INTRODUCTION. XVII
plastiques de quelque nature qu'ils soient, on peut, dis-je, supposer que chaque cellule organique n'est, en dernière analyse, qu'un animal ù l'état le plus élémentaire, avec une bouche représentée par l'artère, un anus représenté par la veine, et une masse amorphe représentée par le parenchyme de la cellule (noyau et granulations). Le sang, l'élément nutritif, est l'aliment. Dans l'état physiologique, tout se réduit à un acte de composition et de décomposition, et le tissu se conserve en f état y s'atténue quelque peu ou s'ampliOe,sans subir des modifications qui soient plus qu'un acte exclusivement physiologique ; mais si le sang charrie des matériaux viciés ou trop énergiquement nutritifs, qui ne voit qu'il se passera là quelque chose d'analogue à ce qui se passe dans le canal alimentaire? Ces matériaux seront mal reçus par la cellule organique , y détermineront des troubles morbides, pourront ou y demeurer trop longtemps, ou en être expulsés trop vite , ou bien y développer des phénomènes nouveaux de sécrétion anomale ; et la perturbation sera d'autant plus persistante que les matériaux seront plus antipathiques à la cellule vivante, phis irritants, plus copieux.
Que si l'afflux insolite vient à cesser, les propriétés du tissu, un instant opprimées et troublées, reviendront à l'état normal, et la curation s'accomplira par un acte analogue à celui qui préside au retour de la santé après une indigestion.
C'est dans ce sens qu'il faut entendre la fameuse .théorie hippocratique de la coction dans les maladies avec matière : pour Hippocrate, la digestion normale n'était qu'une coction ; la coction dans les maladies n'était qu'un acte analogue à la digestion normale. *
Je sais, messieurs, combien ces théories laissent à désirer; je sais que ces théories ne sont plus acceptables quand il s'agit de la grande classe des névroses qui tiennent dans la pathologie une place si considérable ; mais, ainsi que j'ai déjà eu l'honneur de vous le dire; en étudiant les actes physiologiques dévolus au système nerveux et l'influence des causes hygiéniques qui s'exercent plus particulièrement sur ce système, on voit bientôt qu'en définitive ce sont encore les mêmes lois qui, dans ces circonstances, président aux actes physiologiques et pathologiques ; et ce que je vous ai dit des maladies cum materia^ dans leurs rapports avec les phénomènes diges* tifs et nutritifs, s'appliquerait aux névroses dans leurs rapports avec les sensations et les manifestations diverses qui ressortissent plus particulièrement au système nerveux.
ycna iifnrMoociHm.
Nous avons vu tout à Theure que, dans Tordre physiologique, les actes nutritifs ne s'accompliâsaicot, dans une certaine période et dans une certaine mesure, qu'en produisant une perturbation passagère. — Nous avons vu que les aptitudes fonctionnelles suffisaient poui^ la restauration de l'ordre. Éievezrvous un peu plus haut et arrives au degré de la maladie; les aptitudes fonctionnelles restant les mémeSy il suffît d'un peu plus de travail, d'un labeur plus pénible, pour l'accomplissement de la fonction pathologique, comme tout à rbeui*e pour l'accomplissement de la fonction physiologique.
Que si l'instrument est insuffisant, il n'en conservera pas moinsles aptitudes et les propriétés qui lui sont naturellement dévolues, mais il demandera pUis de temps qu'auparavant, il rencontrera plus de difficultés dans l'exercice de la fonction pathologique. Si cette difficulté n'est pas insurmontable, il y a guérison, guérison accomplie en vertu des propriétés innées de la matière assemblée et constituée en organes ; si la difficulté est insurmontable, et elle Test malheureusement trop souvent, la maladie persiste, et la destruction de l'appareil, de la fonction ou de l'ensemble, en est la eonséquence.
Il n'en est pas moins vrai qu'aux tissus vivants, aux organes, aux appareils, sont départies certaines propriétés qui survivent aux plus véhémentes secousses et à l'aide desquelles s'accomplissent les œuvres physiologiques et pathologiques. Il est donc vrai de dire, dans un sens figuré, que la nature tend à la guérison, ce qui n'implique pas que cette tendance ne rencontrera pas, dans l'intimifi^ même de l'être vivant, par l'usure ou la destruction des organes, ou bien, en dehors de l'être, par la véhémence ou la malignité delà cause morbifique, des obstacles insurmontables.
