Traité de Médecine. T. V, p
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que par une intervention chirurgicale, ou dans le cours d’une maladie infectieuse, généralisée, septique ou non. Dans le cours de la pyohémie, dans certains étals dits constitutionnels, on voit le système veineux participer à la maladie et présenter, en différents de ses segments, des lésions localisées ou diffuses. Dans ces cas, la phlébite peut, malgré tout, passer inaperçue, tant les symptômes sont graves d’autre part, ou parce que certaines autres localisations de la maladie attirent toute l’attention.
Dans un plus grand nombre de cas, la phlébite a un début plus insidieux ; au cours des septicémies subaiguës des cachectiques, dans la convalescence de certaines maladies, elle évolue sourdement, à bas bruit, ne se révélant que par quelques symptômes vagues qui veulent être cherchés; ou bien, changeant son allure au moment où une lésion nouvelle, subite, l’oblitération du vaisseau intervient, elle constitue un ensemble d’accidents dont la soudaineté ne peut manquer de faire impression.
Parfois enfin, c’est d’une façon plus discrète encore que la phlébite accomplit son évolution. Des douleurs vagues dans l’un des membres, un œdème modéré, une circulation supplémentaire assez pauvre, et c’est tout. Cette forme latente décrite par Duguet, De Brun, etc., mérite qu’on l’étudie; elle peut être redoutable si on la méconnaît ; au point de' vue anatomique, elle nous donne la clef de certaines altérations sur lesquelles les auteurs sont encore loin de s’entendre!
Parmi ces formes de début, il en est une des plus intéressantes et encore mal connue. Nous la désignerons sous le nom de phlébite latente à début embolique. Chez certains sujets qu’une affection quelconque, chirurgicale, puerpérale ou autre, dispose à présenter des complications phlébitiques, survient un jour un point de côté suivi d’un peu de fièvre, parfois avec quelques crachats sanguinolents. L accident, que l’on a mis sur le compte d’une névralgie intercostale, d’un foyer congestif, guérit rapidement, puis parfois, a deux ou trois reprises, les mêmes phénomènes se répètent, hnfin, huit, dix ou quinze jours après, une phlébite apparaît soudainement dans 1 un des membres. Il est évident qu’alors celle-ci évoluait d’une façon latente et qu’elle ne s’est révélée qu’au moment de 1 oblitération d’un vaisseau de calibre important. M. Ouénu a observé un fait de ce genre, et il h; rapporte dans son article du Traite de chirurgie; le professeur Pinard a constaté trois fois le
même fait, et nous avons également connaissance d’une observation concernant une femme récemment accouchée, qui présenta pendant quelques jours des accidents subits et mal expliqués du côté de la poitrine, lesquels précédèrent une oblitération définitive de la veine crurale, la phlébite étant jusque-là restée méconnue. Ces cas forment donc un groupe intermédiaire à celui constitué par les embolies capillaires, septiques ou non, et à celui des phlébites latentes dont l’accident initial est une embolie volumineuse déterminant la mort immédiate (exemple : cas de Duguct dans la thèse de M. De Brun). Ces cas ont leur intérêt surtout en ce qu’ils commandent une attention minutieuse chez les sujets capables de présenter quelque phlébite des membres, et qui sont atteints de complications pulmonaires subites, de nature mal définie.
Une fois que la phlébite est constituée, elle peut évoluer de diverses façons; tantôt, sous l’action du processus septique qui l’a déterminée, elle deviendra la cause d’une inflammation suppurative qui envahira le membre lui-même (phlegmons septiques, gangréneux) ou qui restera localisée au pourtour de la veine (abcès multiples de certaines phlébites puerpérales et des phlébites variqueuses septiques). D’autres fois, la phlébite ne provoquera pas ces graves désordres ; la veine seule demeurera victime du processus infectieux et alors, sous l’action d’une inflammation subaiguë, on verra se produire des oblitérations des petits ou des gros troncs veineux (inflammation adhésive fies anciens, pour les petites veines; phlegmatia alba dolens, pour les grosses veines). Dans certains cas peut-être, la restitutio ad integrum est possible, mais jamais à coup sûr lorsque la veine a été oblitérée totalement.
