits, mais je me garde d'en tirer aucune déduction, qui serait une hypothèse gratuite.

Au point de vue de la séméiologie, on devrait rapprocher les faits où le cysticerque était contenu dans une des cavités du cerveau. Roger (2), Foerster (3), Damaschino (4), J. Andrew (5), ont rapporté des cas curieux où l'entozoaire était contenu dans le quatrième venlri-

(1) Klob et Merkel, Virchow und Hirsch Jahresb., 1867, vol. II, p. 40.

(2) H. Roger, Soc. méd. des hôpit. — Union médicale, 1865, n» 63.

(3) Forster, Wurz. med. ZeiL, vol. lU, Liv. III.

(4) Damaschino, Bull, de la soc. méd. des hopit., sér. ii, vol, III, p. 103,

(5) J. Andrew, Transuct. of the London Paiholog. Society. 1870, vol. XXI, p. 4.

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cule. D'autres savants ont signalé les cysticerques dans les plexus choroïdes.

Chez un autre malade placé également dans mes salles de clinique, les accidents ont été beaucoup plus répétés et ont permis au malade de vivre plusieurs années.

Observation XI. — Cysticerque du cerveau de la pie mère et des muscles. Syphilis constitutionnelle. Mort. Lécaché (Cyrille), âgé de 51 ans, est entré sept fois dans ma division, à l'Hôtel-Dieu de Rouen, de 1838 à 1802, époque de sa mort. A l'âge de 14 ans, L. a été atteint d'une variole qui a laissé de nombreuses cicatrices de la face. A 30 ans, il contracta des chancres suivis d'une adénite ingumale gauche suppurée ; traitement local et générai par le mercure. A 43 ans, accidents spécifiques secondantes vers les muqueuses anale et buccale. A la la même époque, il fut atteint d'une tumeur à la cuisse gauche. Cette tumeur volumineuse fut ouverte avec le bibtouri, et donna issue pendant longtemps à du pus et à du liquide clair. Trois ans plus tard une autre tumeur analogue, du volume d'un œuf, apparut à la marge de l'anus. Elle fut ouverte également au moyen du bistouri. Soigné pour ces deux affections dans une des divisions de chirurgie de l'Hôtel-Dieu, L. prit en même temps de l'iodare de potassium.

A 49 ans 1/2, manifestation de douleurs dans le côté gauche du corps, la tète, le bras et la jambe gauche; élancements tellement incommodes, qu'il dut suspendre son travail. Six mois plus tard, en même temps que les accidents ci-dessus persistaient, L. fut atteint de crises convuisives de forme épileptique, avec perte absolue de connaissance. Ces accidents se répétèrent fréquemment pendant plus d'une année; ce fut à l'âge de 51 ans, qu'il fut soumis pour la première fois à mon observation, eu

août 1858. Je constatai alors un affaiblissement notable des forces^ une diminution de la contractilité dans toute la moitié gauche du tronc, de la face et des membres de ce côté, une amblyopie gauche légère, avec surdité incomplète. L. pouvait encore se soutenir sur^ses jambes, mais était incapable de faire une promenade de plus d'un quart-d'heure de durée. Les accidents persistèrent avec des alternatives nombreuses de faiblesse et de douleurs, dans tout le côté gauche du corps, en 1858 et 1859. Les convulsions épileptiformes reparurent dans la nuit du 23 au 24 décembre 1860. Elles ne reparurent plus jusqu'en avril 1861, époque où il quitta ma division. Les symptômes d'affaiblissement dans le côté gauche du corps, l'amblyopie et surtout la surdité de ce côté avaient augmenté lentement.

Vers la fin de l'année 1861, L. entre de nouveau à l'Hôtel-Dieu dans les salles de mon collègue^ M. Caneaux, et y succomba au commencement de l'année 1862. Je ne pus avoir aucun renseignement sur les symptômes qu'il

avait présentés.

Le carlavre non autopsié fut livré aux dissections de rEcole ae Médecine; j'appris, par nos élèves, qu'en disséquant la région du col, l'un d'eux avait trouvé dans un muscle sternocleidomastoïdien, plusieurs kystes qui furent reconnus par M. le F L. Dumenil, chef des travaux anatomiques, pour ies cysticerques; je lui demandai alors à faire moi-même l'examen des organes qm avaient été laissés intacts.

Le7 ianvier 1862, à quatre heures du soir, je procédai moi-même à cet examen. La tête était intacte. La boîte crânienne présentait vers la moitié postérieure de la sature bipariétale une dépression de la largeur d une pièce d'un franc avec teinte un peu brunâtre de la table externe, et un grand nombre de bouches vasculaires de-

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veloppées ; dans ce point, Ja dure mère adhérait d'une manière anormale à l'os. Une autre dépression, un peu moins marquée^ existait sur la surface de la table externe du pariétal droit, un peu en dehors de la suture bi pariétale. Aucune autre altération de l'os. Aucune saillie ou dépression notable à la face interne de la voûte crânienne. Pas de lésions de la dure mère qui adhère d'une manière anormale au niveau de la suture bi pariétale et des granulations de Pacchioni.

Le feuillet viscéral de l'arachnoïde et la pie mère ne présentent aucun épaississement morbide, aucune adhérence à la surface du cerveau. Deux vésicules de la grosseur d'une petite aveline, et un peu inégales, sans kyste fibreux environnant existaient, au fond d'une circonvolution dans la trame de la pie mère. Cette vésicule pellucide laissait voir par transparence un corps opaque d'un blanc un peu jaunâtre. L'une de ces vésicules de cysticerques était placée vers la face. externe de l'extrémité postérieure et latérale de l'hémisphère cérébral gauche, une autre un peu en avant et en bas du même lobe. Ces vésicules adhéraient au cerveau ramolli déjà un peu^ par un commencement de putréfaction (le sujet étant mort depuis quatre jours)^ sans aucun changement partiel de consistance ou de couleur. Un autre kyste celluleux de même volume existait dans la substance blanche de l'hémisphère cérébral gauche, vers sa pointe postérieure; entouré par la substance cérébrale, il ne présentait aucune lésion de la substance elle-même. Un quatrième cysticerque existait dans la trame de lapie mère, au niveau delà partie latérale externe de l'hémisphère droit du cerveau. Aucune altération du cerveau, des ventricules, des masses centrales, du bulbe ou du cervelet. La base du cerveau était saine, et les deux nerfs optiques ne présentaient aucune trace de lésions.

LEUDET. — Clin. méd. «a

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Poumons sains.

Le cœur, d'un volume normal, ne présentait pas de traces de cysticerque dans sa substance musculaire coupée en minces lanières.

Tube digestif sain ; sans aucune trace d'entozoaire ou de ténia.

Le foie, d'un volume normal , ne présentait aucun épaississement de sa membrane fibreuse d'enveloppe; son parencbyme était sain, sans traces d'hydatides ou d'aucune espèce de vers.

Reins sains.

Dans le kyste séreux était contenu le cysticerque ; dans trois kystes le col était rentré dans la vésicule caudale. A l'examen microscopique, j'ai reconnu trèsnettement la couronne de crocbets, dont quelques-uns étaient détachés, et les quatre orifices ou palpes, ou suçoirs, placés par paires des deux côtés de la tête. La tête contenait beaucoup de corps réfractant fortement la lumière. La vésicule caudale très-large en partie vide et flasque, contenait un nombre de ces corps beaucoup plus grand. Au niveau de la couronne de crochets existait une coloration noirâtre, formée par un pigment amorphe.