Mais le médecin bien convaincu de cette puissance des propriétés des tissus sera moins di^osé à agir, sera plus circonspect dans ses attaques thérapeutiques, et comprendra mieux que le rôle du médecin n'est quelquefois jamais plus utile que lorsqu'il se borne à observer et à diriger ces forces vives.
Nous croyons trop à nous-mêmes, et nous nous défions trop de ce que j'ai appelé métaphoriquement la nature. — Nous ne savons pas assez que, le branle donné, pardonnez-moi cette expression triviale, les choses reprennent leurs allures normales, et que rien ne doit être plus respecté par le médecin que le retour à l'activité des fonctions naturelles qui désormais feront, pour la curatioa, plus que tous les agents de la matière médicale.
Lorsque^ aw» TinflueBee- de cette raodification particulière de Vécommûe qae m&m appelons inflammation y faute d'un Boa iseîHeur, ii s*es4 iMwé, 4mui la eaviié pleurale, un ép»iehe«tte»t de sércKBÎAé et de proMite plastiques, nous essayons d'islervettir, et dw<ww4e» daQB hb asse» giaiid nombre de cas, nous iotervenoos ulileflMBt; maklftlûnite de cette interventioa est ce que la majorité des médecins sait le moins. A voir Topiniàtreté de nos médicatÂoitt^ l'incessante et tumultueuse activité die notre Uiérapeutique, il semble qye nous devi<NEis nous défier de la nature et que nous soyons jaloux de fiiire tout par aousHOiémes et sans die. Or, une fois que Tétai iaflammatoitfe est dissipé» il reste encore quelque chose, et ce queir que chose, si nettement appréciable par rauscuttatioa et par la pereufisioBi^ je veux, parler de Tépanchement, va nous préoccuper et nous occuper plus q^ la lésion locale qui l'a produit. Nous nous refesoBs à croire que, l'orgasme inflammatoire une fois dissipé» la prasde ceikte organiq^ que Toa nomme la plèvre, puisse revenir à ses aptitudes normales et £aire ce que font sans cesse les utricules (organiques élémentaires dans l'acte de la nutrition. La plèvre désormais va absorber et digérer les produits morbides qu'elle conlienl, et elle suffira ordinairement à cette tâche qui pourtant s'accomplit lentement en général. J'accepte sans difScuké que la paraeeBtése du tluorax pourra lui épargner bien des labeurs, au même tîiare qu'un vomissement copieux est le meilleur et le pins salutaire des renéd^ quand il y a surcharge de l'estomac ; pourtant, qttand l'épaniehement n'est pas excessif, quand il n'y a pas d'irrévocables tubercules dans le poumon ou à la surface de la membrane séreuse, les ftuictioas naÉurelles et innées de la plèvre suffisent désormais à la résorption du liquide épanché et à la curation définitive.
fl en est de même d'une multikide de maladies chroniques. Alors que, sous l'influence d'une cause syphilitique, il esl survenu une exostose ob toute autre lésion, gardez-vous de croire que le mal doive être opiniâtrement povrsuivi, tant que l'os et le périoste res- 'teront gonflés. Déjà, depuis bngtemps, le virus vénérien aura été subjugué» que les lésions resteront encore pour témoigner de son action passée; et si le thérapeutiste cesse d'agir, les fonctions d'assimijalâon;» départies à chacun de nos tissus, suffiront pour faire disparaître ce qu'une médication trop longtemps continuée aurait peut-être laissé persister.
XX INTEODUCTIOll.
Les bomœopalhes, fort involontairement et à leur insu, j'en conviens, sont venus très à propos pour nous apprendre A connaître la puissance des forces inhérentes à Véconomie vivante. Leurs succès, fondés précisément sur des faits de guérison qu'ils s'attribuaient et ({ui n'appartenaient qu'à la nature, nous ont été un bien utile enseignement et nous ont instruits à compter un peu moins sur nous, un peu plus sur les aptitudes merveilleuses des tissus et des appareils qui constituent la machine animale.
Encore une fois, messieurs, n'oubliez pas que, dans les maladies aiguës, le moment d'agir utilement passe avec rapidité et que l'expectation trouve bien vite son opportunité ; et tout en convenant que dans les maladies chroniques l'intervention active, patiente, renouvelée du médecin, est longtemps utile, néanmoins, dans ce cas encore, il faut quelquefois fermer la main qui était pleine de médicaments, et attendre encore quelques jours ; bien souvent alors on voit se réveiller les fonctions normales assoupies, étouffées ou dénaturées, et Ton assiste avec bonheur aux actes puissants de ce que l'on appelait, sans trop le comprendre, la nature médicatrice.
