EXAMEN AU MICROSCOPE DES ORGANES RECHERCHES BACTÉRIOLOGIQUES
On no voit pas à l’œil nu les éléments qui constituent les tissus et les organes. Il est donc impossible d’en définir exactement les lésions sans les soumettre à l’examen microscopique, ou tout au moins sans savoir que tel aspect qui frappe l’œil correspond à telle ou telle altération dont la nature est connue.
Ainsi, par exemple, étant donné à l’autopsie un rein petit chargé de sang, couvert de petits kystes, on dit qu’il est atteint de néphrite interstitielle; mais on ne peut définir les lésions et en saisir la marche, qu’après avoir examiné des préparations de ce rein obtenues par coupe. Si dans ces préparations on trouve des départements entiers du rein remplacés par des travées conjonctives, les tubes sécréteurs tapissés de cellules chargées de substance colloïde remplissant le calibre de ces tubes, les tubes excréteurs oblitérés par des cylindres hyalins, on pose définitivement le diagnostic anatomique de néphrite interstitielle parce que ces préparations représentent l’histoire écrite de la maladie et qu’elles montrent comment, par une sorte d’hydronéphrose de cause intra-rénale, est survenue l’urémie.
Lorsque le foie est diminué de volume, bosselé, dur, son tissu criant sous le couteau, on dit qu'il y a cirrhose atrophique parce que des examens antérieurs de cas semblables ont montré que cet aspect correspond aux lésions de la cirrhose atrophique. Le diagnostic est émis sous forme d’hypothèse et n’est définitivement confirmé que par un examen ultérieur.
L’examen au microscope des organes et tissus d’un sujet est souvent préparé ou même commencé avant et pendant l’autopsie;
il n’est terminé qu’après l’autopsie. Les cas dans lesquels il est bon de marquer certains points du revêtement externe du sujet ont été indiqués plus haut, page 1015.
De même, les tumeurs apparentes sont souvent enlevées deux ou trois heures après la mort.
Les organes contenus dans les cavités peuvent être préservés de la putréfaction par des injections d’alcool ou de liquide de Muller dont on peut parfaitement remplir les poumons et l’estomac d’un sujet à l’aide d’une sonde oesophagienne ou d’un tube de caoutchouc poussé jusqu’au larynx ou dans l’estomac.
De même, il est possible de faire passer, à l’aide d’un trocart ajusté à une seringue, ces mômes liquides dans la cavité abdominale.
Ces procédés sont bien connus de tous ceux qui ont fréquenté les amphithéâtres; il suffit d’y songer pour imaginer au besoin le dispositif nécessaire. Ils sont peu employés parce qu’ils ne donnent généralement pas les résultats qu’on en attend. Les tissus sont altérés une heure après la mort, et, comme il est rare de disposer d’un cadavre tout à fait frais, il n’y a généralement pas un intérêt majeur à faire une opération longue et pénible pour fixer des tissus ayant subi deux ou trois heures de macération cadavérique.
Bien au contraire, les tumeurs, et, en général, les lésions visibles de la peau, qui ne se trouvent pas en contact avec des sucs glandulaires, constituent de bons objets d’étude qui sont traités par les mêmes procédés et méthodes que les tissus normaux et soumis à l’action des réactifs dissociateurs, fixateurs, etc.
Dans certains cas, lorsque Tonne peut pas inciser les téguments, on emploie avec avantage les injections interstitielles d’acide osmique à 1 ou 2 pour 1 00 1 faites dans les tissus à l’aide d’une seringue de Pravaz. Les parties ainsi fixées sont enlevées plus tard, au moment de l’autopsie, pour être dissociées ou réduites en coupes.
A l’autopsie, les organes et les tissus ont subi une macération de vingt-quatre heures au minimum, c’est-à-dire un commencement de dissociation2. A cette macération s’ajoute naturellement l’autodigestion pour l’estomac, le pancréas, les glandes salivaires et les premières portions de l’intestin grêle.
1. L. Ranvier, Traite- technique d’ histologie, 2e édition, p. 544 et 796.