‹ Clinique médicale de lHòtel-Dieu de ParisChapitre 17 sur 29 · LIX. — PERTES SÉMINALES (SPERMATORRHÉE · texte numérisé non relu

LIX. — PERTES SÉMINALES (SPERMATORRHÉE

Phénomènes locaux. — Symptômes généraux. — Ceux-ci peuvent en imposer et être pris pour les manifestations de maladies très-différentes de celle dont ils relèvent. — La spermatorrhée dépend de différentes causes. — Spermatorrhées consécutives à une irritation chronique des voies urinaires, de l'intestin rectum. — Spermatorrhée dépendant d’un excès de contractilité des vésicules séminales. — Spermatorrhée dépendant d’une atonie des conduits éjaculateurs. — Le traitement doit varier suivant ces différentes espèces, — Traitement des deux dernières par le compresseur, par les applications topiques du chaud ou du froid, suivant les indications.

MESSIEURS

Par pertes séminales involonfaires, ou par spermatorrhée, on entend des pertes ou des évacuations de la liqueur spermatique qui se font sans qu'il ÿ ait éu aucune excitation érotique, ou du moins sans que cette excitation ait été suffisante.

Dans l’état normal, chez un individu bien constitué, il faut, pour que l'émission de la liqueur séminale ait lieu, non-seulement que l'orgasme vénérien soit porté à un très-haut degré, mais il faut encore une série d'actes répétés pendant un temps plus ou moins long; il faut l'acte de la copulation ou tous autres moyens analogues quant au résultat mécanique. Les désirs, si vifs qu'ils soient, même chez les personnes les plus vigoureuses et les plus continentes, ne provoquent pas d’ordinaire l’éjaculation spontanée ; le simple contact avec l’objet de ses désirs ne suffit pas davantage. Lorsque cette éjaculation se produit en dehors de cette excitation érotique habituellement nécessaire, il v a perte séminale involontaire. Vous comprenez, toutefois, que dans une acception aussi générale nous confondons pour un moment les degrés les plus différents, depuis la pollution nocturne proprement dite, accident qui, dans beaucoup de cas, n’a absolument rien de morbide, jusqu'à là spermatorrhée, constituant la maladie dont je veux vous entretenir.

Assurément les pollutions qui, chez des sujets trop continents, surviennent pendant le sommeil sous l'influence de rêves lascifs, accompagnés d’érection et d’uu haut degré d’orgasme vénérien, ces pollutions sont des accidents dont le médecin n’a pas ordinairement à s'occuper, car elles indiqueraient plutôt un excès de santé et de puissance qu’un état de faiblesse et de maladie. Les individus qui les éprouvent ressentent généralement à leur réveil un état de bien-être général succédant aux inquiétudes dont souvent ils étaient auparavant tourmentés : ils se sentent plus libres, plus dispos, et, suivant leur expres-

sion, plus dégagés : ils sont dans la situation d’un homme qui a satisfait à un besoin physique. Cependant je dois vous faire observer que les pollutions nocturnes chez les individus bien portants, et d’ailleurs chastes, sont beaucoup plus rares qu'on ne le croit communément. Un homme, même très-vigoureux, qui n’a aucun rapport avec les femmes, peut rester des mois entiers sans avoir de pollutions, et en général, si ce n’est dans la première jeunesse, ces accidents ne doivent avoir lieu que très-rarement. S'ils se répètent tous les mois, et, à plus forte raison, tous les quinze, tous les huit jours, bien que la perte de semence ait lieu moins fréquemment que cela n’arrive chez les hommes adultes qui usent sobrement du coït, cependant cela n’est pas sans inconvénient ; et lors même que, le matin, après une pollution, il y a sentiment de bien-être, on est déjà sur le penchant de la maladie. Bientôt, en effet, il arrive que l’excrétion spermatique, sous l'influence de causes diverses, et même par le seul fait de l'habitude, devient un accident pathologique; les pollutions vont se reproduire à des intervalles de plus en plus rapprochés, elles vont avoir lieu, non pas activement, mais passivement, c’est-à-dire sans rêves, sans érections, sans que l'individu éprouve des sensations érotiques; bientôt il n'aura plus conscience de ce qu’il aura éprouvé pendant la nuit, et ne s'en apercevra qu’en trouvant le matin les traces du liquide séminal qu’il aura perdu. Alors aussi ces pollutions constitueront le premier degré de la maladie que nous étudions.

Presque toujours, en effet, sinon toujours, la spermatorrhée proprement dite débute par des pollutions nocturnes. Celles-ci unt d’abord été sollicitées par des rêves érotiques; elles se produisent fréquemment; par l'habitude, leur fréquence augmente à ce point, que les individus finissent par en avoir, non-seulement toutes les nuits, mais encore plusieurs fois chaque nuit. A un degré plus avancé de la maladie, l’émission du sperme a lieu sans éréthisme nerveux, sans celte érection qui, dans les premiers temps, la précédait et l'accompagnait ; du moins les malades n’ont eu conscience d’aucune sensation voluptueuse, et c’est au réveil seulement qu’ils s’aperçoivent de l'accident qui les a surpris pendant leur sommeil,

Alors aussi, au lieu d’éprouver un sentiment de bien-être, ils éprouvent un sentiment de malaise, de courbature, de fatigue générale; ils accusent de la pesanteur de tête, un certain état de vague, de trouble dans les idées ; ils ont de linaptitude aux travaux de l'esprit et du corps.