De bonne heure et après quelques mois d'études, l'élève doit commencer à recueillir et à rédiger des observations. Il prendra l'habitude d'examiner les malades, d'interroger les appareils et les fonctions, de discerner dans les symptômes ceux qui doivent occuper le premier plan et qui ont la signiGcation la plus large; il apprendra surtout à connaître la marche des maladies, la plus importante, la plus capitale des notions pour le praticien.
Je croirais manquer à mon devoir si je n'insistais sur ce que je viens de dire.
Connaître la marche naturelle des maladies, c'est plus de la moitié de la médecine.
Mais n'imaginez pas, messieurs, que ce soit une œuvre facile. Bien des causes, en effet, mettent un obstacle presque insurmontable à cette étude si nécessaire. La plupart des médecins ont de la puissance de leur art une si haute opinion qu'ils ne croientpas devoir s'abstenir en présence d'une maladie aiguë ou chronique. Ils instituent un traitement énergique qui trouble nécessairement l'évolution normale de la maladie, et lors même que ce traitement est utile, il ne nous permet pas de connaître ce qui serait advenu, si
UnHODUCtlON. XXI
le mal avait été abandonné à lui-même. Si le traitement a été nuisible, la perplexité sera la même.
Il faut convenir, messieurs, que si nous autres qui avons vieilli dans la pratique des hôpitaux et de la ville, nous éprouvons un si grand embarras à connaître la marche naturelle des maladies, combien plus grand sera le vôtre, et quel sera le fil qui vous conduira dans ce dédale inextricable ?
Il est pourtant un moyen assez facile d'acquérir cette notion si importante pour le praticien. Suivez la pratique de plusieurs médecins, ne croyez pas trop à la parole du maître, ne restez pas des écoliers serviles, allez, voyez, comparez.
Si, malgré les traitements les plus divers et les plus opposés, une maladie est généralement bénigne, jugez que le médecin est impuissant à la contrôler et que cette bénignité tient moins au traitement qu'à la nature du mal. Ce point acquis, cherchez dans les hôpitaux et vous ne tarderez pas à trouver un grand nombre d'individus qui entrent dans nos salles après avoir passé chez eux, sans traitement, les premiers jours de la maladie; vous en trouverez un grand nombre qui arrivent au moment où commence leur convalescence. — Ce sont là les faits les plus importants que vous puissiez observer. Comparez maintenant ces malades à ceux que vous avez vu traiter dans les hôpitaux, voyez quelle a été la durée du mal, quelle est la rapidité de la convalescence, et, s'il demeure évident pour vous que la meilleure part est pour ceux qui sont restés sans traitement, ou que rinfluence des médications les plus diverses a été nulle, presque nulle ou nuisible, vous savez déjà qu'il est une maladie aiguë dans laquelle la nature est plus puissante que le médecin, et, connaissant désormais l'allure de l'aflection abandonnée à ellemême , vous pouvez , sans vous tromper, juger les médications diverses qui ont été employées. Vous saurez s'il en est qui n'ont produit aucun effet fâcheux, s'il en est qui ont notablement abrégé le mal, et désormais vous aurez un étalon avec lequel vous mesurerez les médications que vous verrez opposer à cette maladie.
Ce que vous avez fait pour une maladie, vous pouvez le faire pour un grand nombre, et juger ainsi en parfaite connaissance de cause les actes thérapeutiques de vos maîtres.
