‹ Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris (volume 4)Chapitre 54 sur 100 · LXXXIX. — DE L'ADÉNIE · texte numérisé non relu

LXXXIX. — DE L'ADÉNIE

Aifectioa caractérisée par lliypertrophie progressive des ganglions lymphatiques superficiels et profonds. — Hypergénèse dee cellules ganglionnaires.—Jamais d'inflammation des ganglions.— (>ii^/^M^/bi.ç hypertrophie concomitante de la rate et du foie. — Trois périodes dans la maladie : période latente; période progressine de généralisation et à.* état; période cachectique, — Dans la 1" x>ériode^ point de troubles généraux ; dans les 2* et 3* périodes, Anémie sans Leucénue.^Œtdéme des membres, ascite. quelquefois anasarque. — Toux. — Dyspnée. —Accès de suffocation par compression des bronches. — Durée de la maladie, 18 mois à 8 ans. — Terminaison presque toujours m&rieile par accès d* suffocation om, par état cachectique.

Hessiechs,

De tout temps l*aacntion des médecins a été éveillée sur les engorgemeatSf les obstructions des viscères. — Les anciens auteurs, dans Tétude des cachexies, accordaient une grande importance aux obstructions de la rate et du foie.

Depuis les travaux de Sydenham, de Morton et de Tortî sur Tinfection palBStre, on a toujours recherché avec soin quelle pouvait être ia part de cette infection dans Thypertrophic de ces organes.

L'anémie, Tétat cachectique, qui accompagnent ces engorgements viscéranx, avaient conduit à penser que la constitution du sang était profondément modifiée. L'altération des éléments du liquide sanguin avait été soupçonnée, mais non démontrée ; aussi, vous vous rappelez avec quel intérêt furent accoeillis les travaux de MM. Bcnnett et Yircliow sur une maladie nouvelle, k laquelle ces auteurs donnèrent le nom de leucémie^ et qui, suivant eux, était le conséquence de l'hypertrophie de la rate, du foie ou des ganglions lymphatiques.

Au premier moment l'engouement fut grand pour cette découverte des deux savants étrangers, et chacun se mit en devoir d'apporter de nouveaux Mtft. Ou accepta qu'il existait une leucocytliémie splénique et une leucocythémie lymphatique. — Cependant de nombreux faits ont établi que l'engorgement hépatique, splénique et ganglionnaire pouvait exister sans modificalioii du nombre des globules blancs et des globulins; et de plus, les savantes recherches de M. le professeur Ch. Robin ont dénientré que les globales Mîmes et les gtobuHns pouvaient être en excès 4aBs le sang, bien qu'il n'y eût lucune hypertrophie ràoértle ou ganglionnaire. Enitn cette faypergcnèse

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cou se montrent sans changement de cok)ratioii de la peau qm les rerdi. £Mes n*ont contracté aucune adhérence arecîes parties foisiBes, et chaque ganglioa hypertrophié reste souvent indépendant des ganglioi» ToisH». Ces tuinean sont roulantes, vous pourrez les toucher, les presser, le» malaxer nêaie sav déterminer de douleur. Celles de la région sons^axHiaire se coulÎMcnt quelquefois sous forme de chapelet avec ceNes du cècé opposé et arec les tumeurs des régions latérales du cou. Ces dernières peuvent ne pas être seulement superficielles ; dans un cas je les ai vues se continuer sar les partis latérales du larynx, de la trachée-artère, et Tamopsie démontre qa*dles pemot s'étendre juïsqa'anx bronches. Quelquefois elles se continuent au-dessous de la clavicule avec les tumeurs axiilaires. Ces dernières sont ordmairement trèsdévelop|)ées, elles ont souvent la grosseur d*un œuf de poule ou àe dinde ; chez un malade des environs de Fontainebleau aucfuel MM. les docteurs EscakNae et Leblanc donnaient leurs soins, ces tumeurs axiliaires avaient le voluflK et la forme de véritables mamelles, auxquelles elles ressemblaient beaucoup et par la couleur de la peau et par le lacis de vemes bleues qui les recouvraient. Des tumeurs si volumineuses entravent non-sehlement les mouvements des bras, qu'elles tiennent éloignés du tronc, mais encore deviennent un obstacle k la circulation veineuse ; anssi n*est-il pas rare d'observer dans ce cas de TcEdème des mains et des avant-bras. L'hypertrophie peut envahir les ganglioos ssot* pectoranx.

Dans l'aine, les ganglions acquièrent aussi un volume très-considérable; ib ont les mômes conséquences, c'est-à-dire qu'ifs déterminent de la lai^M dans les mouvements et de la géne dans la circulation de retour. Presque toajours les pieds et les jambes sont œdématiés. Les tumeurs inguinales occupcat quelquefois toute Féteudue du triangle de Scarpa, et la main appliquée audessus du ligament de F«iHopc peut souvent sentir des tumenrs analogues dans les fosses iliaqnes. Le toucher, le vagin et le roctnm déniontreraieit aussi l'existence de semblables tumenrs dans le petit bassin. Enfin le palpe abdominal peut permettre chez les personnes maigres de constater l'hypertrophie ganglionnaire au niveau de l'angle sacro-vertébral , le long de la colonne vertébrale ; et si la main n'atteint pas toujours ces régions profondes, c'est que le ventre est empâté par le développement des ganglions mésentériques. Dans plusieurs olwervations Tascite a pu ôlre facilement reconnue Aussi au début même de la maladie, et Fors(iu'il n'y a pas encore d'état cachectique, a-l-on considéré comme affectés d annsarque de cause viscérale des malades qui n'avaient en réalité qu'un œdème mnitiple des extrémités et «ne ascite par le seul fait de la gène de Fa circulation générale et de celle de la veine porte.

Trois fois seulement sur onze observations nous avons noté l'hypertrophie du foie et de la rate. L'augmentation de volume de ce dernier organe peol être considérable; nous l'avons vue, chez une jeune malade de vingt-trois ans, occuper toute la partie gauche de l'abdomen, s'étendre jusqu'à l'ombilic et

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remplir cMnpKtement la fosse iliaque. Chez cette malade, je me hâte de signaler ce fait important, il n'y avait point de leucémie.

Nous reviendrons bientôt snr renchainement des symptômes de Tadénie ; mais je veox d*ahord vous exposer Tobservation de la malade qui a le pins frappé mon attention.