Au bout d’un certain temps, ces pollutions nocturnes se combinent avec des pollutions diurnes. Au début, il est encore besoin d’un certain degré d’orgasme, mais une érection incomplète et de courte durée suffira pour provoquer l'émission du sperme, Si les malades se livrent au coït, l'éjaculation se fait immédiatement; dans quelques circonstances, l’intromission du pénis commence à peine, que l'acte vénérien est consommé, que l'érection cesse brusquement. Plus tard, moins encore sera nécessaire : de simples attouchements, quelques frottements comme ceux que peuvent produire l'exercice de

l'équitation, les mouvements d’une voiture ou d'une escarpolette, d’autres fois la vue seule d'objets réveillant des idées lascives, seront les causes occasionnelles et déterminantes d’un flux de semence plus ou moins abondant,

Dans tous ces cas, même dans le premier, c’est-à-dire dans les pollutions nocturnes qui son ©Mpatibles avec l’état de santé la plus parfaite, les pertes séminales involontaires se sont produites sous l'influence d’une sorte d’excitation érotique, mais d'une excitation érotique insuffisante, eu égard à ce qu’elle doit être pour que normalement l’éjaculation ait lieu.

Mais lorsque la spermatorrhée est arrivée à un haut degré de développement, les pertes surviennent sans qu'il y ait eu la moindre excitation.

Ce genre de pertes peut se produire cependant en dehors de là maladie dont nous parlons, mais alors c’est un accident passager et qui ne saurait tirer à conséquence. Ainsi, un individu habituellement de bonne santé est affecté de constipation opiniâtre. En allant à la garderobe, il a une perte séminale : c'est là un phénomène mécanique sans aucune importance, car cette émission de sperme est le résultat de la pression exercée sur les vésicules séminales par le bol excrémentitiel que des contractions énergiques tendent à expulser de l'intestin.

Ce fait ne mérite pas que nous nous y arrêtions. Mais 1l n’en est plus de même de ces pertes séminales habituelles qui, chez les individus atteints de spermatorrhée, surviennent non plus seulement dans l'acte de la défécation, mais encore pendant la miction. Tandis que, chez les premiers, l'écoulement de la semence n’a lieu qu’en petite quantité et que sous l'influence d’un eflort violent, chez ceux dont il est ici question, les efforts qui, au début il est vrai, étaient nécessaires, deviennent inutiles, à ce point que, lorsque la maladie est arrivée à un certain degré, les pertes séminales surviendront, au moment de la défécation, aussi bien lorsque l'individu aura des garderobes diarrhéiques que lorsqu'il expulsera des matières solides et dures.

A son tour, l'émission des urines provoquera celle du liquide spermatique, et celui-ci s’'écoulera quelquefois avec le premier jet d’urine, le plus souvent avec les derniers. Lallemand (de Montpellier), à qui, vous le savez, nous devons l'étude la plus complète qui ait été faite de ce sujet (1), Lallemand dit que les pertes séminales survenant ainsi pendant la miction sont les plus graves de toutes, les plus rebelles à la médecine, et aussi les plus difficiles à reconpaître, en raison même de l’altération que subit le sperme par son mélange avec l'urine.

Cependant il est des caractères physiques et microscopiques que Lallemand a indiqués et qui peuvent aider le diagnostic dans ces cas.

Les malades eux-mêmes s’aperçoivent quelquefois du changement survenu dans leurs urines, dont les dernières gouttes sont épaisses, gluantes, vis-

(4) Des pertes séminales involontaires. Paris, 1836-1842, 3 vol. in-8 publiés en

cinq parties.

quenses, pouvant former de petits grumeaux caillebottés qui s'arrêtent à l'en: trée du méat, prenant aussi la consistance de la colle d’amidon et laissant sur le linge une empreinte comparable à celle de l'empois.

Si l’on examine les urines contenues dans le vase au moment où elles viengent d’être rendues, on voit rouler au fond du liquide de petites granulations, de volume variable, demi-transparentes, irrégulhièrement sphériques, assez semblables à des grains de semoule. Ces granulations molles n'adhèrent pas aux parois du vase; et, ce qui permet surlout de ne pas les confondre avec les dépôts de sels urinaires, elles apparaissent avant tout refroidissement dans des urines d’ailleurs parfaitement transparentes.

Quand la maladie a fait des progrès, les caractères que nous venons d'indiquer manquent. Les urines ne laissent plus déposer de granulations assez volumineuses pour se rassembler au fond du vase; mais elle contiennent un nuage épais, homogène, blanchâtre, parsemé de petits points brillants, gagnant les couches inférieures, et ressemblant au dépôt qui se forme dans une décoction d'orge ou de riz concentrée. L'existence de ces granulations, dit Lallemand, ne doit laisser aucun doute sur la nature du nuage dans lequel on les observe. Il faut d'ailleurs, pour bien saisir le caractère dont nous parlons, prendre certaines précautions. Les urines rendues à différentes époques de la journée, ne présentant pas toujours les mêmes apparences, doivent être chaque fois recueillies et conservées dans des vases à part. D'ordinaire les urines du matin, surtout quand le malade a passé une mauvaise nuit, sont plus chargées; d’autres fois ce sont celles qui sont rendues après que l'individu à éprouvé des excitations vénériennes, ou bien des émotions morales violentes, ou bien encore après une digestion laborieuse. Un refroidissement subit du corps peut, suivant Lallemand, produire les mêmes effets. Dans la journée, les urines sout généralement transparentes.

A l’aide du microscope, Lallemand a pu s'assurer que ces nuages dont il a été question sont dus en grande partie à la présence du sperme, mélangé de produits d'exsudation des membranes muqueuses des voies urinaires, et que ces points brillants dont ces nuages sont parsemés, sont des productions excré= tées par les vésicules séminales. Mais un fait plus intéressant, auquel les recherches microscopiques ont conduit, c’est celui de connaître l'état des apimalcules spermatiques chez les malades atteints de spermatorrhée, Or, ces animalcules diminuent de nombre, de volume, et prennent, dans les cas les plus graves, une forme sphérique ; en outre, leur vitalité diminue à mesure que la maladie fait des progrès.

