VERTIGO AB AURE L£SA; VERTIGE LABTRINTHIQUE
Le vertige stomacal est souvent méconnu. — Les accidents qui le caractérisent sont souvent considérés conmie dépendants d'un état congestif cérébral, et les moyens à l'aide desquels on cherche alors à les combattre, loin de les fàire cesser, les augmentent. — Le vertige tenant aux lésions du labyrinthe ressemble au vertige stomacal. — Le traitement des vertiges stomacaux est celui de la dyspepsie.
Messieurs,
Au n"" 29 bis de notre salle Saint-Beraard, est restée pendant environ denx mois une femme âgée de cinquante-sept ans, qui était affectée d'accidents sur lesquels je désire appeler votre attention d*une façon toute particulière.
D'une santé habituellement bonne jusqu'à l'époque de son âge critique, celte femme avait eu aloi^ des métrorrhagies considérables, qui affaiblirent singulièrement ses forces; alors aussi elle avait commencé à éprouver des maux d'estomac, caractérisés par un sentiment de pesanteur, de douleur à la région épigastrique irradiant vers l'abdomen, vers le dos et les lombes, vers b région précordiale qui était le siège des picotements. Cependant l'appétit était amservé, mais il y avait un certain dégoût pour les légumes farineux, pour les aliments pris froids, dont l'ingestion augmentait la pesanteur épigastrique. Alors la digestion était |)énible et accompagnée d'un état de malaise général, de bouffées de chaleur qui montaient au visage ; les aliments pris chauds calmaient au contraire les douleurs qui survenaient dans l'intervalle des repas.
Voici maintenant, messieurs, comment la malade nous racontait l'histoire des arcidnils sur Ir-qi.eS jr liens «H appeler toute votre alieiilmn.
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V£RTIGO A STOMACHO L£SO.
six jours elle venait de supporter de nombreuses fatigues et de grands chagrins. Sans être alors malade à proprement parler, elle avait vu son appétit diminuer et ses digestions étaient devenues encore plus pénibles que dliabitude. Le jour de son départ, après avoir déjeuné comme d'ordinaire avec une lasse de café au lait, elle se mit en marche pour faire à pied les trois lieues qui séparent son village de la ville de Saint-Quentin. Ce trajet, elle Pavait efTeclué plus d*uDe fois sans éprouver la moindre fatigue, et notamment encore lors de son arrivée de Paris, six jours auparavant. Elle allait en compagnie d'un de ses enfants, quand tout à coup, elle avait à peine fait 3 kilomètres, elle se sentit prise d'un élourdissement, de pesanteur de tétesans douleur aiguë, sans éblouissements, sans tendance à la syncope. Il lui sembla presque en même temps que la terre s' entr ouvrait devant elle, ses jambes fléchissaient et elle se sentait entraînée irrésistiblement vers Tabîme qu'elle croyait voir ouvert sous ses pas. Cette singulière hallucination était accompagnée de nausées, d'envies de vomir et même de vomissements constitués par les matières alimentaires prises le matin, puis d'une petite quantité de liquide clàir. Cependant la malade conservait son entière connaissance, et tout en poussant des cris de terreur, tout en priant son fils de la retenir et de l'empêcher de rouler dans le gouffre qu'elle avait devant les yeux, elle avait parfaitement conscience de cette erreur de ses sens. Cette singulière sensation dura dix minutes, et, en nous en rendant compte, elle disait qu'on pouvait comparer ce qu'elle avait éprouvé h ce qu'on ressent lorsque, monté sur le haut d'un clocher, on regarde le sol au-dessous de soi. Son vertige était si violent, que pour l'empêcher de tomber on fut obligé de l'asseoir, puis de la coucher sur un lit a))rès l'avoir transportée dans l'habitation la plus voisine. A la pesanteur de (êie succéda bientôt une douleur vive ; pour employer ses expressions, il lui semblait qu*on lui fendait le crâne. Pendant plusieurs heures elle fut incapable de supporter le mouvement de la voiture, et il fallut la laisser jusqu'au soir dans la maison où elle avait reçu l'hospitalité. Dans la soirée tout semblait à peu près dissipé, et la malade se trouva en assez bon état pour revenir à pied chez elle ; la marche lui ût même du bien, et de ce qu'elle avait eu, elle gardait seulement un peu de pesanteur de tête ; elle mangea de bon appétit et dormit neuf heures d'un sommeil très-calme.
