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DES CARDIOPATHIES RÉFLEXES

Messieurs,

Nous avons en ce moment dans les salles un malade dont l’histoire a acquis déjà une sorte de notoriété. Elle a été publiée dans plusieurs recueils et rapportée devant différentes sociétés savantes, car elle offre, au point de vue de la nosologie cardiaque, un intérêt vraiment spécial. Il s’agit d’un individu blessé pendant la guerre de 1870, amputé du bras gauche et qui, à la suite de cette opération, a ressenti des douleurs violentes d’abord au niveau du plexus brachial puis, plus tard, au-devant de la région précordiale, sous forme de fausse angine de poitrine. Ces symptômes douloureux s’accompagnaient d’une hypertrophie notable du cœur que nous avons vu augmenter ou diminuer suivant l’intensité des douleurs ressenties et le mode de traitement employé.

Je me suis déjà occupé à plusieurs reprises de cette question des cardiopathies liées aux affections nerveuses. Je crois intéressant cependant d’y revenir encore une fois, le bilan des faits observés s’étant enrichi depuis quelques années ; ce qui nous permettra de fixer d’une façon plus définitive nos idées sur ce sujet.

On peut observer, à la suite de névralgies ou de névrite des nerfs périphériques, deux sortes d’accidents cardiaques que nous dénommerons réflexes, du moins provisoirement. Ces accidents peuvent consister en simples névralgies cardiaques ou précardiaques accompagnées ou non du symptôme palpitation, ou bien en une augmentation de volume du cœur constituant une hypertrophie plus ou moins marquée. Dans un cas, il s’agit de symptômes purement subjectifs, dans l’autre d’un phénomène presque exclusivement objectif. Nous verrons, chemin faisant, que cette indépendance

CLINIQUE MÉDICALE DE LA CHARITÉ, n’est pas aussi nettement tranchée qu’on pourrait se le figurer; qu’il est au contraire fréquent de voir ces deux ordres de phénomènes s’appeler et se compliquer mutuellement.

Mais il n’en est pas moins vrai que la prédominance de tels ou tels symptômes nous permettra d’étudier à part les types cliniques dont je vous ai parlé tout à l’heure.

Il n’est pas rare de voir des lésions nerveuses du membre supérieur gauche être suivies de troubles douloureux du côté du cœur. Je vous rapporterai à ce sujet quelques observations qui pourront servir d’exemples.

Nous avons vu à plusieurs reprises à la consultation un homme d’une trentaine d’années qui, à la suite de névralgies du plexus brachial gauche, a vu survenir des palpitations violentes avec sensation de contriction dans le thorax et douleurs angoissantes allant presque parfois jusqu’à la perte de connaissance. Ces douleurs se sont aujourd’hui considérablement atténuées sous l'influence d’un traitement qui a eu surtout en vue la névralgie brachiale.

Une dame, observée par hvan, avait été atteinte, à la suite d’une coupure au deuxième doigt de la main gauche, de douleurs vives remontant le long de la main et du bras jusqu’au milieu de la poitrine et envahissant plus tard le côté gauche du cou et de la face. Ces douleurs se compliquèrent à la longue de palpitations, de névralgies précordiales qui mirent la malade en un très fâcheux état.

On peut également rapprocher de ces faits, l’observation de Riberi, de Bologne1 relative à une jeune fille qui, à la suite d’une piqûre profonde, faite à l’occasion d’une saignée, éprouva des douleurs très vives, des phénomènes de contracture dans le membre supérieur gauche, en môme temps que des douleurs lancinantes et un malaise général du côté du cœur. L’acupuncture du nerf fit disparaître tous ces troubles cardiaques

Weir-Mitchell* rapporte un cas à peu près semblable survenu à la suite d’une blessure, par coup de feu, du nerf cubital.

Je pourrais citer bien d’autres exemples qui prouveraient la relation étroite qu’il peut y avoir entre les névralgies du bras gauche et les troubles douloureux du cœur. Nous en chercherons

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