Dans ce fait, il existe encore une difficulté; quelle part faut-il faire dans la patliogénie des symptômes aux accidents syphilitiques et aux entozoaires ? Il ne me semble pas probable quel'ostéite crânienne, dont j'ai indiqué les traces, et qui était envoie de régression^ ait pu provoquer les douleurs localisées dans le côté gauche du corps et les mouvements convulsifs ; cependant les lésions ne sont pas absolument en rapport avec les symptômes.

Le fait suivant montre en même temps que des accidents beaucoup plus graves, un nombre beaucoup

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plus grand de cysticerques, puisque nous en avons trouvé vingt-deux dans le cerveau. Je transcris ce fait tel qu'il a été publié antérieurement.

Observation XII. — Cysticerques du cerveau et des muscles chez l'homme. Ténia ancien. — Dufour (Clarisse), âgée de 28 ans^ journalière, d'une taille moyenue, yeux bruns, cheveux bruns, embonpoint médiocre, entre le 10 février 18S2, à l'hôpital de la Charité, salle Saint- Basile, n° 31, service de M. Rayer.

Habituellement d'une bonne santé, elle vit sa menstruation s'établir à l'âge de 21 ans et demi. Elle vivait alors à la campagne ; à l'époque de l'établissement de la menstruation, elle éprouva pendant quelque temps des malaises généraux ; sans avoir fait de maladie grave qui la forçât à garder le lit, elle souffrait dans les reins. Depuis cette époque, les menstrues ont toujours reparu régulièrement ; elles durent d'habitude trois à quatre jours, sont peu abondantes , leur apparition est souvent précédée, pendant deux ou trois jours, de douleurs vagues dans l'hypogastre^ jamais dans les reins. Accouchée heureusement à terme, il y a un an, d'un enfant qui mourut trois semaines après sa naissance, la grossesse fut heureuse ; cependant elle éprouva pendant sa durée des malaises fréquents, des douleurs dans l'hypogastre, n'eut que peu de vomissements , deux ou trois^ dit-elle, seulement dans les premiers mois de la gestation.

Il y a sept ans, cette femme fut atteinte d'une maladie grave qui la força à garder le lit pendant près d'un mois ; pendant plus de deux septénaires, elle eut, ditelle, une perte de la voix presque complète ; elle était si enrouée qu'elle ne pouvait parler, cependant elle ne toussait pas. Pendant cette maladie, dont elle ne se rappelle pas nettement les premiers symptômes, elle

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n'eut jamais de perte de connaissance ou de mémoire. Dans l'hiver de 1850, sans cependant avoir fait de maladie réelle à cette époque,, elle eut un rhume de quelques semaines de durée, pendant lequel elle expectora un peu de sang mêlé aux crachats, jamais de sang pur.

Depuis sept ans, elle habite constamment Paris, excepté une courte absence qu'elle fit, il y a 22 mois, pour se rendre dans son pays natal.

Son père et sa mère jouissent d'une bonne santé ; elle n'a jamais entendu dire que personne, dans sa famille, fut atteint du ver solitaire ou souffrit d'attaques d'épilepsie.

La malade fait remonter le début de la maladie actuelle à vingt-deux mois, époque à laquelle elle était momentanément dans son pays natal. Sans aucun symptôme prodromique notable, elle vit survenir des attaques qui se sont répétées plusieurs fois depuis vingtdeux mois, la dernière il y a six semaines. La malade peut prévoir en général l'attaque qui va se manifester; dans la dernière, elle éprouva d'abord la sensation d'un corps roulant dans l'abdomen, puis elle perdit tout à coup connaissance. Jamais elle n'a été atteinte de ces attaques pendant ses occupations, ni dans la rue. Un malaise marqué, des sensations insolites dans l'hypogastre indiquent en général le début de la convulsion. Une fois, elle fut atteinte de convulsions pendant la nuit; elle était couchée à côté de son mari^ ne s'aperçut de rien et aurait ignoré l'existence de cette attaque, si elle n'en avait été informée par ce dernier. Pendant l'attaque, la malade perd toute sa connaissance ; les mouvements qu'elle exécute sont, dit-elle, assez intenses ; cependant une seule personne suffit pour la maintenir en place ; elle ne saurait dire si sa face, pendant l'attaque, devient turgide et bleuâtre, si les muscles se con-

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traclent convulsivement à la face ou aux membres, ni même si elle a de la mousse à la bouche ; dans la dernière attaqiie, dit-elle, sa bouche a été déviée ; une seule fois, et cela dans Tavant-dernière attaque, elle s'est mordu la langue. La durée des attaques varie beaucoup; la première s'est prolongée, suivant elle, pendant quatre heures, une autre six heures, la dernière n'aurait duré que dix minutes. La première attaque a été séparée de la deuxième par un intervalle de trois mois; depuis, elles s'éloignent plutôt qu'elles ne se rapprochent. Après chaque attaque, la malade éprouve une céphalalgie gravative très-pénible; elle demeure courbaturée pendant cinq ou six jours ; sa mémoire est complètement perdue, la vue très affaiblie ; ces accidents diminuent graduellement après chaque attaque, sans néanmoins laisser jamais à la malade le libre exercice des sens, comme avant la manifestation des attaques épileptiformes.

Depuis le début de la maladie^ la femme Dufour éprouve constamment une céphalalgie générale gravative, principalement sus-orbitaire, s'exaspérant par moments, sous forme d'élancements,, qui jamais n'ont euxmêmes de siège bien limité.

La vue est considérablement affaiblie depuis la même époque, au point qu'elle a maintenant de la peine à enfiler des aiguilles fines, ce qu'elle faisait auparavant facilement ; fréquemment elle éprouve même pendant la journée, des sensations lumineuses dans les yeux, comme des étoiles qui passent.

L'ouïe est obtuse, et souvent elle éprouve des bourdonnements dans les oreilles.

La mémoire, excepté à la suite des attaques épileptiformes, est toujours bonne, seulement la malade a remarqué un changement notable dans son caractère;

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ainsi elle se met actuel! émeut en colère pour un motif souvent insignifiant , ce qu'elle ne faisait pas auparavant.

Les forces ont diminué d'une manière sensible depuis vingt-deux mois, époque du début de la maladie ; elle reste difficilement debout un temps prolongé, à cause de la fatigue qu'elle éprouve rapidement; elle ne ressent pas d'babitude de douleurs dans les membres, seulement elle éprouve parfois des fourmillements dans les jambes.

L'appétit, depuis le début de la maladie, est très-variable, souvent très-peu marqué, et d'autres fois, au contraire, exagéré. Jamais elle ne vomit ; elle n'éprouve pas d'babitude de goût désagréable dans la bouche ; souvent la malade a la sensation de quelque chose qui Fétrangle et qui remonte de l'estomac, dit-elle. Après l'alimentation, qu'elle mange peu ou beaucoup, la femme Dufour ressent souvent des frissons vagues qui durent dix minutes ou un quart d'heure; elle assure que ce même phénomène ne se produisait pas avant le début de la maladie qui l'amène à l'hôpital. Jamais elle n'accuse de démangeaison à l'orifice antérieur du nez. Coliques fréquentes se localisant principalement dans le côté gauche du ventre, jamais assez fortes pour constituer autre chose qu'une gêne passagère. Constipation habituelle, selles souvent séparées par un intervalle de vingt -quatre heures, jamais accompagnées d'aucune expulsion de sang par Tanus; fréquemment elle rend, dit-elle, surtout quand elle est constipée, des matières glaireuses.