Les accidents consécutifs aux phlébites peuvent aussi présenter des modalités cliniques très différentes. Parfois la guérison presque complète peut être obtenue : soit que la phlébite ait été légère et superficielle, soit que l’oblitération définitive ait complètement supprimé la veine, la circulation étant assurée d’autre part par des vaisseaux de nouvelle formation. Plus souvent la phlébite ne guérit que lentement, laissant à sa suite un cortège de. troubles nerveux dont l’étude présente un grand intérêt. Plus rarement, la veine touchée une première fois devient, à l’occasion d’accidents ultérieurs, le siège de nouvelles poussées inflammatoires; peutêtre peut elle aussi présenter des altérations plus durables, constituant le groupe peu connu des phlébites chroniques. Trop fréquem-
ment encore, bien que cel accident reste exceptionnel, une embolie mortelle achève brusquement l’évolution des lésions veineuses au moment où celles-ci se constituaient définitivement.
C’est à l’examen de ces multiples variétés de la phlébite que nous allons consacrer les chapitres qui vont suivre.
A. Phlébite non oblitérante.
Toutes les phlébites ne s’accompagnent pas fatalement de l’oblitération des veines. Ce fait est bien admis pour les phlébites chirurgicales ou traumatiques, il l’est beaucoup moins pour les phlébites d’ordre médical. C’est que ces dernières sont moins facilement accessibles dans leur début et que souvent elles restent méconnues. D’autre part, sous l’influence des idées de Virchow, et par une sorte de pétition de principe, toute phlébite commençant nécessairement par une thrombose, on n’admettait pas qu’il pût y avoir des phlébites sans oblitération. Lorsque, malgré tout, la perméabilité de la veine ne pouvait être niée, on l’expliquait par la désintégration, puis la résorption du caillot primitif. Nous verrons qu'une telle conception ne peut être que difficilement défendue aujourd hui. Nous admettons, pour notre part, que, dans les maladies d’ordre médical, de même que dans les affections d’origine chirurgicale ou traumatique, la phlébite n’est pas toujours accompagnée ni suivie d’oblitération définitive de la veine.
Virchow a bien observé que tous les caillots ne sont pas Oblitérants, et il dit en propres termes : « La plupart des thrombus sont d’abord pariétaux et laissent encore circuler le sang à côté d’eux. » Ce lait a surtout été étudié pour les lésions des artères, et aujourd hui les artérites pariétales sont admises sans conteste, elles sont meme jugées plus fréquentes que les artérites oblitérantes. En clinique, certains observateurs ont également admis l’hypothèse d une phlébite non oblitérante, et nous trouvons dans Trousseau une observation où cet auteur signale comme très vraisemblable la persistance de la perméabilité de la veine dans une phlébite dont il ne détermine pas la cause, mais qui semble bien être de nature goutteuse. La question a été reprise et traitée plus à fond en 1884, par M. le docteur De Brun, dans sa thèse1. Cet auteur
I- Dk Buün, Contribution à l'étude de la jihlegmatia alba dotais. Th. Paris, 1884.
consacre un chapitre à l’étude de la forme latente de la maladie; il rapporte notamment une observation de notre maître, le docb ni Chantemesse, où 1 on voit des accidents d embolie pulmonaire èlie consécutifs à une phlegmatia méconnue des membres inférieurs. Il rappelle aussi une ancienne observation de M. Duguet, dans laquelle on note ces deux faits : 1° l’absence de symptômes cliniques pouvant faire supposer l’existence d’une phlegmatia; 2° la non-oblitération et la perméabilité d’une veine dont les parois piéscntent cependant des caillots adhérents. Les faits rapportés par De Brun sont exacts, l’interprétation qu’il propose est bonne : il y a des phlébites, et en très grand nombre, qui sont méconnues pendant la \ie, mais elles sont méconnues souvent parce qu’on ne sait pas, les chercher et non parce qu’elles sont vraiment latentes.
Ce qui rend la question extrêmement difficile à résoudre, c’est que, eu clinique, on ne sait pas bien exactement quels sont les symptômes de la phlébite non oblitérante et quels sont ceux qui appartiennent plus spécialement à la phlébite oblitérante ; ou plutôt les symptômes de ces deux stades de la phlébite sont assez semblables pour qu’il soit difficile de les différencier. Il fallait donc, sur des sujets qui ne s’étaient plaints pendant l’existence que de symptômes vagues ou mal définis, rechercher, après la mort, si
ces symptômes n’étaient pas en rapport avec des phlébites méconnues, et établir en second lieu, d’après ces faits, la symptomatologie des stades primitifs de la phlébite. C’est ce que nous avons tenté de faire depuis quelques années.
