XII INTRODUCTION
les lois de la vie et de la thérapeutique, parce qu'ils connaissent quelques-unes des réactions qui s'accomplissent dans l'économie. La vie d'un homme intelligent suffit à peine à connaître la physiologie, la pathologie médico-chirurgicale et la thérapeutique ; comment demander à un élève de dissiper son attention dans des études accessoires, qui, pour n'être pas complètement inutiles, sont cependant trop peu importantes pour qu'on leur doive sacrifier la physiologie, la clinique et la thérapeutique, sans lesquelles il ne ' peut y avoir de médecin ?
Loin de moi, messieurs, la pensée de faire un procès aux sciences accessoires et à la chimie en particulier ; je ne condamne que l'exagération et la prétention de ces sciences, leur immixtion maladroite et impertinente dans notre art. Personne, que je sache, ne aie que toutes les compositions et décompositions, que tous les mouvements moléculaires, que toutes les manifestations des forc-es appartenant à la vie végétative, ne soient des actes physico-chimiques ; mais si, parmi ces manifestations, il en est qui soient régies par les mêmes lois que celles de la matière morte, il en est d'autres, et ce sont les plus nombreuses, les plus importantes, les plus essentielles à la matière vivante, qui obéissent à des lois essentiellement différentes; lois que la chimie découvrira peut-être un jour, mais qui, jusqu'à présent, restent autonomiques, spéciales, inexpliquées, inexplicables, et devant lesquelles doivent s'arrêter, vaincus, les chimistes et les physiciens. Qu'ils gardent par devers eux l'opinion de subordonner, dans un avenir plus ou moins lointain, les lois de la vie à celles de la cornue, j'y consens; mais, jusqu'à nouvel ordre, je veux qu'ils soient modestes et qu'ils ne nous imposent pas leurs espérances pour des vérités acquises. Je veux bien confesser mon ignorance comme chimiste, mais à la condition qu'ils confesseront la leur comme physiologistes et médecins.
Je serais au désespoir d'avoir à revenir devant vous sur des discussions qui laissent à chacun son opinion et qui, jusqu'ici, n'ont jamais conduit à un résultat.
Pour moi, comme pour la plupart des physiologistes et des médecins, les actes de la vie organique, et, à plus forte raison, ceux de la vie animale, sont soumis à des lois qui, jusqu'à nouvel ordre, doivent être considérées comme essentiellement diiférentes de celles qui régissent la matière inorganique.
Voici deux œufs, tous deux pondus par la même poule à quelques
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jours d'intervalle, Tun ayant reçu l'influence fécondante du mftle, l*autre ne l'ayant pas reçue.
Je supplie le chimiste le plus habile de me dire ce que l'analyse lui apprendra relativement à ces œufs. Dans l'un et dans l'autre^ de ralbumine, de la graisse, des phosphates terreux, des chlorures, un peu de fer, etc., etc. Ijù chimiste a-t-il trouvé ce en quoi chimiquement, physiquement, diffèrent ces deux œufs? Admettra-t*il avec moi, avec tout le monde, que la composition est identique? Il y a pourtant une différence toute petite, tout insignifiante, nous disent les chimistes : c'est que l'un est une matière organique non vivante, tandis que Tautre est de la matière organique absolument identique, mais douée d'une propriété que, faute de mieux, nous appelons lavicm
Voyons pourtant comment chacun va se comporter. Hs seront placés sous le ventre de la poule, dans des conditions de lumière, de température et d'humidité absolument semblables. Quelques jours suflSront pour que le premier, obéissant aux lois de la matière organique morte, subisse les transformations que vous connaissez et se pourrisse ; l'autre, après quelques jours, aura un vaisseau contractile déjàVempli de sang; encore quelques jours, et ce point imperceptible aura quatre loges séparées par des soupapes; ce sera un cœur recevant du sang des canaux distincts et le renvoyant à d'autres canaux. Cependant les phosphates calcaires se rendent à une place déterminée; ils s'allongent en leviers articulés, ils se modèlent en cavités, ils s'étendent en lames. L'albumine s'est répartie dans le sang, dans les muscles, dans les parenchymes, dans les membranes ; le fer, les sels ont été prendre leur place, non pas une place de hasard, mais une place déterminée, connue à l'avance.