Mais qui ne voit que pour en arriver là, il faut une attention de tous les jours, un grand amour de la vérité, un grand désintéressement, et ce sont là des conditions difficiles. L'affection que vous
avez pour «m maître que vous écoulez dqmis km^ptenips tovs porte à croire trop volontiers à sa parole. Je fois tout ce qui est en moi peur vous apprendre ce que je crois être la vérité. Beaucoup de vous, par un sentiment de déférence bien natarel et ^cNit je leur rends grâce, jurent sur la parole du maître ; mais je vovs ar^'ure de chercher encore d'autres enseignements. Je ne puis le faireaussi atsémentqne vous; je n'ai que la lecture pour m'éclairer sur mes fautes et r«^ dresser mon jugement. Vous a^z, veus, avec la lecture, Tobservatioa 4es méthodes de vkigt médecins des hépkanx éont les salles vous sont libéralement ouvertes , dont les conseiis veos sont affec^ tueusement donnés, et je vous renercte lorsque vous me rapportez des observations qui me permettent de rectifier une erreur. 11 n est pas d'année que je ne doive à quelques jeunes gens actifs et dévoués d'apprendre des càioses que j'ignorais, de revenir sur des erreurs que j'enseignais depuis longtemps, et ce n'est pas pour moi la moins douce récompense des efforts cpie je Sais penr ieor être utile, et de l'affiection que je leur porte.
La notion de la marche naturelle des makdies est donc, cemMe je vous le disais tout i l'heure, la plus importante qu'un jeune mé^ decin doive cberdier à acquérir. C'est à l'aide de cette boussole qu'il se dirige avec certitude dans l'étude si difficile de la thérapeuiîqne; c'est par là qu'il sera i même d'apprécier les systèmes qui se succèdent peur mourir bientôt écrasés par d'autres qui surgissent.
Il n'y a pas jusqu'aux ridicules pratiques des amulettes et de l'ho^ mœopathie qui ne vous soient un €rés-ntile enseîf nenienC, et, spectateurs éclairés des merveilles dnes à tant d'arcanes que se iS9suà^ mt'ttent les familles, que propagent avec ferveur les croyants de toutes les religions, et ceux mêmes qui se mettent le plus auniessos de ee qu'ils appellent des préjugés, vous voyez se dérouler devant vous les phénomènes morbides dans leur enchaînement régulier, et vous acquérez, sans que voire conscience ait rien i vous reprn^ cher, la notion qu'il ne vous a pas été permis d'eètenir par vos propres recherches.
En effet, messieurs, il n'est pas permis à nn médecin digne du sacerdoce auquel il s'est voué de mettre de côté ses croyances^ même fausses, pour expérimenter sur les malades et attendre enrieusement ce que pourra faire l'expectatien.
U y a bien longtemps que je suis indiné i croire à l'impuissance de la médecine dans le traitement de la pneumonie aiguë. Il y a
nmoMKanoii. mu
bien longtemps que je suis tenté de laisser à la nature le soin de mener à bien cette maladie contre laquelle nous sommes tous dis* posés i a(^ avec tant ée vigueur ; mais îusqu'ici }e A'ai pas osé le iSttre. Les antimoniaux, les vomitifs, la digitale sont mes armes de prédilection, et je croirais manquer à tous mes devoirs, si, con^ vaincu comme je le sais, peut-être à tort, de Fextréme utilité de ces moyens, je les mettais de côté pour voir comment la nature vieailrait à bout de la maladie.
L*abslentio& dans les maladies qui n'oiâ aucune gravité se conçoit i merveille, ei Ton peut, sans trahir ses devoirs, étudier les allures de ces maladies, sans pennettre qu'elles soient troublées par Tinter- Tention de l'art; mais quand il y a du danger et que nous croyons avoir dans nos mains un remède qui le puisse conjura*, la conscience nous cne d'agir et nous ramène à la médecine active, alors mémo que, pour un moment, nous aurions cédé à Vattrait d'une curiosité coupable.
Cette abstention que je blâme, je l'accepte au contraire entièrement, j'en proclame l'opportunité dans les maladies contre les*qneiles tout jusqu'alors est resté impuissant. Attendre «dans ce cas, vons apprend au mains une chose : c'est qu'il est des remèdes nuisibles, et qu'il vaut mieui ne faire rien quede faire du mjd. Cependant, dans ces mènes oas, si l'abstention était nécessaire pour nous faire oonnaitre la marche du mal, elle se doit point être absolue, et elle <doi4 céder devant les convictions de ceux qui croient, à tort ou à raison, avoir trouvé un remède «tile. Dans des affeotions incurables, dans celles qui, bien que souvent curables, sont {graves et ne cèdent ^'avac lenteur et après avoir conduit le malade par les voies les plus périlleuses, quelques essais sont permis, pourvu qu'ils ne soient ^e le corollaire de faits acquis dans des circonstances que vous jngez analogues, ou le résultat d'expériences beureu^ tentées par d'autres ^ne vous.