Les phlébites non oblitérantes sont de deux sortes :
1° La première classe est constituée par les phlébites dites infectieuses ou septiques. Dans ces sortes de phlébites, c’est l’état général qui domine ; on constate des manifestations propres à 1 infection purulente; les complications pulmonaires, cardiaques, etc., remportent et l’infection n’a pas le temps de se localiser sur le système veineux. En même temps que ces phlébites restent superficielles, elles sont multiples, c’est là leur caractère essentiel et ce caractère se retrouve aussi bien dans les phlébites chirurgicales par infection extérieure, que dans les phlébites médicales, quelle que soit la nature de l’infection. Prenons des exemples. Broca1, dans son excellente monographie sur la phlé-
1. Broca, Éludes cliniques sur la phlébite variqueuse, lier, de chir., 18S9.
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Dite variqueuse rapporte l’observation d’un sujet porteur d’un ulcère sur un membre variqueux et qui fut pris de phlébite septique avec accidents pyohémiques suivis de mort. A l’autopsie, on trouva les lésions propres à la pyohémie, quelques points de suppuration sur les veines, en quelques autres endroits, de la phlébite diffuse non suppurée. Voilà pour la phlébite septique chirurgicale.
En 1867, Monneret1 a rapporté le cas d’une femme accouchée depuis deux mois, qui fut prise successivement de phlébite des veines des deux bras, puis de la jugulaire, avec état fébrile intense, mais qui n’en guérit pas moins. Ces phlébites puerpérales multiples n’étaient d’ailleurs pas exceptionnelles jadis, et l'on en trouverait de nombreux exemples dans les recueils anciens.
Une observation de notre maître, M. le docteur Letulle, rapportée dans la thèse de M. Troisier, nous montre que des phlébites multiples, superficielles, peuvent survenir dans le cours d’une phtisie pulmonaire à marche rapide. M. Letulle fait remarquer que, dans son observation, les caillots, à supposer qu’il en existât, se sont très rapidement résorbés, puisqu’au bout de quelques jours la veine était redevenue perméable.
Reportons-nous enfin à l’observation classique de Trousseau, dans laquelle on vit à quelques jours d’intervalle, les veines des membres inférieurs, puis celles des membres supérieurs, se prendre successivement, sans s’oblitérer d’une façon définitive, pour déterminer enfin des accidents d’embolie pulmonaire. Ces phlébites multiples, disséminées, ne sont pas rares dans le cours de la goutte, les observations de Paget, de Tuckwell, de Viccaji en font foi, et très fréquemment elles laissent libre, du moins en partie, la lumière du vaisseau.
nous
Si nous comparons ensemble les différents exemples que venons de rapporter, nous conclurons que l’infection externe (obs. de Broca), que l’infection puerpérale (obs. de Monneret), que la tuberculose (obs. de Letulle), que la goutte, peuvent déterminer des phlébites véritablement infectieuses au sens propre du mot, dans lesquelles l’oblitération veineuse est loin d’être toujours nécessaire.
Moxneret, Sur un cas rare de phlébite puerpérale r/énéralisée. Gaz. des Hôpitaux , ISO?, p. 445.
2 Les phlébites non oblitérantes peuvent être constituées par < es inflammations localisées, subaiguës des veines dans le stade qui Précède l’oblitération définitive. Ce sont ces phlébites que nous avons surtout étudiées sous le nom de phlébites préoblitérantes1.
I)ans des cas absolument opposés aux précédents, lorsque les u dédions présentent une virulence moins marquée, quand la maladie se localise plus spécialement sur le système veineux, les altérations de la veine évoluent plus sourdement pour ne se révéler que le jour où, déterminant en tin de compte l’oblitération totale du \ aisseau, elle constitue alors le tableau symptomatique connu sous le nom de phlegmatia alba clolens. Pour connaître cette phlébite prco ht itérante, pour la soupçonner, il faut donc prévenir le moment où le malade se plaindra lui-même de gonflement ou de douleurs; il faut examiner jour par jour les sujets capables de présenter des accidents phlébi tiques ; enfin, s’il est bon, dans les autopsies, d’examiner les veines que 1 on sait malades et oblitérées, il est surtout instiuctif de voir quel est l’état du système veineux dès que l’on a eu quelque idée d’en soupçonner l’altération. C’est ce que nous avons exprimé en disant : « Attendre qu’il y ait une oblitération totale pour dire que, cliniquement et anatomiquement, il y a phleginalici alba dolens, est une erreur analogue à celle qui consisterait a attendre 1 existence de cavernes pulmonaires pour diagnostiquer la tuberculose. »
1) après ce que nous venons de dire, la symptomatologie des phlébites non oblitérantes est presque à créer de tou tes pièces. Nous nous servirons encore ici de la division que nous avons établie tout a 1 heure entre les phlébites infectieuses, septiques, apparaissant comme épiphénomènes d’une maladie générale grave et la phlébite préoblitérante, lésion locale, représentant le premier stade d’une altération veineuse qui aboutira ou non, suivant les circonstances,
à l’oblitération du vaisseau.