Le vendredi 20 février 1863, j*étais consulté dans mon cabinet par one jenne femme de vingt-trois ans, affectée d*ace hypertrophie ganglionnaire généralisée. Cette dame, encore bien portante k cette époque, n'était pas d'un tempérament lympliatique, son teint était assez animé, elle avait les yeux brillants, et, si l'attention n*eût été éveillée par la présence de ganglions sousmaxillaires volomineux, on eût été bien éloigné de croire que cette dame portât une altération organique grave. Dans l'enfance point de maladie scrofnleuse, jamais de glandes suppurées, point de coryza chronique ; plus tard, jamais d*angine herpétique, point de maux d'yeux persistants. Toujours bien réglée» cette jeune femme, mariée à dix nenf ans, a deux enfants bien portants euxmêmes. Nous manquons de renseignements sur les antécédents de famille, ce-* pendant le père et la mère de cette jeune femme vivent encore et se portent bien.

Quoi qu'il en soit, il y a neuf mois environ , c'est-à-dire vers le troisième oa quatrième mois de sa dernière grossesse, madame X. s'aperçut qu'elle avait de petites tumeurs dans les aines et sons les aisselles; en l'espace de quinze jours, ces tumeurs ganglionnaires acquéraient un volnme assez notable, et d'autres ganglions s'hypertrophiaient, ainsi sous l'angle de la mâchoire, dans les régions occipito-cervicale, etc. , etc. L'attention de MAI. Uenrot et Landouzy (de Reims) fut éveillée par une hypertrophie ganglionnaire ai généralisée et si rapide dans sa marche ; aussi pensèrent-ils que la toux dont se plaignait ma-» dameX. .. pouvait être la conséquence d'une hypertrophie analogue des ganglions bronchiques. Madame X... accoucha heureusement, et après son accouchement on reconnut qu'il existait dans les fosses iliaques et dans la région sacro-lombaire des masses ganglionnaires volumineuses. Aujourd'hui, no» constatons une hypertrophie ganglionnaire généralisée ; les ganglions occipitaux, sous-maxillaires, cervicaux, les ganglions inguinaux, épitrocliléens, po))Utés et axillaires ont acquis un tel volume que plusieurs d'entre eux ont la giosseor d'un œuf de pigeon on de poule. En plongeant les doigts en arrière de l'arcade de Fallo|)e, de chaque côté , on sent une chaîne ganglionnaire qui s'enfonce profondément ; le palper fait reconnaître aussi une augmentation considérable de la rate. Jamais chez cette jenne femme il n'y eut de fièvre intermittente ni de fièvre hectique ; b santé , nous insistons sur ce point, est toujours restée et est encore parfaite.

Il était important de savoir si l'analyse microscopique du sang démontrerait la présence en excès de globules blancs ou de globnlins. Je priai M. le doo* teur Dumontpallicr de faire cet examen, et je transcris id ia note qu'il m'a remise : « Deux gouttelettes de sang obtenues par une piqûre du médius de la main gauche, examinées à un grossissement de 360 diamètres, n'ont pré-

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senté que de très-rares globules blancs, trois ou quatre, perdus au milieu d'an grand nombre de globules rouges d'aspect normal; les uns isolés, les autres empilés, imbriqués les uns sur les autres, contour parfaitement net; il est remarquable que dans deux préparations nous n*ayous point rencontré de globulins. 0

Il existait, avons-nous dit, une petite toux sèche. Jamais cependant il n*y avait eu d'hémoptysie. La respiration était normale à gauche, mais à dmite il y avait un \mi de souffle à Tcxpiration et quelques râles humides; point de matité notable dans le sommet des poumons. Le cœur était sain ; il n*y avait point de soufile dans les vaisseaux du cou, point d'œdèmc des extrémités. L'appétit était conservé, les digestions faciles, la nutrition paraissait normale, il n'y avait pas eu d'amaigrissement sensible. Le sommeil était bon, la gaieié conservée, et madame X... n'eût |)oint pensé à se plaindre, si elle n'eût été tourmentée du développement des tumeurs ganglionnaires.

Que remarquons -nous, messieurs, dans cette observation? Une jeune 'femme, toujours bien portante jusqu'au troisième mois d'une seconde grossesse, voit se développer au-dessous de la mâchoire inférieure, sur le cou et dans les régions axillaires et inguinales, grand nombre de petites tumeurs qoi ne tardent pas à se multiplier et à prendre un volume considérable. Les tumeurs, qui peut-être déjà étaient développées dans l'abdomen, n'apportent point d'entraves au travail de l'accouchement qui se fait heureusenicnt. Cette jeune femme peut nourrir pendant quelques mois, puis la^ sécrétion laiteuse .se tarit, et, à partir de ce moment, le développement des tumeui*s fait de nouveaux progrès. — Cependant l'état de la santé parait satisfaisant jusqu au jour où madame X. vient nous consulter; son teint est bon, elle n'éprouve de douleurs en aucune partie du corps, les digestions sont faciles, la nutrition ne paraît point altérée. La petite toux sèche dont madame X. a été prise pendant sa grossesse continue, mais elle ne doit être rattachée à aucune lésion grave des {)oumons, et nous partageons l'opinion de MM. Ilenrot et Landouzy: nous croyons, comme eux, qu'elle est la conséquence de quelque compression bronchique occasionnée par l'hypertrophie des ganglions qui ciU<mrenl probablement la bronche droite. Cette interprétation était fondée sur l'absenco de lésions organiques du [)ounion et sur le développement général des glando ]ymphati(|ues superficielles et profondes. — Aussi n'avons-nous pas dissimulé à la famille nos graves inquiétudes sur l'issue de la maladie ; il était probable, en effet, que la malade succomberait à des accès répétés de suffocation, ii une asphyxie par obstruction bronchique ; ou bien que l'étal cachectique, devenant rapide dans sa marche, jetterait la malade dans le marasme, a\ec fièvre hecli<pie, sueurs profuses ou diarrhée colli(|uaiive. — Nos tristes prévisions ne devaient point tarder à s'accomplir, les modificateurs généraux (ynnous avions conseillés restèrent sans résultat favorable, et nous apprenioii> quelques mois plus tard que la malade avait succombé à des accidents cérébraux, après avoir présenté des hémorrhagies sous-cutanées.

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Il n'y eut pas, que nous sachions, d'examen microscopique du sangfait dans les derniers mois ; aussi ne sommes-nous pas autorisé à nier d'une manière absolue l'existence de la leucémie dans la dernière période de la maladie ; mais si nous nous rappelons que les glandes lymphatiques et la rate avaient acquis, lors de notre examen, un développement bien supérieur à celui qu'on observe ordinairement dans les cas de leucémie, et, si nous rapprochons ce cas particulier de tous ceux que nous avons étudiés et dans lesquels l'examen microscopique ne permit jamais de constater des leucocytes en excès, ne sommes-nous pas en droit de penser que la marche de TafTection a été celle que Ton observe ordinairement, et que la malade probablement ne fut jama's leucocythémique dans le sens clinique de cette dénomination morbide?

