‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Rouen [electronic resource]Chapitre 28 sur 38 · DE LA FUMÉE DE TABAC S · texte numérisé non relu

DE LA FUMÉE DE TABAC S

classe, âgé de 22 ans, a été affecté de pneiinioiiie et traité par l'émétique à dose modérée (30 à 40 centigrammes par vingt-quatre heures) pendant cinq jours. Le médicament était suspendu pendant deux jours, quand, au début de la convalescence, le malade est tombé tout à coup dans un état d'hyposthénie extrême, avec pâleur de la face, sueurs froides, nausées et état de défaillance continue, faiblesse très-grande du pouls. Nous ne pouvions pas rapporter ces symptômes à l'action du tartre stibié, puisqu'il était suspendu depuis quarante-huit heures ; heureusement nous arrivâmes bientôt à découvrir qu'ils provenaient d'un véritable empoisonnement par du tabac, que le malade avait mâché en assez grande quantité dans la journée. L'administration immédiate des toniques, bouillon chaud, thé, eau vineuse tiède, ramena promptement la chaleur et ranima les forces. »

Les causes que je viens de passer en revue constituent des conditions prédisposantes à l'action nocive de la famée de tabac; un autre agent, qui agit dans le même sens, produit lui aussi l'altération du sang et du système nerveux, Talcool, serait presque un antagoniste. Ainsi Richardson (1 ) écrit que l'usage du tabac à fumer arrête les effets de l'intoxication alcoolique. Cette proposition me semble au moins très-hasardée. Je suis loin de croire que l'absorption de la fumée de tabac arrête le développement de l'ivresse alcoolique ; quant aux effets de l'intoxication alcoolique chronique, je possède de nombreuses observations qui démontrent le contraire. Le tabac est le plus souvent nuisible chez l'alcoolisé, soit en exagérant les accidents de dyspepsie provoquée par la gastrite chronique^ soit en augmen-

(1) Richardson, Loc. cit., p. 28.

LEODET. — Clin, iiiùd.

578 CIRCONSTANCES QUI PROVOQdlîNT L'INTOLÉRANGIî

tant lès perturbations du système nerveux, comme le tremblement oU les vertiges.

L'épuisement du système nervenx à la suite de fatigties intellectuelles ou somatiques,, prédispose aux mêmes accidents. Tous les auteurs ont décrit les palpitations, battements des artères, bruits dans les oreilles, vertiges et défaut d'équilibre qui survieiinent chez les fumeurs. Ricbardson, qui les décrit également, ajoute que si ces accidents se produisent cbez un individu qui commence à fumer, ils doivent l'avertir de renoncer à l'usage du tabac. 11 faudrait ajotiter encore que cette surexcitatioii dii système nerveux vasomoteur peut se produire dans Certains épuisements physiologiques et pathologiques. La fatigue intellectuelle produit une surexcitation du système nerveux vasomoteur, provoque l'accélération des battements du cœiir, des vaisseaux, surexcite même, chez certains individus, les sécrétions. Sous l'influence de cette prédisposition^ la fumée du tabac augmente les vertiges, détermine même, parfois. Un trouble de l'équilibre ou des fourmillements aux extrémités. Cet état, parfaitement décrit par qUelqiies individus^ n'a en général qu'une courte durée, et cesse même quelquefois^ quand l'individu continue de fumer. Je rapprocherai de cet épuisement, pour ainsi dire, du système nerveux, une forme particulière de surexcitation du système cardio vasculaire qui apparaît dans la phthisie. Un jeune homme de vingt- quatre ans, présentant des signes locaux stéthoscopiques d'une tuberculisation pulmonaire, souffrait de palpitations, de dyspnée ; bien qiie fumeur invétéré, il avait remarqué que la fumée de quelques bouffées de tabac lui produisait une amblyopie momentanée et des vertiges incommodes, si bien qu'il avait dù renoncer au tabac. Je n'attribue pas cette influence nocive du tabac à la tuberculisation pulmo-

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