Duiiaxd, Th. Lyon
LEÇONS CLINIQUES, quelconque met un obstacle à la circulation ou accélère la pénétration du sang dans le cœur, le péricarde intervient pour empêcher la dilatation d’être portée à l’extrême. Or ceci n’est pas spécial au cœur, mais commun à tout le système musculaire, tout muscle qui manque d’appui extérieur se laisse distendre à l’excès dans certaines circonstances; vous savez les dangers d’une pareille distension. D’autre part, le péricarde chroniquement enflammé perd de sa résistance, comme fait en pareil cas tout organe fibreux et, se laissant plus aisément distendre, il cède peu à peu à la pression intérieure qu’il subit, s’il n’a pas été distendu déjà au début même de la maladie par quelque hydropéricarde.
Cette explication pathogénique des phénomènes qui accompagnenl la symphyse cardiaque a l’avantage de rendre compte aussi des cas où l’on a constaté au contraire de l’atrophie du cœur. Cette atrophie n’a jamais été signalée que dans les cas de symphyse tout à fai* généralisée. Or, je vous ai dit que la dilatation précédait toujours l’hypertrophie, que jamais on ne l’a vue coïncider avec l’atrophie du myocarde. Il faut donc penser que dans ce cas, la résistance exagérée du péricarde qui s’épaissit et dès l’abord enserre le cœur comme dans un étau, a empêché celui-ci de se dilater; la cause, qui d’habitude détermine l’hypertrophie, n’a point eu le temps d’entrer en jeu et les fibres cardiaques, sous l’influence des poussées myocarditiques sub-aiguës, ont purement et simplement dégénéré.
Messieurs, cette longue discussion avait pour but de vous persuader que lorsque l’on trouve une augmentation considérable du cœur, on peut, en l’absence de toute autre cause plausible, penser à la possibilité d’une adhérence péricardique. Mais trouvonsnous ici quelques-uns des signes qui nous permettent d’affirmer un diagnostic qui de ce fait n’est encore que probable?
La dépression permanente de la paroi thoracique a été indiquée par Bouillaud comme un signe fréquent de la symphyse cardiaque. 11 faut, pour que celle-ci se produise, qu’il y ait des adhérences entre le péricarde et la paroi. C’est d’une façon identique que les pleurésies de quelque durée, surtout les pleurésies purulentes déterminent des rétractions du thorax; c’est justement pour cela que cette dépression, surtout si elle est très étendue, doit faire croire plutôt à la symphyse pleurale, ce signe n’a donc qu’une
CLINIQUE MÉDICALE DE LA CHARITÉ, valeur modérée. Mais il n’en est pas de même quand il s’agit d’une rétraction partielle, localisée en un point quelconque du cœur, surtout à la pointe. Ce signe peut avoir plus de valeur, encore fautil l’évaluer en toute certitude. Chez notre malade, par exemple, nous trouvons une dépression assez notable de la pointe du cœur, mais nous ne pouvons y attacher une importance bien considérable, car une dépression analogue, bien que moins marquée, s’observe du côté opposé. C’est une conformation spéciale du thorax chez cet homme, et rien de plus.
Les modifications subies par le choc de la pointe du cœur ont une importance bien plus sérieuse. Le battement de la pointe peut être affaibli, il peut même manquer. Cela est assez habituel dans les cas de péricardite avec adhérences généralisées. Beau considérait comme assez spécial à la symphyse l’abaissement de la pointe du cœur ; or, nous savons que ce déplacement dépend avant tout de l’état d’hypertrophie ou de dilatation du cœur, quelle qu’en soit la cause.
Riegel1 * signale comme un signe important Y affaiblissement du choc de la pointe pendant l’expiration. Pour l’expliquer, cet auteur a supposé que les adhérences qui fixent le cœur au diaphragme l’entraînent aussi vers la profondeur au moment de l’abaissement de ce muscle, mais ce signe est de médiocre valeur.
Dans certains cas, on a pu observer une dépression systolique de la paroi dans le moment qui correspond à ce qui devrait être le choc de la pointe. Le soulèvement est de la sorte remplacé par un affaissement. Certains auteurs, Williams et Sibson, ont beaucoup insisté sur la valeur de ce signe. Souvent, en effet, comme Skoda 4 et Oppolzer3 ont pu le constater, la dépression systolique de la pointe est en rapport avec des adhérences localisées de la pointe du cœur au péricarde et de celui-ci à la paroi. Mais ce signe ne peut-il apparaître que dans ces circonstances? Non et il faut bien avouer que souvent l’autopsie n’a pas permis de reconnaître l’existence d’adhérences dans des cas où pendant la vie on avait constaté l’affaissement systolique de la pointe; les observations de Friedreich* en font foi. Cela ne vous surprendra pas d’ailleurs, si vous vous
1. Riegel, Volkmann's Sammluug klinischer Vorlrage (Leipzig, 1879).
‘2. Skoda. I Vieil, allg. med. Zeitsch. (Wicn, 1865).