L'observation de cette jeune femme, malgré les lacunes qu'elle présente, n'en porte pas moins avec elle ce grand enseignement, à savoir, qu'une personne, en apparence bien portante et dont le sang paraît normal, alors qu'il existe déjà une hypertrophie généralisée de toutes les glandes lymphatiques et un développement exceptionnel de la rate, peut, quelques mois plus tard, succomber à une cachexie ganglionnaire. Si la malade ne fut point leucémique, est-ce à dire que le sang ait conservé chez elle sa composition normale? Non cçrtes, car dans toutes les cachexies ii existe une profonde modification de ce liquide ; mais ce que nous tenons à établir, c'est que notre malade n'avait présenté, au moins pendant les dix premiers mois de son affection, ni les symptômes ni la lésion hématique de la leucémie splénique ou lymphatique.

Je vous disais, en commentant cette observation, que si la malade ne succombait pas à un état cachectique, elle pourrait mourir dans un accès de suffocation par obstacle à l'arrivée de l'air dans les poumons. Gomme exemple de ce modo de terminaison de Vadénie généralisée, je me rappelle l'observation d'un jeune malade que je voyais avec mon regretté confrère le docteur Âmussat.

Il y a plus de vingt-cinq ans, ce chirurgien distingué m'appelait aux Néothermes pour voir un de ses malades. Je trouvais un homme jeune qui habitait ordinairement le Poitou. Depuis près d'un an il lui était survenu un engorgement ganglionnaire général. Toutefois la lésion occupait plus particulièrement le cou et pénétrait derrière la clavicule et le sternum; il en était résulté une oppression telle, que la mort était imminente. M. Âmussat désirait que je pratiquasse la trachéotomie. Je lui fis observer que, bien qu'habitué à faire cette opération chez les enfants atteints de croup, chez les adultes qui avaient des maladies chroniques du larynx, je devais pour le cas présent laisser à des hommes plus autorisés et à des mains plus habiles le soin de faire une opération qui allait être hérissée de difficultés. Je comprenais, en effet, que les vaisseaux comme la trachée étaient déplacés et comme perdus au milieu de tumeurs nombreuses, et que le bistouri ne pourrait avec sécurité pénétrer dans des régions où les rapports anatomiques allaient me faire défaut. TROUSSEAU, 2* édil. — nu 36

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M. AnrosBatrefasa d'opérer Ini-mêine; il s'agissait, dnait-îl, d*an ami, et Taffeciion qu'il portait au malade pourrait rendre moins assurée la main de Topératenr. Il fallut donc me décider à remplir un périlleux office, et je comp* ^ tai sur l'assistance de celui qui ne voulait pas jouer ici le principal rôle.

Dès que j'eus incisé l'aponérrose cervicale superficielle, les tumeurs, empri* sonnées jusqu'ici, jaillirent en quelque sorte par l'incision que. je venais de &ire, et la respiration devint un peu moins difficile. Il me fallut alors avec des érignes mousses culbuter sept ou huit tumeurs placées au-devant ou sur les côtés delà trachée, que je mis à nu avec une extrême difficulté, en évitant avec le plus grand soin les %eines nombreuses que je rencontrais. La trachée ouverte, j'y introduisis une forte canule; mais, à mon grand regret, je n'obtins presque aucun allégement dans la dyspnée; il était évident qu'au delâi de Pextrémité interne de ma canule la trachée était aplatie par quelques autres tumeurs. J'avais pourtant prévu cet accident, et je m'étais muni d'une canule plus étroite que celle dont je me sers habituellement chez les adultes, et dont la longueur excédait 10 centimètres. Je la substituai à la première, et quand die fut introduite à 6 centimètres à peu près, je heurtai contre un obsUcle dont je triomphai avec peine en faisant exécuter k l'instrument des mouvements de va-et-vieiit L'obstacle frauchi,Ja respiration devint facile, ce qui n'empêcha pas que le malade mourût le lendemain.

J'ai voulu citer ce fait pour montrer, d'une part, comment meurent les malades lorsque l'adénie s'étend jusqu'aux ganglions bronchiques et jusqu'à ceux qui accompagnent la trachée-artère, et d'autre part, combien peu de chance de réussite en ces cas présente la trachéotomie. Chez un malade de Stockholm qui est venu nous consulter à une autre époque, les accidents aspliyxiques nous disaient assez que la trachée-artère et que la racine des bronches étaient enserrées dans des tumeurs ganglionnaires.

C'est de cette façon que se précipite la fin des malades atteints d'adénie, et, tel meurt huit ou dix mois après le début de la maladie, qui eut pu vivre encore quelques années, comme le malade de M. Bonfils et comme quelques autres dont nous rapporterons l'histoire, parce que chez ces derniers le mal avait frap|)é plus spécialetneiit des parties où les désordres ne pouvaient être immédiatement dangereux.

Je viens de vous donner une preuve de la nécessité de faire la trachéotomie dans certains cas d'adénie; vous avez vu que l'incision de la trachée-artère n'avait prolongé la vie que de quelques heures, cependant notre devoir étant de conjurer la mort, je n'hésiterais pas encore aujourd'hui à conseiller cette opération, lors même que je la considérerais comme une ressource à peu près désespérée.

Étudions maintenant la marche de la dyspnée lorsque les ganglions de la trachée et des bronches sont envahis par une hyperplasie progressive. Dans la première période de la maladie, c'est-à-dire lorsqu'il n'y a point encore d'état cachectique, et que l'hypertrophie glandulaire n'est point arrivée à sa

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dernière limite, les malades se plaignent son? ent d'oppression, ils ne peuvent marcher ? ite, monter nn escalier sans être aussitôt essoufflés. Cette dirspnée, bien qu'organique, se montre quelquefois avec le caractère de la dyspnée nerveuse ; les malades sont pris surtout d'oppression nocturne, ils ne peuvent dormir dans leur lit, ils doivent passer leurs nuits dans un fauteuil. Notre malade de Stockholm nous écrivait qu'il éprouvait un resserrement dans Us tuyaux respiratoires. L'un des malades dont M. Lendet nous a communiqué l'observation avait depuis quelque temps l'haleine courte et des accès de dyspnée.— Notez, messieurs, que dans ces deux cas, un examen attentif avait permis d'affirmer qu'il n'existait point de lésion du poumon ni du cœur. Le poumon peut cependant s'habituer à cette gène, et les accès de dyspaée devenir plus rares; mais, soit que ces tumeurs qui enserrent les brondies augmentent de volume rapidement , soit que le malade affaibli ait besoin d'inspirer par moments une plus grande quantité d'air, on voit dans les derniers jours survenir des accès fréquents de suffocation intense, avec coloration violacée des lèvres, yeux hagards, grande anxiété, refroidissement des extrémités. Le pools devient filiforme et l'inspiration sifflante.