Pas de battements de cœur habituels , pas de douleurs d'aucune espèce dans la région du cœur.

La malade, sur l'avis de plusieurs médecins, a pris plusieurs fois dp la racine de grenadier, puis du kousso. Une seule fois elle rendit, dit- elle, un ver solitaire; c'était après la première dose de racine de grenadier, qui

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lui occasionna de violentes coliques. Nous n'avons pas vu nous-mêmes ce ver, cependant nous devons ajouter que l'année suivante, après la mort de la femme Dufour, son mari nous assura avoir vu également ce ver, qui avait été conservé et qu'il croyait nous avoir été apporté à l'hôpital.

Entrée à l'hôpital à la Charité, le iO février, la femme Dufour ne présentait que l'aspect de la santé ; seulement sa vue était toujours faible, elle se plaignait d'une céphalalgie constante et de coliques dans l'abdomen. L'examen du thorax de la région précordiale ne révèlent aucun symptôme morbide.

M. Rayer voulut administrer à cette malade un médicament qui lui avait été envoyé d'Abyssinie, et qui, dans ce pays, où les entozoaires intestinaux sont endémiques, jouit d^une grande réputation.

Se conformant au mode d'administration employé dans ce pays, M. Rayer donna, pendant les vingt-quatre heures qui précédèrent l'administration du médicament, une petite quantité d'aliments.

Le 13 février, la malade mangea seulement deux bouillons et deux potages.

Le 14 au matin, on donne 15 grammes de poudre de Musannah, incorporés dans une quantité suffisante de miel. Le mélange a un goût nullement désagréable, combinaison de la saveur du miel auquel on aurait ajouté un peu de tannin.

Dans la journée, la malade n'éprouve aucune pesanteur épigastrique, pas de nausées, de vomissements; pas de selles; aucune sensation pénible anormale n'est perçue dans l'abdomen. Les troubles de le vue demeurent les mêmes que les jours précédents.

Aucune évacuation alvine n'a lieu dans la journée du 14 ou dans la nuit du 14 au 15.

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Le 15, on administre, incorporés à du miel, 30 gram. de poudre de Musannah. Aucun effet physiologique. Pas de selles dans la journée ou dans la nuit suivante. Même état général, appétit développé; la malade mange deux portions.

16. Nouvelle administration de 60 gram. de Musannah ; deux portions.

Une selle diarrhéique dans la matinée; les matières alvines, examinées avec soin, sont diarrhéiques jaunâtres , elles ont été rendues sans borhorygmes ni coliques, et ne contiennent aucun fragment de ver. Dans la nuit suivante, trois nouvelles selles diarrhéiques ne contenant aucune trace de ténia.

17.15 grammes d'huile de ricin ; deux portions; quatre selles dans la journée; pas de traces de ténia dans les matières alvines. Mêmes sensations morbides accusées dans la vue; même céphalalgie, et douleurs abdominales vagues.

Le 4 8, on administre également, sans obtenir aucune expulsion de ténia, 60 grammes d'huile de ricin ; le purgatif provoque quatre selles, mais n'amène aucune modification dans les douleurs accusées par la malade.

Le 20, l'écoulement menstruel apparaît à son époque ordinaire, sans s'accompagner d'aucun autre phénomène que quelques douleurs gravatives dans la région lombaire; il se supprima après trois jours de durée.

Le 24 et 25, la malade prend un bain simple.

Le 26, voulant essayer d'un autre médicament, M. Rayer fait administrer l'huile éthéréide de fougère mâle; 72 gouttes sont divisées dans 18 pilules ; 12 sont données le 26 au soir, à sept heures, et 6 le 27 au matin, à cinq heures; puis deux heures après l'administration des pilules, la malade prend 15 grammes d'huile de ricin. La diète absolue est observée pendant toute la journée du

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25 et l'après-midi du 24. Ce jour, la malade a cinq évacuations alvines rendues sans traces de fragments de ver. Quelques coliques peu douloureuses précèdent chaque garde-robe. Les matières, encore un peu liquides, rendues le 26 et le 27, sont examinées sans plus de résultat.

Les jours suivants, la malade accuse les mêmes phénomènes exposés au début de l'observation.

Le 2 mars 1852, elle quitte l'hôpital de la Charité.

Le 10 février 1853, dans l'après-midi, la femme Dufour était de nouveau admise à la Charité, et couchée au même lit de la salle Saint-Bazile, dans le service de M. Rayer. Nous ne reconnûmes pas immédiatement la malade, mais elle nous assura avoir été soignée pour le ver solitaire dans la même salle, Tannée précédente, et, en effet, nous retrouvâmes, dans nos notes de 1852, les renseignements qu'on vient de lire.

Suivant le dire de la malade, les attaques épileptiformes se seraient répétées encore plusieurs fois après son séjour à l'hôpital de la Charité, puis auraient complètement disparu depuis huit mois. Pendant cette période, elle aurait joui d'une bonne santé, éprouvant encore néanmoins par moments de la céphalalgie et des troubles de la vue. Elle est actuellement enceinte de cinq mois ; les règles se sont supprimées au début de la grossesse et n'ont pas reparu depuis ; le ventre est volumineux et l'utérus dépasse de deux travers de doigt les pubis. Pendant la grossesse lès attaques épileptiformes n'ont pas reparu, et l'état de la femme Dufour était tellement satisfaisant, que son mari, comme il nous l'a lui-même assuré, l'aurait considérée comme guérie.

Le 8 février, apparition nouvelle d'attaques épileptiformes, analogues à celles qu'elle avait éprouvées autrefois. Depuis, ces attaques se sont renouvelées chaque jour, même encore ce matin, peu de temps avant l'ad-

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ujission de la malade à Thôpital, ayant les mêmes caractères que celles de l'an dernier. Ces dernières attaques épileptiformes ont été suivies d'une faiblesse beaucoup plus marquée, si bien que, dans leur intervalle, la vue était presque complètement perdue ; du moins les objets étaient difficilement reconnus. La céphalalgie persistait généralement gravative et très-incommode.

Le 10 février au soir, nous trouvons la malade dans l'état suivant : face colorée ; pupilles dilatées, peu mobiles, mais également des deux côtés; vue peu distincte; ainsi la malade reconnaît difficilement une plume; aucune roideur des membres; pas d'anesthésie. La malade a été constamment maintenue dans son lit avec des liens, s'agitant beaucoup au moment où elle fut admise à l'hôpital. Suivant le rapport des personnes de service, la malade s'agitait convulsivement; sa face était le siège de mouvements marqués, la peau du visage fortement congestionnée, les lèvres couvertes d'écume. Le soir le pouls est à 92, a peu de volume et est peu large ; rien d'anormal à l'auscultation du poumon en avant. Les battements du cœur du foetus et le souffle placentaire ne sont pas entendus. Mais cet examen n'est fait que très-incomplètement, la malade s'agitant continuellement quand on ausculte l'abdomen. La connaissance est revenue assez incomplète, depuis une heure environ ; cependant la mémoire est très- affaiblie, et ce n'est qu'avec beaucoup de peine que la malade peut donner quelques renseignements sur son état de santé depuis son précédent séjour à la Charité.