Messieurs, je vous ai dit que les malades s’apercevaient quelquefois eux= mêmes d’une modification dans les caractères physiques de leurs urines; j'ajouterai que quelques-uns se plaindront d'éprouver, au moment de la mic: tion, certains phénomènes qui leur annoncent leurs p llutions. C’est une sensation de frôlement particulier que les urines produisent lors de leur passage, et qui provient de leur densité inaccoutumée ; ce sont des cunt actions

spasmodiques; c'est une douleur qui s'étend du col de la vessie jusqu’au gland, à la marge de l'anus; c’estun frisson, un malaise général. « Ceux qui sont habitués à ces coïncidences particulières savent parfaitement, dit Lallemand, qu'ils trouveront au fond de leurs urines un dépôt floconneux contenant les granulations dont nous avons parlé; et leur conviction à cet égard est si intime, qu'ils en éprouvent immédiatement une espèce de sueur froide, accompagnée d’un sentiment de défaillance. » |

Indépendamment des changements survenus dans les urines, et qui sont dus à la présence du sperme, il en est d’autres qui s’observent encore assez souvent. Ceux-ci se lient à des complications qui accompagnent fréquemment la spermatorrhée : ces complications sont la cystite soit aiguë, soit chronique; des inflammations de la prostate, des canaux éjaculateurs, et même des vésicules séminales, inflammations amenant des sécrétions muqueuses patholo: giques, qui expliquent l'existence du mucus, du muco-pus, du pus en nature, lesquels contribuent pour leur part à la formation des nuages dont nous avons parlé.

Ces inflammations coïncidentes expliquent aussi un certain nombre de symptômes accusés par les malades : la gêne, la pesanteur dans les régions hypogastrique, périnéale et anale ; les douleurs qu'’augmentent les exercices un peu forcés, la marche, l'équitation, et qui même se font vivement sentir quand les individus gardent trop longtemps la position assise.

Quels sont maintenant les symptômes plus généraux qu’entraînent à leur suite les pertes séminales ? .

A Lallemand, bien que peut-être il ait exagéré les conséquences funestes de cette maladie, à Lallemand revient incontestablement le mérite d’avoir plus particulièrement appelé l'attention des médecins sur ce sujet, et, plus que personne, l’illustre médecin de Montpellier à vulgarisé les notions relatives à ce point important de la science et de l’art médical. II à pensé, avec juste raison, qu’un certain nombre de névroses, de névropathies, de vésanies pouvaient avoir pour cause la spermatorrhée ; mais, je le répète, certainement il a exagéré les faits en attribuant aux pertes séminales un certain nombre d’affections qui n’en relèvent aucunement.

Il n’a pas assez vu que les pertes séminales sont, non pas la cause des névroses diverses qu’il a décrites dans son livre, mais, dans bon nombre de cas, l'expression d’un désordre nerveux qui, se traduisant d’abord par la spermatorrhée, revêtira plus tard des formes beaucoup plus graves.

Avant d'aborder ce sujet, rappelons ce qui passe après l’acte de la copulation. Après le coït, un état de tristesse et de fatigue s'empare de l’homme ; si l’acte à été répété au delà d’une certaine mesure, le corps est en général plus abattu, l'esprit moins vif, les facultés morales ont momentanément perdu de leur activité et de leur énergie accoutumées. Cependant le résultat le plus immédiat de l’accomplissement de l'acte vénérien est la cessation de l'érection. Dès que l’éjaculation a eu lieu, celle-là cesse plus ou moins rapidement,

aussi bien chez l’homme que chez la plupart des animaux ; il faut un certain intervalle de temps suffisant pour réparer les forces, et de nouvelles excitations pour que l'érection revienne ce qu’elle était auparavant. En définitive, le résultat le plus immédiat de l’éjaculation est ce que l’on a appelé la frigèdité ; frigidité relative, bien entendu, et passagère dans les circonstances normales.

On comprend donc facilement comment les pertes séminales se répétant à des intervalles très-rapprochés auront pour conséquence, avant toutes choses, d'amener une frigidité absolue, et définitivement l'impuissance.

Entendez bien, messieurs, que j'attribue cette impuissance et l’état de faiblesse auquel elle se lie à la déperdition habituelle du sperme, et non, comme plusieurs médecins ont prétendu le faire, à l’ébranlément du système nerveux qui accompagne l'acte vénérien. Pour appuyer mon opinion, vous me permettrez d'entrer dans quelques détails nécessaires à l’interprétation des faits.

On a prétendu, disais-je, que l’état de faiblesse, d’accablement, qui succède à l’éjaculation, ou pour mieux dire au dernier terme de l'acte vénérien, dépendait de l’ébranlement éprouvé par le système nerveux pendant l’accomplissemeut de cet acte. Je crois, moi, que cet élément n'entre ici que pour une faible part.

Réfléchissez à ce qui se passe chez la femme. Chez elle assurément l’excitation du système nerveux, ce que l’on a appelé le spasme cynique, est tout aussi énergique qu’il l’est chez l’homme ; il l’est même souvent beaucoup plus; et cependant en général la femme est apte à se livrer au coït et à accomplir plusieurs fois en entier l’acte vénérien dans un espace de temps très-court, à des intervalles beaucoup plus rapprochés que l’homme n’est capable de le faire, cela sans éprouver une extrême fatigue, sans qu'il en résulte pour elle un épuisement de forces bien considérable. Le spasme cynique, l’ébranlement du système nerveux qui l’accompagne ne sauraient par conséquent être regardés comme la cause principale de l’accablement, de la faiblesse qui suit le coit ; ils ne sauraient dès lors être considérés comme la cause principale de la frigidité et de l'impuissance, et c’est à la perte du liquide séminal que celle-ci doit être attribuée. Si nous rentrons dans les faits pathologiques, nous y trouverons encore la preuve que nous cherchons, car la faiblesse consécutive aux pollutions passives, c’est-à-dire ayant lieu sans rêves érotiques, sans érections, sans sensations voluptueuses, est bien autrement grande que lorsque les pollutions ont éié actives, accompagnées d’un certain degré de spasme cynique.

