FIÈVRE CÉRÉBRALE
appelé la rongeur sur les points que nous touchions, mais jamais cette rougeur n*était comparable par son intensité et par sa durée à celle que nous déterminions chez les individus afîectés de fièvre cérébrale, alors même que nos frictions, dans ces cas, étaient très-légères. De plus, sa persistance ici était bien autrement prolongée ; et non-seulèment elle occupait les parties qui avaient été directement touchées, mais encore elle s*étaiait à plusieurs centimètres au delà, tandis que, dans les autres cas, elle restait parfaitement limitée aux points sur lesquels on l'avait développée. Si je ne crains pas d'insister autant sur ce signe, c'est parce qu'à mon avis, il a, je le répète, dans un grand nombre de circonstances, une signification réelle, alors surtout qu'il s'agit d'éviter In confusion possible entre la fièvre cérébrale et d'autres maladies, telles que la fièvre typhoïde accompagnée d'accidents cérébraux, telles que les convulsions, que ces convulsions surviennent au début des pyrexies exanthémateuses, des phl^masies graves pulmonaires ou autres, ou qu'elles soient essentielles. Presque jamais, dans l'éclampsie, la tache ne se produit; et si elle se retrouve dans la dothiénentérie, ainsi que je viens de vous en donner un exemple, il est rare qu'elle se manifeste avec la même intensité, qu'elle ait la même persistance, qu'elle apparaisse à toutes les périodes de la fièvre.
D'après ce que je viens de vous exposer, il n'y aurait donc aucun signe à proprement parler et invariablement pathognomonique de la fièvre cérébrale ; mais ici, comme d'ailleurs dans ce qui est du domaine de la clinique, ce ne sont point des symptômes pris isolément, c'est leur ensemble, leur mode d'apparition et d'évolution, ce sont les rapports qu'ils ont entre eux qui caractérisent la maladie. Ce n'est point un coin seul du tableau, c'est tout le tableau qu'il faut regarder ; ce n'est pas une seule scène du drame, c'est le drame tout entier qu'il faut voir pour le bien connaître. Toutefois^ pour en écrire l'histoire, nous sommes obligé d'avoir recours à l'analyse , d'admettre des divisions qui facilitent la description.
Nous admettrons donc dans la fièvre cérébrale trois périodes qui, sans se montrer constamment, à beaucoup près, sans avoir entre elles des limites toujours parfaitement tranchées, se distinguent cependant assez nettement les unes des autres par certains symptômes prédominants. La première période, période prodrmnique^ occupe une place très-importante. Le médecin qui a le plus insisté sur ce fait est Rilliet (de Genève), le collaborateur de mon honorable collègue M. Barlhez dans ses recherches sur les maladies des enfants. Rilliet a rapporté un assez grand nombre d'observations de sa pratique dans lesquelles il a pu prévoir la plus ou moins prochaine éclosion de la fièvra cérébrale à certains signes que je vais vous indiquer.
Un changement dans les manières d*être du malade (nous parlons de ce qui arrive chez les enfants) est un phénomène qui annonce, non pas toujours, mais dans un assez grand nombre de cas , l'imminence de la fièvre cérébrale. Ce changement se manifeste pendant plus ou moins longtemps, un mois, six semaines, deux, trois et quelquefois plusieurs mois avant que le mal fasse ex*
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plosion. G*est ane tristesse dont rien ne rend compte ; Tenfant prend à ses jeux moins de plaisir qu*à l'ordinaire : son caractère s'aigrit, devient encore plus facilement irritable à l'égard de ses parents, de ses frères, de ses camarades. En même temps, et c'est là un fait d'une réelle valeur, on constate un assez notable degré d* amaigrissement. Quelquefois il y a des vomissemerUs bilieux que rien n'explique, et revenant à intervalles plus ou moins rapprochés. Le sommeil n'est plus aussi profond qu'il Tétait autrefois, ou même c'est Yinsomnie complète qui lui succède ; dans quelques cas, ce sommeil imparfait est agité , troublé par des rêves pénibles, par des réveils en sursaut accompagnés par ces cris caractéristiques qui plus tard se produisent davantage et que j'aurai alors à vous signaler plus particulièrement. Rilliet attribue cet ensemble de symptômes aux désordres existant déjà, et plus spécialement aux lésions cérébrales qui, bien que latentes et prenant une marche chronique ou tout au plus subaiguë, n*en exercent pas moins, dès cette époque, une fâcheuse influence sur les fonctions organiques, sur celles de l'encéphale plus que sur toutes les autres. Si l'on remarque, en effet, que chez les enfants qui succombent à la fièvre cérébrale, on trouve à peu près invariablement des productions tuberculeuses, sinon dans les viscères eux-mêmes, du moins dans les ganglions bronchiques, ou dans les ganglions mésenlériques, ou bien, ce qui est plus rare, dans les ganglions cervicaux, on comprend qu'une affection tuberculeuse puisse donner lieu à ces troubles généraux que nous indiquons, et que ramaigrissemeut plus ou moins notable en soit la conséquence. Quant aux symptômes cérébraux, le changement de caractère, l'iusomnie ou le sommeil agité, interrompu, les cris poussés par le malade, qui semblent témoigner d'une vive douleur de tête, ces symptômes , suivant Rilliet, trouveraient encore leur explication dans les lésions encéphaliques qui se rencontrent, sinon toujours, du moins presque toujours, lorsqu'on a l'occasion de faire l'autopsie. Ces lésions consistent en des granulations répandues sur les méninges à la périphérie du cerveau, dans la scissure de Sylvius, productions qui sont de nature tuberculeuse ainsi que l'analyse microscopique l'a constaté ; or, on conçoit que le travail morbide qui précède et accompagne l'évolution de ces produits morbides, quelque lent qu'il soit, n'en a pas moins une influence fâcheuse sur les fonctions de l'appareil central de l'innervation.
Je ne nie pas, messieurs, que ces phénomènes prodromiques ne se montrent pas plus souvent au début de la fièvre cérébrale que de toute autre maladie, mais ce serait exagérer leur valeur que les considérer, ainsi que l'a fait Rilliet, comme exclusivement caractéristiques de l'affection encéphalique. Ils me paraissent, en effet, se rattacher beaucoup moins à une lésion locale qu'à l'état général qui, s'il aboutit ici à l'encéphalo-méningite, aboutit chez d'autres à une pleurésie latente, ou bien 5 la tuberculisation pulmonaire, ou tout au Oioins à la tuberculisation des ganglions pulmonaires ; chez d'autres enœrc, à ce qu'on appelle le carreau^ c'est-à-dire à la tuberculisation du péritoine et k l'engorgement tuberculeux des ganglions méseutériques.