Pendant la nuit du 10 au 11 février, la malade demeure dans l'état où nous l'avions trouvée.

Le 11 février, dans la matinée, vers huit heures, D. fut prise tout-à-coup d'une nouvelle attaque avec mouvements convulsifs assez violents, suivis d'un coma profond.

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Nous la vîmes dans cet état. Absence complète de connaissance; immobilité ; décubitus dorsal ; teinte légèrement violacée de la face; pupilles immobiles, largement dilatées; ouverture buccale couverte de mousse. En irritant les fosses nasales au moyen de l'ammoniaque, on ne provoque aucun mouvement. Pouls fréquent, à 130, peu développé, peu fort; respiration stertoreuse. Une petite quantité d'urine extraite au moyen de la sonde, donne par la cbaleur et l'acide nitrique un léger précipité d'albumine. (Saignée du bras de 400 gram.)

La saignée coule bien, mais n'amène aucun changement dans l'état comateux.

Morte le 11 février, à onze heures du matin.

Ouverture du cadavre vingt-cinq heures après la mort. Temps froid et sec.

Roideur cadavérique marquée ; aucune trace de putréfaction .

Tête. Rien d'anormal dans les téguments du crâne ou dans la boîte osseuse. Injection considérable des vaisseaux de la pie mère, surtout à la convexité. A travers la transparence des enveloppes cérébrales, on constate, situées au-dessous d'elles, de petites masses blanchâtres, opaques, du volume d'un petit pois, entourées d'un petit semis blanchâtre de fibrine. A ce niveau les membranes s'enlèvent difficilement de la surface de la pulpe cérébrale. Pas de traces de dépôt purulent dans répaisseur des membranes; pas d'épanchement sousarachnoïdien anormal en quantité ou en qualité. Les petites masses indiquées plus haut, comme visibles à travers les membranes, sont placées ou dans l'épaisseur de la pie mère elle-même, ou dans le parenchyme du cerveau ; quelques-uns mêmes sont complètement entourées par la pulpe nerveuse. On en compte dix-sept à la convexité du cerveau ou dans l'épaisseur de la subs-

iance cérébrale avoisinant la convexité, une dans le corps strié, et une autre dans la couche optique gauche, trois dans la partie supérieure du cervelet, aucune dans le bulbe, la protubérance ou les pédoncules, ou bien à la base libre de l'organe. Ces petites masses sont formées par une coque membraneuse jaunâtre, assez ferme, que l'on peut écarter pour apercevoir dans l'intérieur un corps membraniforme un peu plissé sur lui-même. En l'étalant dans l'eau, on constate qu'il est formé par un cysticerque parfaitement reconnaissable à sa vésicule caudale volumineuse et à sa tête, qui l'est beaucoup moins. La plupart des cysticerques que l'on examine offrent une rétraction de la tête, si bien que la couronne de crochets se voit mal; cependant sur quelques-uns on parvient à la faire sortir, et l'on reconnaît alors la couronne de crochets double. Quelques-uns de ces crochets manquent, et sur aucun cysticerque nous n'avons pu rencontrer une couronne parfaitement intacte.

Aucun ramollissement de la pulpe cérébrale à la circonférence ou dans son épaisseur; même au voisinage des cysticerques. Tout l'organe est congestionné^ présentant un léger piqueté rougeâtre qui ne s'enlève pas par le lavage. Une cuillerée environ de sérosité limpide dans les deux ventricules.

La moelle, dans sa moitié inférieure, offre un dépôt d'ossifications susjacentes au feuillet viscéral de l'arachnoïde, allant en diminuant à mesure qu'on approche du bulbe. Ces plaques apparaissent, quand on a ouvert la dure mère, comme des écailles fines saillantes dans la cavité même de l'arachnoïde, séparées par des espaces libres, où on reconnaît la transparence normale de l'arachnoïde sans adhérences avec la pie mère ou la duremère, et dans lesquelles le microseope fait reconnaître

LES HYDATIDES, LES CYSIICËHQUES 461

ilu tissu osseux, avec des corpuscules peu volumineux. Le tissu de la moelle est sain.

Thorax. Larynx sain, contenant une petite quantité d'un liquide spumeux clair.

Adhérences intimes anciennes de tout le poumon gauche à la plèvre pariétale; poumon droit libre. Aucun épanchement dans la plèvre de ce côté.

Les deux poumons sont assez pesants, grisâtres et crépitants en avant, d'un rouge brunâtre, un peu foncé en arrière, et laissant écouler à la coupe, dans ce dernier point,, une grande quantité de liquide^ séro-sanguin aéré. Pas de friabilité anormale. Les bronches, d'une couleur lie de vin uniforme à leur surface interne^ offrent une muqueuse un peu ramollie et contiennent un liquide spumeux, légèrement rosé, assez abondant. Pas de tubercules ou de traces de vers.

Péricarde sain; pas d'épanchement dans son intérieur.

Cœur d'un volume normal ; quantité abondante de sérosité à sa surface externe, ne dissociant pas les éléments musculaires, sans dégénérescence graisseuse aucune des parois. Orifices et valvules sains. Caillots récents jaunâtres, mous, dans le ventricule droit, noirâtres et mous dans le gauche. Pas de traces de cysticerques dans les parois du cœur.

Abdomen. Péritoine sain.

Estomac d'un volume normal, muqueuse d'une coloration brunâtre par places dans le grand cul de sac. Aucun ramollissement de la membrane interne.

Intestin sain.

Foie d'un volume normal. Hauteur : lobe droit (maximum), O'^SS; lobe gauche, O'^lS. Épaisseur : lobe droit, O-^OT; lobe gauche, O'"02o ; largeur, 0'"245; d'une bonne consistance, non congestionné. Bile abondante, noirâtre,

assez visqueuse. Tissu sain, sans aucun dépôt'étranger.

Rate. Hauteur : 0"'I0; largeur, 0"'065; épaisseur, 0'"02, un peu flasque, non congestionnée. Parenchyme sain.

Reins peu volumineux.

Rein droit. Rein gauche.

Hauteur, OHi 0^105.

^ Largeur, OmQS 0m045.

Épaisseur, 0n>02 OmOlo.

Aucune adhérence anormale de la fibreuse d'enveloppe au parenchyme du rein. Surface extérieure des deux reins d'une couleur rosée peu foncée, parsemée de riches réseaux vasculaires apparaissant par places comme des polygones d'un rose vif; ailleurs comme un véritable pointillé rougeâtre légèrement hémorrhagique. A la coupe, rapport normal des deux substances, injectées, sans aucun corpuscule jaunâtre. Membrane des calices et des bassinets non épaissies.

Vessie saine.

Utérus volumineux : hauteur, 0'°16; circonférence du corps (maximum), O-^SO. Fœtus de cinq mois environ, contenu dans l'intérieur de la matrice. Rien d'anormal dans sa disposition ou dans ses annexes

L'ovaire droit contenait un corps jaune volumineux, ayant 2 centimètres de long^, formé par une substance membraniforme grisâtre centrale, entourée par un bord jaunâtre frangé. Plusieurs petif.s corps jaunes anciens, en partie atrophiés, dans le reste du parenchyme de l'organe.