Quoi qu'il en soit, l'impuissance est un des premiers accidents qui accom= paguent les pertes séminales involontaires ; je dis un des premiers accidents, parce qu’en effet il n’est pas nécessaire que la maladie date de bien loin pour que ce symptôme se manifeste,

L'infécondité en est le résultat habituel. Il faut bien cependant se garder de confondre l’impuissance avec l'abolition des facultés génératrices. Un individu impuissant peut être apte à la génération ; tandis qu’un homme vigoureux et doué de toutes les qualités de la virilité peut être infécond. Chez celui-ci,

l'infécondité dépendra de différentes causes. Ainsi, avec toutes les apparences de la virilité, cet homme n'aura pas la faculté procréatrice, parce que son liquide séminal manquera des qualités nécessaires, parce que son sperme ne contiendra pas d’animalcules spermatiques, ou que ces animalcules seront altérés, mal couformés. Il en est ainsi chez les cryptorchides, qui sont inféconds, mais non impuissants. En définitive, il arrivera pour cet individu ce qui arrive pour les métis des animaux, qui, tout en étant parfaitement aptes à saillir les femelles, qui, tout en étant même extrêmement lascifs, restent inféconds. L’infécondité chez cet homme peut dépendre encore d’une imperfection ou d’une altération morbide des organes génitaux externes ; le pénis n'aura pas une longueur suffisante, soit que naturellement il soit court, soit qu’il ait accidentellement subi une réduction, lorsque, par exemple, il se trouve pour ainsi dire effacé par quelque tumeur voisine, une hydrocèle, une hernie scrotale; ou bien, au contraire, le pénis aura une longueur et une grossenr excessives, ou sa direction sera vicieuse ; il y aura un épispadias ou un hypospadias, un phimosis, et ces anomalies dans la conformation du membre viril auront pour conséquence d’empêcher la semence éjaculée d’être déposée comme elle doit l’être dans les organes sexuels de la femme ; ou bien encore l'infécondité reconnaît pour cause un rétrécissement organique qui gêne le passage de la liqueur séminale : on a cité des cas dans lesquels ce rétrécissement se produisait au moment même du coït par le fait d’une érection trop vigoureuse, et alors la semence, ou regorgeait dans la vessie, ou ne pouvait être éjaculée qu’au moment où la turgescence du pénis avait cessé.

L'infécondité n'implique donc pas nécessairement l’impuissance, et j'ai dit que celle-ci pouvait exister, à un certain degré bien entendu, sans que l’individu perdit ses facultés génératrices. Il lui suffira pour engendrer que l'introduction du pénis dans le conduit vulvaire soit assez complète, alors même que l'érection ne l’est pas, pour que la fécondation ait lieu.

Si les individus atteints de pertes séminales involontaires sont frappés d’infécondité, c’est parce que, ainsi que je l’ai dit, l’éjaculation a lieu chez eux avant que l'introduction du membre viril dans les parties sexuelles de la femme ait elle-même eu lieu : c’est aussi parce que, alors même qu’il y a introduction, l’éjaculation est trop faible pour que la liqueur séminale soit projetée assez loiu ; et dans ces deux cas il peut n’y avoir pas une excitation suffisante de l’utérus. Mais la grande canse de l’infécondité dans la spermatorrhée, c’est l’altération du liquide spermatique, qui ne contient plus d’animalcules ou qui en contient de mal conformés, de profondément altérés.

L'impuissance et linfécondité sont loin d’être les seuls effets des pertes séminales involontaires; celles-ci peuvent être le point de départ d’un certain nombre de névroses. C’est déjà à cette classe d’affections que l’on peut rapporter les perturbations éprouvées par les grandes fonctions de la vie organique, perturbations dont l’origine est souvent méconnue,

Si dans les premiers temps de la maladie l’appétit est conservé et même

augmenté, la sensation de la faim n’est pas celle de la faim ordinaire : ce sont des tiraillements d'estomac, un malaise, un sentiment de défaillance que soulage momentanément l’ingestion d’une petite quantité d'aliments ; mais bientôt le dégoût arrive, et les individus, pour satisfaire au besoin de nourriture, cherchent dans des mets fortement épicés, dans des boissons excitantes, les moyens de stimuler leur appétit. Cette alimentation a pour résultat d'irriter l'estomac, de rendre les digestions laborieuses. La surcharge des voies digestives, la nourriture excitante produit à son tour une augmentation notable des pertes séminales. Ces accidents gastriques et intestinaux varient d’ailleurs suivant les individus, et même, pour chaque individu, ils varient du jour au lendemain ; à la diarrhée succède la constipation, et celle-ci, s’établissant définilivement, devient une cause occasionnelle persistante de la spermatorrhée.

L’épuisement, l’affaiblissement général produits par les pertes habituelles du liquide séminal ne peuvent qu’augmenter sous l'influence de cette perturbation des fonctions nutritives. Aussi le spermatorrhéique va-t-il tomber dans un profond état de dépérissement. Ses téguments se décolorent, son teint pâlit, sa peau prend une couleur jaune plombée, ses yeux se cernent, se cavent, deviennent ternes et sans expression. Il résiste avec peine aux abaissements de la température extérieure, il perd en même temps progressivement de son énergie physique et morale. Le défaut d'activité musculaire se prononçant de plus en plus, il devient incapable de soutenir un exercice un peu prolongé sans se plaindre d’essoufilement, de gêne de la respiration ; et à mesure que le mal fait des progrès, il a la plus grande difficulté à exécuter des mouvements. Chose extraordinaire! et qui, suivant Lallemand, est un phénomène pathognomonique dans la spermatorrhée, avec cette faiblesse, même lorsqu'elle est poussée à l'extrême, le malade éprouve un besoin irrésistible de se mouvoir; alors même qu'il peut à peine remuer, une inquiétude physique le porte à vouloir changer continuellement de place.