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Lee accidents prodromiques indiquent donc plutôt une opportunité morbide qu'une maladie déclarée. Nous savons combien le caractère d'un enfant se modifie sous l'influence du plus petit malaise ; cette modiQcation s'obserre d'ailleurs souvent aussi cbez les adultes, et il en est bien peu parmi nous qui ne l'aient éprouvé à l'occasion d'une indisposition même légère. Chez les jeunes sujets elle est d'autant plus frappante, elle survient d'autant plus facilement, que chez eux le caractère a plus de mobilité. Il n'est donc pas besoin, poor expliquer la tristesse, la morosité des individus placés sous l'influence d'une fièvre cérébrale imminente, pour expliquer leur répugnance inaccoutumée à se mêler aux jeux de leur ftge, il n'est donc pas besoin d'invoquer l'existence d'une lésion de l'encéphale, quand ces phénomènes morbides trouvent kur raison d'être dans Tétat de malaise, provoqué par la perturbation profonde que jette dans les fonctions de l'économie la manifestation lente et fatale de la diathèse tuberculeuse.
Toutefois, bien que pouvant marquer le début d'autres affections, ces phénomènes morbides ne sont, il faut en convenir, nulle part plus prononcés que àÊÊiB la période prodromique de la fièvre cérébrale ; mais il est un point sur lequel je dois appeler particulièrement votre attention. Lorsque , chez un enfant scrofuleux ou issu de parents tuberculeux, vous avez observé les accidents prodromiques dont je viens de vous tracer le tableau, lorsque vous aurez eu manifesté vos craintes à la famille, ou renfermé en vous-même la terreur qui voua obsède, vous verrez tout à coup l'enfant reprendre sa gaieté d'autrefois et revenir à la santé, à cela près d'un peu d'amaigrissement; puis les accidents se montrent de nouveau, cessent encore, jusqu'au jour où la maladie éclate. J'ai toujours présente à l'esprit Tbistoire d'un jeune garçon que je voyais à l'hôpital de Tours, alors que j'étais étudiant en médecine. Ce jeune garçon était pris de (emps en temps de douleurs de tête horribles, avec vomissements, assoupissement, ralentissement du pouls , etc. Ces phénomènes duraient trois ou quatre jours , et chaque fois Bretonneau nous annonçait une fièvre cérébrale. Fuis cet orage se dissipait. Enfin, un jour, les accidents continuèrent sans interruption, et nous vîmes se dérouler devant nous toutes les scènes de ce triste drame que l'on appelle l'encéphalo-méningite tuberculeuse. A l'autopsie, outre les lésions ordinaires de la fièvre cérébrale, nous trouvions un gros tubercule dans les circonvolutions du cervelet et un ramollissement alentour. Il est rare, en effet, que, dans ces cas, ces accidents ne soient pas liés à l'existence de quelque altération organique cérébrale, principalement à l'existence des tubercules. Alors encore, indépendamment des symptômes que je vous ai signalés, des céphalées intermittentes, des convulsions , des paralysies partielles peuvent survenir à des intervalles plus ou moins rapprochés, jusqu'au jour où tout se* termine par une fièvre cérébrale promptement mortelle.
De ce que les choses se passent de cette façon dans l'encéphalo-méningite plus souvent que dans toute autre affection, le médecin doit donc, en présence de cet ensemble de phénomènes morbides, se tenir en garde, et ses craintes
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seront d'autant plus sérieuses que, en consultant les antécédents héréditaires du malade, il aura lieu de redouter l'existence de la diathèse tuberculeuse ; car bientôt peut-être il sera appelé à constater les accidents caractéristiques du début de la fièvre cérébrale.
Le plus ordinairement ce sont des vomissements^ et des vomissements incoercibles qui ouvrent la scène. Dans un grand nombre de circonstances, on ne s'en préoccupe pas d'abord ; on ne voit là qu'une indisposition légère, et comme un moment avant que ces vomissements survinssent, le malade ne paraissait pas plus souffrant que d'habitude, comme il a mangé encore avec un certain appétit, on croit à une indigestion. Pendant un ou deux jours on reste sous l'empire de cette idée ; mais les accidents persistant et se répétant, on commence à s'en inquiéter. Cette persistance des vomissements est ici un phénomène capital. Quand, chez un enfant qui a été vacciné ou qui a eu les fièvres éruptives, vous les voyez se manifester en dehors de tout état fébrile, pensez tout de suite à la fièvre cérébrale.
Ordinairement aussi il y a de la constipation.
Vomissements persistant constipation, voilà déjà deux symptômes d'une grande valeur. En même temps, le malade se plaint d'une céphalalgie consi-^ dérable, ordinairement générale, quoique plus intense vers le front et quelquefois sur le sommet de la tête. C'est là ce qui effraye le plus les parents et ce sur quoi ils appellent l'attention du médecin. Ce mal de tête ne constitue pas d'ailleurs à lui seul un signe suffisamment caractéristique, car il est beaucoup d'autres maladies qui s'annoncent par une céphalalgie plus ou moins violente, en rapport avec l'intensité du mouvement fébrile dont elle est un épjphénomène. Toutefois sa persistance, comme celle des vomissements, est dans la fièvre cérébrale quelque chose d'autant plus particulier qu'ici la fièvre initiale n'a pas non plus les mêmes allures que dans les autres maladies. Au lieu de se borner à un seul accès, elle se compose de plusieurs. Le malade a deux ou trois frissons dans le courant de vingt-quatre heures, et après chaque frisson un peu de chaleur à la peau et de sueur; quelquefois ce frisson revient plusieurs jours de suite à la même heure ; dans d'autres cas bien rares, la fièvre est continue, mais modérée, avec des rémissions fréquentes.
Ainsi, mouvement fébrile à allures particulières, céphalalgie violente plus ou moins limitée à une partie du crâne, constipation, vomissements opiniâtres, sommeil interrompu ou insomnie complète, changement dans le caractère de l'individu, tels sont les symptômes de la première période de la fièvre cérébrale, auxquels il est assez commun qu'il s'ajoute des perversions singulières de la vue, de l'amblyopie, de l'hémiopie, et même du strabisme.
