INTRODUCTION
MESSIEURS
Avant de vous parler des malades de notre service, j'ai besoin de bien vous dire ce que j'entends par un enseignement clinique, ce que doit être un professeur, ce que doivent être ceux qui suivent ses leçons. —- Il m'est sans doute agréable de voir de nombreux élèves se presser autour des lits et remplir les bancs de l’amphithéâtre; mais il m'est bien plus agréable encore d’avoir la conscience de remplir une utile mission, et de laisser dans l'esprit de la jeunesse des notions qui seront fécondées plus tard. Du côté du professeur, du côté des élèves qui viennent l’entendre, il y a certaines conditions sans lesquelles un enseignement clinique est nécessairement stérile.
Bien que la clinique soit le couronnement des études médicales, cependant, messieurs, Je ne voudrais pas vous laisser croire que cette étude ne doit être commencée que lorsque vous êtes bientôt arrivés au terme de votre carrière d'étudiants.
Du jour qu’un jeune homme veut être médecin, il doit fréquenter les hôpitaux. Il faut voir, toujours voir des malades. Ces matériaux confus que l’on amasse sans ordre et sans méthode, sont pourtant d'excellents matériaux ; inutiles aujourd’hui, vous les retrouvez plus tard enfouis dans les trésors de votre mémoire. Arrivé aujourd’hui à la vieillesse, je me rappelleles malades quej'aivus il y a quarante-trois ans, lorsque je faisais les premiers pas dans la carrière ; je me rappelle les principaux symptômes, les lésions anatomiques, les numéros des lits, quelquefois les noms des malades qui, à cette époque si éloignée, ont frappé mon esprit. Ces souvenirs me servent souvent, ils m'instruisent encore, et quelquefois vous m’entendez les invoquer
dans nos conférences cliniques.
TROUSSEAU, 2° édit.— 1. b