Notez encore que la gene de la respiration peut avoir pour conséquence une bypérémie passive du poumon, laquelle se traduit par des râles muqueux ; et quelquefois, ainsi que l'a reconnu M. Leudet, en dehors de tout travail inOamniatoirc appréciable, il se fait un épaucbement pleurétique simple ou double. Je ne chercherai point à expliquer cette hydropisie de la plèvre; qu'il me suffise de |)oser la question suivante : L'épanchement qui n'est point d'origine inflammatoire est-il analogue à l'œdème des extrémités par gêne circulatoire, lorsque les ganglions des gouttières vertébrales sont eux-mêmes hypertrophiés, ainsi que cela existait dans l'une des autopsies dont M. Leudet nous a envoyé la relation. L'observation du professeur de TÉcole de médecine de Rouen trouvera sa place au chapitre de Tanatomie pathologique. — Je veux d'abord, puisqu'il s'agit surtout en ce moment de bien établir la synjptomatologie de cette étrange maladie, vous rapporter deux observations que j'ai recueillies moi-même, et qui montrent combien est fréquente la dyspnée chez les malades affectés d'adénie. Quant à la cause mécanique de cette dyspnée, die ne saurait être l'objet d'un doute, si vous vous rappelez ce que je vous ai raconté du malade de M. Âmussat, et lorsque je vous aurai exposé les détails d'anatomie pathologique.

Je revoyais le 5 avril 1863, à Bonnevan, un malade qui était venu une première fois chez moi dans le courant de février de la même année. 11 habitait les environs de Fontainebleau, et il recevait les soins habituels de MM. les docteurs Escalonne et Leblanc.

N... a soixante-huit ans, il était charron. Sa santé n'a jamais laissé rien k désirer.

En octobre 1862, il s'aperçut qu'il portait au oon une petite tumeur tout k fait indolente; il n'en tint pas compte. Un mois plus lard, il y eut comme ne

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explosion de tumeurs, au cou, aux aisselles, à Taine ; et quand je vis le malade en février 1863, trois 'mois et demi après le début des accidents, le cou était déformé par une multitude de tumeurs souples, arrondies, confondues les unes avec les autres ou soudées ensemble. Celles des aisselles étaient surtout remarquables par leur grosseur. Aux aines elles étaient moins volumineuses. Je n*eu sentais pas dans le ventre. La rate n'était pas hypertrophiée. Le teint était fort bon, la santé générale excellente.

J'avais prescrit les bains de sublimé, Tusage interne de la teinture d'iode.

£n revoyant le malade, je fus frappé de l'augmentation de volume des tumeurs. Le cou était monstrueux, aussi large que la tête dans toute son étendue, bossué de la manière la plus effrayante ; au-devant des deux oreilles existaient deux énormes tumeurs allongées dans le sens vertical, et venant en bas s'unir à un chapelet d'autres tumeurs qui occupaient les régions housmaxillaires et latérales.

' La face, qui était fraîche et plus fleurie qu'elle ne Test ordinairement chez un vieillard de soixante-huit ans, était comme encadrée dans une masse de tumeurs occupant les ]>arties latérales et antérieure du cou ainsi que le devant des oreilles. A la base du cou et en arrière des clavicules de nombreuses tumeurs s'enfonçaient entre les masses musculaires jusque dans la poitrine. Il y avait aussi des ganglions engorgés en arrière et jusqu'à la base du cou.

Mais la tuméfaction était réellement monstrueuse sous les aisselles ; dans chaque creux axiliaire existait une tumeur aussi volumineuse que la tête d'un fœtus à terme, ressemblant à une grosse mamelle, muliilobée à sa base, reposant sur unè masse de ganglions engorgés.

Aux aines, les tumeurs étaient plus petites, mais encore fort cunsidé" rables.

En palpant le ventre, on sentait de nombreuses tumeurs dans le flanc gauche surtout.

Le foie était légèrement hypertrophié.

La rate était saine.

Le teint était excellent, la sanié bonne, mais la respiration était diflicile, sifflante, et dans la poitrine il existait des râles muqucux. La voix était consente avec son timbre normal, il est donc certain que le larynx ne présentait point d'altération. Le sifflement de la respiration était dû probablement à la compression de la trachée ou des bronches. ^

Le mois suivant, je vis pour la troisième fois le malade : les tumeurs ganglionnaires avaient acquis un volume plus monstrueux encore, et, bien que dans la partie antérieure de l'aisselle elles eussent acquis un volume, une forme et un aspect qui permettaient de les comparer à des mamelles recouvertes de plexus veineux, je ne constatai point d'œdème des mains. La santé paraissait conservée, l'appétit était meilleur, cependant les gencives étaient facilement saignantes. La rate et le foie n'étaient point hypertrophiés ; les §in-

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glicns abdominaux étaient nonibreax et plus volumineux que le mois \msL J'engageai le malade à continuer Fusage de la teinture d'iode à riniérienr et à prendre trois fois par semaine des bains de sublimé. La douleur et la légère rougeur que j'avais remarquées dans une des tumeurs de l*aisselle du côté droit m'avaient fait espérer que ces tumeurs pourraient être résorbées en perdant de leur dureté. Je savais du reste que l'adénie ne se terminait jamais par inflammation aiguë et suppuration des ganglions. Le malade s'était d'abord bien trouvé du traitement que je lui avais fait suivre, mais j'ai appris (dos tard de 31. le docteur Escalonne, que les tumeurs du cou et de l'aisselle avaient acquis un volume extraordinaire, et que la trachée comprimée n'avait bientôt pins permis le passage de l'air. Le malade est mort asphyxié, sans que d'ailleurs la constitution ait paru s'altérer. Les tumeurs n'ont pas suppuré.

