Kussmaul, Berliner /clin. Wochenschr
d’adhérence, fixées en avant au sternum ci se prolongeant jusqu’à l'aorte, déterminent, pendant la durée de l’inspiration, un tiraillement tel, que l’aorte est comprimée et que le mouvement du sang s’y trouve notablement entravé. Cette explication serait admissible, si l’existence de cette sorte de pouls coïncidait toujours avec la présence de brides péricardiques, mais il n’en est pas ainsi car on l'a constatée dans certains cas oïl il n’y avait de brides d’aucun o-enre et pas meme de péricardite, notamment dans certaines pleurésies à gros épanchement. En réalité ce phénomène ne représente que l’exagération de l’état normal.
C’est un fait normal en effet que, sous l’influence des alternatives des mouvements respiratoires, la force du pouls subisse des alternatives d’augmentation et de diminution, la pression artérielle s’élevant et s’abaissant alternativement. Marey l’avait indiqué dès longtemps. Dans le travail que j’ai publié sur les dédoublements normaux, j’ai montré quels étaient chez 1 homme les rapports exacts de ces modifications et comment la dyspnée transforme et exagère l’influence de la respiration sur le pouls au point que celui-ci puisse disparaître dans un effort d’inspiration. Chacun sait qu’il suffit d’une inspiration énergique avec la glotte fermée pour suspendre absolument les pulsations de la
radiale.
Lorsque la péricardite ou la symphyse cardiaque s’accompagnent de pouls paradoxal, celui-ci est donc sans doute moins en rapport avec la compression que les brides péricardiques exercent sur l'aorte, qu’avec la gêne respiratoire que ces affections déterminent.
Un autre phénomène que l’on a attribué à la symphyse cardiaque est Y affaissement des veines du cou pendant la diastole ventriculaire. C’est Friedreich qui indiqua ce rapport dans ses études sur les mouvements veineux. Cet auteur suppose que l’expansion cardiaque subite déterminée au début de la diastole, par les tractions que le diaphragme, les poumons, tous les organes adhérents exercent sur le cœur qui les avait entraînés avec lui dans son mouvement de systole, que cette expansion, dis-je, produit un appel rapide du sang dans le système .des veines caves. Le fait est vrai, l’explication est juste, je le reconnais; mais ce n’est que l’exagération d’un fait absolument normal aussi dont le degré est infiniment variable. Mes propres jugulaires entre autres présentent par-
lois un allaisscmcnt diastolique très profond et je ne crois pas avoir d adhérences péricardiques. Ce signe n’aurait donc de valeur qu’autanl qu’il serait très prononcé et qu’il coïnciderait avec d’autres indices de la symphyse.
Enfin, un autre signe qui serait beaucoup plus précis si l'on pouvait le constater toujours, c’est la tuméfaction des veines jv aviaires pendant l’inspiration. Vous savez que c’est l’inverse qui existe à l’état normal. Pendant l’inspiration, en effet, l’abaissement
de la pression dans la cavité thoracique y détermine un appel du sang et les veines s’affaissent. Ici on pourrait avec raison appeler ce pouls veineux du nom de paradoxal. On l’explique de même par l’existence de brides péricardiques fixées au poumon et à la veine cave, et rétrécissant par leur traction le calibre de cette veine au moment de la dilatation du poumon. Malheureusement, ce signe, qui a une valeur diagnostique réelle, ne se constate que rarement.
Nous voilà arrivés au bout de l’énumération des signes que l’on a donnés comme propres à la symphyse cardiaque, Vous voyez que notre récolte n’a pas été bien fructueuse, car presque tous les signes que nous avons passés en revue peuvent s’observer dans la symphyse cardiaque, mais peuvent aussi exister sans (die. D’autre part, tous ou presque tous peuvent faire défaut alors qu’elle existe. Quand il en est ainsi, quand l’hypertrophie cardiaque elle-même ne s’est pas manifestée, il n’y a pas de diagnostic à tenter, la svmphyse cardiaque sera une surprise d’autopsie.
Mais, comme je vous l’ai montré, l’hypertrophie est presque constante dans la symphyse cardiaque ; c’est elle qui peut alors nous faire présumer une pareille affection, quand elle ne s’explique par aucune autre cause. Si nous pouvons joindre à cet indice, soit le choc
diastolique de la hase, soit surtout l’immobilisation de la pointe du
cœur, ou bien la tuméfaction inspiratoire des jugulaires, nous nous trouvons autorisés à formuler le diagnostic de symphyse cardiaque et à le considérer comme à peu près certain.
Je ne vous ai pas parlé jusqu’ici des signes subjectifs de la maladie, car ceux-ci sont encore plus variables et, lorsqu’ils se manifestent, ils sont beaucoup plutôt en rapport avec la dégénérescence myocardique qui vient compliquer la symphyse, qu’avec celte dernière elle-même. C’est ce qui avait fait dire à Laënnec que la symphyse cardiaque peut évoluer sans accident notable. Mais il n’en faut pas conclure cependant que ce soit une lésion
indifférente. Elle entraîne parfois, sinon toujours, des désordres consistant au moins en un état d’inaptitude fonctionnelle, de mvopragie qui, sans conséquences graves en temps ordinaire, provoque, au moment d’un surcroît de fatigue ou d’une maladie intercurrente, des troubles plus ou moins sérieux. S’il survient, d’autre part, une affection aiguë, ayant déjà par elle-même quelque tendance à déterminer des complications cardiaques, la lésion ancienne deviendra une cause d’appel des plus actives. C/est justement ce que nous avons observé chez notre malade. Une première fois, il y a longtemps déjà, au moment des fatigues du service militaire, son cœur a faibli et des accidents asystoliques passagers ont apparu. Plus tard, à l’occasion d’une bronchite, nouvelle menace, nouveaux accidents dont le malade ne se remet plus <pie difficilement. Cette fois enfin, à l’occasion de la grippe, le cœur s’est encore montré au-dessous de sa tâche, mais j’ai peur que les accidents n’aient été plus sévères. La persistance de l’œdème des jambes, la présence de l’albumine dans l’urine, tout nous indique que l’atteinte a été plus grave. Combien avons-nous vu ici de malades, qui, entrés avec des affections cardiaques sérieuses, mais non menaçantes, ont vu tout à coup, sous l’influence de la grippe, leur affection portée à un degré de gravité tel qu’ils ont succombé. Ne peut-on pas supposer la même chose ici, et penser que la grippe a porté directement son action sur le myocarde? L’amélioration que nous avons cependant constatée depuis que le malade est entré dans nos salles, nous permet de penser que ces accidents ne seront pas mortels, du moins pour cette fois, mais je me demande s’il n’en résultera pas une aggravation notable de la maladie. J’ai grand’peur que le muscle cardiaque ne soit irrémédiablement affaibli, au point de ne permettre qu’un retour imparfait à la santé.
Quant au traitement, vous nous l’avez vu instituer dès le début, alors que nous avons prescrit le repos absolu, le régime lacté, la 1 dérivation intestinale, sans autre médication plus active. Ces prescriptions, en dehors de toute médication cardiaque, nous ont suffi pour obtenir l’amélioration que nous constatons aujourd’hui.