Je vous ai bien souvent raconté les faits suivants, trop curieux pour n'être pas restés profondément gravés dans ma mémoire. Il y a près de vingt ans, je voyais, avec mon excellent ami le docteur Pidoux, une jeune fille de six ans qui était atteinte de la fièvre cérébrale. Elle avait ordinairement le caractère fort difficile, et quoique sa mère fût pleine de bonté et de faiblesse pour elle.
viÈmB céb£bbale. 237
peat-étre h cause de cela, elle n'afait pour elle ni caresses, ni paroles affec* tueuses. Elle se plaignit d*un mal de. tête assez Tiolent accompagné de vomissements, et à partir de ce moment, elle voulut toujours être assise sur les genoux de sa mère, l'embrassant sans cesse et accompagnant ses caresses d'expressions M tendres, que la pauvre dame en était profondément émue. Déjà la maladie, car c'était le début de la fièvre cérébrale, durait depuis trois ou quatre jours, quand la jeune fille, que Ton avait placée près de la croisée, se mit à dire : « Ah 1 maman, que c'est drôle ! Vois donc ce petit garçon qui joue au cerceau dans la me, il n*a qu'une moitié de blouse, qu'une moitié de figure 1 » Cette bémiopiedura quelques instants, mais l'insistance et Tétonnement de l'enfant avaient singulièrement frappé la mère, qui nous raconta le fait dès notre première visite.
Il y a dii ans à peu près, j'étais mandé pour voir un jeune Anglais, âgé de douze ans. Cet enfant était très-bon violoniste, et son père, musicien éminent, surveillait lui-même les études musicales de son fils. Un jour, le père entend un accord faux. « Vous jouez faux ! s'écrie-t-il. — C'est vrai, répond l'enfant; mais la musique est mal écrite, et j'ai exécuté ce que je voyais. » A quelques instants de là, même faute, mêmes reproches, même réponse. Le père prend lui-même le violon, lit la musique et exécute sans jouer faux, v Mais, lui dit l'enfant, vous ne jouez pas ce qui est écrit. » Et lisant lui-même à haute voix, il transpose en changeant les portées. Déjà il se plaignait de mal de tête, et l'aberration de la vue était le prélude d'une fièvre cérébrale qui , éclatant quelques jours plus tard, le tuait comme tue cette terrible et inexorable maladie.
Dans une seconde période, à l'insomnie, au mouvement fébrile, à la céphalalgie, succèdent un repos et un calme trompeurs. Les parents, souvent aussi le médecin, s'il ne se tient pas sur ses gardes, se laissent prendre à cette apparente tranquillité et croient à une amélioration que l'événement ne tardera pas à démentir. Un médecin sufiisamment instruit par l'expérience, trop bien averti par les symptômes de la période précédente qu'on lui a signalés ou qu'il a pu lui-même constater, ne partage pas ces illusions; pour lui, la fièvre cérébrale existe ; seulement elle est entrée dans sa période apyrétique, et, malgré cette apparence de mieux, elle va suivre sa marche fatale. C'est alors que le pot/75 prend un caractère tout spécial. Ordinairement régulier dans les premiers jours de l'invasion du mal, je dis ordinairement parce qu'en quelques cas, dans la première période, il présente des inégalités dont il faut tenir grandement compte, ordinairement régulier jusque-là, le pouls devient, dans cette seconde période, d'une lenteur remarquable, d'une inégalité et d'une irrégularité excessives. Tandis que normalement, chez un enfant de quatre à cinq ans, il oscille entre 90 à 100 pulsations par minute, tandis que, chez un enfant à la mamelle, il bat de 100 à 120; chez un individu arrivé à la seconde période de la fièvre cérébrale, il tombe à 60, et peut tomber à 55, 50, et mCme au-dessous.
SIS rikVKB GÂEtBRAlE.
Là MMioUncê coatruu avec ragiUtioa des premiers jours, et ce Bommeil si calme en apparence, survenant après de crudles insomnies , réjouit d*aiiord les familles, si promptes à saisir les plus petites lueurs d'espérance ; mais bientôt, en le voyant se prolonger, on s'en inquiète, on s*en efiraye à trop juste titre. Cette somnolence persiste durant deux, quatre, cinq jours. Si l'on cherche à éveiller le petit maUde, il pousse quelques cris d'impatience et se rendort aussitôt. Lui, que votre présence importunait, lui, qui redoutait la vue du médecin, ne s'alarme plus aujourd'hui ; lui, qui se révoltait quand vous preniez son bras pour explorer le pouls, qu'un rien lourroeutait et agitait, parait indifférent maintenant k ce que vous lui faites. Vous écartes impunément ses paupières pour étudier la dilatation des pupilles; vous pinces sa peau pour constater l'état de la sensibilité qui, au début de la maladie, est •quelquefois exaltée, comme elle l'était chez notre petite fille de la salle Saiot- Bernard, et s'il paraît un instant impatienté, il retombe immédiatement dans le sommeil que vous avez un instant troublé. C'est là, messieurs, un signe d'un caractère des plus sérieux, que vous ne retrouvez guère dans d'autres maladies.
C'est à partir de ce moment que survient un symptôme qui, à lui tout seul, a une signification considérable. L'enfant jusqu'ici a été exigeant, capricieux, appelant sans cesse sa mère, la repoussant, demandant à chaque instant à boire ou à manger, et refusant ce qu'il venait de solliciter avec le plus d'insistance. Dès que commence la deuxième période, il cesse de demander quoi que ce soit : lors même qu'il est en proie à l'agitation la plus violente, qu'il pousse avec une opiniâtreté désespérante ces cris hydrencépkaliques dont je vais tout à l'heure vous parler, il ne demande rien. Si on lui offre à boire, il accepte quelquefois; mais il ne témoigne de sa soif ni par ses gestes, ni par ces mou- . vements des lèvres et de la bouche si caractéristiques chez les individus en bas âge. Il semble avoir perdu toutes les sensations instinctives. Cette espèce d*indifférence persiste jusqu'à la fin ; et, même dans la troisième période, abrs que le malade est dévoré par une fièvre ardente, il ne demande jamais à boire. S'il est encore à la mamelle, il faut que sa mère le sollicite, lui écarte les lèvres, y place elle-même le bout de son sein : il tette alors sans avidité, ou bien il . refuse absolument.
Ce signe est d'autant plus capital que, dans les autres affections fébriles accompagnées de phénomènes cérébraux, et qui, par conséquent, pourraient être confondues avec la fièvre cérébrale, la soif est ordinairement très- vive et se traduit par les expressions les plus évidentes.
Dans la dernière période de la fièvre cérébrale, l'enfant cesse de boire lors même qu'on lui verse les boissons dans la bouche, non pas seulement parce que le besoin de la soif ne se fait pas sentir, mais probablement aussi parce que son pharynx et sa langue participent à la paralysie que l'on observe dans différentes parties.
