C. — Phlébite chronique
L’anatomie pathologique de la phlébite chronique n’est guère plus connue que son évolution clinique. Dans les observations rapportées par Rigollet (phlébite paludéenne), Letulle, Hayem (phlébite chronique des tuberculeux), llandford (phlébite syphilitique), aucun examen anatomique n’a pu être fait. Il en est de même du cas que nous avons signalé nous-même (p. 806). Il est donc actuellement impossible de savoir si, à aucun moment du processus inflammatoire qui constitue la phlébite chronique, il n’y a de place pour un processus dégénératif qui constituerait l’athérome des veines. Les lésions des veines et celles des artères seraient alors exactement superposables.
Il parait bien difficile cependant de ne pas donner le nom de phlébite chronique ou de phlébite subaiguë tout au moins au cas rapporté récemment par MM. Dutil et Lamy1. Ces auteurs, étudiant
1. Dutil et Lamy, Arc h. de Méd. expériment. Paris, Ier janvier 1895.
CLINIQUE MÉDICALE DE LA CHARITÉ, les lésions déterminées par l'artérite progressive oblitérante, remarquèrent que les veines correspondant aux artères étaient elles-mêmes profondément atteintes et ils décrivirent ainsi ces altérations : « Les veines collatérales des artères sont le siège d’un travail inflammatoire de même ordre, mais beaucoup moins prononcé. En aucun point nous n’avons rencontré de thrombus obstruant la lumière du vaisseau. Leurs trois tuniques sont considérablement épaissies. Sur le plus grand nombre des coupes que nous avons examinées, l’endoveinc est épaissie sur tout le pourtour du conduit et forme en maints endroits des bourgeons de structure conjonctive parcourus par de nombreux vaisseaux et faisant saillie dans l’intérieur de la veine. »
On retrouve là les caractères des lésions habituelles aux phlébites, mais avec une diffusion plus grande et évoluant plus lentement.
Ces altérations paraissent en tous cas bien dilférentes de celles décrites par le professeur Corail1 2 comme caractéristiques de la phlébite chronique des veines variqueuses. Nous savons que cet auteur a fixé d’une façon précise les modifications subies par les parois des veines variqueuses. Il estime qu’elles ressemblent de bien près à celles de l’athérome artériel, bien qu’on ne puisse complètement les assimiler. « Pour résumer ce qui précède, dit-il, nous dirons que les varices sont le résultat d’une inflammation chronique des veines, caractérisée essentiellement par la multiplication des éléments du tissu conjonctif des veines, surtout de la couche interne de la membrane moyenne, par la distension et l’extension du réseau des vasa-vasorum et consécutivement par des dilatations et des incrustations calcaires de la paroi des vaisseaux altérés. » Et M. le professeur Corail ajoute en conclusion : « Les varices peuvent être rapprochées des artérites chroniques. Mais celles-ci en diffèrent par le mode de dégénérescence graisseuse et athéromateuse qui leur est propre. »
D’autres auteurs n’ont cependant pas craint d’identifier complètement certaines phlébites chroniques à l’athéromc artériel. Nous avons cité à ce sujet les travaux de Corel \ de Sack3, de Menhcrt,
1. Cornii., Anal. pat. des veines variqueuses. Arch. dephys. norm. et pathol. Paris, 1872, p. 602.