Des palpitations de cœur, laccélération, la petitesse, la faiblesse du pouls, témoignent des troubles de la sanguification, et il n’est pas rare que l'anémie se traduise par un bruit de souffle vasculaire. J'ai parlé de l’essoufflement que les sujets accusent lorsqu'ils font un exercice un peu prolongé; plus tard cette oppression est continuelle, le repos ne la fait pas cesser; la respiration est lente, rare, peu profonde. Quelques-uns sont tourmentés par une toux sèche, habituelle, par des douleurs névralgiques occupant un point de la poitrine, et l’auscultation révèle une faiblesse du murmure respiratoire dépendant de la débilitation générale.

Les modifications dans l’état de la sensibilité consistent en une anesthésie comparable par sa mobilité avec ce que nous observons chez les hystériques et chez les hypochondriaques : tantôt ce sont les mains, tantôt la poitrine, l'abdomen, tantôt d’autres parties du tégument externe, dont la sensibilité tactile est obtuse dans une étendue plus ou moins considérable et pour un temps plus ou moins long. Les individus se plaignent de sensations fugaces,

de chaleur, de brûlure, de froid : ils les comparent à celles que produiraient un courant électrique, le contact d’un air froid, d’une eau tiède: ils se plaignent encore de douleurs analogues à celles occasionnées par une compression violente, par une contusion, de fourmillements dont le dos et la région lombaire sont plus spécialement le siége.

Les sens spéciaux finissent par participer à la perturbation générale. Des troubles de la vision, l'amblyopie, la diplopie, peuvent être le début d’une amaurose complète, bien que celle-ci soit un fait rare. Cette diminution de la vue est accompagnée d’une sensibilité extrême à l'impression de la lumière, de la dilatation plus où moins remarquable des pupilles. L'ouie perd de sa finesse et de sa précision; elle devient d’une susceptibilité extraordinaire : il y a des bourdonnements, des tintements, des sifflements d'oreilles, accidents qui quelquefois arrivent jusqu’à la surdité complète. Le goût et l’odorat peuvent être aussi pervertis.

Les douleurs de tête, les accidents vertigineux, qui font partie du cortége de ces symptômes concomitants de la spermatorrhée, ne sont jamais plus prononcés que lorsque les malades ont une digestion laborieuse, lorsqu'ils ont essayé de se livrer à un travail d'esprit un peu soutenu, lorsqu'ils ont passé des nuits sans dormir. Le sommeil est chez eux habituellement léger, peu réparateur ; et comme c’est pendant la nuit que leurs pertes séminales sont plus fréquentes, ils se trouvent au réveil encore plus épuisés qu’ils ne l’étaient auparavant. Dans une période avancée de la maladie, il peut y avoir une insomnie complète : et alors les malheureux passent la nuit dans un état d’agitation considérable, se découvrant et se recouvrant, se relevant et se recouchant, changeant à chaque instant de position sans jamais en trouver une qui leur convienne. Le sommeil arrive enfin ; il est troublé par des cauchemars pénibles. Ces nuits d'angoisse laissent après elles une fatigue extrême, et tout le jour les individus restent dans une sorte d’abrutissement dont ils ont conscience, qui explique leur tristesse, leur découragement, la mélancolie qui les fait fuir toute espèce de société. à

De grands changements se manifestent dans le caractère de ces malades. Uniquement préoccupés de leur santé, ils sont indiflérents aux choses qui peuvent toucher ceux qui les entourent ; d’une extrême pusillanimité, ils sont irascibles, insupportables pour les autres comme pour eux-mêmes. Leur mémoire s’affaiblit, et cet affaiblissement de la mémoire, joint à ce que la langue éprouve un certain degré de paralysie, joint aussi à la faiblesse de la voix et à l’hésitation de la parole, leur donne une grande difficulté pour exprimer leurs idées, dont l'élaboration est du reste moins active et moins nette.

Eufin, les troubles des facultés intellectnelles peuvent arriver jusqn'à l’aliénation mentale. Celle-ci peut être passagère, et, restant entièrement subordonnée à la cause qui la produite, guérir quand la spermatorrhée a guéri elle-même; mais elle peut aussi persister alors même que depuis longtemps

les pertes séminales qui en ont provoqué l’évolution ont complétement cessé. Lallemand avait parfaitement indiqué ce fait capital, et il avait noté que les formes que revêtait le plus habituellement l’aliénation mentale consécutive à la spermatorrhée étaient l'hypochondrie, la mélancolie, la Iypémanie compliquées parfois de tendance au suicide.

Ce long tableau de symptômes sur lesquels Lallemand s'étend avec tant de soin, et peut-être avec trop de soin, rappelle celui qui appartient à l’hypochondrie confirmée.

En général, qaand un homme jeune encore a une hypochondrie grave, il est rare qu’il n’ait pas de spermatorrhée. Cependant des faits encore assez nombreux démontrent que l’hypochondrie peut apparaître en dehors des pertes séminales.

Parmi les symptômes si variés que j'ai énumérés, vous retrouverez encore ceux qui signaient le début de l’ataxie locomotrice, tels que la diplopie, l’amblvopie, les douleurs fulgurantes des membres, etc., etc., et, comme corollaire, je vous ai dit combien souvent l’ataxie locomotrice était précédée de pertes séminales.