Quarante-huit heures ne se sont pas écoulées que son visage va présenter des phénomènes assez étranges. De temps eu temps, il ouvre largement les yeux
VlttAË CÈRÈSltÀLE. M
dont Taspect brillant rappelle eelul qnlls prennent chel lei individaB iftes} aa face, habituellémeni d*tine eïtréme pflleur, se coovte d*ane rongeur comparable à celle dont la pndenr colore les joues d*une jeune fille, rougeur pas* sagère qui disparaît après une ou deux minutes; puis ses yeux se referment, et les choses re?iennent dans Tétat où elles étaient auparavant. Cette espèce de . mouvement fluxionnaire du c6té du visage se répète à différentes reprises dans le courant de la journée ; il a aussi sa valeur. A mesure que la maladie marche, il se répète moins souvent Ordinairement, au moment où il outre ainsi les yeux, en même temps que sa face se colore, Tenfant pousse des cris aigus, plaintifs, cris tout à fait caractéristiques, que Coindet a le premier plus particulièrement signalés, cris hydr encéphaliques^ qui peuvent Se répéter toutes les heures, toutes les demi-heures, à des intervalles trè»-variables, et qui, s^ils s*observent spécialement chez les sujets du jeune âge, se font aussi entendre chez les adultes.
Le cri hyàrencèphalique ou cérébral a une telle valeur dans la maladie dont je vous parle, que je dois insister encore sur les caractères qu*il présente. Le plus ordinairement c*est un cri unique, violent, ressemblant à la clameur d*nQ individu surpris par un grand danger. Je ne crois pas quil soit provoqué par une vive douleur, car un enfant souffrant pousse ordinairement des cris successifs, et ne se console pas en une seconde. D'ailleurs si ce cri est celui de l*angoissc, l'expression du visage est rarement celle de la souffrance.
Dans le plus grand nombre des cas, messieurs, le cri cérébral s'observe dans la deuxième période, c'esl-à-dirc dans la période apyrélique delà maladie; mais assez souvent il a lieu dès le début, et même avant l'invasion, c'est-à-dire qu'il peut faire partie des signes prodromique^ Quelquefois même il ne commence que dans la troisième période: à la fin du mois d'août 1861, je voyais dans le département de Maine-et-Loire, avec MM. les docteurs Despérière (de Saumur) et Duclos (de Tours), une jeune fille qui, pendant les deux premières périodes de la fièvre cérébrale, n'avait pas poussé les cris caractéristiques, et qui, arrivée à la troisième période, désespérait sa famille par la violence et par l'opiniâtreté des cris hydrencéphaliques,
II ne faut pas avoir beaucoup vieilli dans la pratique, messieurs, pouf avoir rencontré des enfants chez lesquels le cri cérébral ékhvXt avec la maladie, et ne cesse pas, même cinq minutes, pendant quatre, six, huit, dix jours. Dans cette forme la plus terrible peut-être et la plus douloureuse pour les familles, le pauvre petit malade n'a pas un instant de sommeil, il se jette à droite, h gauche, se roule dans son lit, n'est calmé ni par les caresses ni par les menaces, et l'on s'étonne que cette frêle organisation puisse résister à une agitation aussi prodigieuse, aussi incessante. Chose étrange, si ordinairement la marche de la fièvre cérébrale est un peu plus rapide dans cette forme, quelquefois pourtant le calme arrive, et désormais les choses se passent comme elles le font dans les formes les plus simples.
Ce qui s'observe du cOté du visage, ce que je viens de vous dire du cri
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hydrencéphaUque, compléterait le tableau que je vous ai trace de la seconde pé* riode de la fièvre cérébrale, s'il ne me restait à vous parler d'une particularité sur laquelle il est essentiel d*appeier Taltention. Cette particularité, nousra\oDs notée chez nos malades, c*est la rétraction des parois abdominales. Le ventre, d'ailleurs indolent, est excavé, creusé en bateau, suivant l'expression reçue. Tout en insistant ici sur l'importance de ce fait, alors surtout qu'il s'agit d'établir le diagnostic difîérentiel entre la fièvre cérébrale et la fièvre typhoïde, dans laquelle le ventre est au contraire habituellement saillant, je vous répéterai ce gae j'avais soin de vous faire remarquer au commeucemcnt de cette leçon, que cette rétraction des parois abdomuiales ne saurait avoir une signification semiologique absolue.
Mais il est un autre phénomène qui mérite d'ctre pris en plus sérieuse considération et qui a frappé tous ceux d'entre vous qui ont bien voulu y regarder, c'est Yirrégularité de la respiration. Vous vous rappelez ce que nous avons constaté chez notre dernière petite fille de la salle Saint-Bernard, et cependant ce phénomène était chez elle beaucoup moins prononcé que jo ne l'ai trouvé dans un grand nombre d'autres cas. En comptant, à l'aide de la montre à secondes, le nombre des inspirations, on avait par moments une difficulté extrême à suivre les mouvements du thorax. D'abord, une inspiration faible précédant une petite expiration, puis une inspiration plus grande et une expiration plus grande aussi ; de nouveau, un mouvement respiratoire plus faible, un autre plus faible encore; enfin, un temps d'arréL Ces quatre mou* vements respiratoires s*accomplissaient rapidement ; ensuite la poitrine demeu* rait immobile, et gardait cette immobilité pendant trois, quatre, cinq et six secondes. Voilà ce que nous obseivions un jour; les jours suivants, l'intervalle de repos, au lieu de durer de trois h six secondes, en durait dix, douze et même quinze. Chez un enfant de deux ans, dans le service que je dirigeais à l'hôpital Necker, j'ai pu, en pareil cas, constater, montre en main, des temps d'arrêt de trente, trente-cinq, quarante, et même de cinquante-sept secondes. Cette irrégularité de la respiration est indépendante de la lenteur des mouvements circulatoires, qui caractérise cette seconde période ; car dans la troisième période, où elle continue à se montrer, elle coïncide avec une extrême fréquence do pouls.
