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Clinique médicale de la Faculté de Strasbourg

La solution des problèmes à la fois moraux et scientifiques repose nécessairement sur deux bases distinctes : 1° l’appréciation exacte de l’objet en luimême, 2° celle des qualités de l’esprit qui s’exerce sur cet objet; car il est de vérité proverbiale que chacun voit à sa manière , et le mot raison n’est que l’ex pression d’une majorité en fait d’opinions. La philosophie doit donc venir fréquemment au secours de la science dans l’examen de ces questions litigieuses. Or, comme ces deux éléments, science et philosophie, se trouvent assez rarement réunis au degré convenable chez le même individu, il en résulte que ces phénomènes complexes ne sont envisagés par les masses que sous des points de vue incomplets ou trompeurs. Il en résulte encore que la difficulté

même de la solution conduit au fatalisme les esprits paresseux ou superficiels, qui se résignent bientôt à l’acceptation d’une triste vérité comme fait inexplicable, mais avéré, semblables au malheureux qui, roulant vers un précipice, s’abandonnerait à la pente, au lieu de chercher à se retenir aux objets environnants. Or, avant de nous livrer au torrent de la fatalité, cherchons au moins à sonder le mal et à nous convaincre qu’il est sans remède.

Au nombre de ces phénomènes affligeants qui frappent tous les esprits > et qu’on accepte comme nécessaires, figure au premier rang , et à la grande satisfaction d’un public ignorant et malin, la diversité des opinions en médecine. Ce fait , vous en êtes

témoins chaque jour, et dans les épreuves académi-

ques, et dans vos lectures habituelles, et dans les leçons de vos maîtres, et, ce qu’il y a de plus fâcheux, jusqu’au lit des malades : et vous en êtes affligés autant que surpris; car vos jeunes cœurs se révoltent contre ces cruelles incertitudes , .et vos yeux inexpérimentés n’ont pas encore exploré toutes les profondeurs de l’abîme moral et scientifique.

Ce n’est pas que certaines âmes philanthropes, gémissant des perturbations imprimées à l’ordre moral , et surtout des dommages apportés à l’humanité par ce conflit des idées médicales, n’aient imaginé des projets de réforme plus ou moins spécieux et consolants ; mais pour procéder avec certitude dans la voie des améliorations, il convient d’abord, nous le répétons , de spécifier en quoi consiste le mal , et ,

pour nous servir du langage technique, nous devons établir le diagnostic avant d’instituer le traitement. Que si nous arrivions à cette conclusion , « que l’individualisme et l’anarchie qui dévorent aujourd’hui le corps médical sont le résultat obligé de certaines causes inhérentes à la fois et à l’individu, et à l’organisation sociale , et à la mobilité de la science ellemême , » il ne faudrait pas s’en prendre à nous , à nous qui plus que personne gémissons sur cette déplorable versatilité du génie médical. À Dieu ne plaise qu’on nous suppose l’intention de répandre l’amertume et le découragement parmi les jeunes praticiens : nous voulons au contraire, et c’est notre devoir, les préparer aux dégoûts qu’ils rencontreront inévitablement dans leur carrière, et prévenir la misanthropie qu’inspire trop souvent le monde vu de près. Que si nous soulevons parfois le voile qui recouvre certaines plaies hideuses du cœur humain , nous prions qu’on nous pardonne en faveur de cet axiome de haute philosophie, sinon d’adroite politique : «La vérité, quelle qu’elle soit, est toujours bonne à connaître. » Nous éviterons soigneusement d’ailleurs les noms contemporains, et, comme toujours, nous aurons en vue les principes, jamais les individus.

Un fait culminant , en et* qui concerne les dissidences médicales, c’est la diversité de doctrines qui sépare les différentes nations : fait consacré par les expressions vulgaires de medecine et médecins français , allemands , apglais, italiens, etc.; désignations

qui impliquent et formulent des théories et des pratiques médicales diverses et tranchées.

Descendant aux individus, il n’est que trop notoire que , même parmi ceux qui suivent la même bannière, souvent il se manifeste des oppositions réciproques au sujet d’un fait déterminé. C’est ce que la raison populaire exprime dans cet adage : « Hippocrate dit oui et Galien dit non . »

Nous aurons donc à signaler les causes qui divisent les nations ^ et celles, plus nombreuses, plus intimes, qui divisent les individus. Ces causes établies, il nous sera facile de préciser les remèdes, en vertu de l’axiome : « Contraria contrariis curantur. » Puis nous conclurons par l’expression de notre pensée sur l’avenir de la science envisagé sous le point de vue de l’unité possible de principes théoriques et pratiques.

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