XLV. — TÉTANIE
Causes : l'allaitement et l'état puerpéral sont les plus fréquentes; influence d'une diarrhée antérieure; action du froid. — Forme bénigne; les manifestations locales sont tout. — Forme moyenne : les contractures se généralisent. — Forme grave : intensité des accidents convulsifs ; mort possible. — Nature de l'affection. — Traitement.
Messieurs,
Je consacrerai cette conférence à l'étude clinique d'une étrange affection dont j'ai souvent eu occasion de vous montrer des exemples dans nos salles : je veux parler de ce que l'on a successivement désigné sous les noms de tétanos intermittent, de contracture et de paralysie idiopatique, de spasmes musculaires idiopathiques, de contracture des extrémités, de ce que j'ai appelé moi-même contracture rhumatismale des nourrices, dénominations auxquelles je préfère, pour des raisons que je vous exposerai, celle de contracture rhumatismale intermittente, et mieux de tétanie.
Généralement sans gravité, bien que parfois elle effraye les malades qui en sont atteints, et qu'elle puisse en imposer aux médecins qui la méconnaissent, cette affection se développe dans les conditions qui se rencontrent trop habituellement, sous l'influence de causes trop communes, pour ne pas avoir existé de tout temps. Cependant, soit qu'elle fût restée ignorée, soit plutôt que les accidents qui la caractérisent aient été confondus avec d'autres espèces de phénomènes convulsifs, il n'en existe aucune description dans les anciens auteurs, et c'est à peine si dans leurs écrits nous trouvons épars quelques faits présentant une certaine analogie avec ceux que nous observons aujourd'hui. L'histoire de la tétanie appartient donc à notre époque. C'est en effet depuis trente ans, c'est surtout dans ces dernières années, que l'attention a été plus particulièrement appelée sur elle.
Le mémoire de Dance1 date de 1831. A ce travail, le premier qui parut sur la matière, succédèrent bientôt ceux de MM. Tonnelé2, Constant3, Murdoch4, de La Berge3. Depuis lors la tétanie eut sa place dans
1. Dance, Observations sur une espèce de tétanos intermittent (Archives générales de médecine, 1831).
2. Tonnelé, Mémoire sur une nouvelle maladie convulsive des enfants (Gazette médicale, t. 1IÏ, n° 1, 1832).
3. Constant, Observations et réflexions sur les contractures essentielles (Gazette médicale, 1832, p. 80; et Bulletin de thérapeutique, 1835).
4. Murdoch, Considérations sur les rétractions musculaires et spasmodiques [Journal hebdomadaire^. VIII, 1832, p. 416).
5. De La Berge, Note sur certaines rétractions musculaires de courte durée, etc. (Journal hebdomadaire des progrès, etc., t. IV, 1835).
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les ouvrages classiques, ou du moins MM. Rilliet etBarthez, M. Barrier, dans leurs traités spéciaux sur les maladies des enfants, MM. Monneret et de La Berge1, leur consacraient d'importants articles. En 1843, paraissait le mémoire de MM. Teissier et Hermel2, et Tannée suivante, M. Imbert-Gourbeyre prenait pour sujet de dissertation inaugurale : De la contracture des extrémités.
Les observations s'étaient multipliées, plusieurs avaient été consignées dans différents journaux de médecine; pour ma part, j'en avais recueilli un nombre assez important dans le service de l'hôpital Necker dont j'étais chargé, et j'en avais plus d'une fois fait l'objet de mes leçons cliniques, lorsqu'en 18-16, M. Delpech, alors mon interne, soutint sa thèse sur les spasmes musculaires idiopatkiques, résumant avec talent les travaux antérieurs et ajoutant des faits nouveaux à ceux jusque-là connus. Six ans plus tard, M. Lucien Corvisart reprenait le même sujet, proposant de remplacer le nom de contractures des extrémités par celui de tétanie. En 1855, une communication de Aran à la Société de médecine des hôpitaux de Paris, devenait le point de départ d'une intéressante discussion sur cette maladie. Enfin, plus récemment encore, en 1857, M. Rabaud exposait le résultat de ses Recherches sur l'histoire et les causes des contractures des extrémités 3. Toutefois, l'auteur de cette monographie, longue et consciencieuse d'ailleurs, tombait dans une déplorable confusion, en comprenant sous un même titre toutes les espèces de contractures.
L'affection dont je veux vous entretenir est une espèce bien distincte. Les conditions de son développement, les causes qui semblent la produire, la forme des accidents, leur marche, constituent pour elle autant de caractères nettement définis.
Comme les premières malades que j'en vis atteintes dans mon service de l'hôpital Neker étaient exclusivement des femmes récemment accouchées, qui allaitaient leurs enfants, je crus d'abord que cette affection était spéciale aux nourrices, et je l'appelai contracture rhumatismale des nourrices; mais je ne tardai pas à me convaincre, d'ailleurs d'autres l'avaient dit avant moi, que l'allaitement n'était pas la seule condition de son développement.
On doit néanmoins le reconnaître, Y allaitement constitue peut-être la cause prédisposante la plus active et la plus fréquente des contractures intermittentes. Je ne chercherai pas à vous expliquer pourquoi et comment il en est ainsi; mais à défaut de l'explication, l'observation clinique reste; et, à n'en juger que par ce qui se passe sous nos yeux, cette influence est incontestable, puisque dans celte partie de notre salle Saint-