L'ovaire gauche présentait plusieurs cicatrices de corps jaunes anciens.

Les muscles des membres supérieurs et inférieurs, et les pectoraux contenaient de nombreux cysticerques, de

LES HYDATIDES, LES CYSTIGKRQUËS 463

forme plus allongée extérieuremeut que ceux du cerveau. L'animal lui-même, plissé^ offrait la même conformation que ceux que l'on trouvait dans l'appareil nerveux. Dans les muscles des membres, nous avons pu rencontrer plus d'une vingtaine de cysticerques, tous situés dans les muscles. Ceux-ci ne présentaient aucune altération de structure. Pas de cysticerques dans le tissu cellulaire.

Les cysticerques du cœur n'ont pas été souvent observés chez l'homme, du moins en France. Rokitansky (1) écrit que le cysticerque n'est pas absolument rare dans le cœur de l'homme ; le nombre des entozoaires contenus dans l'appareil central de la circulation est en général assez limité. Dans ces cas, on en rencontre en même temps dans le cerveau. Albers (2) donne la figure d'un cœur qui renfermait un grand nombre de cysticerques; la plupart des entozoaires étaient placés au-dessous de l'endocarde. Gùnsburg (3) rappelle un cas décrit par Sneider (4). Le cysticerque trouvé sur le cadavre d'un homme de 68 ans existait à la pointe du ventricule gauche du cœur, et faisait saillie en grande partie dans le ventricule. On connaît l'observation de Rudolphi (5). Les trabécules du cœur contenaient trois cysticerques. Il y en avait plusieurs dans les muscles du corps, dans le cerveau, dans le corps strié, dans la moelle allongée, aussi bien que dans la substance médullaire, et entre les circonvolutions du cerveau. Stich (6) en rapporte plusieurs exemples dans son mémoire sur les cysticerques

(1) Rokitansky, Palholog. Ami., vol. Il, p. 469.

(2) Albers, Allas de patlwlag. Anal., Livr. III, 18i2.

(3} Gùnsburj^, Klinik der Kreislaufs und Atkmungs organe, p. 191, 1856. (4) Sneider, Zeit. fur Klin.. Méd. vol. 1, p. 73.

(3) Rudolphi, Enlozorum synopsis, p. 546.

(6) Slicli, Anualendes Ckarilé Krankenhauses, 1854.

464 LES ENTOZOAIRES; LE TÉPÎIA

chez l'homme. La première observation concerne une femme de 36 ans (1) qui présentait déjà, depuis plusieurs années, un grand nombre de cysticerques dans le tronc cellulaire sous-cutané et dans les muscles des membres. Elle succomba en 1849 des suites d'une attaque de choléra. Les membres du corps de cette femme contenaient un nombre considérable de cysticerques, que Stich évalue à 4 ou 500. On trouva deux cysticerques dans les parois du cœur, près de sa surface externe. La deuxième observation de Stich a été recueillie sur un homme de 37 ans. On trouva de nombreux cysticerques dans le tissu cellulaire sous-cutané et dans les muscles des membres. Six ou huit cysticerques existaient dans la substance musculaire du cœur, près de sa surface externe ; 30 à 60 dans les membranes du cerveau, d'autres dans le foie, les reins, les ganglions lymphatiques du mésentère.

En France, les cas des cysticerques du cœur ont été plus rarement observés qu'en Allemagne. On connaît l'observation d'Andral (2). J'ajouterai un fait de Molland (3), chez une vieille femme, on trouva un cysticerque près de la surface externe du cœur, l'autre dans un des gros piliers du ventricule gauche. D'autres entozoaires de même espèce existaient dans le cerveau et dans presque tous les muscles du corps.

Je transcris ici une observation de cysticerques du cœur que j'ai publiée.

Observation XIIL — Cysticerques du cœur de V homme avec endocardite. (Compte-rendu de la soc. de Biologie, sér. I, V. 4, p. 141) Un homme de 52 ans était entré depuis deux mois à l'hôpital de la Charité, présentant les

(1) Loc. cit., p. 179.

(2) Stich, Loc. cit., p. 200.

(3) Andral, Anat. Path., vol. II, p. 332.

LES HYDATIDES, LES CYSTICERQUES 468

symptômes d'une endocardite ; on ne put nous fournir d'autres renseignements sur les antécédents et les symptômes morbides observés sur ce malade. La pièce que nous allons décrire fut soumise seule à notre examen. L'autopsie avait été faite très-incomplètement à cause du moment rapproché de l'inhumation. Le cœur fut le seul organe qu'il nous ait été possible d'examiner.

Le cœur était d'un volume considérable. La graisse dans le sillon auriculoventriculaire, comme dans le sillon interventriculaire, était plus abondante que dans l'état normal, et laissait libre uniquement à la face antérieure des deux ventricules un espace de O'^OTS de large, sur 0'"04 de hauteur, où les fibres musculaires étaient recouvertes d'une plaque blanchâtre, lisse, d'un millimètre d'épaisseur, s'enlevant par la dissection, et laissant au-dessous d'elle le feuillet viscéral du péricarde lisse et normal. La consistance du cœur était moindre que dans l'état normal ; cet organe était très-voluminenx, et offrait la forme utriculaire ; la pointe était presque effacée, et il s'affaissait sur lui-même.

En palpant la surface du ventricule droit, notre attention fut attirée par la sensation de petits corps durs, limités et situés au-dessous de la couche graisseuse de la partie supérieure du ventricule droit. En incisant avec précaution les tissus susjacents, et dont le relief accusait l'existence des corps étrangers, nous découvrîmes trois petits kystes transparents, du volume d'un très-gros pois, Le relief qu'ils formaient était très-appréciable à ^'œil nu, mais plus perceptible au toucher; situés audessous du feuillet viscéral du péricarde, et recouverts par une couche mince de substance grasse, non adhérente, sans fibres musculaires superposées, ces kystes reposaient immédiatement sur la couche musculaire du cœur, dont on pouvait les énucléer avec facilité, et qui LEUDET. — Clin, méd. 30

n'offrait aucune altération à ce niveau. Leur situation exacte était sur une ligne à peu près horizontale, à un centimètre et demi du bord supérieur du ventricule droit. L'un d^eux, plus rapproché de la cloison interauriculaire, était placé à peu près au-dessous de la naissance de l'artère pulmonaire. A. sa droite était situé le deuxième kyste, àO'^Ol environ; puis, à O'"03 de ce dernier, se rapprochant plus du bord droit du ventricule droit, existait un troisième kyste. La surface de ces kystes était d'un blanc légèrement opalin, laissant voir par transparence un petit corps jaunâtre contenu dans son épaisseur. En fendant chacun de ces kystes, on en faisait sortir un peu de liquide, clair, non visqueux, incolore, puis un petit corps membraneux jaunâtre, offrant deux renflements, l'un, plus petit, correspondant à la tête, l'autre, plus volumineux, était la vésicule caudale. Soumis à Fexamen microscopique, à un faible grossissement, les cysticerques étaient parfaitement reconnaissables ; sur l'un d'eux, la tête sortie spontanément, nous a présenté une couronne triangulaire, à convexité dirigée extérieurement, et vers le sommet de la tête de l'animal, se réunissant en triangle, dont les bords étaient garnis de crochets presque droits au milieu du triangle, courbés sur les parties latérales, arrondis vers le sommet. La concavité des crochets était tournée en dehors. Ces crochets étaient disposés sur deux ligneS;, comme le prouvait la différence du foyer du microscope, nécessaire pour les apercevoir nettement. La surface postérieure du ventricule gauche et tout le reste de la superficie du cœur, ne présentaient pas de cysticerques.

