Dunin, lococitato
oblitération des veines importantes, elle a une marche ascendante et souvent elle s’étend jusqu’aux veines du bassin. Cela explique que la phlegmatia des typhiques ait une durée apparente assez courte, mais aussi qu’elle laisse après elle des œdèmes rebelles, souvent des dilatations variqueuses à évolution persistante et parfois aussi de pénibles névralgies.
Le pronostic proche de ces phlébites est essentiellement bénin. D’Albuquerque a conclu de ses recherches que la phlébite double était rare et que la terminaison par embolie était exceptionnelle. Sur 118 cas, 5 fois seulement on observa cette funeste complication et tous les auteurs, Trousseau, Baccelli, Duguet, sont d’accord sur son extrême rareté.
Ajoutons enfin que l’apparition de la phlegmatia n'a aucune corrélation avec la gravité de la maladie primitive. Certaines fièvres typhoïdes bénignes sont suivies de phlegmatia à allures menaçantes alors que d’autres dothiénentérics, adynamiques au plus haut degré, ne s’accompagnent d’aucune complication intéressant le système veineux.
Phlébites grippales et pneumoniques . — C’est au cours delà dernière épidémie de grippe que la possibilité de complications phlébitiques a été signalée d’une façon précise. Mais tout de suite les observations se sont multipliées et les discussions qui ont eu lieu à la Société médicale des hôpitaux1 ont montré que la phlébite ne venait que trop souvent compliquer la grippe. Des cas en ont été rapportés par MM. Ferrand, Burlureaux, Bucquoy, Troisier, Le Gendre et Bendu; d’autres sont restés inédits, mais les documents sont pour la plupart réunis dans la thèse de M. Cozillv 2 et dans celle de M. Chaudet3. Dans cette dernière on trouve déjà il cas, dont un nous est personnel. C’est avec ces différentes observations que l’on peut déjà essayer de tracer un tableau de la phlébite grippale.
11 semble que la phlébite n’apparaisse qu’au milieu des épidémies de grippe; elle n’a pas encore été signalée, d’une façon positive tout au moins, à la suite de grippe sporadique, mais peutêtre ce sujet mériterait-il de nouvelles études. Il parait donc qu’un certain degré de virulence de l’élément infectieux est
1. Soc. méd. des hôpitaux, Séance du 28 février 1890, 18 mars, 25 mars, 27 mai 1892.
2. H. Cezilly, Contribution à l'étude de la grippe. Thèse, Paris, 1890.
5. Chaudet, Contribution à l'étude clinique de la phlébite grippée. Paris. 1892.
nécessaire pour déterminer la complication qui nous occupe. Cela n’est pas d’ailleurs absolument constant et M. Rendu a pu signaler un cas de phlébite, bénigne du reste, survenue à la suite d’une manifestation grippale, relativement légère.
Dans la plupart des observations la grippe présentait une certaine gravité alors que la phlébite a apparu (cas de Troisier), et c’est au moment où la température tendait à redevenir normale, que celle-ci s’est déclarée. Parfois d’autres complications, otite, endocardite, néphrite (cas de Le Gendre), étaient déjà survenues avant l’apparition de la phlébite; parmi ces complications celles qui le plus fréquemment sont suivies de phlébites sont celles qui atteignent l’appareil pulmonaire. Les bronchites grippales, mais surtout les broncho-pneumonies (cas de Bucquoy, Rendu), les pneumonies (cas personnel), sont trop souvent les premières manifestations caractéristiques de ces grippes à allure infectieuse, qui pourront déterminer plus facilement que d’autres une phlébite. Dans ces cas, c’est au début de la convalescence que la complication apparaît, le plus souvent elle frappe les membres inférieurs, comme le ferait une phlébite puerpérale, et elle évolue rapidement. La douleur est violente, mais disparait aussi assez vile; elle s’accompagne d’un œdème très marqué, rapidement ascendant, le tout indique que l’oblitération veineuse s’est accomplie d’une façon précoce; la phlébite ne semble pas avoir tendance à être bilatérale ; deux cas seulement ont été publiés, dans l’un d’eux (Bucquoy) la deuxième phlébite fut bénigne. 11 semblerait que la maladie perde rapidement de sa virulence, après sa localisation sur une des veines de l’économie, et d’ordinaire on a constaté une notable détente dans les symptômes généraux et dans les symptômes locaux. Une seule fois l’apparition de la phlébite fut suivie de phénomènes morbides qui entraînèrent la mort (Burinreaux).
Dans les cas de grippe bénigne, avons-nous dit, la phlébite parut également bénigne. Elle n’affecta que les veines du mollet, la saphène, etc., et disparut assez vite.
11 y a cependant encore une particularité qui distingue la phlébite grippale et qui met en relief le caractère facilement infectieux de la maladie, sa tendance à envahir l’organisme, c’est la façon dont elle atteint surtout les malades épuisés par d’autres affections, cachexies, cancers, etc. M. Comby a rapporté l’histoire
CLINIQUE MÉDICALE DE LA CHARITÉ, d’une femme qui, déjà anémiée par le fait d’un cancer pylorique au début, fut atteinte de grippe, et présenta bientôt une phlébite de la jambe droite. L’affection se termina par la mort. Dans des cas de Villard de Marseille, de Morlat et Rogier1, dans un autre de Rendu, la grippe, légère en elle-même, s’est compliquée de phlébite chez des sujets prédisposés par une chlorose antérieure. Nous avons vu, pour notre part, en pleine épidémie de grippe, un malade tuberculeux au premier degré qui, sous l’influence d’une grippe de moyenne intensité, fut atteint d’une phlébite de la veine saphène externe droite.
Un autre fait encore nous a frappé, c’est la facilité avec laquelle la grippe réveillait les troubles nerveux déterminés par d’anciennes phlébites. Une femme que nous avons observée avait été atteinte jadis de phlébite puerpérale, elle n’en avait conservé que des phénomènes douloureux atténués, intermittents, apparaissant surtout au moment des règles; à ces moments aussi des œdèmes fugaces se reproduisaient. Sous l’influence de la grippe les douleurs s’accrurent très notablement, conservant un caractère névralgique très prononcé; l’œdème fut beaucoup plus marqué. Mais il ne s’agissait que d’une réviviscence purement apparente, sans poussée phlébitique nouvelle, car tous les phénomènes disparurent comme par enchantement dès que la grippe se fut éteinte.
L’évolution de la phlébite grippale est d’ordinaire assez lente; mais comme elle atteint souvent les gros troncs veineux, ses suites pathologiques peuvent être aussi persistantes et pénibles. Une seule fois une complication embolique, non menaçante d’ailleurs, parut s’être effectuée (Le Gendre). Cela n’a rien qui doive nous surprendre, car nous savons que les phlébites les plus aiguës, les plus douloureuses, celles surtout qui atteignent les plus grosses veines sont les moins susceptibles de donner lieu à des embolies; car ce sont, de par leur gravité, les phlébites les plus attentivement surveillées.
Par beaucoup de ses caractères la phlébite de la pneumonie se rapproche de la phlébite grippale; nous avons vu d’ailleurs que , c’est surtout dans la grippe compliquée d'accidents pulmonaires que l’on voit apparaître des manifestations sur le système veineux.
Les observations de phlébite pneumonique sont encore assez