lendemain matin à son réveil elle éprouvait un peu de pesanteur de tète, d'engourdissement, mais elle déjeuna comme de coutume et se mit de nou- Yeao en route pour Saint-Quentin. Après cette marche de trois lieues à pie<l, elle se sentait tout à fait rétablie et monta en chemin de fer. Elle avait à peine bit U moitié du voyage en wagon qu'elle fut reprise d'accidents absolument semblables à ceux qu'elle avait éprouvés la veille. Au moment où, à la station de Creil^elle descendait de voiture, elle eut un étourdissement qui l'obligea, pour ne itts tomber, de s'appuyer sur le bras d'un de ses compagnons de route. Il lui riait, nous disait-elle, voir les wagons danser, comme emportés très-haut
retomber ensuite et s'aUmer dans la terre qui lui paraissait s'ou\rir, et
VERTIGO A STOMACHO LJESO.
elle aussi se sentait attirée vers le gouffre. Cette sensation, dont elle garda longtemps une impression de terreur qu'elle éprouvait encore au moment où elle nous racontait ces faits, cette sensation dura à peu près dii minutes. Cependant, comme la veille, la malade avait la parfaite conscience de son illusion, et répondait avec toute sa lucidité d*esprit aux questions qu*on lui adressait. Elle remonta en voilure, éprouvant toujours un certain malaise; toute la route elle resia silencieuse de peur de Taugmenter. Deux heures après, elle arrivait à Paris, les accidents vertigineux ne s'étaient plus reproduits, mais le malaise persista ; il n*avait pas cessé le lendemain quand elle vint h THAtel-Dieu \isiter sa fille qui y était malade. Elle avait en outre une douleur de tète quVlle caractérisait encore en disant qu*il lui semblait qu'on lui fendît le front. Suivant le conseil de sa fille, elle se décida à se faire admettre à Thopiial, où on la plaça dans nos salles.
Eu examinant la région abdominale nous ne constations qu'une légère augmentation de volume du foie; mais jamais il n'y avait eu d*ictère, ni de traces d'ascitc ou d'anasarque. Nous constations, en outre, que la pression au niveau du creux épigastrique exagérait la douleur que la malade disait ressentir sans interruption.
Du repos, une alimentation réparatrice, une médication Instituée suivant une méihudeet avec des moyens très-simples, sont venus facilement à bout de ces accidents, et aujourd'hui la guérison est assez assurée pour que cette femme demande à retourner chez elle.
Qu'a eu cette malade? Vous vous rappelez, messieurs, quel fut mon diagnostic dès le premier jour. Je vous dis que ces phénomènes singuliers dont elle nous rendait compte, dépendaient de troubles de l'estomac, que nous avions affaire à celte espèce de vettige que j'ai désigné sous le nom de vertigo à sto^ mncholœso, de même que les anciens l'avaient appelé vertigo per conscnsum ventriculi, dénominations auxquelles, dans un mémoire publié (1) sur ce sujet, à mon inspiration, mon élève, M. le docteur filondeau, a proposé de substituer celle, moins régulière, mais beaucoup plus courte, de vertige stomacal.