Le péril imminent, certain, que court un malade, justifie tous les remèdes, ou tout au moins les excuse, puisque, dans le cas qui nous ocoupe, nous ne pouvons faire pis que ce qui va in^itablement arriver.
Mais dans ces cas mêmes, il faut que l'acte thérapeutique soit justifié par mie idée, par une analogie.
En présence «d'un enfant qui meurt étranglé par le croup, agir comme le chirurgien qui ouvre une issue à un corps étranger in tro-
XXnr INTAODOCTION.
duii dans la trachée, et qui permet & l'air de pénétrer au-dessous du larynx obstrué, c'est agir avec intelligence et en vertu d'une analogie puissante; et lors même que le succès ne justifierait pas l'audace de l'artiste, encore est-il que sa conscience l'absoudrait, et c*est un grand point.
Depuis des siècles, la paracentèse abdominale est pratiquée pour évacuer des collections séreuses. Pourquoi réserver la paracentèse thoracique aux épanchements de pus, comme on le faisait naguère ? Et n'étais-je pas justifié lorsque dans la pleurésie aiguë et quand la suffocation était imminente, je plongeais mon trocart dans la plè» vre? Il se pouvait faire que la trachéotomie, que la ponction thoracique fussent inutiles; mais à coup sûr, si une expérimentation était permise, c'était celle-là.
Tant que l'homme de l'art ne fera que des expériments de ce genre, il sera absous d'abord devant sa conscience, et c'est le principal, et ensuite devant ses pairs qui le jugent, tandis qu'il sera condamné et justement flétri, si l'expérience n'est faite que dans un intérêt de coupable curiosité.
Mais combien sera plus coupable encore celui qui expérimentera de cette manière dans un hôpital ; là où il n'a pas cette responsabilité qui le fait souvent trembler dans la pratique particulière, là où il n'a pas à garantir les intérêts de sa position qui pourraient être compromis; là où il y a des malades subordonnés qui ne peuvent résister à son autorité qu'à la condition d'être jetés hors de l'hôpital, sans asile et sans secours.
Tâchez, messieurs, si vous êtes témoins de ces méfaits, si rares, Dieu merci, tâchez de ne les pas imiter. Vous vous prépareriez des remords qui vous poursuivraient pendant toute votre carrière.
Le médecin a le droit d'expérimenter, mais dans des limites, dans (fes conditions que je vous ai en partie indiquées, et sur lesquelles je veux insister davantage. Pour le bien comprendre, il faut savoir comment s'acquièrent les notions pratiques et thérapeutiques.
Je vous ai déjà dit, messieurs, que la plupart des faits thérapeutiques procédaient de^l'empirisme; mais j'ai eu soin de vous faire comprendre que si le fait primordial était purement empirique, les conséquences appartenaient à Tintelligence du médecin qui savait les trouver. Je vous ai fait voir que le médecin intelligent voyait dans un fait ce que bien d'autres n'y voyaient pas, et qu'il agrandissait ainsi l'horizon autour de lui. Cependant, les consé-
imnoDUCTfON. xxv
quences d'un (ait primordial ne prendront de valeur médicale qu'autant que l'expérience aura prononcé, et l'expérience ne s'acquiert que par l'expérimentation. 11 n'y a pas an monde un médecin, à moins qu'il ne soit stupide ou malhonnête, qui expérimente sans autre motif que dé constater les résultats de son expérimentation. D est conduit par un fait ou par plusieurs faits déjà acquis, et les es* sais qu'il tente sont réellement légitimés par des notions antérieures fournies par le hasard, ou bien à la fois par le hasard et par l'obseryation attentive des faits.
Lorsque les femmes occupées à éplucher les stigmates de safran ont eu souvent à se plaindre de l'exagération du flux menstruel, ce fait, de notoriété populaire, n'a pas pu ne pas frapper l'esprit des médecins les moins intelligents, et de là à l'action thérapeutique emroénagogue et souvent abortive du safran, il n'y avait qu'un pas.