Déjà, messieurs, je vous ai fait pressentir mon opinion, relativement à l'influence extraordinaire que les pertes séminales exagérées exercent sur l’ensemble de l'économie, principalement sur le système nerveux. Je suis convaincu que Lallemand a singulièrement rembruni Le tableau, et qu’il a commis surtout une faute capitale, qui consiste à attribuer les perturbations du système nerveux à l'épuisement causé par la perte exagérée et trop souvent répétée de la semence, tandis que les troubles nerveux pourraient, à plus juste titre, être considérés comme la cause de la spermatorrhée.

Permettez-moi, messieurs, de donner quelques développements à cette idée.

Tout d’abord l'expérience démontre que dans un assez grand nombre de cas, les jeunes gens qui ont de la spermatorrhée, ont eu, dans leur enfance, de l’incontinence nocturne de l'urine : c’est là un symptôme nerveux assez grave, et bien souvent il y a déjà des bizarreries de caractère, de l’irritabilité et des signes peu équivoques d’hypochondrie à un âge ou l’hypochondrie est fort rare. Si l’on peut pénétrer les secrets de famille, on apprend assez souvent que parmi les ascendants, que chez les frères ou les sœurs il v a eu des maladies graves du système nerveux, hypochondrie, folie, épilepsie, ataxie locomotrice, etc. , etc. Nous trouvons donc pour expliquer la spermatorrhée, comme pour expliquer l’incontinence nocturne de l’urine, des causes héréditaires, des prédispositions personnelles, et dans ce cas, nous ne sommes pas en droit d’accuser la spermatorrhée d’avoir produit les accidents; il est bien plus raisonnable de penser et de dire que l’incontinence nocturne de l’urine et les pertes séminales sont la conséquence d’un état maladif de l’encéphale et surtout de la moelle, état dont il n’est pas bien facile de spécifier la nature.

Il est une autre considération sur laquelle je veux attirer votre attention.

Nous sommes souvent consultés par des hommes qui ont des pertes séminales et en même temps cette série d’accidents nerveux dont Lallemand a tracé si complaisamment le tableau. Sinous entrons dans quelques détails, nous apprenons que les pollutions nocturnes ne se répètent que deux, trois, au plus quatre fois par semaine; nous pouvons nous convaincre par l'examen microscopique des urines qu'il n’y à pas d’autre perte séminale que celles qui arrivent pendant la nuit. Or, chez un homme jeune, l'acte du coït peut s’exercer sans dommage trois ou quatre fois par semaine, et si l’on voit que chez l’un il y a des accidents nerveux de la plus grande gravité, tandis que chez l’autre la santé est bonne, il faut bien chercher d’autres causes que celles de la perte séminale. J'ajoute une chose, c’est que les pertes séminales involontaires sont beaucoup moins abondantes que celles qui sont précédées de l'excitation vénérienne ordinaire. D'un autre côté, l’examen microscopique démontre que, dans le liquide séminal des gens atteints de spermatorrhée, il y a beaucoup moins d'animalcules spermatiques que dans la semence qui est rendue dans l’acte du coït, et physiologiquement il devrait en être ainsi, puisque l'excitation érotique sollicite non-seulement une plus abondante sécrétion des vésicules séminales, mais encore du testicule lui-même.

Disons de plus que la surexcitation nerveuse extrême qui précède, accompagne et surtout termine l'acte du coït, laisse immédiatement après elle une prostration qui témoigne de l'influence considérable qu'elle exerce sur le système nerveux; tandis que rien de semblable ne s’observe après les pertes séminales involontaires qui ont lieu le plus souvent sans rêves érotiques, ou bien après une excitation si rapide et si peu sentie, que les malades ne s’aperçoivent quelquefois de l'émission du sperme qu’à la souillure de leur lit ou de leurs vêtements.

Je ne sais, messieurs, si ces considérations vous frappent comme moi; mais je suis forcément amené à cette conclusion que les troubles nerveux que l'on observe chez les malades atteints de spermatorrhée, sont causés par autre chose que par la spoliation du liquide séminal.

Ce qui ne veut pas dire que cette spoliation n’ait aucune influence.

J'admets, en effet, que, chez un homme jeune, valide, et dont le système nerveux est bien harmonisé, l'émission du sperme puisse avoir lieu deux fois par semaine, après le coït, sans aucun dommage pour la santé; mais si vous acceptez que chez celui qui a de la spermatorrhée, le cerveau et la moelle sont dans des conditions d’infirmité, une perte séminale moindre, et même sans excitation érotique suffisante, deviendra une cause puissante de troubles nerveux; et ces troubles prendront une exagération presque fatale si les pertes séminales se répètent avec une extrême fréquence comme cela s’observe trop souvent. De sorte que le mauvais état du système nerveux dispose à la spermatorrhée, et la spermatorrhée aggrave singulièrement que l'affection nerveuse, source première du mal.

Messieurs, les accidents que peuvent entraîner à leur suite les pertes sémi-

nales involontaires sont loin de se montrer tous chez le même individu, de se développer dans le même ordre de succession, et d'atteindre toujours leurs degrés extrêmes. Généralement tel ou tel phénomène prédominera sur les autres, et sa prédominance sera telle, que l'attention du malade sera appelée sur lui seul ; de façon que, si le médecin n’y prend pas garde, il pourra coma mettre des erreurs de diagnostic, et croire à l'existence d’une affection tout autre que celle à laquelle il à réellement affaire. Je ne saurais trop vous le répé: ter, la maladie peut présenter dans son aspect, dans sa marche, des variétés infinies ; et cesdiverses formes sont subordonnées aux dispositions individuelles, à une foule de circonstances particutières qu'il serait difficile de signaler d'avance ; elles sont encore subordonnées à des complications intcreurrentes.