La cavité des deux ventricules contenait une petite quantité de sang liquide, puis enchevêtrées dans les tendons de la valvule mitrale des coagulations de fibrine blanchâtre et ferme. La capacité des deux ventricules

LES HYDATIDES, LES GYSTICERQUES 467

était notablement augmentée. La hauteur du ventricule gauche, examinée à l'intérieur, était de O^IO; celle du ventricule droit de 0"*95. L'endocarde du ventricule gauche était moins lisse que dans Jl'état sain, nullement rouge. A sa surface, et un peu au-dessous de la naissance de l'aorte, adhérait une petite pseudomembrane de O^OOS de large, peu épaisse, et s'enlevant par le raclage. Aucun développement de vaisseaux au-dessous de l'endocarde. Les valvules aortiques offraient une couleur rouge foncée, plus prononcée au bord adhérent qu'au bord libre, sans ramifications vasculaires sous-séreuses; elles semblaient gonflées. Près de leur base existaient plusieurs petites taches blanchâtres pseudomembraneuses, faciles à enlever par le raclage. La circonférence de l'orifice aortique était de O'^OS. L'aorte, que nous n'avons pu examiner que jusqu'au dessous de l'origine du tronc brachiocéphalique, était à sa surface interne d'un rouge vif, intense, chagrinée et rugueuse au toucher; sa membrane interne épaisse, ayant près d'un millimètre d'épaisseur, s'enlevait en larges lames et avait augmenté de consistance. La tunique moyenne de l'aorte ne présentait aucune altération. La tunique externe, au contraire, offrait dans sa trame cellulaire un lacis vasculaire, riche, abondant, qui donnait à la surface externe de l'aorte, et même de l'artère pulmonaire et des auricules une teinte rosée très-marquée.

La valvule mitrale, assez souple, sans aucune plaque calcaire développée dans son intérieur, était parsemée de plaques rouges, ne s'enlevant nullement par le raclage, et sans aucun dépôt pseudomembraneux. Elle n'était pas insuffisante.

Le ventricule droit n'offrait pas de traces d'endocardite; les valvules de l'artère pulmonaire et la tricuspide étaient d'ue couleur blanchâtre, souples, saines, comme

468 LES ENTOZOAiRES; LE TÉNIA

le canal de l'artère pulmonaire. L'endocarde du ventricule droit était lisse ; la couleur de la substance musculaire était d'un rouge beaucoup moins vif, plus sombre que dans le ventricule gaucbe. Les parois des deux ventricules étaient plus épaisses que dans l'état normal. Ép aisseur du ventricule gaucbe, mesuré en avant, près de la cloison, à la base, O'"025; au milieu, O'"02; à la pointe, 0°»015.

Enincisantla substance musculaire des deuxventricules on constate la présence de buit cysticerques ainsi placés :

Cysticerques dans l'épaisseur du ventricule droit, 5

— — gauche, 3

— à la surface du ventricule droit, 3

Dans le ventribule gauche, les vers vésiculaires, au nombre de trois, étaient tous placés dans l'épaisseur de la paroi musculaire. Aucun ne faisait saillie sous l'endocarde ou le péricarde, et la palpation ne faisait pas soupçonner leur existence; tous les trois ex.istaient vers la moitié supérieure de l'organe .

La répartition des vers était plus inégale dans le ventricule droit; outre les trois indiqués d'abord à sa surfâce externe, nous en avons trouvé quatre dans l'épaisseur même de la paroi, et enfin un autre à la partie supérieure du ventricule, formant sous l'endocarde une petite tache blanche sans saillie ; en tout huit cysticerques pour le ventricule droit.

Tous ces vers, trouvés dans la paroi des deux cavités ventriculaires, offraient la même structure; la substance musculaire qui les entourait était saine, sans changement de consistance; le kyste enveloppant était d'un blanc opalin et amorphe.

Stich, qui a rapporté cette observation, met en doute

LES HYDATIDES, LES CYSTICERQUES 469

la relation de cause à effet entre la présence des cysticerques et le développement de l'endocardite; cet auteur insiste sur l'inocuité relative de ces entozoaires, aussi bien dans les muscles du tronc que dans ceux du cœur. Les faits analysés plus haut déposent en faveur de l'opinion du médecin berlinois. Cette opinion n'est pas partagée par Kuechenmeister ; il écrit (1) que le cysticerque, placé dans les muscles du cœur et surtout dans les colonnes charnues de premier ordre, peut occasionner le ramollissement de ces muscles, ultérieurement leur raccourcissement, des altérations valvulaires, et enfin des anévrismes partiels du cœur. J'ignore sur quels faits le médecin de Zittau s'est basé pour écrire ces lignes; je connais peu d'observations cliniques, recueillies sur l'homme, qui viennent à l'appui de cette description. - Dans le cœur, comme dans le tissu cellulaire, ainsi que dans les enveloppes de cerveau^ les cysticerques demeurent souvent latents.

La ladrerie de l'homme est beaucoup plus fréquente en Allemagne, et surtout à Berlin, qu'en France. Les Allemands sont également atteints d'une maladie que nous ne connaissons guère en France, la trichinose, ou l'infection par le trichina spiralis (2).

L'anatomie pathologique de V homme vient elle à l'appui delà théorie de la migration des vers?

Cette question a fait l'objet d'une note que j'ai publiée en 1862, dans les Actes du Muséum d'histoire naturelle de Bouen.

Chez mes malades, j'ai presque toujours constaté chez

(1) Kuechenmeister, Animal Parasites, trad. angl. de la soc, de Sydenham vol. I. r. 1858.

(2) Delpech, Les Trichines et la Trichinose chez l'homme et chez les animaux. (Rapport lu à l'Académie de Médecine, Annales d'hygiène publique,

série 1866.)

le même sujet l'existence d'un seul ver, d'une seule variété d'Entozoaires ; ainsi, c'étaient tantôt des hydatides avec échinocoques, ou des cysticerques ladriques, mais presque jamais les deux ensemble. Dans ce travail, j'ai rapporté (obs. X.)rhistoired'unefemiue qui avait eu antérieurement un ténia, et présenta à l'autopsie des cysticerques du cerveau et des muscles. Dans l'observation de ce même article, une femme ayant eu un ténia, fut atteinte ultérieurement d'une bydatide des méninges; enfin un troisième malade, dont je rapporte ici l'histoire, avait simultanément un kyste hydatique dans le foie, et des cysticerques des méninges cérébrales ainsi que du tissu cellulaire sous-cutané.