1° Le premier groupe des phlébites non oblitérantes répond à une symptomatologie qui n’est pas en rapport avec la gravité des accidents que cette phlébite révèle. Ce qui attire tout d’abord 1 attention, ce sont les symptômes généraux. Dans ces cas, la
1. Vaquez. Période préoblitérante de la phlébite des cachectiques. ( Société de Biologie, 19 décembre 1891.) Phlébite non oblitérante chez un tuberculeux cachectique. Evolution générale des phlébites ( Société anatomique, Juin 1892).
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lièvre atteint d’habitude un haut degré, souvent elle présente les aspects de la fièvre septique, c’est-à-dire qu’elle s’accompagne de frissons, de sueurs profuses; le faciès est pâle, la langue d’une sécheresse extrême : c’est ce que l’on voit par exemple à la suite d'une phlébite d’origine chirurgicale ou d’une phlébite puerpérale infectieuse. L’évolution parallèle des accidents septico-pyohémiques et de la phlébite, dans le cours des diverses infections purulentes, avait conduit les anciens auteurs, Hunier et Hodgson notamment, à faire rentrer la phlébite tout entière dans le cadre de l’infection purulente. Dans ces cas où la phlébite prend, comme disait Velpeau, la forme infectieuse, la veine n’est touchée que superficiellement par l’infection qui n’a pas le temps de s’y localiser d’une manière exclusive.
Dans d’autres cas, la septicémie est moins infectante, les altérations sont plus apparentes et c’est alors que l’on verra évoluer plus spécialement les symptômes propres à la phlébite. Ceux-ci se manifesteront surtout sur les veines qui ont été le siège primitif du traumatisme, lorsqu’il s’agit par exemple de phlébites chirurgicales; c’est ce que l’on voyait à la suite de la saignée, c’est ce que l’on peut voir à la suite de certaines opérations sur les varices. Dans les phlébites d’ordre médical, la localisation peut se faire aux membres inférieurs, mais on n’observe pas ici la même prédilection que dans les cas de phlébite subaiguë ou de phlegmalia alba clolens. Dans les phlébites infectieuses, au contraire, qu’elles soient dues à la septicémie, au rhumatisme, etc., la localisation sur les membres supérieurs n’a rien que de très ordinaire.
Quoiqu’il en soit, le membre atteint devient rapidement douloureux; parfois la douleur est diffuse; d’autres fois elle suit assez exactement la direction même de la veine. On voit également apparaître un œdème plus ou moins marqué, rarement considérable cependant, et qui n’est pas l’œdème blanc de la phlébite subaiguë, mais un œdème rosé, inflammatoire, dans lequel la lymphangite entre elle-même pour une large part. Ce sont les cas dans lesquels on a tant discuté pour savoir s’il y avait exclusivement de la phlébite, ou si la lymphangite ne participait pas elle-même à l’infection. Or, toutes ces modalités cliniques peuvent apparaître. Parlois la veine est seule prise avec son tissu cellulaire périveineux; d autre fois l’infection procède plus avant, elle envahit au
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CHARITÉ
Joui le tissu cellulaire, les lymphatiques et c’est alors que l’on peul voir apparaître, non seulement la lymphangite réticulaire, mais même aussi la lymphangite Lronculaire, avec les adénopathies qui 1 accompagnent. Le mode de terminaison peut être également différent suivant les cas. Deux choses peuvent en effet «uiivei : ou bien a la suite des accidents que nous venons de décrire, les phénomènes généraux de l’infection généralisée finissent par prendre le pas et alors nous rentrons dans les cas précédents; ou bien les accidents se bornent de plus en plus à la veine et au membre dans lequel elle se trouve, les accidents généraux se calment ou ont au moins une période de rémis-
sion.