Gomment est-on arrivé à essayer de réprimer les bourgeons charnus d'une plaie avec la pierre infernale? je l'ignore. Mais cette pratique, toute vulgaire, laissée entre les mains de ceux qui font leurs premières armes dans la carrière médicale, de ceux qui sont le plus étrangers à notre art, a conduit les praticiens à l'expéri* mentation la plus féconde et la plus riche en résultats. Assimilant les affections catarrhalcs des membranes muqueuses au bourgeonnement de la peau dans les plaies, ils se sont demandé s'il ne serait pas opportun de mettre en contact avec ces membranes muqueuses ce même cathérétique, et des essais, d'abord timides, ont donné des résultats tels, que bientôt on s'est enhardi, et les solutions de nitrate d'argent portées d'abord sur le pharynx, sur la membrane mu* queuse buccale, sont devenues d'un usage banal dans le traitement des pblegmasies des membranes muqueuses du nez, des yeux, de l'urëthre, du vagin, et même dans celles de la membrane muqueuse intestinale.
Mais si le plus énergique des cathérétiques était aussi évidemment utile, ne pouvait-on pas attendre les mêmes effets de ceux qui se placent à côté du nitrate d'argent? Les sulfates de cuivre et de zinc, le sublimé corrosif, les solutions alcalines de potasse, de soude, d'ammoniaque, essayés successivement par divers praticiens, ont répondu à l'attente de l'expérimentateur, et chaque jour le champ de l'expérience a été s'agrandissant.
Cependant on ne tardait pas à s'apercevoir que le premier effet de ces agents divers n'était qu'un phénomène analogue à celui de
nouisiiu, 2* édit. — i. c
JXYl I?iTB0DUCT102L
rinflammafion, et il fut aisé de coniprendre que rioflammation sollicitée dans des tissus déjà atteints par rinHammation, amenait la guérison des accidents.
Cette notion une fois acquise, et, comme vous le voyez, elle était tout expérimentale, il en découla le grand système thérapeutique de la substitution qui domine aujourd'hui toute la pratique.
C'est ainsi que, pas à pas, la thérapeutique s'est enrichie; c'est ainsi que chaque jour un fait expérimental est venu s'ajouter à un autre ; et comme on voyait des analogies entre ces faits, comme on en pouvait saisir les rapports, il se faillit d'abord des groupes de systèmes qui plus tard s'élargissaient et constituaient une espèce de doctrine thérapeutique qui sans doute laissait en dehors d'elle bien des laits inexpliqués. Et ces faits doivent provisoirement rester dans le domaine de l'empirisme, jusqu'au jour où il sera donné de les placer dans une catégorie spéciale, et plus tard djuas un système général.
Certes, nous ne sommes pas plus avancés que du temps de Sydenham relativement i l'action du quinqnina dans le traitement des fièvres intermittentes ; mais la notion empirique de l'influence puissante de l'écorce du Pérou n'est pourtant pas une notioa brute fu'il suiSse de faire connaître pour qu'elle devienne du domaine da vulgaire. Quand la comtesse d'el Cinchon, dans son enthousiasme re* connaissant, envoya à Rome et à Madrid la poudre miraculeuse (|ui l'avait guérie de la fièvre, eHe ne faisait qu'un acte d'empirisme; mais reçue et essayée par Torti et par Sydenham, l'écorce du Pérdu devint un remède administdré suivant des règles, suivant une laéthode qu'il n'appartenait qu'à de grands médecins de déterminer. Ainsi, lors même qu'un remède ne s'applique qu'à une maladie spéciale, lorsque nulle théorie, nulle induction ne conduit à l'essayer; lorsqu'il semble être, par conséquent, du domaine exclusif de Tempirisme, le médecin peut encore intervenir avec son inteUigenoe et instituer une médication avec un seul médicament.
11 ne systématisera pas ; il ne pourra même essayer la plus petite catégorie ; mais il appréciera l'opportunité de Tusage du remède, son influence dans le cas spécial, la durée de cette ittfluence. Il réglera les doses, le retour de l'application de ces mêmes doses. Il cherchera le moyen de rendre le remède plus înoffensif; il étndiera, dans les conditions accessoires de la maladie, s'il n'existe pas d'autres indications que l'expérience lui a déjà appris à appré-
INTRODUCTION. XXVU
cier cl a remplir. U verra que Tanémie qui accompagne l'empoisonnement palustre, obéit avec une certaine facilité aux mêmes remèdes qui réussissent si bien dans la aichexie chlorotique ; et le fer deviendra, entre les mains du médecin, un acyuvant utile inconnu à Tempirique. L'empirique peut guérir un accès de fièvre ; * au médecin il appartient de guérir la fièvre. Au médecin il appartient de faire une diagnose impossible à l'empirique, — Savoir qu'un malade a, chaque jour, un paroxysme fébrile commençant par du frisson et suivi de chaleur et de sueur, c'est là une notion d'une vulgarité extrême, ce n'est pas un diagnostic; mais savoir que ce paroxysme n'est pas lié à une phlegmasie cachée, à une suppuration profonde, à une disposition toute spéciale du système nerveux, si 4X>mmune chez certaines femmes ; savoir qu'il est bien l'expression de l'influence exercée par le miasme palustre ; c'est là une notion f(»rt complexe qui ne peut être que du domaine du médecin. Apprécier maintenant la gravité de cet empoisonnement, l'influence qu'il a exercée et qu'il doit encore exercer sur l'individu malade, et proportionner par conséquent la durée et l'énergie de la médication à la gravité du mal, c'est encore ce qui ne peut être du ressort de l'empirique.
