VIII PRÉFACE
hôpital dans un autre; en province l'observation du malade est suivie d'une manière beaucoup plus prolongée. Sur un total de huit à neuf cents malades, soignés chaque année dans ma division de l'Hôtel-Dieu de Rouen, cent cinquante au moins en moyenne ont été admis antérieurement dans mes salles. Pour tirer parti de cet avantage précieux, j'ai constamment recueilli depuis vingt ans une note clinique sur chaque malade soigné dans mes salles. J'ai pu recueillir ainsi Thistoire de malades observés pendant une série d'années. Gairdner l'a dit avec raison, l'observation des malades d'hôpital continuée pendant de longues années fournirait de précieux enseignements. C'est cette méthode qui a inspiré plusieurs travaux de mon excellent camarade et ami Notta, auquel je dois un fait très-intéressant que l'on trouvera consigné dans un des chapitres de ce livre.
L'observation clinique offre donc un champ d'études toujours nouveau au médecin, et si j'ai du me restreindre dans l'étude de la clinique, j'ai eu présent à l'esprit ces lignes de Cl. Bernard : « La médecine est si vaste que jamais on ne peut espérer trouver un homme qui puisse en cultiver avec fruit toutes les parties à la fois. » Le fait médical est d'ailleurs d'une haute importance, il est le point de départ de nos recherches, et il sert de sanction, de contrôle à l'expérimentation. « Il faut, dit Cl. Bernard {Introd, à l'étude de la médecine expérimentakj p. 349, 1865), poser d'abord le problème médical, tel qu'il est donné par l'observation de la maladie, puis analyser expérimentalement les phénomènes pathologiques, en cherchant à donner l'explication physiologique. Mais dans cette analyse l'observation médicale ne doit jamais disparaître ni être perdue de vue, elle reste comme la base constante ou le terrain commun de toutes les études et de toutes les explications. »
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Dans tous les articles de cet ouvrage, j'ai coDsacré une large part aux observations, et l'un de mes excellents amis Broca auquel je communiquais le plan de mon ouvrage, me conseillait de lui donner le titre d'observations et mémoires de médecine. J'ai cité cette opinion d'un de nos savants les plus distingués pour justifier le plan de mon œuvre, qui doit être la reproduction de la pratique beaucoup plus que le dogmatisme d un professeur imposant son autorité, tyrannie qui n'existe guère dans la science de nos jours, et qui n'a plus de chances de succès.
Dans le livre que je publie aujourd'hui, j'ai usé largement de la liberté de la clinique, choisissant mes sujets suivant le hasard de l'observation, leur donnant l'étendue qui me semblait préférable, mais ne cherchant jamais à épuiser mon sujet.
J'aurais pu reproduire mes publications antérieures éparses dans une foule de recueils, j'ai préféré à cette reproduction textuelle une nouvelle étude de ces mêmes sujets, appuyés sur une expérience pratique plus prolongée. C'est en suivant ce plan que j'ai réuni mes travaux antérieurs sur les Entozoaires, sur la Phthisie des alcoolisés, sur le Diabète.
D'autres parties de mon livre sont inédites, telles sont l'article sur la Pijléphlébite interstitielle du Foie, sur les Accidents cérébraux du rhumatisme, les Rétrécissements ae rintestin, la Méningite chronique. Je dois faire observer à propos de ce dernier travail, que pendant l'impression de mon manuscrit, les archives de Yirchow ont publié un article de Mosler sur le même sujet. Je regrette de n avoir pu utiliser les résultats de Mosler dans la composition de mon travail sur la Méningite chronique, j'ai eu la satisfaction de constater que Tauteur allemand avait signalé, comme moi, l'influence pathogénique
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de l'inflammatioii chronique des enveloppes du cerveau sur la Polyurie.
Parmi les sujets de mes articles, quelques-uns empruntent leur principal intérêt à la longue durée de l'observation des malades qui leur servent de base, tels sont surtout ceux sur la Phthisie des alcoolisés et sur la Curabilité de Vascite. La tuberculose offre-t-elle quelques cai'actères particuliers quand elle se développe chez des individus qui abusent habituellement des boissons alcooliques? Cette étude avait déjà fait le sujet d'une communication au 2^ Congrès médical de France, siégeant à Lyon. J'avais conclu que la tuberculose ne présente rien de spécial dans ces conditions. Depuis cette première publication, on a cru que l'alcoolisme prédisposait au développement de la tuberculose miliaire. Cette opinion méritait d'être discutée, et soumise de nouveau au contrôle de l'observation. Cette prédisposition spéciale, si elle existait, tendrait à militer en faveur de la différence de nature de la tuberculose miliaire et de la pneumonie caséeuse, la tuberculisation infiltrée de Laennec. Je n'ai rien trouvé qui justifiât cette opinion, et là, comme dans beaucoup d'autres travaux, je ne trouve pas la preuve de la différence essentielle de nature de la tuberculose miliaire et de la pneumonie caséeuse. L'unité morbide créée par Laennec ne me semble pas encore ébranlée.
Dans mes recherches sur la curabilité de l'ascite, je me suis efforcé de déterminer les caractères des épanchements séreux intra-péritonéaux, susceptibles de guérison. Cette détermination entraîne naturellement l'exposé des moyens qui facilitent la cure. Lors même que cette cure radicale n'est pas possible, le médecin peutêtre encore utile en soulageant le malade, en éloignant la terminaison fatale qui paraît inévitable. C'est dans ce