La cornue a ses mystères, disent les chimistes ; mais l'œuf fécondé en a d'autres un peu plus étranges, ce me semble. Ce talisman qu'ils n'ont pas, c'est la vie ; ces propriétés singulières de la matière vivante, ce sont les propriétés vitales, et vous avez beau résister, il faudra bien que vous les acceptiez.
Mais avant l'incubation, tuez la matière vivante par une violente secousse, par une température un peu trop élevée, un peu trop basse, par une étincelle électrique; traitez l'œuf non fécondé de la même manière, désormais les conditions sont devenues identiques, les conséquences seront semblables. 11 n'y a pourtant de moins que ce rte/i, cette niaiserie dent il ne faut pas tenir compte, la vie^ ou, si vous l'aimez mieux, \es propriétés vitales.
iiv uRiraifcnoiy.
Mais celte évolution de Tembryon dans laquelle la force vitale apparaît si éclatante va se continuer plus simple peui-élFe, mais tout aussi évidente. Quand l'animal est parCak, ce n'est plus dans une matière amorphe que les tissus choisiront les élémeats de leui* composition ; c'est dans un liquide à composition déterminée, dans le sang. C'est ce même liquide qui désormais va pourvoir à toutes les agrégations, à toutes les décompositions, à ce mouvement incessant qui n'est, en définitive, qu'une évolution continue, moins extraordinaire en apparence, parce qu'elle s'accomplit avec des instruments tout faits.
Est-ce que par hasard il y a au monde un homme assez insensé pour nier que tous ces mouvements de composition et de décomposition soient autre chose que des ai^es de chimie ? Que le» combi- Baisons soient ternaires, quaternaires, elles n'en sont pas moins des combinaisons chimiques, et je ne sache pae que jamais quelqu'un l'ait nié. A ce compte, nous serions des iatro^chimistes, avec cette différence teutefois que les chimiatres veulent que tout se passe (tans la planle, dans l'animal vivant, conformément aux lois de la chimie inorganique, tandis que wniâ voulons» nous, que les lois qui présideflit aux actes de la diimie organique soient des lois spéciales, et surtout que la chimie dans l'organisme vivant soit dominée par desproprictés spéciales qui lui impriment une direction spéciale, et la placent dans des conditions toutes difiCérentes de celles qu'on observe dans la matière morte.
Ce qui me frappe dans l'œuf fécondé comme dans l'animal parfiût, ce sont moins les combinaisons chîmiqpies si complexes accom^ plies à si peu de frais et avec si peu d'efforts, que les affinités électives, s'il m'est permis de m'exprimer ainsi.
Dans cette matière amorphe, albumineuse, que nous appelons l'œuf, chaque principe ira se placer dans son département sans s*égarer:les phosphates calcaires d'un côté, le phosphore, le& graisses, la fibrine, les poils, les matières cornées, d'un autre côté., avec un ordre, une méthode qui démontrent clairement l'existence de propriétés différentes de celles de la matière inorganique, de celles de la matière organique non vivante.
Encore une fois, dans l'œuf fécondé, organisme vivant^, des actes chimiques ordonnés, réguliers, d'une perfection fatale, concourant tous à un but unique ; dans l'œuf non fécondé, le hasard^ le chaos des réactions chimiques de la matière organique morte-
Chimie de part et d'autre^ chimie en &a de compte, mais si difl^ rente d*eUe-mime quand on l'étudié des deui côtés, qu'il iaui biea admettre des propriétés spéciales^ puisqu'il y a des effets spéciauiL
Pardonnes-moiy messieurs, mae digressioa que vous aurei peiifc* être trouvée trop longue et mal à sa place. L'immixtion exagéréa des sciences physico-chimiques dans notre art a fait tant de sial tt peut égarer si malheureusement les jeunes gens qui commencanl à étudier la médecine, que, malgré moi, je me surprends àexagérav le danger et i vous éloigner de sciences auxquelles vous devei pourtant d'utiles enseignements.
Revenons à nos études cliniques.
