‹ Clinique médicale de la CharitéChapitre 1 sur 223 · G. MASSON, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

G. MASSON, ÉDITEUR

LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE 120, I! O U L E V A R D S A I N T - G E U MAIN

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Si différent qu’il soit de ce qu’en général on publie sous la dénomination de clinique, ce livre est cependant de la clinique pure. Le but que je m’y suis proposé est de mettre au jour une partie du travail que mes assistants et moi avons accompli ces années dernières dans le service de la Charité, où je suis chargé de renseignement officiel depuis huit ans déjà après l’avoir fait pendant dix ans à l’hôpital Necker. 11 contient à la fois quelques-unes de mes leçons recueillies par le docteur Vaquez, mon chef de clinique, et des mémoires rédigés par chacun de nous sur des sujets divers, pour la plupart afférents aux maladies du système circulatoire. J’ai cherché à reproduire ainsi, comme en abrégé et dans ses éléments principaux, l’œuvre qui s’effectue dans un service d’enseignement, où l’organisation actuellement encore en vigueur impose une besogne assez compliquée.

Des leçons d’amphithéâtre, plus ou moins dogmatiques, y prennent nécessairement place, étant indispensables, ne fùt-ce que pour éviter aux malades la fatigue et les impressions fâcheuses de longues dissertations, où le professeur, quelque soin qu’il prenne et à quelques restrictions qu’il se condamne, en dit toujours trop pour le sujet qui écoute et point assez pour l’élève forcé de deviner la pensée du maître.

Toutefois, c’est près du lit que l’enseignement le plus précieux se donne. Rien n’est plus nécessaire au futur médecin; rien aussi n’est plus intéressant, plus attachant pour lui que l’observation directe des malades, que l’étude atten-

tive des symptômes qu’ils présentent, que cette enquête incessante à la recherche des solutions réclamées par d’innombrables problèmes de diagnostic, de pronostic et de traitement, que l’analyse enfin de signes multiples, divers et souvent délicats, analyse qui, tous comptes faits, se résoudra en une synthèse d’autant plus large, d’autant plus solide et plus précise que l’étude analytique aura été poussée plus loin et poursuivie avec plus de méthode et d’exactitude. Cette partie de la clinique, c’est la médecine ellemême, la médecine en action, l’œuvre que tout praticien doit accomplir auprès de chacun de ses malades. Mais, souffrant à peine qu’on la porte de la salle à l’amphithéâtre des leçons, bien saisissante seulement à la condition d’être en quelque sorte vivante, et non le récit d’un drame, mais le drame lui-même avec ses péripéties émouvantes, elle se fixe difficilement dans un livre. Et quand il se trouve un homme assez habile pour l’y enfermer, le bénéfice est médiocre : tant est infinie la variété des formes cliniques, tant il est impossible que la leçon faite à propos d’un malade soit jamais exactement applicable à aucun autre.

D’ailleurs, avant qu’on les mette en présence de ces problèmes compliqués, nos élèves ont besoin de se familiariser avec les moyens d’en trouver la solution, avec les signes dont l’analyse est le seul guide qui mène sûrement au diagnostic. L’étude préalable et très attentive de ces signes leur est indispensable, car la synthèse qu’ils auront à en faire ne vaudra jamais que ce que vaudront les éléments dont elle sera formée. Il leur faut apprendre la sémiologie et l’apprendre avec soin. Elle est la base de la médecine pratique. Aussi, loin de la considérer comme une partie secondaire et pour ainsi dire accessoire de l’enseignement, bonne à rejeter négligemment dans ce qu’on nomme en Allemagne la propédeutique, me suis-je toujours appliqué à lui réserver la place la plus grande qu’il m’a été possible ; aussi mes efforts persévérants ont-ils tendu toujours à la perfectionner et à lui donner le plus de précision qu’il se pouvait.

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