Dans aucune autre maladie vous ne retrouverez celte singulière anomalie. Vous n'observerez cette respiration inégale, irrégulière, ni dans les convulsions essentielles de l'enfance, ni dans la fièvre typhoïde. J'ai donc raison d'insister sur l'importance de ce symptôme. A lui seul il constituera un signe d'une portée d'autant plus grande que, trop souvent encore, le diagnostic entre la dothiénentérie compliquée d'accidents cérébraux et l' encéphalo-méningite est des plus embarrassants. Les autres phénomènes donnés comme dislinctifs entre cesdeux maladies sont loin d'avoir la même valeur que celui-ci. La céphalalgie qui accompagne la fièvre typhoïde est quelquefois aussi violente et aussi localisée que dans la fièvre cérébrale ; les vomissements peuvent ètr^ aussi persis-
fitXtit CÉRÉORALE. 2&1
tadts ; la diarrhée fait quelquefois défaut el est remplacée par une constipation opiniâtre ; le gonflement de la rate, les épistaxis, les taches rosées lenticulaire» et les sudamina ne se montrent pas toujours. Le ventre, je vous Tai dit, peut être creusé en carène au lieu d*êlre méléorisé. La tache cérébrale elle-même, bien que moins marquée dans la dolbiénentérie que dans Tencéphalo-ménin* gite, se prononce cependant en quelques cas, de façon à laisser de l'incertitude; enfin, dans la fièvre typhoïde, la violence du mal de tête peut arracher des cris qui en imposent et font croire à des cris hydrencéphaliques. Dans la fièvre cérébrale seule, la respiration présente cette inégalité, cette irrégularité sur laquelle j'appelle toute votre attention.
Ce symptôme, pour ainsi dire pathognomonique, a une importance d*autaot plus considérable que, très-diiïérentes au point de vue du diagnostic, la dothiénentérie et Tencéphalo-méningite le sont bien davantage encore au point de vue du pronostic^ du moins chez les enfants.
Yous savez en effet que, pour les jeunes sujets, la fièvre typhoïde, même grave, même compliquée d'accidents cérébraux, est une maladie beaucoup moins sérieuse qu'elle ne l'est pour les adolescents et pour les adultes. Il n'en ^ est plus de même de la fièvre cérébrale. Celle-ci est presque toujours, pour ne pas dire invariablement, mortelle. Dans le cours d'une carrière médicale déjà bien longue, je n'ai vu guérir que deux malades. Une fois dans mes salles de rhôpital des Enfants; et dans ce cas, nous eûmes occasion, à quelque temps delà, de vérifier par l'autopsie le diagnostic que nous avions porté. L'affection aiguë guérit, mais elle guérit en laissant après elle une paralysie, et le malade succombait cinq mois plus tard, atteint d'une dysenterie. A l'autopsie, nous trouvâmes les traces les plus évidentes de l'ancienne aiïcction cérébrale* L'autre cas fut observé chez un enfant que je voyais à Boulogne près Paris, en consultation avec M. Blache.
Ces deux exemples de guérison sont les seuls, je le répète, que j'aie eu le bonheur de recueillir dans ma longue pratique; et lorsqu'à des faits aussi ex« ceptionnels on a à opposer un si grand nombre de cas où la terminaison a été fatale, on peut bien poser en loi l'incurabilité presque absolue d'une maladie contre laquelle la médecine obtient d'aussi déplorables résultats. Cette propo^ sition sera peut-être taxée d'exagération ; car sans doute vous avez entendu des parents vous dire que leurs enfants avaient été guéris de la fièvre cérébrale ; peut-être même avez-vous entendu des médecins se flatter d'avoir triomphé d'un mal réputé inexorable, tandis que d'autres, au moins aussi expérimentés et aussi habiles, avouent qu'ils ont toujours échoué : c'est que les premiers avaient pris pour une encéphalo-méningite une dothiénentérie accompagnée de phénomènes cérébraux^ laquelle guérit le plus ordinairement.
Je reprends la description de la fièvre cérébrale. La troisième période est
surtout caractérisée parle retour du mouvement fébrile. Nous avons vu qu'au
début il se manifestait par des accès de courte durée, se répétant trois on
quatre fois dans le courant de vingt-quatre heures; que quelquefois continu
TROUSSE Ar, 2* èâ\i, — il. J6
Jt&2 riÊVRE CÊRÊ«BALÊ.
avec de fréqucnto<$ rémissions, il était toujours assez modéré. Nous avooâ t(1 que, dans la seconde période, le pouls devenait d'une lenteur considérable. Ûaus la troisième période, il prend une extrême fréquence, allant toujours croissant jusqu'au moment où la mort arrive.
La stupeur devient de plus en plus profonde. Déjà, dans la seconde période, il était bien diflicilc d'éveiller l'enfant, qui témoignait de son impatience par des grognements, par des cris, et qui pourtant répondait encore aux qucstionsqui lui étaient faites: maintenant il est impossible d'obtenir aucun signe d'intelligence, et c'est a peine si, avec les excitations les plus vives, on parvient à le réveiller. C'est une stupeur bien plus profonde que celle des formes graves de ta dothiénentérie ; car, dans celle-ci, il y a ordinairement une agitation notable coïncidant avec les autres signes de l'ataxie: il y a de la mussitation, de la carphologic, un délire tranquille et quelquefois bruyant Dans la troisième période de la fièvre cérébrale, bien que, au premier abord, l'aspect du malade ne diiïère pas très-notablement de celui que l'on observe dans la fièvre typhoïde, il y a pourtant un accablement qui témoigne d'une lésion matérielle bien plus profonde de l'encéphale. Il est très-rare qu'alors on constate du délire, tandis qu'il y en a, bien que très -rarement encore, dans la première ou dans la deuxième période.
Les convulsions, qui, quoique rares aussi, surtout chez les malades ayant passé l'âge de quatre ans, s'observent quelquefois au début de la fièvre cérébrale, les convulsions ne se produisent plus, à proprement parler, dans la période apyrélique, ou du moins elles changent de forme; car s'il survient alors quelque chose qui en rappelle la nature, ce quelque chose est analogue à ce qui constitue le vertige épileptique. Les yeux s'ouvrent brusquement et conservent une singulière fixité. Mais ce mouvement convulsif et partiel se manifeste davantage dans la troisième période, en môme temps qu'apparaissent des symptômes de paralysie.
