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que si nous trouvons le chemin fermé, nous aurons bien mérité de nos neveux en leur apprenant que la route n’est pas ouverte, et nous leur aurons épargné des recherches dans une fausse direction. Mais le plus sodvent nous faisoris mieux encore, nous posons les premiers jalons dans ces passes ignorées.
Je dis donc : Mieux vaut marcher dans les ténèbres que de s’arrêter, si vous entendez par ténèbres les faits principes et les actes intellectuels qui devancent les faits secondaires. Pourquoi Dieu nous aurait-il donné une âme qui tend incessamment vers le progrès et dévore l'avenir? pourquoi nous a-t-il donné une intelligence toujours active, avide de comparer, d'induire, d’abstraire, de systématiser, si ce n’est pour que les facultés de l’entendement mettent sans cesse en œuvre cette matière première qu'on appelle les faits ? et quels sont les produits de cette mise en œuvre, sinon des idées, des inductions, des hypothèses, des systèmes, que l’on serre par la méthode numérique et par la statistique ?
Je vous entends me demander : pourquoi commencer par l’induction, par la systématisation, puisque, en définitive, il faut compter avec les faits et compter les faits?
Il vous est bien facile de me dire : fermez les yeux de votre entendement ; cet objet vous apparaît avec ‘une couleur, une forme, un poids, une densité; constatez les modalités, je vous défends de faire un concret. Suis-je donc libre, moi, de refuser l’attribul au sujet, de disjoindre avec violence ce que forcément mon esprit réunit et combine ; puis-je voir, ouir, sentir, ét ne pas juger, puis-je juger sans induire, puis-je induire sans systématiser ? Que voulezvous? Queje fasse un répertoire d’idées, que je refrène mon intelligence en attendant le signal de la course intellectuelle? Partez, me dites-vous : mais comment fournirai-je la carrière ? Prétendezvous qu'à votre commandement s’efface la rouille de l’inaction ? Vous voulez que l'élève ne voie que le fait brut, qu'il étouffe son intelligence; etquand, par ce triste labeur, son esprit est en quelque sorte mutilé, pouvez-vous lui demander la virilité, oserez-vous espérer quelque chose de fécond ? ;
Lassons croître en liberté ce qu'a de luxuriant l'intelligence de la jeunesse ; gardons-nous d'arrêter cette séve généreuse qui ne cherche qu’à s’épandre en fleurs et en rameaux, et tant que la vie se puisera dans le terrain si fécond de l’observation clinique, ne craignez jamais que l’on aille trop loin. Ceux qui, dans cette Faculté,
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ont chargés du soin de guider les élèves dans la carrière de la ratique, tempéreront cette fougue. Eux aussi ont quelques comptes | régler avec les hypothèses ; mais l’âge est venu, qui à blanchi les heveux, müûri l'expérience, et, praticiens consommés, ils mettent u service de votre instruction leurs fautes, leurs mécomptes, leur. avoir, et ce qui peut se transmettre de l’art qui fait leur indivilualité. | É Ce que je vous ai dit des méthodes de Re entree ne s'applique qu’à la partie scientifique de la médecine, et nullement à Part médical. En effet, il y a dans les sciences des méthodes; dans les. iris il n’y en a pas, il ne doit point y en avoir : la méthode et EL ’excluent réciproquement.
Toute science touche à l’art par quelques points, tout art a son ôté scientifique : le pire savant est celui qui n’est jamais artiste ; e pire artiste celui qui n’est jamais savant. |
Jadis la médecine était un art : elle se plaçait à côté de la poésie, le la peinture, de la musique ; aujourd’hui on veut en faire une cience, et la placer à côté des mathématiques, de l'astronomie, de à physique. |
Ce qui, à mes yeux, conslitue une science, c'est d'agir sur.des. léments concrets ou abstraits calculables, ce qui implique la possiilité des formules, et exclut l’individualité ; ce qui constitue l'art. ’est de créer des manifestations, sans liaison calculée avec les élénents générateurs, ce qui implique l'impossibilité de la formule, e qui implique l'idée d’individualité. |
Le plus stupide mathématicien est un Newton, s’il ne s’agit que. l’un calcul ; un peintre n’est que lui et ne peut être que lui-même. es résultats scientifiques sont, en quelque sorte, stéréotypés ; ils. 1e sont réellement scientifiques qu’à la condition d être identiques :, est là le criterium. Les résultats de l’art sont essentiellement valés, variables, et l'artiste est d'autant plus artiste qu’il est plus A niuel Dans les sciences, 1l n’y a pas d'écoles; dans les arts, i ; a autant d'écoles que de grands maitres.
D’après la définition que j'ai donnée.de la science, et si les con- ‘équences que j'en ai tirées sont. justes, on me permetira de regarder la médecine comme un art, el ceux mêmes qui veulent avec le lus d’ardeur la voir s'élever au rang des sciences admettent sans loute avec moi que jusqu’ ici elle est peu digne de l'honneur qu'on. eut lui faire.
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Ce serait sans doute une chose bien désirable, que de voir tous les médecins, une maladie étant donnée, en calculer les causes, l'issue, le traitement, avec une précision, une identité mathéma- | tiques; il serait beau de voir tous ceux qui seraient chargés de gérer la santé des populations faire, chaque année, un bilan exact de leur pratique, et soumettre, avec orgueil, leurs inflexibles résultats à l’inflexible examen d’une cour médicale des comptes.
Malheureusement, il n’en sera jamais ainsi : pour toujours nous serons appelés à gémir du vague déplorable de la médecine, précisément parce que, si la science a nécessairement des principes, l’art, qui s’ignore lui-même, qui marche à son but souvent à travers les ténèbres, peut tout au plus avoir des procédés qui ne se transmettent que bien difficilement.
Ne confondez donc pas, dans la médecine, l'art et la science. Il n'appartient pas à tous de devenir artistes ; 1] appartient aux intelligences les plus subalternes d'acquérir de la science : ce qui ne veut pas dire, messieurs, que la science soit inutile, qu'elle ne soit pas même une nécessité aujourd’hui pour le plus grand artiste.
Il nous est donc permis d'exiger de vous le savoir, parce que le savoir s’acquiert, et que le travail vous le donnera à tous, dans des proportions plus ou moins grandes : mais nous n’exigerons Jamais que le savoir ; le reste est un don du ciel. |
Mais, messieurs, quand vous connaîtrez les faits scientifiques, gardez-vous de vous croire médecins: ces faits ne sont, pour votre intelligence, qu’une occasion de produire et de vous élever à la hauteur de l'artiste. |
Je me rappelle encore les dernières années de mes études médicales : comme tant d’autres, j'allais dans un amphithéâtre célèbre étudier la médecine opératoire ; comme tant d’autres, j'étais séduit par ces procédés précis qui dirigeaient d’une manière invariable le couteau et le lithotome ; comme tant d’autres, je m'étais fait un jeu des opérations chirurgicales les plus laborieuses ; et lorsque la curiosité, l'envie de nous instruire, nous entrainaient à l'Hôtel-Dieu, à la Charité, où les maîtres de l’art devaient mettre en pratique les préceptes que nous connaissions si bien, souvent nous surprenions, avec un malin plaisir, le couteau qui s’égarait entre les surfaces inégales d’une articulation rebelle, ou qui ne s’inclinait pas toujours assez pour éviter sûrement un vaisseau, et nous n’étions pas éloignés de croire que notre place n’était pas sur les bancs de l’'amphi-