Les accidents locaux évoluent alors de la façon suivante : s’ils sont graves, ils peuvent dépasser, comme nous l’avons dit, le domaine de la veine, envahir le membre, et déterminer des accidents de phlegmons du .membre, d’abcès, de lymphangite supputée, etc. « J ai, dit Ilervieux, ouvert chez mes accouchées des phlegmons circonscrits ou diffus consécutifs à des phlébites durâtes »; ou bien les accidents seront plus atténués et la supputation n envahira que la veine ou le tissu cellulaire périveineux. La supputation déterminée par la périphlébite n’est pas exceptionnelle, elle a été signalée par Cruveilhier, Béhier et Hardy, Le Bail, etc. Cruveilhier a observé, chez une jeune femme récemment accouchée, une phlébite avec périphlébite suppurée des veines mammaires. Enfin, la suppuration peut n’atteindre que la veine; il se foi me des abcès au milieu des coagulations intra-veineuses et au moment même où elles se constituent; mais ces suppurations, qui indiquent que 1 infection se limite en tant que maladie géné- 1 ale, sont également fort graves, car elles peuvent contribuer à porter au loin et à régénérer une infection purulente en voie d'atténuation. Nous n’insisterons pas plus longtemps sur la phlébite suppurée, qui dépasse notre sujet et qui a d’ailleurs été très longuement étudiée par les anciens auteurs.
Dans les cas enfin où 1 infection présente une virulence très atténuée, la veine, siège presque unique de la maladie, devient seulement douloureuse pour quelques jours; on voit apparaître sur elle quelques traînées un peu rosées, avec, au milieu, une coloration bleuâtre plus compacte étendue à quelques centimètres de la veine ou sur un parcours assez long. On reconnaît, là encore, la
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phlébite avec son cortège habituel de périphlébite. Le palper de la région est douloureux, il donne parfois alors la sensation d’un cordon veineux dur qui peut faire penser à une oblitération, alors quelle n’existe pas. 11 faut, en cifet, se méfier de cette sensation parfois trompeuse de cordon veineux qui autorise à affirmer, trop souvent à tort, l’oblitération de la veine. La périphlébite peut déterminer un épaississement marqué de la paroi, qui cesse alors d’ètre dépressible, et d'ailleurs on évite, en général, et avec raison, de pousser plus loin l’examen. En conclusion, nous dirons que l’évolution clinique des accidents et aussi certaines constatations anatomiques ont permis souvent de rectifier le diagnostic d'oblitération veineuse, que l’on appuyait exclusivement sur la sensation dont nous parlons. Dans ces phlébites bénignes, dont nous venons de décrire le dernier type, les accidents généraux sont minimes, ils se bornent à une légère augmentation de température, parfois quelques frissons, un peu d’état saburral de la langue, et c’est tout. Nous voyons, en résumé, que ces phlébites, surtout dans les derniers exemples que nous avons choisis, constituent des petits symptômes de l’infection, et il n’y a pas ici à différencier les phlébites chirurgicales des phlébites puerpérales ou médicales, la loi générale de leur évolution étant la même. Souvent aussi leur valeur pronostique est identique, le chirurgien, qui a redouté chez un opéré une infection purulente, est heureux de voir celle-ci être remplacée par une simple phlébite, avec périphlébite même, témoignage cependant de l’atténuation de la virulence. L'accoucheur, qui a craint une infection puerpérale, est rassuré par l’apparition d’une phlébite. Ilervieux dit « que la phlegmatia peut parfois être saluée, sinon comme libératrice, du moins comme préservatrice des accidents viscéraux, toujours plus graves et souvent mortels. »
Au fur et à mesure que les phlébites évoluent avec un caractère d infectiosité moins , grave, elles présentent une tendance de plus en plus marquée à l’oblitération des veines. Aussi celle-ci, tout à lait exceptionnelle dans les premiers types que nous avons choisis, eonnncncc-t-clle à devenir fréquente dans les phlébites infectieuses bénignes, qu’elles soient d’origine traumatique, obstétricale ou médicale.
2° Mais là où f oblitération devient habituelle, c’est dans les cas de phlébite subaiguë, telle qu’elle se manifeste à la lin de la tuber-
culisation pulmonaire où à la période ultime des affections eancéi euses ; c est pour cela que, lorsque nous avons décrit la période pi ('oblitérante de la phlébite, nous avons pris comme type la phlébite des cachectiques.