Au début de la fièvre cérébrale nous observons quelquefois du strabisme. Dans ce cas il y a lieu de supposer que ce strabisme, qui coïncide assez ordinairement alors avec des convulsions initiales, tient h un spasme de certains muscles moteurs de l'œil. Mais celui (]ui apparaît et persiste assez souvent, vers la fin de la stxoiide période^ et presque toujours dans le cours de la troisième, est un strabisme paralytiqve, s'il m'est permis de me servir de cette locution. Nous avons lieu, messieurs, d'affirmer que, dans ce cas, le strabisme n'est plus spasniodique, parce que nous voyons en même temps survenir des signes bien évidents de paralysie dans les autres muscles animés soit par la troisièuie paire de nerfs, soit par la sixième. La paralysie de la troisième paire ^t celle qui s'observe le plus communément ; l'un des yeux s'ouvre moins bien que l'autre, et il est facile de constater que le releveur de la paupière a perdu une partie de sa puissance. Le strabisme et la dilatation des pupilles qui le précède et qui l'accompagne, la gêne dans le mouvement d'élévation de la paupière supérieure, ne sont pas les seuls phénomènes paralytiques qui se
riÈYRE t^ÊBÉBKALË. iki
déclarent, pui9qii*en même temps que les yeux, d*aatres parties du corps sont atteintes. Ainsi, lorsque Ton fait mettre l'enfant sur le dos, et que l'on chatouille alternativement la plante des deux pieds, on voit qu'il retire une jambe plus vivement que l'autre. La motilité est donc affaiblie d'un côté; de ce côté aussi la sensibilité est moindre, car l'enfant ne parait sentir, du côté •paralysé, qu'autant que l'excitation de la peau est plus forte et plus longtemps -prolongée. £n outre, ceux qui assistent le malade s'aperçoivent qu'il a plus de difficulté à soulever un des bras qu'il laisse immobile le long du corps; et si l'on explore l'état de la motilité et de la sensibilité du membre supérieur, on constate des différences entre l'un et l'autre côté.
Cette paralysie dans la fièvre cérébrale a ceci de remarquable qu'elle semble changer de place d'un moment à l'autre. Un jour vous vous êtes assuré qu'elle affectait un membre : quand vous chatouilliez le pied droit, par exemple, le malade le relirait plus vivement que le gauche : quelques jours après, en répétant votre exploration, vous êtes surpris de voir que c'est la jambe gauche qui, à son tour^ sent et se meut le plus énergiquement II semblerait donc que la paralysie ait abandonné les parties qu'elle affectait d'abord pour passer de l'auUre côté. Il n'en est rien ; le membre primitivement paralysé l'est toujours; mais ce qui cause l'illusion, c'est que cette paralysie est restée Ift au même degré, quand u]ie nouvelle attaque a frappé l'autre à un degré plus prononcé. La motilité n'est pas revenue dans le premier, elle est seulement plus profondéuieut abolie dans le second. Les lésions que Ton trouve à l'autopsie rendent plus tard raison du fait Si la paralysie est restée limitée au côté droit, c'est du côté gauche qu'existe la lésion cérébrale; lorsque la paralysie a semblé passer d'un côté à l'autre, la lésion est double, les deux hémisphères sont le siège de la même altération, mais plus étendue et plus profonde dans l'hétulsphère du côté opposé à celui des parties du corps qui ont été envahies les dernières. Cette apparente mobilité des symptômes de paralysie appartient plus particulièrement à la fièvre cérébrale.
Ici, messieurs, je dois encore vous signaler un accident qui s'observe asset habituellement dans cette période extrême de la maladie, comme nous le voyons survenir dans les fièvres graves, accident sur lequel j'ai en maintes circonstances et notamment dans nos conférences sur la dothiénentérie, appelé votre attention ; je veux parler de ces inflammations graves de l'oeil avec fonte de la cornée qui, dans l'encéphalo- méningite comme dans la fièvre typhoïde, reconnaissent pour cause le défaut de clignement. La sensibilité éunt éteinte ou tout au moins considérablemeut affaiblie, les mouvements musculaires ne s'etd* entant plus qu'imparfaitement dans les muscles des paupières, celles-ci restent entr'ouvertes, la conjonctive s'enflamme, devient le siège d'une suffnsion sanguine considérable ; la cornée, constamment exposée au contact de l'air et n'étant plus humectée parles larmes, se sèche, s'altère et finit par se perforer Cet accident est rare; mais la suffusion sanguine de la conjonctive, avec sécrétion muqueuse assez abondante, se produit presque dans tons les cas»
34i riÈVBE CÉBiBBALB.
Je retiens aax convalsions. Rares, aiiui que je ?oug le disais dans k pre^ mière période de la maladie, se présentanl ordinairement dans la seconde sous la forme da vertige épileptique, elles reparaissent dans la troisième où elles jonent un rôle considérable. Tantôt ce sont des convulsions internes, tantôt ce sont de grandes attaques d'éclampsie. Si Ton considère un enfant arrivé à cette phase de la fièvre cérébrale, on voit ù certains moments son visage grimacer, ses yenx renversés en haut, portés en dedans, agités de petites oscillations; il a comme du mâchonnement. En examinant ce qui se passe du côté des membres, on voit le ponce se plier et se porter dans la paume de la main ou sur les doigts également fléchis ; puis à cette contracture succède un relâchement complet. Ces convulsions presque exclusivement toniques, qui se succèdent quelquefois pendant des heures entières, surviennent non-seulement dans les membres et dans le visage, mais attaquent aussi les muscles du larynx, le diaphragme, et gênent singulièrement la respiration.
A mesure que la maladie approche du terme fatal, les accidents convulsils se généralisent et revêtent la forme des graves attaques d*éclampsie. lis se répètent toutes les heures, toutes les demi-heures, plus souvent mOme, et c'est généralement après une de ces attaques que l'enfant succombe dans un état de demi-asphyxie. En d'autres cas, la mort arrive au milieu d'un coma profond, et le tremblement des membres, les soubresauts de tendons, la carpbologie sont les phénomènes ultimes d'une agonie qui &e prolonge plus ou moins longtemps.
Bien souvent, messieurs, nous voyons s'arrêter celte effrayante série de symptômes, et le malade qui, depuis plusieurs heures, plusieurs jours, était clans on état tel, que nous attendions la mort à chaque instant, semble tout à conp se reprendre à la vie. Il s'éveille, reconnaît ou semble reconnaître les personnes qui l'entourent, leur répond, leur parle; et il faut la triste habitude de cette terrible maladie pour ne pas partager les espérances que cette lueur de mieux a fait naître dans le cœur d'une pauvre mère ; il faut un grand courage delà part du médecin pour tempérer cette joie qu'il ne peut partager, et qui, dans quelques heures, va être remplacée par un deuil si cruel.
Que de fois, messieurs, j 'ai été accueilli presque par les einbrassemcnts d'une funille heureuse ; que de fois j'ai été forcé de répondre à ces transports d'espirance par des paroles qui laissaient voir mes tristes pressentiments I J'avoue pourtant que» dans les premières années de ma carrière médicale, je n'ai pu me défendre moi-même d'espérer, en présence de cette amélioration si extra-
Que vous dirai-je, maintenant, messieurs, du traitement d'une tnahà'ie dont te pronostic est aussi fatalement grave? Bien dos médicaments ont été employés pour la combattre ; pour ma part j'ai essayé une foule de remèdes, tous ont échoué, et dans ces deux cas de guérisou que je vous citais comme diox exceptions trop rares pour qu'elles puissent en rien changer la règle gé« nérale, c'est i la nature et non k l'art que doit en être attribué Tbonneur.