Observ. xïv. Kyste hydatique du foie suppure^ ouvert spontanément dans le péritoine ,périton ite^ cysticerques du cerveau et des muscles. Mort. Un homme d'une cinquantaine d'années environ, entre en septembre 1853, à l'hôpital de la Charité de Paris, salle Saint-Ferdinand (service de M. Cruveilhier). 11 n'accusait que des douleurs abdominables lancinantes, développées surtout dans l'hypochondre droit. Le foie dépassait le rebord des fausses côtes droites de deux travers de doigt, il ne présentait aucune bosse lisse à la surface ; le ventre était météorisé, semsible à la pression . Sur la surface de l'abdomen, et placée au-dessous de la peau, existait une tumeur dure, lisse hémisphérique^ du volume d'une grosse amande, indolore spontanément et à la pression. Trois autres tumeurs de même aspect, sans changement de couleur de la peau, existaient, l'une du volume d'une amande, à la face antérieure et moyenne de l'avant-bras droit, une deuxième à la partie interne et moyenne de l'avant-bras droite et enfin la troisième, au niveau du bord du muscle grand pectoral. Dans les derniers jours de la vie, la fièvre augmenta, il survint quelques vomissements.

LES HYDATIDES, LES CYSTICERQUES 471

Ouverture du cadavre le 27 septembre 1853. On constate Texistence des mêmes tumeurs sous-cutanées que pendant la vie. Dans la pie-mère cérébrale, se rencontraient trois kystes du volume d'un groé pois, à enveloppe séreuse lisse, sans paroi fibreuse,, et contenant chacune d'elles, un cysticerque parfaitement reconnaissable à sa grosse vésicule caudale, et à la vésicule céphalique un peu rentrée dans la première. Examinée au microscope, à un grossissement de 200 diamètres, la tête présentait une couronne de crochets très-reconnaissable. Un de ces cysticerques existait à la face supérieure et moyenne de l'hémisphère droit, un autre à la face inférieure du cerveau, dans l'épaisseur de la pie-mère, un peu en avant de l'espace sous arachnoïdien antérieur, enfin un troisième en avant de la scissure de Sylvius du côté gauche. Un kyste d'apparence hydatique du volume d'un œuf de pigeon, dans lequel nous ne pûmes découvrir, malgré de patientes recherches microscopiques, ni cysticerque, ni échinocoque, ni même de crochets, existait dans l'hémisphère cérébral gauche en avant du ventricule latéral. Les viscères intrathoraciques étaient sains. Péritonite suppurée. Le foie est volumineux^ hauteur du lobe droit, O'^Ad; du lobe gauche 0".17. Largeur 0"°. 26. Le foie contenait à sa face inférieure une tumeur du volume du poing d'un adulte, dont la partie la plus superficielle amincie et perforée de plusieurs ouvertures, laissait couler dans le péritoine le pus qu'elle renfermait. Le contenu du kyste était formé par du pus, et des membranes hydatiques, plus ou moins altérées, mais parfaitement reconnaissables,Un autre kyste moins volumineux, sans communication aucune avec le précédent^ existait dans la face supérieure du lobe droit. Nous n'avons pas rencontré, dans ce kyste, d'échinocoques ou de crochets. Les autres organes de Tabdomen étaient

472 LES ENTOZOAIRES; LE TÉMA

sains; le tube digestif ne contenait pas de ténia. Les tumeurs sous-cutanées, indiquées plus haut, renfermaient chacune un cysticerque identique à ceux que nous avons décrits dans les enveloppes du cerveau; je n'en ai pas rencontré, dans beaucoup de muscles que j'ai examinés.

On rencontre donc dans ces faits les coïncidences suivantes : 1° Ténia, cysticerques du centre nerveux. 2" Ténia, hydatide du cerveau. 3° Hydatides du foie. Cysticerques du cerveau et des muscles.

Les faits de ce genre, relatés dans la science, sont restés jusqu'ici presque isolés, et cependant si l'on adopte la théorie de MM. Kuechenmeister, de Siebold, Van Beneden, cette coïncidence devrait exister assez fréquemment, puisque le cysticerque, comme l'échinoco^ que, proviennent l'un et l'autre d'un scolex unique; aussi demandons-nons de nouveau pourquoi n'observet-on pas chez le même individu des échinocoques et des cysticerques, ou un ténia et des cysticerques? Pourquoi dans certains pays observe-t-on de préférence des échinocoques, comme en Islande, et dans d'autres, des cysticerques, comme à Berlin? Il est vrai que M. de Siebold a prétendu que les tumeurs sous-cutanées que l'on rencontre chez les Islandais atteints d'échinocoques du foie, si communs dans ce pays, étaient des cysticerques du tissu cellulaire ; mais depuis, on a reconnu l'erreur et démontré que les tumeurs sous-cutanées contenaient, elles aussi, et d'une manière exclusive, des échinocoques. Malgré cette difficulté de démontrer ce fait positif, la la coïncidence fréquente des divers produits du même scolex, suivant l'habitat, chez le même individu, les partisans de la théorie des migrations et des générations alternantes, ont voulu tirer de leur théorie des déductions appUcables à la clinique; ainsi M. Kuechenmeister prétend que le diagnostic des cysticerques du cerveau

LES HYDATIDES,.LES CYSTICERQUES 473 ne peut guère être établi que par la présence simultanée de cysticerques ailleurs, ou d'un ténia existant antérieurement chez le même individu. Il rapporte, il est vrai, que de Graefe diagnostiqua chez un malade la présence d'un cysticerque dans l'œil, parce que ce malade avait en même temps un ténia (1). Je n'ai pas une grande foi dans la valeur des signes diagnostiques du médecin de Zittau, puisque c'est cette règle de coïncidence que je conteste, et dont je demande des preuves. Stich n'a pas été plus heureux que moi, il note qu'il n'a pas trouvé de ténia chez les malades atteints de cysticerques ; il a aussi fait la remarque que ces individus n'avaient pas en général auprès d'eux d'animaux domestiques dont le voisinage serait si redoutable au dire de MM. Kuechenmeister et Van Beneden.

Le mode d'alimentation de mes malades était quelquefois presque exclusivement végétal. Une femme, qui m'a présenté des cysticerques du cerveau et des muscles, se nourrissait exclusivement de végétaux, et j'ai pu ra'assurer personnellement de ce fait pendant son séjour prolongé dans les salles de l'Hôtel-Dieu de Rouen. Cette question de l'influence de Talimentation sur le développement des entozoaires a du reste été résolue d'une manière très-différente par les auteurs. Ainsi, tandis que les uns font remonter à l'alimentation animale la cause du développement des entozoaires, d'autres, comme E. Thompson, l'attribuent à l'alimentation végétale exclusive.

Le mode de migration de l'entozoaire chez l'homme et l'animal est encore aujourd'hui une question discutée. Plusieurs naturalistes, et entre autres mon regretté collègue F. -A. Pouchet, montrent combien est hypothétique,

(1) Graefe, Archiv fur Ophthalmoîogie .

cette théorie de la migration des vers, qui leur attribue le pouvoir de perforer les tissus au moyen de leur tête. Si le scolex du ténia, dont l'armature est beaucoup moins forte que celle du sujet adulte, peut perforer les tuniques intestinales, comment se fait-il que la couronne de crochets si forte du ténia adulte n'ait aucune action fâcheuse sur les tuniques de l'intestin? D'ailleurs ces scolex n'ont jamais été rencontrés engagés dans l'épaisseur de nos tissus. Stein a décrit, il est vrai (i), les perforations des tissus par ces embryons devers, d'après des observations faites sur les insectes, mais personne, à ma connaissance, n'a vérifié ces observations sur l'homme ou sur les animaux supérieurs. Je fais cette réserve à cause de la fréquence extrême des vers et des kystes ou tubercules vermineux dans certaines espèces animales. L'étude de ces kystes vermineux chez l'homme, entreprise par Virchow, est encore trop peu avancée pour permettre de rien conclure. La pénétration du scolex à travers nos tissus semble donc plutôt supposée qu'admise.

