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PRÉFACE

Au demeurant, celte sémiologie [uc consiste pas uniquement à connaître et à savoir constater les signes des maladies. Elle consiste aussi et surtout à savoir exactement tout le parti qu’on en peut tirer; c’est-à-dire, puisqu’il n’y a guère de signes pathognomoniques, puisque tous ou presque tous peuvent procéder de maladies diverses, à fixer dans son souvenir toute la série des affections auxquelles chacun d’eux se rapporte et les nuances à l’aide desquelles il peut devenir un moyen de différenciation entre elles ou leurs nombreuses variétés.

En conséquence, il faut, afin d’aborder avec fruit l’étude importante et délicate des signes, que l’élève sache assez de pathologie déjà pour que chacune des maladies dont on devra évoquer en lui le souvenir soit pour son esprit quelque chose de connu et de concret, non une appellation purement nominale ne représentant rien de bien précis.

Quoi de mieux pour fixer dans sa mémoire le tableau des maladies, que d’en entendre renouveler chaque matin la description par le maître, dans le temps même où il a sous les yeux les sujets qui en sont la représentation vivante ? Ce dernier mode d’enseignement ne constitue pas, encore une fois, la clinique proprement dite. Mais c’y est un acheminement d’une grande utilité. C’est d’ailleurs le mode que nous sommes presque tous obligés d’adopter le plus souvent, pour cette raison que nos auditoires se trouvent en majorité composés d’élèves encore à la période de leur éducation médicale où ce genre d’enseignement est nécessaire.

En fait, ces trois modes de renseignement clinique sont le plus habituellement combinés ou alternativement pratiqués. Il serait assurément plus profitable aux élèves, étant convenablement groupés, de recevoir l’enseignement qui convient précisément au degré d’instruction de chacun; et cela se pourra prochainement, je l’espère.

Tout en consacrant à l’enseignement la plus grande part de son labeur et de ses efforts, il est impossible à l’homme

qui cil est charge cl aux assistants qui l'entourent de ne point se préoccuper des faits nouveaux que l’observation de chaque jour apporte, et des conséquences qu’une étude plus attentive en peut dégager. Ce n’est pas qu’il soit facile ni toujours permis de poursuivre un travail régulier de recherches au milieu des obligations de l’enseignement clinique oliciel. Car ce travail, presque toujours, exige que l’attention se concentre longtemps sur des points très spéciaux, au lieu d’embrasser l’ensemble des faits, comme il convient pour l’instruction des élèves. C’est cependant pour ceux-ci un quatrième mode d’enseignement; mode qui s’adresse aux plus avancés seulement, à ceux qui, ne se contentant plus de la somme des connaissances désormais acquises, ont la légitime ambition d’y ajouter quelque chose à leur tour. Les aider, les guider dans leurs recherches ou les associer aux siennes propres est une façon de compléter le cycle de l’enseignement clinique, singulièrement chargé comme on voit.

Telle est l’œuvre générale dont j’ai cherché à reproduire ici les parties qui m’ont paru mériter d’être conservées et susceptibles de l’être. Parmi les leçons M. Vaquez a fait choix de celles qui avaient trait aux maladies du cœur et de celles en particulier où se sont trouvés quelques faits ou aperçus qui lui ont semblé ne point appartenir encore au domaine commun. Ayant été presque toutes faites à mesure qu’un malade entrant dans les salles y donnait occasion, leur ensemble ne saurait prétendre à la cohésion d’une œuvre dogmatique complète et régulière. Ce n’est en aucune façon un traité des maladies du cœur. Le seul mérite qu’elles puissent avoir à mon sens, c’est que tout y a été tracé en quelque sorte d’après nature. Pour les raisons que je disais plus haut, un bon nombre d’entre elles a été consacré à la sémiologie; aux parties du moins de la sémiologie cardiaque qui dans beaucoup d’esprits laissent encore du doute.

Le reste du livre contient le produit de travaux et de

recherches poursuivis dans le service, c’est-à-dire des mémoires de mes assistants et de moi sur des sujets étudiés dans nos salles, à l’amphithéâtre et dans nos laboratoires. Chacun de nous y a apporté sa contribution particulière. Mon ami le docteur François-Franck a bien voulu y introduire un contingent de recherches physiologiques que le lecteur sera heureux d’y trouver et qui fournira un complément de lumière extrêmement utile, relativement à divers points discutés dans le reste du livre. Bien qu’il ne fasse pas officiellement partie du service de la Charité, il lui appartient par l’affection réciproque qui nous unit, et il a pris une part active à ce qui s’y est fait par le concours précieux qu’il nous a prêté en plus d’une occasion, par l’assistance inestimable à laquelle je dois d’avoir pu mener à bien des expérimentations délicates dont on jugera les résultats. Le travail qu’il donne dans ce volume est le développement d’une leçon fort prisée des élèves de la Charité et dans laquelle il a bien voulu leur exposer le résultat de ses études sur l’aclion de la digitale.

Les deux mémoires que j’ai pour ma part insérés sont la démonstration complète de points de la sémiologie cardiaque qui sont également touchés dans les leçons. Sans doute c’est presque une répétition, une sorte de pléonasme. 11 ne pouvait guère en être autrement. Toutes nos recherches se font en présence des élèves, et il est impossible de ne point tenir ceux-ci au courant des résultats obtenus, quand l’occasion s’en présente. Mais il est impossible aussi de donner à l’exposition des faits dans une leçon tout le développement nécessaire pour que ces faits deviennent absolument démonstratifs. On trouvera donc dans les leçons le

résumé des faits, sauf à en chercher l’exposition complète et la démonstration rigoureuse dans les mémoires annexés.

Bien que je sois loin de me vouloir faire un mérite de l’œuvre des élèves qui m’entourent, rien ne saurait m’être plus agréable que cette publication en commun de travaux que nous avons faits côte à côte, pour lesquels nous nous

sommes mutuellement entr’aidés et qu’une affection réciproque a entourés des plus chers souvenirs.

Arrivé à une certaine période de l’existence, ou ne peut guère se permettre de longs espoirs. Cependant je ne renonce point à mettre au jour de nouvelles publications du même genre, à faire pour d’autres parties de la pathologie ce que nous avons fait pour celle-ci et à dire en quelque autre volume ce que l’observation patiente nous a appris ou pourra nous apprendre encore sur d’autres sujets.

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