Mais quand il faut, dans les fièvres larvées simples ou pernicieuses, trouver le fil qui vous mène à la notion de la cause, à k notion de la nature intime de la maladie ; quand il faut, chez un homme qui tousse, qui a de l'orthopnée, une expectoration ensanglantée, un point de côté, quand il faut, dis-je, lever ce masque trompeur et montrer la fièvre intermittente, qui réclame impérieusement et immédiatement l'emploi de hautes doses de quinquina; quand il faut chercher et découvrir la même indication au milieu des désordres les plus violents d'un accès qui se prolonge et qui affecte les formes d'une fièvre continue ; le médecin seul peut intervenir utilement, et l'empirique grossier, qui par hasard a guéri un accès de fièvre intermittente, est inhabile à manier l'arme thérapeutique, voire dans les cas les plus simples, et ne sait pas même qu*il doit s'en servir dans les formes un peu complexes de la fièvre iiilermittente.
Ainsi, bien que l'empirisme ait fourni la première notion de l'emploi du quinquina, bien qu'aujourd'hui toute interprétation du mode d'action de ce puissant médicament nous échappe complètement, cependant le médecin s'est emparé de cette action, l'a fécoJD»
XXVIII INTBODUCTION.
dée, eiy avec ce médicament empirique, il institue une médication qui ne Test pas.
Le professeur de clinique a une tout autre mission que le professeur de pathologie. — Celui-ci doit méthodiquement tracer Fhîstoire des maladies, en indiquer les causes, la nature, les symptômes, le traitement. Il les doit classer autant que possible dans un ordre nosologique, et, autant qu'il est en lui, il en fait un tableau précis, bien arrêté, auquel tous les faits devront se rapporter.
Pour le professeur de clinique il n'en est pas de même ; si une série de malades atteints de la même affection se présente dans les salles, il en profitera sans doute pour tracer un tableau de la maladie ; mais la description sera en quelque sorte le résumé, le corollaire des faits observés, et il aura bien plus souvent à étudier les formes que le mal subit en vertu de certaines constitutions médicales, en vertu de Tidiosyncrasie de chacun, qu'il n'aura à en tracer un tableau général. 11 montrera surtout en quoi et jusqu'où le cas présent s'éloigne des descriptions classiques; il fera voir les modifications sans nombre que des conditions individuelles font naitre dans la forme, dans l'allure, dans le traitement des maladies. En un mot, tout en indiquant ce en quoi le cas présent se rapporte aux formes classiques, il indiquera avec un soin plus minutieux ce en quoi il en diffère, et il tâchera de montrer pourquoi il en diffère. Cette étude capitale est précisément celle qui forme le praticien.
Lorsque l'élève vient de lire un traité de pathologie médicale, il lui semble qu'il est déjà médecin , mais , mis en présence d'un malade, il éprouve le plus étrange embarras et comprend bientôt que le terrain manque sous ses pieds.
Je ne parle pas seulement de l'embarras qui résulte du défaut d'habitude, cela se comprend et de reste ; mais je veux parler de ce que les signes et les symptômes ont d'insolite pour lui. — Il n'est pas jusqu'aux maladies les plus vulgaires, dont le diagnostic passe pour être le plus facile, qui ne deviennent une source d'insurmontables difficultés. — Dans ses traités de pathologie, l'élève a vu dessinée k grands traits la phthisie pulmonaire tuberculeuse; les signes fournis par l'auscultation et la percussion sont indiqaés avec méthode et clarté ; l'auteur a insisté wat^ exceptions nombreuses; mais frappé le jeune homme, etcei