La voie par laquelle s'opère la migration des vers chez l'homme serait, suivant quelques auteurs, l'appareil de la circulation. Déjà on a montré comment la pénétration des embryons à travers les voies absorbantes était dif" ficile à admettre, et l'on n'a pas encore vu, que je sache, d'embryons engagés dans les organes absorbants. On manque presque autant de faits de pénétration d'entozoaires dans les voies circulatoires; sans parler des hématozoaires, qui n'ont rien de commun avec les vers vésiculaires, le cysticerque où l'échinocoque,, on connaît peu de faits de la présence de ces vers dans le sang. Je ne fais que mentionner l'observation si connue de M. An-

(1) Siein, Siebold's und Kôlliker's Zeilschrift fur Wissenschaflcilhe, Zoologie.

LES HYDATIDES, LES CYSTIÇERQUES 475

dral, où le savant médecin trouva simultanément des hydatides dans les veines pulmonaires et le foie , sans que le poumon et les artères pulmonaires en renfermassent aucune trace. Il existe une autre observation, celle da Wunderlich, aussi peu concluante pour la solution de la question ; Leuckart seul a trouvé des vers dans la veineporte. Ces quelques faits sont-ils suffisants pour faire admettre, comme le dit Yan Beneden, le transport des échinocoques dans le sang? Je ne le crois pas. Davaine reconnaît la possibilité d'une embolie vermineuse du distome hépatique qu'il décrit dans des régions fort éloignées du corps, et qu'il suppose y avoir été contenu dans les vaisseaux de la surface des téguments. Je renvoie pour les détails à l'article de son excellent livre, où l'on pourra voir que notre savant ami ne donne pas cette opinion comme parfaitement démontrée (1). Cohn, dont on connaît le travail sur les embolies vasculaires, après avoir fait lui-même plusieurs expériences sur les animaux, n'est arrivé à aucun résultat, et proclame la question irrésolue.

Les observations cliniques ne démontrent nullement la migration des vers ou de leurs embryons à travers les voies circulatoires. Chacune des deux circulations,la grande comme la petite, tamise son liquide à travers un crible capillaire très-étroit, représenté par le poumon, le foie et même les réseaux capillaires de la périphérie. Si la cavité du tube digestif est la première voie par laquelle pénètrent les embryons des vers, il est rationnel de supposer, malgré toute l'intelligence ou le discernement dont on a doué si gratuitement peut-être ces petits êtres, que quelques-uns de ces embryons s'arrêteront dans certains endroits étroits, dans des réseaux capillaires,

(1) Davaine, Traité des Entozoaires.

476 LES ENTOZOAIRES; LE TÈNIA

surtout si cet habitat se trouve être favorable à leur développement ou transformation ultérieure. Ainsi, un embryon de ténia, un scolex introduit dans les voies digestives et laissé dans la veine-porte, aurait à traverser le foie, à pénétrer dans les veines sus-hépathiques; il aura alors toute tendance à se développer dans le foie. On se demande comment cet embryon ou plusieurs de ces embryons traversent successivement, sans s'y arrêter, le foie, le poumon, et se développent quelquefois en grand nombre dans le cerveau. C'est cependant ce que tous les anatomopathologistes ont observé et ce que j'ai vu moi-même.

Une autre voie de transport des vers a été supposée c'est celle par les voies lymphatiques; Zenker admet ce transport comme possible pour le trichina. Yirchowcroit également que le trichina, développé dans l'intestin, passe dans les lymphatiques et de là dans les muscles. Mais il faut remarquer que ce sont des animaux tous formés, déjeunes trichinas qui passent ainsi dans les voies circulatoires de la lymphe. En raisonnant par analogie et arguant de quelques faits cliniques, ou pourrait supposer que le cysticerque, lui aussi peut-être transporté au moins comme embryon, dans les voies lymphatiques de quelques individus présentant des cysticerques dans beaucoup d'autres organes.

On voit donc que' l'anatomie pathologique de l'homme n'a pas encore beaucoup déposé en faveur de l'hypothèse de Kuechenmiester et van Beneden.Uhistoire des travaux entrepris sur le trichina doit nous imposer une grande réserve, car elle nous prouve qu'il a fallu, après de nouvelles expériences, abandonner l'hypothèse delà dépendance du trichina et du tricocephalus dispar, deux espèces de ver dont on avait voulu faire deux espèces, deux phases de développementdu même individu. Ainsi devons-

LES HYDATIDES, LES GYSTIGERQUES 477

nous^ nous autres médecins et hygiénistes, nous préserver autant de l'indifférence scientifique et de la répulsion systématique des nouvelles découvertes de la science, que d'un entraînement prématuré, pour adopter des théories encore hypothétiques, ou peu démontrées.

Conclusions : \° Le ténia armata n'est pas rare à Rouen ; la population aisée paraît en être atteinte plus fréquemment que la population ouvrière.

2" Le ténia se manifeste souvent chez des personnes hahitant ensemble, ou appartenant à la même famille. L'usage de la viande crue en est une des causes certaines.

3° Le ténia donne fréquemment lieu à des troubles du système nerveux, tantôt fort légers, tantôt très-graves, et pouvant aller même jusqu'à l'aliénation.

4* La thérapeutique la plus variée échoue quelquefois dans la cure radicale du ténia .

5° Les hydatides se rencontrent fréquemment dans le foie.

6o J'ai vu la tumeur acéphalocystique du foie, provoquer une péritonite par propagation, ou par communication avec la séreuse abdominale. D'autres fois la tumeur s'ouvre dans les canaux biliaires, dans la veine porte.

7° Dans la cure radicale de la tumeur hydatique du foie, il est très-important d'entretenir la largeur de l'orifice fistuleux. Le meilleur moyen pour obtenir ce résultat consiste dansl'introduction d'un cylindre de racine de guimauve.

8° Les hydatides du poumon sont assez rares. J'ai constaté Tinflammation purulente localisée entre le parenchyme pulmonaire induré et le kyste hydatique. La guérison par évacuation spontanée par les bronches n'est pas très-rare.

9° Les kystes hydatiques du cerveau sont assez rares; ils provoquent des accidents sérieux de compression ; le

478 INTOXICATION SATURNINE CHRONIQUE

développement de ces accidents est en général, lent et graduel.

10° Les kystes hydatiques du bassin sont souvent con* fondus avec des déplacements de l'utérus.

11" Les cysticerques se rencontrent assez fréquemment dans le cerveau et surtout dans l'épaisseur de la piemère.

12° Les cysticerques dans la pie-mère cérébrale peuvent ne provoquer aucun accident.

13" Les cysticerques situés dans le voisinage des ventricules peuvent provoquer une augmentation du liquide cépbalorachidien, et simuler une méningite tuberculeuse. D'autresfois les cysticerques provoquent des convulsions, des paralysies localisées, enfin une grande variété d'accidents.

14° Les cysticerques du cœur sont assez rares, au moins en France, l'entozoaire y est souvent latent, il semble cependant provoquer quelquefois des accidents variés.

15° L'anatomie pathologique de l'bomme ne dépose pas en faveur de la théorie de van Beneden et de Kuechenmeister.

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