‹ Clinique médicale de lHòtel-Dieu de Paris (volume 2)Chapitre 26 sur 76 · XXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXII INTRODUCTION

et entasser de savants solécismes; on travaille longtemps à assembler les dénominations les plus ridicules et les plus bizarres ; le bon sens public fait prompte justice de toutes ces inepties, et chacun reste fidèle aux vicilles dénominations, chacun s’en contente, chacun les comprend infiniment mieux que les mots barbares qu'on leur voudrait substituer.

Les faiseurs de nomenclature devraient bien regarder autour d'eux et voir quelles sont les dénominations qui ont survécu et qui traverseront bien des siècles encore, toujours jeunes, toujours intelligibles et toujours triomphantes, malgré les ‘attaques dont elles sont l’objet.

Je ne veux pas justifier les mots de danse de Saint-Guy, épilepsie, hystérie, variole, scarlatine,'coqueluche, ourles, choléra, dysenterie et tant d’autres dont la liste serait bien longue; mais dites-moi, messieurs, bien que le nom de danse de Saint-Guy ait été primitivement appliqué à une névrose différente, n'est-il pas vral que, depuis Sydenham, tous les médecins, sans en excepter un, comprennent par cette dénomination la névrose bizarre que nous observons si souvent dans l'enfance et chez les adolescents?

J'admets avec vous que le mot coqueluche ne signifie rien nosologiquement; si, dans le moyen âge, on a imposé ce nom à un catarrhe pulmonaire épidémique étrange, qui engageait les malades à se couvrir la tête avec une coiffe appelée coqueluchon, il n’en est pas moins vrai que pas un pralicien au monde, pas une personne, même étrangère à notre profession, ne se trompera sur le sens qu’il faut donner au mot coqueluche, — J'admets avec vous qu'il est singulier d’avoir donné à la vérole le nom du berger de Fracastor ; mais enfin, par syphilis, on sait aujourd’hui ce qu’il faut entendre, et tous les mots les plus grecs ou les plus barbares ne vaudront Jamais celui qui a été adopté par tous.

On parle et l’on écrit en général pour être compris, et les mots qui s'appliquent nettement et exclusivement à la chose que l’on veut désigner sont nécessairement les meilleurs. [ls seront d'autant meilleurs qu'ils auront moins de signification nosologique.

Les mots que je viens de citer sont parfaits, précisément parce qu'ils n'impliquent l’adhésion à aucune doctrine médicale; à cause de cela, ils sont merveilleux, et ils sont adoptés par tous,

justement parce qu'ils ne constituent pas un article de foi pathologique.

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