L'organisme vivant, dans l'ordre animal et végétal, a des pre» priétés en vertu desquelles s'accomplissent les fonctions nutritivea. Il y a en outre, surtout chez l'animal, des appareils qui établissent, entre les diverses parties de l'économie vivante, une solidarité incontestable.
Dans l'état de santé, ces fonctions diverses s'accomplissent avac régularité; mais dana la maladie, les fonctions de nutrition aont modifiées et les fonctions de relation le sont également.
Toutefois, quelles que soient ces modifications, elles ne changeât pas, au fond, les propriétés de la matière vivante, elles en changent seulement les manifestations. — Les propriétés restent les mêmes : « QîUB faciunt^ in homine sano^ aciianes sanasy eadem^ in œgroto, marbosas, »
Lorsqu'un élément morbifique est introduit dans l'économie, lorsqu'il circule avec le sang, il s'y comportera comme les principes divers qui, chaque jour, sont absorbés dans l'acte de la digestion, de l'absorption, de la respiration.
Parmi ces principes, les uns s'assimilent en totalité, et, à ce titre, ils participent de la nature de nos alimentsr; les autres contiennent des priaeipe& réfractaires à l'assimilation , et ces principes dorvttit être rejetés de l'économie, par les divers émonctoires, s'ils ont été absorbés, par l'intestin ou par l'estomac, s'ils ont été ingérés. Jusque* là, vous le voyez, messieurs, les choses ne se passent pas autrement que dans l'ordre naturel, les aliments, en effet, pour ne prendre que ces principes, contenant, outre les substances assimilables, des àéments qui stfont nécessairement expulsés. Mais si, parmi ces principes, il en est qui déterminent une irritation topique énergique, il ea résultera une phlegmasie locale qui exercera une
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influence prochaine ou éloignée sur diverses fonctions, suivant que la partie affectée sera unie à d'autres par des liens sympathiques plus étroits. Que si, outre les qualités irritantes de l'agent rois en contact avec Téconomie, il y en a d'une autre nature qui puissent, par exemple, vicier le sang, lui imprimer des propriétés nouvelles, qui puissent agir immédiatement ou médiatement sur le système nerveux régulateur, on conçoit combien seront considérables les perturbations qui vont être produites.
Mais revenons à la physiologie^ et croyez que, en fin de compte, les actes nutritifs et les actes plus ou moins complexes de la vie de relation sollicitent sans cesse des modifications organiques qui ont leur analogue dans Tordre pathologique, de même que les phénomènes pathologiques on^eur corrélatif dans les fonctions physiologiques.
Entre l'excitant thérapeutique et l'alcool ou le café que tous les jours nous introduisons dans notre estomac pendant nos repas, où est la différence ?
Entre les stupéfiants que le médecin prescrit et les fumées enivrantes du tabac, qui fait aujourd'hui partie de la vie de la plupart des hommes, où est la différence? -
Entre l'aliment chargé d'épices associé aux condiments les plus énergiques, entre les viandes déjà arrivées à un état de corruption très-avancée qui les fait d'autant plus rechercher par le gourmet, et les causes morbifiques qui stimulent et ébranlent le système nerveux ou qui altèrent la crase du sang, où est la différence?
Pourtant l'animal et les plantes sont ainsi faits qu'ils peuvent élire entre les aliments ce qui leur convient, et rejeter ce qui les offense.
Mais cet effort ne se fait qu'au prix d'un trouble transitoire dont l'organisme se remet bien vite. La fièvre de digestion, cet acte si simple, si vulgaire, est en définitive un acte pathologique dans une certaine limite. Plusieurs fois par jour, il s'accomplit sans détriment pour l'économie, sans perturbation durable ; mais si vous supposez une altération des instruments fonctionnels, la perturbation pourra être telle que sa durée et sa violence arrivent au degré de la maladie ; de même que, si les instruments étant encore parfaits, l'acte à accomplir est hors de proportion avec la puissance organique, un trouble analogue surviendra, qui sera à son tour un acte maladif.
On peut toujours supposer, dans ce que nous appelons la fluxion, 1 engorgement inflammatoire, ainsi que dans la formation des dépôts