Chez un jeune homme que nous avons vu au n° 48 de la salle Sainte-Agnès, la maladie datait seulement de quatre mois, et paraissait avoir eu pour point de départ une blennorrhagie chronique. Cet individu, âgé de vingt-sept ans, nous racontait que la blennorrhagie, dont il était guéri seulement depuis neuf à dix mois, avait duré trois ans. La spermatorrhée s'était déclarée cinq à SiX mois après, ou du moins à cette époque seulement il s’était aperçu qu'il perdait de la liqueur séminale en allant à la garderobe. Trois semaines avant le début des accidents, il était tourmenté par une constipation opiniâtre; mais, bien que cette constipation eût cédé, et que les évacuations alvines eus: sent repris leur consistance et leur régularité accoutumées, les pollutions n’en continuaient pas moins. Depuis lors aussi survinrent des pollutions nocturnes, et vous voyez déjà, messieurs, que ce fait est en opposition avec la règle la plus générale, puisque les pollutions nocturnes sont arrivées après les pollu= tions diurnes, qu’elles précèdent habituellement. Ces pollutions nocturnes avaient toujours lieu à l’occasion de rêves érotiques ; les pollutions diurnes, qui d’abord survenaient, ainsi que le malade vous l'a dit, au moment de la défécation, se répétèrent de plus en plus fréquemment. S'il se livrait au coit, l'éjaculation avait lieu presque immédiatement, non-seulement avant la copulation, mais avant même que l'érection fût complète, et plus tard elle avait lieu même avant toute érection. Bien plus, ce jeune homme nous a raconté que, passant un jour devant la vitrine d’un magasin où était exposée une peinture représentant un couple amoureux, la vue de cette image lascive avait suffi pour déterminer une pollution abondante sans érection préalable.

Sa santé générale se troubla considérablement. 11 se plaignait d’une exces= sive faiblesse, et le moindre travail lui causait de la fatigue; une promenade un peu longue provoquait des palpitations de cœur ; son appétit était diminué, et il était bientôt dégoûté des différents mets qu'il essayait de prendre : ceux qu'il choisissait de préférence étaient des aliments épicés ou préparés à l'huile et au vinaigre. Cependant l'alimentation calmait momentanément les douleurs d'estomac qu’il éprouvait avant le repas, et faisait cesser les renvois fades qui accoMpagnaient cette cardialgie ; mais celle-ci et les renvois revenaient constamment deux heures après.

Un traitement tonique, des bains sulfureux, des bains de siége froids, des préparations de quinquina, qui furent prescrits dans un des services de cet hôpital où le malade avait fait un premier séjour, avaient amendé la s‘tuation. Son mal ayant repris bientôt la même intensité après sa sortie de l'Hôtel-Dieu, il y rentra de nouveau,

L'existence d’une ancienne blennorrhagie qui avait duré longtemps devait donner à penser que la spermatorrhée pourrait bien dépendre de quelque affection chronique du canal de l’urèthre, et nous cherchâmes s’il existait pas de rétrécissement. Le jeune homme nous disait que depuis trois ou quatre mois il éprouvait une certaine difficulté pour urincer ; que le jet, qui se faisait attendre, sortait aplati et en spirale; que quelquefois il était inter rompu, et qu'au moment où l’on pouvait croire le besoin d’uriner entièrement saLisfait, il s’'échappait encore quelques gouttes d’urine.

En explorant avec la sonde, nous constatèmes un premier obstacle situé à l'entrée du canal, un second vers le milieu de la région spongieuse, un troisième enfin au niveau de la région prostatique. Le traitement indiqué par Lallemand nous paraissait devoir avoir ici son application, lorsque le malade

voulut quitter l'hôpital, où il était à peine resté trois jours.

Maintenant, messieurs, j’essayerai de vous rappeler quelques-unes des conditions sous l’influence desquelles se produisent les pertes séminales involontaires, conditions essentielles à connaître pour arriver à instituer une thérapeutique rationnelle. |

Une courte digression sur le terrain de la physiologie me paraît ici nécessaire,

Lorsqu'on se demande quel est l'organe sécréteur du sperme, il semble qu'il n’y ait pas d’hésitation possible, et que le testicule doive être mis seul en cause, Il n’en est rien cependant. Les expériences sur les animaux, des faits observés sur l’homme lui-même, nous en ont donné la preuve.

Vous liez en deux endroits chez un animal, chez un jeune chien par exemple, les canaux déférents, el vous en opérez la section entre les deux ligatures. Le testicule est de cette façon complétement isolé du canal de l’urèthre. Néanmoins, l'animal va pouvoir encore se livrer au coït avec la même énergie, et léjaculation sera chez lui, à peu de chose près, aussi abondante qu'auparavant, Quelque chose d’analogue se voit chez l’homme, Un individu prend une blennorrhagie : que celle-ci, suivant l'expression vulgaire, vienne à

tomber dans les bourses, ou, pour parler plus scientifiquement, qu’il survienne une inflammation et consécutivement une induration de l’épididyme suffsantes pour que les canaux épididymaires s’oblitèrent, le malade ne perdra pas pour cela ses aptitudes vénériennes ; il pourra se livrer au coït comme par le passé, et l’éjaculation n’aura rien perdu de son énergie et de sa puissance. Cela dépend, messieurs, de ce que le liquide séminal est fourni par deux sources : la plus grande partie provenant des vésicules séminales, tandis que la partie la plus faible provient des testicules, Cette partie, il est vrai, est la

plus importante, car c’est elle qui contient la substance fécondante et les z0ospermes. Or si, dans les conditions pathologiques dont nous parlons, les aptitudes vénériennes persistent, si l'éjaculation peut encore avoir lieu, le liquide spermatique aura perdu les éléments essentiels qui le rendent propre à la fécondation, et si les deux épididymes sont affectés de la même façon, l'individu sera frappé d’infécondité.