FIËTRE GÊBÊBRALE. 345
Les porgatib, le calomel à hautes doses ou administré à doses fracttonoées suivant la méthode de Law, l*iodure de potassium dont M. le docteur Oiterburg annonçait avoir obtenu de bons eflets, les larges vésicatoires appliqués sur le cuir chevelu entièremeut rasé, les aiïusions froides, la glace constamment maintenue sur la tête, que sai»-je encore ! j*al tout mis en usage et toujours avec aussi peu de succès. Découragé de mes inutiles tentatives, j'ai comparativement traité des malades par des moyens énergiques et laissé les autres à Texpectation ; or, je dois avouer que la terminaison funeste m*a paru arriver plus rapidement chez les premiers que chez les seconds.
Cependant, quelque convaincu que je sois de mon impuissance, je ne saurais me décider à rester absolument inactif; quoique, instruit |)ar une longue expérience, je sache que mes efforts seront infructueux, je cherche encore I lutter ; mon intervention aura du moins pour résultat de ne pas enlever brutalement toute espérance à ceux qui entourent le malade, de soutenir leur courage, de ne pas leur laisser le regret de n'avoir rien fait pour sauver cdui qu'ils confient à mes soins. Mais, convaincu aussi que les médications trop énergiques épuisent plus promptemcnt la source de la vie, je cherche à faire le moins de mal possible, puisque je ne puis pas fiure le bien.
Le calomel à très-faibles doses, et plutôt comme purgatif que comme allé* rant, le musc suspendu dans du sirop d'éther, les boissons antispasmodiques, sont les remèdes bien simples auxquels j'ai maintenant recours quand je suis libre d*agir. En même temps je nourris le malade, et je considère une légère alimentation comme le meilleur moyen de prolonger ses jours un peu davantage.
Quand^ h l'autopsie, on a constaté la nature des léiiong anatomiqueê de la fièvre cérébrale, on comprend l'inexorable gravité du pronostic, et comment le médecin se trouve désarmé.
Voici, messieurs, le cerveati de l'enfant qui a été l'occasion de cette leçon. A la base, au niveau du chiasma des nerfs optiques, derrière cet entrecroise* ment, les luéniiiges épaissies sont infiltrées d'une matière fibro-plastique purulente. Cette infiltration ne s'étend pas aux enveloppes de l'encéphale au niveau des scissures interlobaires, où cependant elle est habituellement très-prononcée. Fait assez peu ordinaire aussi, nous ne rencontrons nulle part ni tubercules, soit en masse, soit disséminées, ni ces granulations grisâtres opalines, de grosseur variable, qui ne dépassent pas habituellement lé volume d'un grain de semoule.
En faisant une coupe de ce cerveau, nous arrivons dans les ventricules latéraux qui contiennent une certaine quantité de sérosité un peu trouble. Les grands centres, la voûte à trois piliers, le septum médian, le corps calleux, le plancher des ventricules, sont dans un état complet de ramollissement ; h substance cérébrale est réduite en bouillie.
J'ai fait apporter ici les poumons^ et nous ne trouvons aucune trace de léaioûs tuberculeuses, ni dans leur parenchyme, ni dans les ganglions bronchiques, pas plus que nous n'en avons trouvé dans les ganglions mésentériques. Sous
2(»$ • FlfeVEK CtBÉBBAliB.
c% rapport, eette observalion est une exception à la règle, car, — je parle de ce qui s'observe chez les enfants, --sur trente malades qui succombent à la fièvre cérébrale, vingt-neuf fois l'examen nécroscopique révèle la présence de ces altérations tuberculeuses qui font ici défaut.
Ceci me semble prouver une fois de plus que la fièvre cérébrale, dite primitive, c'est-à-dire se déclarant chez des individus non tuberculeux, ne se comporte pas autrement que chez ceux qui le sont II n'y a de différence que dans les prodromes. On coujprend en effet que le développement plus ou moins rapide des granulations, des masses tuberculeuses des méninges, se traduise par des symptômes particuliers qui constitueront la période prodromique de la fièvre cérébrale, au même titre que le développement des granulations du péritoine ou de la plèvre s'annoncera par quelques accidents particuliers; mais quand survient une péritonite ou une pleurésie aiguë, la présence de cesgranu- Iftions n'a pas d'influence sur les symptômes de la première période de Taffectioa; elle en aura seulement sur Tissue de la maladie. Il faut dire toutefois que la présence des granulations et des tubercules dans les méninges, est une cause d'appel fluxionnaire tellement puissant du côté de l'encéphale, que tôt ou tard les enfants doivent succomber à l'inflammation dont cet appel fluxionnaire sera l'eipression la plus élevée.
Si je refuse à la fièvre cérébrale le nom de méningite, c'est que l'affection des inéninges ne me parait occuper qu'un rang assez secondaire. Les lésions des enveloppes de l'encéphale cèdent de beaucoup le pas aux altérations analomiques profondes qui ont leur siège dans le cerveau lui-même, à ce ramollissement qui détruit la voûte à trois piliers, le septum lucidum, le corps calleux^ les couches optiques, la partie postérieure des lobes cérébraux, dans une étendue plus ou moins considérable. Or, s'il faut désigner la maladie d'après les lésions organiques qui la caractérisent, le nomd'encéphalo-méningite est celui qui lui convient
HnHlOGÉPHALE CHRONIQUE.
Ii'encépbalo-méningite dont je viens de vous entretenir, diffère beaucoup et a'est jamais le point de départ de ce que l'on appelle ï hydrocéphale chronique^ affection dont vous offre un exemple un jeune enfant de notre salle Saint-Ber* nard.
Ce qui frappe tout d'abord l'observateur quand il considère un individu aIbNilt d'hydrocéphale, c'est le volume énorme de la tête hors de toute proportion avec le reste du corps. Vous avez vu notre petit malade : à son arrivée dans nos salles, la circonférence de son crâne, au niveau d'une ligne qui pasaate au-diessus de la région sourcilière, mesurait 50 centimètres. On a noté des CM» et J'ai fait apporter du musée anatomique de notre Faculté cette tête que je vmis présente qui a 1 mètre de tour ; en ouvrant le crftue on avait trouvé ici
HYDKOCÉPHALB CURONIQUJC. 267
jiuqa'à 15 kilograuimes et plus de liquide épanché dans les cavités ventriculaires ; Franck cite un fait dans lequel Tépanchemcnt était de 25 kilogrammes (50 livres! ) ; chez un autre enfant âgé de seize mois, la circonférence du crâne atteignait 52 pouces (près d'un mètre et demi).