Cette observation est surtout remarquable par l'explosion de tumeurs multiples un mois après l'apparition d'une petite tumeur indolente du cou. En trois mois, les tumeurs sous-maxillaires et cervicales avaient acquis un volume tel, que la base de la face, qui se continuait avec le cou jusqu'aux clavicules, était plus grosse que le reste de la tête du malade. De plus, il était manifeste par la description que nous avons donnée que ces énormes tumeurs se cqntinuaient derrière les clavicules et le sternum ; elles rendaient compte de la dyspnée et de la respiration sifflante du malade. Dans ce cas particulier , les ganglions abdominaux étaient nombreux et très-volumineux, la rate et le foie avaient leurs rapports normaux. Enfin, malgré celte hypertrophie généralisée et si rapide dans son développement, la santé générale ne paraissait point d'àl)ord aiïeciée; ce fut seulement à la fin du quatrième mois que les gencives devinrent saignantes. Il est regrettable qu'à cette époque l'examen microscopique du sang n'ait pu être fait.

Quelques mois plus tard , je voyais dans mon cabinet un malade de Stockholm, âgé de près de trente ans, qui venait mte consulter pour des tumeurs <)u'il portait en diverses parties du corps. Longtemps il avait été sujet à un écoulement de l'oreille gauche; puis, après avoir éprouvé pendant toute l'année 1861 un malaise dont il ne pouvait se rendre compte, il remarqua, au mois de juin 1862, qu'une petite tumeur s'était développée au-dessous de l'oreille gauche. Trois semaines plus tard, plusieurs tumeurs semblables se développèrent sur le cou du même côté et ne tardèrent point à acquérir un volume considérable. Le côté droit du cou devint bientôt le siège de tumeurs, ainsi que les régions inguinales et axillaires. Le professeur Malmsten (de Stockholm)* conseilla les bains de Kreuznach, qui furent pris en septembre 1862. Après la saison des bains la faiblesse devint plus marquée, les sueurs étaient profuses et l'appétit presque perdu. Les tumeurs ne paraissaient pas toutefois augmenter de volume et, vers la fin de décembre 1862 jusqu'au 20 janvier 1863, elles diminuèrent d'une façon nouble ; l'appétit puis les forces revinrent sensiblement. Mais à partir de la fin de janvier l'appétit diminua^ le makide devint très-impressionnable et les

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parurent les premières tumeurs du cou, et ce ne fut que plus tard que de semblables tumeurs se développèrent dans les régions sas-claviculaires, sousaxiltaircs et inguinales, (les tumeurs étaient Yolumineuses, indolores; il est probable que des engorgements de même nature existaient déjà dans la poitrine, mais il n*y avait point de dyspnée. €e ne fut que plus tard encore, et Tadénie faisant des progrès, qu*il nV eut plus de doute sur la généralisation de Fadénie et que Ton reconnut l'augmentation de volume du foie et de la rate. A plusieurs reprises M. Leudet avait fait Texamen microscopique du sang; jamais il n'avait constaté la présence en excès de leucocytes ni de globulins. Notez aussi, messieurs, que les principaux symptômes de la leucémie splénique ou lymphatique avaient fait complètement défaut; jamais il n*y avait eu d'hémorrhagie et le malade n'avait point de diarrhée. Quatre mois avant la mort, l'hypertrophie ganglionnaire et splénique fait de rapides progrès; le malade s'affaiblit de plus en plus, l'oedème des extrémités inférieures est plus marqué, l'ascite plus considérable. Plus tard apparaissent des bulles de pemphigus cachectique sur l'un des pieds; le malade est pris de toux, il existe à droite un épanchement pleural qui occupe le tiers inférieur de la poitrine. .

L'autopsie, vous venez de le voir, a démontré que les lésions graves éuient limitées dans les ganglions lymphatiques et dans la rate. Encore ces lésions n'étaient-elles constituées que par une hypertrophie simple de ces organes, et le microscope en aucune de ces parties n'a permis de découvrir autre chosp qu'une augmentation des éléments normaux. Cependant, bien que le sang n'ait offert aux moyens d'investigation ordinaires aucune altération notable, on ne peut s'empêcher de croire qu'il existait, dans ce fait et dans ceux qui loi sont analogues, une dyscrasie spéciale du liquide sanguin, puisque les malades succombent dans un état cachectique, lorsqu'ils n'ont pas été enlevés par un accès de suffocation. Cette dyscrasie, dont l'essence nous est inconnue, ne saurait être douteuse pour nous, et si l'adénie généralisée ne produit point on excès de leucocytes et de globulins, si elle n'en diminue point non plus le nombre normal, il est vraisemblable qu'elle modifie les éléments de la lymphe de telle sorte qu'au bout d'un temps variable il en résulte l'anémie, puis la cachexie. Déjà les Anglais, et plus particulièrement MiM. Pavy et "Wilks ont décrii une variété d'anémie à laquelle ils ont donné le nom d'anémie lymphatiquf^ entendant par là que les altérations ganglionnaires pouvaient déterminer one anémie spéciale. J'avoue, messieurs, que je suis disposé à accepter ce mode d'interprétation.

En effet, nous admettons tous aujourd'hui qu'à certains organes est défth lae la fonction de concourir à la formation et à l'entretien du sang; la pathologie, mieux que la physiologie, démontre la fonction hématopoiétique de ces organes. — Nous savons, par exemple, que leç affections chroniques du foie et de la rate ont de graines conséquences sur la composition du liquide sanguin. En effet, quelle que soit la nature de ces affections, elles sont soiries d'anémie avec modification dans le nombre, la consistance, la forme, la colo-

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ration, la composition chimique des globules sanguins. — La tuberculisaliou méscntérique entraine le même résultat; il en est de même de la scrofule dont les diverses manifestations ont pour siège principal le système lymphatique. — Il suffit, pour s'en convaincre, de voir la pâleur, l'anémie, l'état de faiblesse et de cachexie des enfants scrofuleux.

