TRAITEMENT DE LA PNEUMONIE
en l'administrant, je n*en ai pas moins continué de donner le kermès qui s'adressait à l'élément inflammatoire, tandis que le remède antispasmodique s'adressait à l'élément nerveux.
Vous avez vu les résultats de cette médication. Sans doute, en anscuitant la poitrine, vous avez pu vous convaincre que je n'avais en rien enrayé les progrès de l'inflammation parenchymateuse du poumon. Je n'avais pas cette prétention ; car si, par quelque médication que ce soit, par les antimoniaux comme par les saignées dont les indications sont subordonnées, comme je vous l'aidil précédemment, aux constitutions médicales régnantes, on amène à bien la résolution de la pneumonie, on ne peut espérer de \a juguler en vii^-qnatre, trente-six ou quarante-huit heures, ainsi que quelques médecins se rimagineot Je m'attendais donc à voir l'affection locale parcourir ses périodes, mais je m'attendais aussi à voir les accidents nerveux cesser. Et en e&et, les mouvements respiratoires sont tombés de 88 à 44, bien que, la lésion puhnonaire étant un peu plus étendue qu'auparavant, on dût s'attendre à les voir s'accélérer, si cette accélération eût été subordonnée à l'état du poumon. Quoiqu'ils ne soient point encore arrivés au chifl're qu'ils doivent avoir quand les choses marchent régulièrement, tout fait espérer que demain ils y arriveront
Le délire très-violent qui pouvait inspirer des inquiétudes s'est calmé; il n'y a plus eu cette nuit qu'un peu d'agitation, et ce matin la malade répond très-nettement aux questions qu'on lui adresse. Le musc a amené cette sédation, sans que j'aie eu besoin d'en donner plus de 50 centigrammes dans les vingt-quatre heures. J'en continue aujourd'hui l'usage. Enfin, comme depub trois jours celte femme est tout à fait privée de sommeil, si cette insonmie, qui est encore un phénomène de l'ataxie, persiste, ou bien j'associerai an musc de petites quantités d'opium, ou bien je donnerai l'opium seul.
Cette association des deux médicaments a été également conseillée par Sarcone, « quand il se joignait à l'excès de sensibilité des veilles fatigantes et opiniâtrçs a.
Mais ce n'est pas tout que de saisir l'indication du musc dans la pneumonie avec délire, son administration exige quelques règles indispensables à connaître.
On peut en prescrire jusqu'à un gramme et plus par jour, en distriboant cette dose en dix pilules dont une est donnée toutes les heures, et en continuant ainsi jusqu'à ce qu'on obtienne une rémission des accidents, ce qui a lieu ordinairement au bout de huit ou dix heures au plus; après quoi, d'après Récamier, il ne faut plus compter sur ses effets qui sont prompts on nuls.
Je termine par un mot relatif encore à notre malade. Sa pneumonie est peu étendue, et les symptômes réaciionnels, dégagés de la complication des accidents nerveux, indiquent aussi qu'elle est sans gravité. La guérison me parait donc assurée (1).
(1) En effet, après quelques jours de traitement, cette femme, complètement guérie; a pu quitter rbôpital.
TftAItEMENt I)E LA PNECMOMIE. 7S3
Je tenais beaucoup, messieurs, à vous dire ces choses, à vous bien préciser les indications de la médication que vous m'avez vu employer, parce que souvent j'ai entendu attaquer sou efficacité par des hommes très-recommandablesqui, ayant administré le musc dans des pneumonies avec délire, n'avalent pas réussi. La cause de leur insuccès dépendait, non de ce que le remède était mauvais, mais de ce qu'il était donné mal à propos dans des cas où l'on avait aiïaire à ces espèces de délire bien différents de celui dont il est ici question. C'est avec ces erreurs de diagnostic qu'on compromet les meilleurs agents thérapeutiques. Lorsque vous confondez les uns avec les autres les phénomènes qui surviennent dans le cours d'une même maladie, vous échouez inévitablement en les attaquant par le même remède ; puis ce remède vous ayant fait défaut, parce qu'il ne trouvait pas sa véritable indication, vous roéconnaissez son utilité, et vous vous privez d'un moyen d'action puissant dans des circonstances où il vous serait réellement utile.