Pour exposer comment les choses se passent d’ordinaire, nous rappellerons l’observation que nous avons rapportée avec pièces à l’appui, à la Société anatomique, en 1892. Un individu, arrivé au degie extrême de la tuberculisation pulmonaire, se plaint de quelques douleurs vagues dans la jambe gauche; ces douleurs siègent surtout dans la cuisse, à sa partie interne, mais elles se diffusent aussi 'vers la région postérieure. A cette douleur spontanée s’en joint une autre plus exquise à la palpation des muscles du mollet; une pression légère exercée sur la gaine des vaisseaux, à la face interne de la cuisse et sur le trajet du nerf sciatique révèle aussi une vive sensibilité. On observe d’ailleurs un peu d’œdème périmalléolaire semblable à l’œdème dit cachectique et un peu plus marqué, à vrai dire, à gauche. Interrogé par nous, le malade déclare que déjà, quelques semaines auparavant, il a ressenti des douleurs analogues dans la même jambe; ces (louleui s avaient été assez vives pour le retenir complètement au lit pendant quelques jours, puis elles avaient à peu près disparu; cependant, depuis ce temps, la jambe gauche était restée toujours plus sensible que 1 autre. La lièvre, au moment où nous examinions le malade, était intense, irrégulière, elle présentait le type de la lièvre hectique. Quelques jours après, la douleur parut remonter le long de la cuisse jusque vers l’arcade de Fallope, mais l’œdème n’augmenta pas; puis enfin les douleurs s’atténuè- 1 eut presque complètement, ou du moins passèrent au second plan dans 1 ensemble des accidents de la dernière heure, et le malade mourut sans que rien ait pu faire conclure à l’existence d’une phlegmatia cilba dolens. A l’autopsie cependant nous trouvâmes des lésions multiples des veines des membres inférieurs, avec coagulations adhérentes, mais dont le volume ne suffisait pas a déterminer l’oblitération du vaisseau. Ce cas et d’autres analogues, nous permirent d’avancer qu’il y a fréquemment dans l évolution de la phlébite une période de préoblitération et que les symptômes qui la caractérisent demandent à être décelés par un examen attentif. Nous pensâmes être en droit d’affirmer qu’il faut toujours soupçonner la phlébite chez les cachectiques, lorsque I on
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voit chez eux survenir des poussées de fièvre que n expliquent pas suffisamment des modifications survenues dans l’état du poumon ou des complications de tout autre nature, surtout lorsque cela coïn eide avec des douleurs vagues mais tenaces, limitées à un membre, ha phlébite devient bien probable lorsque les douleurs prédominent sur le trajet du cordon vasculo-nerveux, au niveau du mollet, du creux poplité, sur la face interne de la cuisse, etc. Dans ces cas, il se joint à ces symptômes un œdème souvent peu marqué du membre atteint, lentement ascendant et parfois transitoire1.
C’est alors surtout que l’examen anatomique posl mortern s’imposera, car le diagnostic présumé de la phlébite ne pourra trouver sa confirmation que par lui. Parfois en effet, et 1 observation que nous avons rapportée en est un exemple, l’oblitération définitive des vaisseaux ne se constituera pas et le malade n’attirera plus l’attention sur des symptômes pour lui secondaires, au milieu des accidents de toute nature qui l’affligent.
D’autres fois enfin, l’oblitération se complète tout d’un coup et si l’attention n’a pas été suffisamment attirée sur la phlébite par les phénomènes subaigus que nous venons de décrire, elle semblera marquer le début d’une maladie nouvelle. Cette transformation des accidents fera croire à l’éclosion soudaine de lésions toutes récentes, alors que la plilegmatia cilba clolens, dont on ne peut faire autrement que de constater l’existence, ne sera que le stade ultime de lésions évoluant depuis longtemps.
B. Phlébite oblitérante.
L’oblitération peut affecter les petites ou les grosses veines atteintes de phlébite. Lorsque la phlébite résulte d’un processus septique et que, par là, son évolution est rapide, seules les petites veines peuvent être altérées au point de présenter des coagulations totalement oblitérantes. Au contraire, dans les phlébites tout à fait subaiguës, celles où les agents infectieux ont besoin d’être aidés par une détérioration lente de l’organisme, les grosses veines finissent par s’oblitérer : l’oblitération d’un gros tronc veineux » dans le cours d’une phlébite a reçu depuis longtemps le nom de phlecjmatia alba àolens. Ce nom n’est pas toujours justifié, car il