Est-il besoin de vous rappeler l'action des lésions organiques des poumons sur la composition du sang? Toutes, elles ont nécessairement pour effet d'entraver l'échange de gaz qui constitue l'essence même de l'hématose pulmonaire, et par suite d'entraîner l'anémie. Il existe donc une anémie d'origine pulmonaire, de même que chez le fœtus il existe très- probablement une anémie de cause placentaire, lorsque le placenta a subi en partie la dégénérescence graisseuse et fibrineuse. Si donc nous acceptons une anémie pulmonaire, une anémie splénique, hépatique, pourquoi n'accepleriou»-nous pas une anémie lymphatique ? Il suffit, pour s'en convaincre, de se rappeler la fonction du système lymphatique. Les réseaux de ce système puisent dans la profondeur de nos organes et dans la membrane muqueuse intestinale les éléments nécessaires à l'entretien du liquide sanguin. La lymphe et le chyle subissent une modification dans le parenchyme ganglionnaire, puis tout le liquide lymphatique, quelle que soit sou origine, se déverse dans le système veineux, et, comme le sang sus-hépatique, splénique et intestinal , il va subir dans le poumon une modification telle qu'il devient du sang propre à nourrir tous nos organes. Je ne saurais vous dire, messieurs , quelle est l'action spéciale de l'hypertrophie ganglionnaire généralisée sur la composition du sang ; j'ignore si elle diminue notablement les leucocytes, mais je puis affirmer qu'elle ne les augmente pas. Le microscope et l'analyse chimique ne nous ont point appris comment le sang est modifié dans l'adénie, mais cette modification nous est démontrée par les symptômes; et il ne saurait en être autrement, lorsque presque tous les ganglions du corps ont acquis un développement si considérable. D'ailleurs, cette modification du sang nous est démontrée par l'anémie et la cachexie à laquelle succombent les malades , lorsqu'ils ne meurent pas asphyxiés par la compression des bronches ou de la trachée. J'accepte donc avec MM. Pavy et M^ilks qu'il existe une anémie lymphatique au même titre qu'une anémie hépatique, splénique ; et peut-être que la leucémie dont je vous ai antérieurement entretenus, n'est qu'une variété d'anémie dans laquelle il existe une proportion excessive de leucocytes ou de globulina. Nous savons, en effet, que la présence des leucocytes est compatible dans une certaine mesure avec la santé et se rencontre dans un grand nombre d'états morbides sans ))araitre en augmenter la gravité ; nous savons, d'autre part, que les lésions organiques, considérées par Virchow et Bennett comme les éléments producteurs de la leucémie, peuvent manquer ; nous savons enfin que les états organiques par excellence de la lésion, à savoir l'hypertrophie lymphatique et splénique, peuvent exister, et existent le plus souvent, snns leucémie. De sorte que les seuls symptômes qui accusent la gravité de la

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maladie dite leucémie, sont l'anémie et la cachexie, coméquence nltime de loate anémie profonde et durable.

L'anatomie pathologique de i'adéaie, offre à considérer Thypeitrophie des glandes lymphatiques , l'analyse microscopique des éléments de ces glandes hypertrophiées, enfin les lésions concomitanies ou consécutives à la maladie.

L'étude clinique nous a appris que la maladie était caractérûée par l'augmentation du volume des ganglions ; l'examen nécroscopique vient démontrer en effet que les tumevrs ont bien pour siège les ganglions lymphatiques et que les tissus ambiants ne présentent aucun vestige de travail inflammatoire. Une dissection attentive permet d'isoler chacun des ganglions dont la réunion constitue les masses ganglionnaires. €es tumeurs, k forme mamelonnée, de consistance élastique, ont acquis quelquefois un poids énorme ; dans l'observation du docteur Bonfils, Tune des tumeurs de l'aine pesait grammes, les tumeurs des régions axillaires pesaient seulement 1000 et 500 grammes. Nous avons déjà dit que tous les ganglions cervicaux superhctels et profonds, les ganglions occipitaux et toute la chaîne ganglionnaire péri-maxiUaire hypertrophiée donnaient ï la figure l'aspect le plus singulier ; leur volume peut varier depuis celui d'un pois jusqu'à celui d'un œuf de pigeon, d'un œuf de poule. Nous avons va que les ganglions profonds , c'est-à-dire ceux de la poitrine et de la cavité abdaminale, pouvaient acquérir une hypertrophie considérable. Dans la poitrine elles sont rarement plus grosses qu'un œuf de pigeon, mais leur disposition antour de la trachée et des bronches peut déterminer la compression de ces oiiganes. Dans aucune autopsie on n'a constaté que les masses ganglionnaires eussent comprimé et déformé les gros vaisseaux qui sont voisins du cœur. Les masses ganglionnaires intra-abdominales avaient pour siège les ganglions pelviens, lombaires, aortiques, et les^n^lioDsmfsentériques, mésocolique, gastro-hépatique, gastro-splénique, gastrique, pancréatique. Les premiers, qui appartiennent au système lymphatique général, réunis ensemble, pesaient 3620 grammes dans l'observation du docteur Bonfils, et quelques ganglions abdominaux, dans l'observation de M. Leudet, avaient la grosseur d'un œuf de dinde. C^ant aux ganglions du système chylifère, ils constituent ordinairement des tumeurs moins volumineuses; cependant M. Bonfils a noté que quelques-uns avaient la grosseur d'un œuf de pigeon. Ajoutons, en terminant cette partie de notre description , que les masses ganglionnaires des régions axillaires et sous-maxillaires se continuent quelquefois avec les masses intra-thoraciques , par l'intermédiaire de chapelets de ganglions hypertrophiés. Même remarque doit être faite pour les ganglions inguinaux et pelvieus. Le système chylifère est ordinairement moins alTeclé, avons-nous dit, que le système lymphatique général; toutefois l'hypertrophie glandulaire peut aussi avoir pour siège les glandes de Feyer, comme cela a été consuté dans l'observation de M. Potain (1). « A partir de

(1) Bulletins de la Société anatonUquey 1861, p. 220.

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9 la moitié ï pea près de riiitestin grêle et jusqo'à ia vaivnle iléo-caecale, od 9 voyait un grand nombre de follicoies isolés, légèrement saillants et blancs ; » les plaques de Peyer, au nombre d'une fingtaine, étaient très-apparentes, 9 légèrement saillantes, un peu granuleuses à leur surface , souples , sans în- 9 duratioa nouble et d'un blanc mat. » Il convient encore de noter que dans ce cas quelques-uns des ganglions mésentériques avaient le volume d'un gros crafde poule.

Peut-être trouverex-vous, messieurs, que J'ai insisté longuement sur la description anatomique de l'hypertrophie lymphatique; mais en agissant ainsi, j'ai voulu vous montrer qu'aucun ganglion n*écha|^it à cette hypertrophie et qu'elle pouvait être considérable.