Vous avez remarqué la déformation particulière de la tête de notre malade, et quoique cette déformation ne soit point chez lui exagérée, elle vous donnera cependant une idée de ce qu'elle peut être dans Thydrocéphale. C'est d'abord une disproportion considérable entre la face et le crâne, la première paraissant excessivement petite, en raison même de ce que le dernier est énormément développé ; de ce que, aussi, les os frontaux faisant en avant une énorme saillie au niveau des arcades sourcilièrcs de telle sorte que les orbites sont comme renfoncées, le diamètre vertical de la face se trouve diminué. Cette disposition suffirait, suivant la remarque de Camper, pour faire reconnaître l'hydrocéphale. En outre, les deux os frontaux s'écarlentsingulièrement l'un de l'autre, leur suture médiane qui est incomplètement réunie chez Tenfant, s'élargissant plus ou moins. Il en est de même des sutures sagittale et lambdoïde, les deux pariétaux se séparant l'un de l'autre et de Toccipilal qui comme eux se porte en dehors ; de cette façon, les os du crâne ne restent plus soudés que parleur base et se renversent, permettez-moi cette comparaison, comme des pétales d'une fleur qui s'entr'ouvre.
A voir la tête du malade, il semble qu'elle soit molle, et quand l'enfant la meut, on aperçoit à la partie supérieure comme des ondulations, qui se produisent encore quand il crie ou quand il respire fortement ; ce sont des mouvements d'expansion, de soulèvement coïncidant avec les grandes expirations, le soulèvement cessant au moment de l'inspiration. En appliquant la main sur ce crâne déformé , on peut se rendre compte de l'écartemenl des os qui , nécessaire ment, n'est nulle part plus prononcé qu'au niveau des fontanelles. Cet écartement, entre les pariétaux, entre ceux-ci et les deux os frontaux, peut être quelquefois de 15, 20, 30 centimètres et davantage encore. Là où il existe, la cavité du crâne n'est plus fermée que par une membrane molle constituée par le péricrâne. En quelques cas, on trouve dans cet espace membraneux de petits os wormiens en nombre variable (il en existe un â la partie postérieure de la suture sagittale cliez notre enfant de la salie Saint- Bernard).
L'hydrocéphale peut durer longtemps alors surtout qu'elle tend à la guéri son, ce qui est très-rare; elle peut du moins rester stationnaire pendant quatre, cinq, six, dix ans, ainsi qu'on en a rapporté des exemples, et même bien davantage ; car on a vu des sujets qui en étaient atteints presque dès la naissance, vivre jusqu'à un âge très-avancé. Franck raconte l'Iiistoire de deux individus, l'un âgé de soixante-douze ans, l'autre de soixante-dix-huit, qui étaient hydrocéphales depuis leur enfance. Dans ces cas, les os wormiens se multiplient et deviennent le centre d'un travail d'ossillcation qui va envoyer d'un os à l'autre des jetées osseuses, marque d'une tendance à la réunion qui cependant, restera toujours incomplète.
248 HYDROCÊPflAf.E CHRONIQUE.
Cet énorme élargissement du crâne , vous le comprenez , ne peut se faire qu*à la condition de tendre la peau ; or, au delà d'une certaine limite , le tégument externe se prC^tant plus difficilement à celte tension, celle-ci s*opère aux dépens des parties contiguës, c'est-à-dire du visage, et principalement aux dépens de la peau des paupières. La physionomie du malade va dès lors prendre un aspect particulier et extraordinaire. Les sourcils sont attirés eu haut et laissent à découvert la saillie du bord supérieur de Torbite qu'ils cachaient auparavant ; la paupière supérieure suivant ce mouvement d*élévation est trop courte pour couvrir le globe oculaire qui semble faire saillie et se porter eu bas vers la paupière inférieure. Alors aussi, presque toujours, il y a un aiïaiblissement de la vue, ou même cécité absolue ; et comme chez les aveugles de naissance , les yeux , qui , d'ailleurs , chez l'hydrocéphale restent nets et brillants, sont sans regard et agités de mouvements oscillatoires presque incessants.
Cependant les malades dont les traits expriment la tristesse, ne souffrent généralement pas. Généralement aussi, l'ensemble de Féconumic paraît d'abord médiocrement troublé ; l'enfant , s'il est à la mamelle, tette avec facilité et toutes ses fonctions s'accomplissent avec régularité. Il faut dire, néanmoins, que dans un certain nombre de circonstances l'hydrocéphale est assez habituellement accompagnée à son début de pli'nomèiics convulsifs. C'est précisément ce qui est arrivé chez notre petit garçon. A Tâge de trois semaines, |)ar conséquent dès sa naissance, il a eu des convulsions qui se répétaient quatre, six, huit, dix et jusqu'à vingt fois dans les vingt-quatre heures : il y a trois mois, sa mère nous l'amena une première fois pour des accidents de cette nature, dont la cause nous resta cachée, car rien ne pouvait nous faire soupçonner l'hydrocéphale, la tête ayant à cette époque ses dimensions normales. L'éclampsie peut donc être le seul symptôme du début de la maladie ; elle reconnaît pour cause l'état subinHammatoirc de la membrane séreuse qui tapisse les ventricules cérébraux, état subinflammatoire sous la dépendance duquel se trouve Tépanchement de sérosité qui se fait dans l'intérieur de ces cavités. La fréquence des convulsions, leur répétition pendant un assez long temps, doit même mettre le médecin en garde contre la iM)ssibilité d'une hydrocéphale. Chez l'enfant qui fait l'objet de cette conférence, des attaques se sont répétées pendant deux mois et demi avant que la tête ait commencé à grossir. Ordinairement ces convulsions deviennent de plus en plus violentes, et très-souvent , quand elles ont persisté pendant un certain temps , les malades succombent emportés par une véritable fièvre cérébrale, et, à l'autopsie, 00 rencontre en effet les lésions de l'encéphalo-méningite.
Lorsqu'on a l'occasion d'ouvrir les corps des individus hydrocéphales qui ont succombé à une maladie intercurrente, on trouve les cavités ventriculaires énormément élargies ; à la base, le cerveau, dont les circonvolutions sont aplaties, est ordinairement sain ; à la partie supérieure, ses circonvolutions complètement affaissées se confondent avec ses anfractuosités qui ont disparu, et il est