INTRODUCTION. XXXIII
Libre à nous maintenant de les placer où nous voudrons dans le cadre que nous nous serons fait; mais la place nosologique n’implique nullement la nécessité, la convenance de changer les noms ; car nous devons être assez modestes et assez sensés pour croire que nous ne connaissons le fond de rien, et que mieux vaut une dénomination synthétique toute conventionnelle, qu'un mot descriptif qui aura toujours l'inconvénient d’être trop court pour suflire à toutes les exigences de la description.
Lorsque l’immortel de Jussieu classa les plantes, 1l se garda bien de rien changer aux dénominations de celles qui, déjà connues, avaient reçu un nom depuis un grand nombre de siècles; 1l ne changea pas les noms imposés par Tournefort et Linné; il accepta ceux de Virgile, de Théophraste, de Dioscoride, et tous les noms populaires imposés aux fleurs et aux arbres. — La pomme resta la pomme, la belladone conserva son nom élégant, la mandragore put garder l'appellation qui l'avait rendue si célèbre et si redoutable ; il laissa à la ciguë de Socrate le nom que les anciens lui avaient imposé, et ilse contenta de classer les végétaux par affinités de structure et d'organisation, respectant, toutes les fois que la chose était possible, non-seulement les noms, mais les épithètes linnéennes. — Voyez où nous en serions, dans l’étude de la botanique, si Linné avait refusé d’accepter les noms de Tournefort; si Jussieu avait mis de côté ceux de Linné, et si Lamarck et Richard avaient cru s’illustrer en substituant à la nomenclature de Jussieu celle qui leur eût paru plus à leur goût.
Il est clair que pour des maladies nouvelles, il faut des noms nouveaux ; mais, même dans ce cas, il importe d’éviter les dénominations nosologiques. — Combien j'aime mieux le nom de maladie de Bright que celui de néphrite albumineuse; non pas seulement parce que c “est un hommage rendu à l’illustre praticien anglais, qui le premier a bien décrit cette maladie, mais surtout parce que cette appellation ne m’impose pas une doctrine ou une opinion. C’est à peine si vingt-cinq ans se sont écoulés depuis les beaux travaux de Bright, et vingt théories se sont succédé. Laissez au diabète sucré le nom qu'il a depuis si longtemps, ne vous hâtez pas, après avoir lu les ingénieuses expériences de Claude Bernard, de lui donner une dénomination nouvelle, qui rappellera l’irritation du plancher du quatrième ventricule ou celle du foie; attendez, et lors même que vous serez le mieux instruits de la cause et Ke la