Étudions maintenant la structure de ces ganglions hypertrophiés. Il est regrettable qu'aucun observateur n'ait pensé à faire l'injection des vaisseaux lymphatiques afférents et efférents, peut-être l'injection qui eût pénétré dans le parenchyme du ganglion, eût-elle permis de constater quelque particularité intéressante sur la richesse du réseau parenchymateux, et sur la perméabilité de ce réseau. — Quoi qu'il en soit de cette lacune, qui certes sera bientôt comblée, tous les observateurs sont unanimes sur les faits suivants, à savoir, que l'enveloppe et le stroma du ganglion n'ont subi aucune modification. A la coupe, le parenchyme présente une coloration grisâtre dans les plus petits ganglions; une coloration gris jaunâtre dans les ganglions moyens, et une coloration jaunâtre dans les plus volumineux; ces derniers seulement présentaient dans leur intérieur des taches ecchymotif|ues, et le raclage de leur coupe fournissait un suc trouble, blanchâtre et miscible à l'eau. On pourrait donc croire que ces derniers renferment un suc analogue au suc cancéreux, avec ses vastes cellules ou ses éléments nucléolaires; mais il n'en est rien, et MM. Ch. Robin, Leudet et Potain ont tous constaté que ces ganglions ne renfermaient point les éléments dits cancéreux, mais seulement des noyaux et cellules lymphatiques tassés les uns contre les autres ; c'est-à-dire que dans l'adénie les ganglions ont augmenté de volume, mais que la partie conjonctive du ganglion a conservé sa disposition normale; seulement il existe une multiplication, une hypergenèse des cellules et des noyaux lymphatiques lesquels sont néanmoins restés entièrement normaux. — Telle était déjà la conviction de MM. Laboulbène et Titon, lorsqu'ils étudièrent la structure des ganglions d'un malade qui, en l'année 1852^ était entré dans le service de M. Marrotte, à l'hôpiul Sainte-Marguerite, pour y être soigné d'une adénie, affection que M. Laboulbène, à cette épocjoe, avait désignée dans ses notes sous le nom d'adénite généralisée.

L'hypergenèse des éléments cellulaires du ganglion est le fait principal de l'adénie; elle est le point de départ, l'origine pour ainsi dire de toutes les lésions secondaires. — Celles-ci cependant doivent être étudiées plus particulièrement dans la rate et le foie. L'hypertrophie de ces organes ne s'observe guère que dans la seconde période de la maladie. La rate surtout peut acqué-

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localisés et qui se généraliseraient dans l'espace de dix-huit mois k denx ans. Cet engorgement ganglionnaire, ainsi que nous l'avons vu, serait constitué |>ar une hypergcnè^e des éléments cellulaires normaix des ^ganglions Kraphatiques, hypergenèse qui dans quelques cas pourrait envaliir ks corpuscules glandulaires de Torgane splénique. La maladie a pour conséquence 1 anémie, la cachexie et n'est 4)uint accompagnée de leucocuose du liquide sanguin.

L'adénic, avons-nous dit, est une diathèse qui a une cause déterminante. Quelle estcettecau.se, quel* c^t sou siège le plus conuuuii? I^rscfu'on lit attentivement les observations d'adénie qui nous ont été communiquées ou que nous avons recueillies nous-mêmes, on est frappé de ce £ait, que le plus souvent Taugmcntation de volume n'a porié d'abord que sur un ou deux ganglions; puis, quelques semaines ou deux ou trois mois après lappariliou de ces petites tumeurs initiales, il y a une véritable explosion de tumeurs ganglionnaires en différentes parties du corps; en même temps les tumeurs primitives augmentaient rajudemeut de volume. Un ganglion se prend d'abord, puis consécutivement presqilc tous les ganglions du corps sont subitement envahis par le travail pathologique. Dans la majorité des cas ce furent les ganglions sous-maxillaires qui reçurent la première atteinte morbide ; dans quelques cas cependant les ganglions de J'aisselle ou de laine furent le siège primitif de l 'affection.

Depuis longtemps^ messieucs, Tadénopathie a été étudiée avec soin au point de vue du diagnostic, et l'anatomie, la physiologie et l'expérience clinique ont a^ppris que toutes les fois qu'il existait un engorgement ganglionnaire aigu ou chronique, il fallait chercher 4lans les régions desservies par les ganglions maades quelque lésion organique qui fût la cause de l'irritation ganglionnaire. C'est là une règle absolue et féconde en résultats importants ; il était donc tout naturel .de rechercher, dans le cas d'adénie généralisée, 4|ueile avait été la lésion locale qui avait été la source 4e l'engorgement primitif. Beaucoup d'observations cependant sont muettes à ce sujet ; on s'est contenté de noter que l'engorgement avait commencé par les ganglions axiUaires, inguinaux ou maxillaires, et il est fâcheux (|ue les observateurs n'aient point porté une investigation minutieuse de ce coté. — 11 est probable qu'nne lésion primitive, quelfi^ne légère qu'elle fût, eût été rencontrée à la ^uriace de la peau, sur les memdmnes muqueuses ou au voisinage des ouvertures naturelles. .Si beaucoup d obsenations sont incomplètes, il en est d'autres, celles de MM. Leudet, Potaiu, Perrin et eniîu celle de notre malade de Stockholm, qui, sur le point qui nous occu()e, ont un grand intérêt. £n effet, trois lois nous constatous qu'-une irritation aiguë eu chronique existait soit au grand angle de I'œII, soit dans le conduit auditif externe ; et remarquez, messieurs, que les ganglions primitivement envahis par l'engiargemont .étaient situés du -côté correspondant à la lésion oculaire, nasaie, ou à celle du conduit auditif, et 4;ue ce ne Xut ^e secondairement iquc les ganglions sous-maxillaires et cervicaux du xiôté opposé furentpcis ainsi^uctooi lesautres ganglions du corps. — 11 est donc bien digne det*emarque ^iie, dans les

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i*inq observations auxquelles nous ùimis aUusio», il y ait eu quatre fois tumeut lacrymale inflammàtoire^ coryza chronique et oiorrhée. Il est impossible de ne pas être frappé de cette altération des moqueuses et de la peau, dans tous les cas, et de rallératiou gangliouuairc immitive; toutefois, je dois vous rappeler que dans Tune des observations de M. Leudet et djius celle que uona (levons au docteur Perrin^ Teugorgenient gaugUonnaire avait débuté^ an diro des malades, par la région axilkire. Mais, lors de leur examen, MAL Leudet et Perrin ont constaté Texistencc des engorgements sous-nuiKiilaires, et il est permis de supposer que peut-être cet engorgement maxillaire, peu considérable au début de Tadénie, avait pu ne pas être remarqué par les malades.

Quoiqu'il en soit, il u*en reste pas nioins établi que sur douze observations d*adénic on a quatre fois noté Texistence de tumeurs lacrymales, d'un coryza chronique et d'une otorrhée.

Qu'il existe une relation entre Tadénopaitiie prioutive et les lésions superficielles de la peau ou des muqueuses, le (ait ne nous paraît pas douteux» il est presque nécessaire et se trouve confirmé , ce nous semble , par les observations précédentes et les considérations qui les accompagnent Mais nous ne savons pas s'il existe un rapport spécial entre les lunicurs lacrymales et l'adé* nie généralisée, il notis sulfit de coustater la coïncidence des faits.

