‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris (volume 3)Chapitre 62 sur 81 · PNEUMONIE DU SOMMET · texte numérisé non relu

PNEUMONIE DU SOMMET

Elle n'est pa$ nccessairemcnt accompagnée de délire, et celui-ci peut survenir égale* ment dans les pneumonies qui occupent le centre ou la base d*un lobe. — EUe n*est pas nécessairement plus grave que d'autres et elle peut guérir aussi rapidement. <— il y a des restrictions à faire pour les cas où elle survient chez des individus tuber* culcux.

Messieurs,

Aux n""" ^ et 18 de notre salle Sainte-Agnès, vous avez vu deux hommes atteints de pneumonie algue franche. Ces deux hommes, dans la force de l'âge, n'ayant pas dépassé la trentaine, d'une vigoureuse constitution, avaient pris la maladie qui tes amenait b l'hôpital dans les conditions où elle se prend le plus habituellement, c'est-à-dire à la suite d'un refroidissement. Chez tous deux, elle offrait cette particularité que l'affection inflammatoire occupait le sommet du poumon. Tous deux ont parfaitement et très-rapidement guéri : aucune complication n'est venue se jeter è la traverse. Rappelons rapidement les faits.

Le premier sujet était tombé malade il y a sept jours ; un gros frisson, un point de côté annoncèrent le début des accidents ; presque aussitôt survint de la toux accompagnée d'expectoration. La fièvre, qui s'était déclarée tout de suite, ne l'a pas quitté depuis. A son entrée à l'hôpital, le troisième jour de sa maladie, nous trouvions dans son crachoir des crachats caractéristiques, d'un jaune safrané, aérés, visqueux, adhérant au vase, ne laissant aucun doute sur le diagnostic que nous avions à porter. La dureté du son rendu par la percussion du thorax au niveau de la fosse sus-épineuse de l'omoplate du côté gauche et sous la clavicule, les râles crépitants, l'expiration soufflante perçus en auscultant ces réglons, confirmaient l'existence d'une affection que l'inspection des crachats et les symptômes accusés par le malade indiquaient déjà

TBOUSSEÀU^ 2* édit. — I. 48

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suflSsamment. Nous avions donc bien affaire à une pnenroonie, el k une pneuinonie du sommet gauche.

Le lendemain, l'expiration soufflante avait fait place k du aooffle tnbaire, et des bouffée plus nombreuses de râles crépitants fins s'entendaient dans une étendue plus considérable que la Teille. Le sixième jour, les phénomènes stéthoscopiques étaient encore plus prononcés.

Contrairement k ce que nous avions fréquemment observé cette année, cet homme se plaignait d'une constipation opiniâtre qui n'avait pas cédé nonobstant l'emploi du kermès dont il a pris cependant diaque jour des quantités a^sez notables. Je dus, pour faire cesser cet accident, donner deux pilules de calomel de 0*%05 chacune, et, de plus, 2 grammes de jalap en pondre. Cette purgation amena les effets que nous en attendions.

Ce matiu, huitième jour du début de la maladie, nous trouvons notre homme sans fièvre, la peau bonne, le pouls ample et nuUemenl accéléré, tout en conservant une amplitude en rapport avec la constitution et les forces do sujet. Les phénomènes stéthoscopiques se sont modifiés, et l'on entend maintenant le murmure vésiculaire, accompagné, il est vrai, de râles muqueux souscrépitants fins, là où nous entendions, il y a quarante-huit heures, le souffle tobalre et des râles crépitants.

La pneumonie est donc franchement entrée en résolution. Cependant hier nous avons été frappé d'un fait qui, bien que l'état dn malade parût satisfaisant, ne laissa pas que d'appeler notre attention. Je veux parler des caractères que pri^sentèrent les crachats. La couleur safranéc qu'ils avaient les premiers jours était devenue plus foncée, et hier ces crachats, tout en conservant leur viscosité, avaient pris cette couleur lie de vin, jus de pruneaux, généralement d'un si fâcheux présage. Toutefois, comme ces crachats étaient toujours visqueux, je m'alarmai moins de leur aspect. Ce n'est pas tant en effet la couleur jus de pruneaux que la diffluence particulière succédant à la viscosité qui, dans l'expectoration péripneumonique, constitue un signe de mauvais augure. Ce matin, vous avez pu le constater comme moi, les crachats ont repris une légère teinte safranée, et sont d'ailleurs peu nombreux.

L'histoire de notre second malade est à peu de chose près identique avec celle du premier. Sa péripneumonie, contractée dans des circonstances analogues, a occupé le même siège, sa marche a été la même, et la guériaon est arrivée avec la même rapidité.

' Dans ces deux cas, ma médication a été la même ; c*est aux antimoniaux, c'est au kermès que j*ai eu recours.

Ces observations trouvent parfaitement leur place à la suite de ce que je viens de vous dire dn musc dans la pneumonie. En effet, messieurs, ce délire, qui est si merveilleusement combattu par cette médication, n'est jamais peutêtre plus fréquent que dans les pneumonies du sommet La raison, je l'ignore, mais le fait est assez généralement accepté. Il n'en faut pas conclure cependant que la pneumonie du sommet entraine nécessairement ces accidents ner-

TRAITEMENf DE U PNEUMONIE. lit

veux : les deux hommes de ]a salle Sainte-Agnès en sont la preoTe. Ces deux malades ?ous montrent en outre que la pneumonie du sommet n'est pas fatalement plus grave que celle de la base.

Je ne conteste pas que chez les individus sous Tempire d'une diathèse to« berculeuse, cette pneumonie du sommet ne soit une affection plus sérieuse que chez tout autre, non point par elle-même, mais parce qu'elle peut hâter le développement de la phthisie, en sollicitant la manifestation de la diathèse* en accélérant l'évolution des productions tuberculeuses dont le siège de prédi? lection est le sommet du poumon. Cette restriction faite, je maintiens ma proposition que la pneumonie du sommet n'est pas plus redoutable que celle de la base ou du centre. Ce qui fait la gravité de l'inflammation, ce n'est pas son siège ; c'est, d'une part, son étendue, une pneumonie qui envahit simultanément tout un poumon étant, toutes choses égales d'ailleurs, plus grave que celle qui n'affecte qu'un lobe, la pneumonie double étant toujours trèsdangereuse ; c'est, d'autre part, sa nature, je dirais sa spécialité, qui varie suivant les constitutions épidémiques, suivant l'état antérieur da malade, suivant certaines influences dont la connaissance intime nous échappe, et qui ne se révèlent à nous que par leurs efiets.

759^ PÊBIGARDITE.

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