ROLE DE L'HÉRÉDITÉ
« Selon Olgive, » cité par Boudin dans un travail 1 dont j'aurai tout à l'heure à vous présenter une sorte d'analyse ; « selon Olgive, une femme d'Aberdeen, mariée deux fois, avait eu des enfants des deux lits. Tous ces enfants étaient scrofuleux comme l'avait été le premier mari de leur mère, quoique celle-ci, ainsi que son second mari, fussent tout à fait exempts de cette maladie. »
Vidal (de Cassis) raconte 2 qu'une femme dont le premier mari avait eu une vérole très rebelle, eut un enfant qui mourut avec les signes les plus évidents da la syphilis ; puis, après la mort de ce mari, cette femme, qui était parfaitement saine, ayant contracté un second mariage avec un homme complètement sain, mit au monde, quatre ans après sa première union et après des rapports seulement avec son nouveau mari, un enfant syphilitique.
Quelque peu concluants que soient ces faits pris isolément, quelque singuliers qu'ils paraissent, ils perdent, ce me semble, une partie de leur singularité et donnent tout au moins à réfléchir, lorsque l'on considère qu'il peut arriver dans l'ordre des faits pathologiques ce qui arrive dans l'ordre des faits biologiques, aussi bien d'ailleurs dans l'espèce humaine que dans les divers degrés de l'échelle animale.
Or, il est maintenant acquis à la science zoologique que des femelles, — l'expérience en a été souvent renouvelée chez les animaux domestiques, — sont susceptibles de produire, dans une seconde parturition, des individus ayant des traits de ressemblance marqués avec des mâles par lesquels leurs mères avaient été fécondées à une époque antérieure. Pour prendre un exemple vulgaire, beaucoup d'entre vous savent assurément qu'il n'est pas rare devoir des chiennes mettre bas des petits ressemblant, soit de forme, soit de couleur, à ceux d'une précédente portée, et ne ressemblant en rien à leur père.
Relativement à l'espèce humaine, le docteur Nott3 parle de négresses qui, après-avoir eu des enfants d'un blanc, continuèrent de produire des enfants mulâtres avec un mari nègre. D'après le docteur Simpson (d'Edimbourg), une jeune femme, née de parents blancs et qui avait un frère mulâtre né avant le mariage, portait des marques incontestables de sangnoir 4. Le docteur Dyce dit avoir connu une femme créole ayant eu des enfants blonds d'un Européen, et qui, mariée ensuite avec un créole, aurait eu de ce dernier des enfants ressemblant à son premier mari autant par les traits que par le teint.
1. Ch. Boudin, Dangers des unions consanguines et nécessité du croisement dam l'espèce humaine et parmi les animaux (Annales d'hygiène publique et de médecine légale, 2e série, t. XVlIf, 1862, et tirage à part).
2. Vidal (de Cassis), Traité des maladies vénériennes, 2e édit., Paris, 1855, p. 539.