Quant à l'adénie généralisée consécutive, nous ue pouvons la comprendre qu'en admetiant cfaex certains sujets une déposition Sfiéciale telle, qu'un ou deux ganglions lymphatiques étant engorgés depuis uu temps variable, presque toujours depuis peu, ils deviennent le point de dépari d'une modification du san^, inconnue dans son essence, mais dont le résultat sera u|i engoi^meni des autres ganglions.

Déjà je vous ai dit quelle était la conséquence de l'adénie sur la composition du sang; le microscope a démontré qu'avant et après la mort le liquide sanguin ne renfermait point de globules blancs ni de globulins en excès. £t s'il n'est pas pixHivé que la qualité 4es globules ait suhi quelques modifications, du moins les caractères de l'anémie dans la seconde péiiodede la maladie ne laissent poùu de doute sur la moindre quantité des globules rouges. Il est donc probable que dans l'adénie il y a diminution des éléments qui concourent à la formation des globules rouges, et cette diminution est due très-probablement à l'engorgemeni ganglionnaire généralisé.

L'étude que nous venons de faire de l'adénie nous (bumit-elle des iudica* tîons tl)érapeuti<[ues que nous puissions remplir ? Jusqu'ici tous les trail^ nieuts mis en usage ne paraissent pas avoir eu de résultat satisfaisant; toutefois il importe de constater (|ue dans trois observations, où les eaux de Kreuznadi, de Lavey et les bains de sublimé ont été conseillés, la marche de la maladie a paru, passagèrement au moins, enrayée. Dans le piemier cas les eau\ d'Allemagne auraient déterminé une diminution dans k volume des engorgcmenis ganglionnaires. Et chez un malade auquel j'avais conseillé les bains de sublitné, b santé générale, pendant quelques mois, a semblé ne

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point se ressentir derallératiou ganglionnaire. Enfin, M. Gossy (1) rapporte l'observation d*un malade de cinquante-trois ans, affecté d'hypertrophie ganglionnaire généralisée, sans leucémie, dont Tétat avait été amélioré d*nne façon notable après deux mois de cure à Lavey. Le traitement, du reste, fut complexe dans ce cas particulier, car les eaux étaient données à l'intérieur jusqu'à léger effet purgatif, puis des douches chaudes et froides étaient dirigées sur les tumeurs ganglionnaires en même temps que sur tout le corps, et les tumeurs étaient soumises à un massage régulier. De plus, chaque jour, le malade prenait trois pilules d'iodure de fer de Blancard.

Quoi qu'il en soit, ce traitement dont à plusieurs reprises on dut modérer l'activité, amena une amélioration qui commença à se manifester à partir du trentième jour. Le traitement fut continué deux mois, et lorsque le malade quitta La\py, les engorgements ganglionnaires avaient diminué de près de moitié. L'effet résolutif est peut-être dû dans ce cas particulier plutôt aux procédés physiques d'application des eaux minérales qu'aux iodures et chlorures qu'elles ne renferment qu'en très-petite quantité, et qu'elles empruntent surtout à l'eau mère des salines de Bex à laquelle elles sont ordinairement mélangées.

Si réellement, dans ce fait que je viens de vous rappeler, l'amélioration doit être en partie rapportée à l'action des iodures et des chlorures, peut-être conviendrait -il de préférer aux faux de Lavey et de Kreuznach, les eaux de Saxon qui, sans addition d'eau mère, renferment, d'après le docteur A violât, la dose énorme de 33 grammes d'iodures et 10 grammes de bromures pour uii bain de 300 litres !

Quant aux indications générales du traitement, elles sont fournies par l'état des ganglions et par l'anémie. — Toutes les fois donc que, chez un malade qui présente l'engorgement primitif, on reconnaîtra la source de cet engorgement, nous devrons mettre à contribution tous les moyens qui nous permettront de faire disparaître l'irritation première ; — mais, lorsque l'engorgement ganglionnaire multiple sera déjà manifeste, il ne faudra point hésiter par un traitement général à modifier la disposition générale du malade, et cela, soit par les purgatifs salins répétés, soit par l'usage des eaux minérales purgatives, telles que les eaux de Kreuznach, de Lavey, de Saxon, ou autres eaux analogues. De plus, il faudra en même temps agir localement, et, par des douches et le massage, avoir pour but la résorption des tumeurs superficielles. Enfin les préparations d'iode, de fer et de quinquina, auront le double avantage de modifier l'état général, et de lutter contre l'anémie qui ne tarderait point à faire de rapides progrès. — Je n'ai, je l'avoue, messieurs, qu'une médiocre confiance dans ce traitement complexe, à l'endroit d'une maladie qui me paraît spécifiqup; mais notre devoir, à défaut de médicament spécifique lui-même, est de combattre de tous nos efforts les effets de la

(1) loo. ciï., p. 34.

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maladie par des médicaments qui, à la vérité, ne s'adressent qu*aui symptômes.

Je ne veux pas, messieurs, oublier de vous dire deux mots d*une aiTection ganglionnaire que j*ai bien souvent observée chez de jeunes créoles et plus particulièrement chez des créoles de Tile de la Réunion et de Maurice. Je ne saurais dire, en vérité, si j'ai dû au liasard seulement de ne voir cette forme particulière de Fadénie que sur des jeunes gens nés dans les deux colonies africaines dont je viens de parler, tandis que pas une fois je n'en ai vu chez des personnes nées dans les Antilles françaises ou anglaises.

Dans l'adolescence, et plutôt chez les garçons que chez les filles, nous voyons les ganglions profonds et superficiels des aines se gonfler, tantôt d*un seul côté, tantôt des deux côtés à la fois. Cette maladie vient par paroxysmes durant un, deux, trois mois, et séparés par des intervalles qui peuvent être de plusieurs mois. Puis vient un paroxysme plus violent que les autres, et quelques-uns des ganglions suppurent. Dans certains cas, la suppuration s'étend à plusieurs ganglions et successivement à toute la masse ganglionnaire. Les malades sont condamnés alors à un long séjour au lit et dans la chambre, et la suppuration n'est quelquefois tarie qu'après une année.

Enfin, dans des circonstances heureusement fort rares, comme dans un ' fait dont j'aurai l'occasion de vous parler, en traitant des abcès périnéphriques, un chapelet de ganglions suppura depuis l'aine jusqu'au rein, et de vastes abcès se formèrent autour de ce viscère. Vous comprenez, messieurs, le danger qui peut résulter d'un pareil accident.

Dans le plus grand nombre des cas qu'il m'a été donné d'observer, la maladie s'est arrêtée vers l'âge de la virilité, sans que l'action de la médecine m'ait semblé fort utile.

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