Celle espèce de vertige est de toutes, peut-être, la plus commune, c'c>t tout au moins celle à propos de laquelle nous sommes le pins fréquemment consultés dans la pratique de la ville. La ténacité des phénomènes qui le caractérisiiit, SCS retoui>> incessants, son apparente gravité, tourmentent étrangement les iiidi\idus ([ui en sont affectés, en imposent aux personnes qui lesentoareni et souvent même aux médecins, qui, méconnaissant sa nature, peuvent instituer pour le combattre des médications diamétralement opposées à ce qu'elles devraient être. Combien de fois, en effet, ces vertiges stomacaux n'ontils pas été mis sur le compte de prétendues congestions cérébrales, contre lesquelles on essayait de lutter par un traitement aivtiphlogistique, par les sai-
(1; Archives généralês de médecine, septembre 1858.
VERTIGO A STOMAGHO LiESO^
gnées, les applications de sangsues, les purgatifs, la diète rigoureuse; et ces moyens, au lieu de guérir le mal, en augmentaient Tintensité, tandis qu*un régime convenablement réparateur, un traitement tonique, en auraient eu promptement raison.
Cependant, en dehors même des symptômes plus essentiellement carac* térisliques des troubles des fonctions digestives auxquels ils se lient, ces phénomènes vertigineux, quelque variables qu'ils soient dans leurs furmes, présentent dans leur manière d'être quelque chose d'assez si)écial pour qu'un observateur prévenu et attentif puisse en soupçonner la nature.
Ce sont des élourdissements, un sentiment de vide, de vague dans la tête, on bien il semble au malade que ses tempes soient violemment étreintes par un cercle de fer. Tantôt il éprouve^une sensation de froid glacial. Les uns vous racontent qu'ils ont un brouillard devant les yeux, que les objets qu'ils regardent sont colorés de diverses nuances bientôt confondues ; d'autres ont comme une grande roue noire qui se meut devant eux avec une excessive rapidité. Mais la forme que vous rencontrerez le plus ordinairement est celle qui a reçu l'épithèie de gyrosa : quand l'individu est debout, tout tourne autour de lui ; il est obligé de fermer les yeux et de se tenir dans la plus complète immobilité, car il sent ses jambes vaciller, fléchir sous lui, il va tomber et tombe même quelquefois. S*il est couché, il croit voir son lit tourner suivant un axe qui le traverserait de la tête aux pieds, ou c'est lui-même qui se voit entraîné dans ce mouvement de rotation.
Chose remarquable et essentiellement caractéristique, à quelque degré que soient portés les accidents qu'il éprouve, jamais le malade ne perd la conscience de ses actes ; jamais, alors même qu'il tombe, il ne perd connaissance, jamais il ne se méprend sur la nature de ses sensations bizarres, de ces hallucinations dont il peut être eiïrayé. Rappelez-vous ce que nous a si souvent ré|)été notre femme de la salle Saint -Bernard; bien qu'il lui fût impossible de se défendre d'un sentiment de terreur en voyant un gouiïre ouvert sous ses pas, bien que cette terreur fût encore réveillée par le souvenir, elle savait très-bien que c'était Ih une illusion de ses sens. J'ai entendu d'autres individus me dire avoir eu des hillucinalions analogues, dont ils avaient tout aussi bien conscience.
Ces phénomènes vertigineux sont habituellement accompagnés de mal de cœur, que les individus comparent au mal de mer. C'est la nausée, dans la véritable acception du mot grec vaû;, vaisseau.
La moindre circonstance peut devenir l'occasion du développement de ces vertiges. Un mur ireillagé, une ûle de barreaux, une tenture rayée dans un apparlemont les font naître : treillage, barreaux, raies de la tenture se confondent (Milro eux, dans une sorte de brouillard, et la vue s'obsciircii. II snfîit rnèine d'un momcmont un peu brusque, il snlFii que le niolade lève la h'te j)our qu'ils sui viiMiiKMit. Une parlicularitt^ inléressanle à nolcr, c'e.^tque rien de scinhiable n'arriNC (mi gt'Micral (juand le malade baissa la tète, conlraireînenl ù ce qui a ieu lorsque le verligo déjx udd un état con^eMif de l'encéphale.