‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris (volume 3)Chapitre 21 sur 81 · X. — OREILLONS · texte numérisé non relu

X. — OREILLONS

Maladie spécifique, contagieuse. — Métastases. — Accidents généraux

qui peuvent les accompagner.

Messieurs,

Vous avez vu, au dernier lit de notre salle des hommes, un jeune garçon atteint d'oreillons. Je saisis avec empressement Toccasion de vous parler d*uiie maladie dont, selon toute apparence, nous ne rencontrerons pas d*ici à longtemps un nouvel exemple.

Ce jeune homme s*était senti pris, six jours avant son arrivée k rhôpital, de douleurs au niveau de Tangle de la mâchoire, d*un coté d*abord, et bientôt de Tautre. £n môme temps il s'était aperçu que la joue et le col étaient notablement gonflés; il éprouvait une grande difliculté dans la mastication, do mal de tête, de la fièvre. Cependant, depuis la veille du jour où ce malade se présentait à nous, le gonflement avait sensiblement diminué. Il eut dans le cours de sa maladie une métastase sur les testicules, et sortit guéri de Thôpital sans avoir présenté aucun accident sérieux.

Lorsque nous demandons aux élèves qui viennent subir leurs examens à la Faculté ce que sont les oreillons, beaucoup répondent que c*est une affection des glandes parotides sunenant souvent dans le cours ou dans le déclin des Qèvres graves, scarlatine, rougeole, variole, dothiénentérie ou ûèvre puerpérale, confondant ainsi avec la parotidite la maladie dont je veux vous entretenir. C*est là, messieurs, une grossière erreur : parotidite et oreillons, à ne considérer déjà que la lésion anatomique, sont deux affections essentiellement différentes. L*une est une inflammation de la glande, du tissu cellulaire qui entre dans sa composition, et cette inflammation, qui survient en effet dans le cours ou dans le déclin des fièvres graves, est susceptible de passer et passe fréquemment aussi à la suppuration. L*autre n*est, à proprement parier, qu'une simple fluxion de la glande. Cette fluxion, ainsi que Pavaient parfaitement indiqué nos prédécesseurs, occupe bien plus le tissu cellulaire interglandulairc que la glande elle-même, et ne se termine jamais comme Tautre par suppuralion. De plus, tandis que la parotidite n'aflecte généralement qu*un seul côté, toujours ou presque toujours, dans les oreillons, les deux parotides sont prises, l'une, il est vrai, un peu avant Tautre.

Les oreillons sont une maladie spécifique que Ion peut, à beaucoup d'égards, ranger dans les fièvres éruptivcs où, à l'exemple de quelqi^^s auxcurs, je la place en effeL Spécifique comme elles, comme elles active^n\€uv conu^euse, die frappe ordinairement la jeunesse. On l'observe quelcz3\xx<^^^^^ c^V^udani

OBUIXONS. iSS

chez des adultes et inônie chez des irieilUrds; mais c'est qu'alors, ainsi qpe tous en trouverez une observation consignée dans Boraieri, la maladie a été acquise par contagion, et c'est plus exceptionnelleineni encore qu'elle ae développe autrement.

ASéciioQ sans gravité, de courte durée, nec diù^ nec gravioribus^ aut saliem nonpericulosis symptomatibus, si rectà curentur^ stipantur^ hrevique et perfecte resolvuntur^ les ourles , c'est le nom qu'on leur donne encore, n'amènent jamais d'accidents sérieux, excepté toutefois dans des circonstances analogues à celles que je vous indiquerai ; mais alors même ces accidents se terminent ordinairement sans mettre en péril la vie des malades. Un fait sur lequel j'appelle tout de suite votre attention, c'est que la maladie est d'autant plus douloureuse qu'elle attaque des individus plus avancés en âge.

Les oreillons sont donc caractérisés par un engorgement fluxionnaire des . glandes parotides; j'ajouterai des glandes salivaires en général, car les sousmaxillaîres, les linguales sont souvent prises. Ils se manifestent par une douleur contusive que le malade accuse dans la région parotidienne, par de la difficulté dans l'acte de la mastication , difiSculté dépendant, d'une part, de la douleur, d'autre part, du trouble survenu dans la sécrétion salivaire qui, dans quelques cas, est complètement supprimée, de telle sorte que même dans la convalescence, le malade est obligé de boire sans cesse en mangeant, l'insalimtîon des aliments n'ayant pas lieu. I.a tuméfaction des parties affectées est plus ou moins considérable ; quelquefois elle s'étend au cou et envahit la &ce de façon à défigurer complètement le malade ; d'autres fois encore, ce gonflement s'étend aux amygdales, au tissu cellulaire intra-guttural , et amène alors de la gêne de la déglutition. La cdoration des téguments change peu; on obierve assez souvent une légère rougeur.

Cette maladie si douloureuse, souvent accompagnée d'un mouvement fébrile intense au début, cède d'elle-même et cède rapidement en sept ou huit jours, sans laisser aucune trace de son passage ; mais il est des cas où elle se termine par métastate , le gonflement parotidien disparaissant brusquement, le portant alors, chez l'homme, sur le testicule, l'épididyme et la tunique vaginale ; chez la femme, sur les mamelles, et quelquefois sur les grandes lèvres.

Quand celte métastase est accomplie, il n'existe rien autre chose que les troubles généraux, assez légers d'ailleurs, que cause la phlegmasie des tissus que le principe morbide vient de frapper; mais il arrive quelquefois que lorsque la délitescence de la fluxion parotidienne est accomplie et que le principe n'est pas encore complètement fixé, des désordres généraux de la nature la plus insolite viennent épouvanter les familles, déconcerter les médecins, et jeter dans des voies thérapeutiques qui peuvent être singulièrement périlleuses.

Je veux, messieurs, vous en donner deux exemples dont j'ai été témoin. En 1832, je donnais des soins \ un homme de trente-cinq ans environ qui était atteint d'oreillons. Les choses se passèrent fort réguyèrement ; la doideor

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