Ces faits, entrevus par Hunter, ont été, dans ces derniers temps, merveilleusement mis en lumière par M. le professeur Gosselin (1).

Vous comprendrez dès lors comment certains hommes jeunes, d’une solide et vigoureuse constitution, présentant tous les attributs de la virilité, resteront inféconds. C’est là, messieurs, une particularité dont vous saisissez toute l'importance au point de vue de la pratique médicale, car il vous arrivera peut-être d’être consultés à ce sujet. Avant de chercher aileeurs les causes d’une stérilité dont on se plaint, interrogez scrupuleusement l'individu qui s'adresse à vous, examinez-le attentivement, voyez s’il n’a pas eu autrefois quelque accident blennorrhagique et s’il n’en à pas gardé une induration amenant l’oblitération complète des voies spermatiques. Le fait mérite d'autant plus qu’on s’y arrête, qu'il semblerait, de prime abord, que l'individu, dans ces conditions, ne devrait pas différer d’un eunuque. Il en diffère beaucoup, ne vous y trompez pas. Le vicillard au dernier degré de la caducité, qui, depuis nombre d'années, n’a pu avoir des rapports sexuels, ce vieillard tout impuissant, et par conséquent tout infécond qu'il est, ne ressemble pas au castrat, et ses testicules inutiles lui impriment encore son cachet de virilité ; tant qu'il les gardera, il aura les attributs de la virilité, la voix grave, la barbe, etc., etc., et ceux-ci disparaîtront du jour où, par quelque circonstance, il aura perdu les organes qui paraissaient ne plus jouer aucun rôle. Un travail très-curieux de M. le docteur Charles Robin, lu à la Société de biologie le 26 janvier 4856, sur le sarcocèle, renferme la démonstration de ce fait (2).

Un individu est affecté d’un sarcocèle double, et bien qu’on ait pu croire à la destruction des testicules, cet homme ne devient réellement un eunuque qu'aussitôt après que le chirurgien a enlevé ces deux organes. C’est que, ainsi que l’a fait voir M. Robin, ces cas rentrent dans la catégorie de ceux observés par M. Gosselin, en ce sens que ce ne sont pas les testicules qui sont malades: Le sarcocèle appartient à l’épididyme, et reste séparé par la tunique albuginée de la glande elle-même dont il respecte le tissu, de telle sorte que la structure normale de ses filaments tubuleux est conservée, bien que ceux-ci se trouvent ordinairement étalés à la surface de la tumeur épididymaire.

(4) Nouvelles études sur l'oblitération des voies spermatiques, et sur la stérilité consécutive à l'épididymite bilatérale (Archives générales de, médecine, numéro de novembre 1853).

(2) Mémoires de la Société de biologie, 2° série, t. HT, année 1856. Paris, 4857, p. 467 et suiv.

PERTES SÉMINALES. " GuA

Je vous ai déjà dit que chez les cryptorchides même chose s’observait, à savoir, que ces individus restaient puissants, tout en étant inféconds.

Gela bien établi, reprenons notre sujet. Pour qu’une glande entre en fonction, il n’est pas nécessaire que l'excitation porte directement sur elle. Une irritation de la membrane muqueuse buccale, une stomatite va solliciter une sécrétion abondante des glandes salivaires qui ne sont pas mises en cause, comime une irritation de la membrane muqueuse oculaire occasionnera de la même façon un flux plus abondant de larmes, comme une irritation de la membrane muqueuse gastro-intestinale déterminera une sécrétion plus considérable de bile et de liquide pancréatique, comme enfin une irritation de la vessie, une cystite sera accompagnée d’une sécrétion d’urine plus abondante, plus fréquente qu’à l'ordinaire, bien que dans ce cas l'organe affecté soit à une assez grande distance de la glande dont il excite sympathiquement les fonctions. Eh bien! dans cette action sympathique nous allons déjà trouver une cause des pertes séminales involontaires.

Lallemand avait fondé sur ce fait presque toute sa théorie de la spermatorrhée. Il admettait que celle-ci était presque toujours sous la dépendance d’une irrilation de la prostate et des canaux éjaculateurs, et que le plus souvent cette irritation, qui existait aussi au col de la vessie, était la conséquence d’une inflammation chronique de l’urèthre dans la région prostatique du verumontanum. Suivant l’illustre professeur de Montpellier, la cause la plus fréquente des pertes séminales involontaires était une ancienne uréthrite, une ancienne blennorrhagie, et souvent ces pertes se liaient à l'existence d’un rétrécissement de l’urèthre.

Ce genre de causes ne saurait être mis en doute, et l'irritation sympathique que les inflammations chroniques du canal de l’urèthre déterminent, peut avoir encore pour point de départ des affections siégeant dans les organes qui sont en rapport plus ou moins immédiat avec les vésicules séminales et les canaux éjaculateurs. Ainsi les affections du rectum, et parmi celles-ci les affections hémorrhoïdaires, la présence des oxyures vermiculaires, et mêine, bien que plus rarement, les ascarides lombricoïdes peuvent être causes de la spermatorrhée.

Je vous ai dit que les pertes involontaires de la semence étaient, en quelques cas, provoquées par une constipation opiniâtre et habituelle ; mais dans ces cas, cette émission du sperme est sollicitée mécaniquement par la compression exercée sur les vésicules séminales par le bol excrémentitiel qui est expulsé avec peine et avec de grands efforts.

Si ces causes agissent peut-être le plus communément dans la production de la maladie dont nous parlons, il en est d’autres incontestables encore.

Ainsi, les pertes séminales peuvent survenir sous l'influence d’un état Spasmodique, d’une façon analogue à ce que nous voyons se passer dans l’incontinence nocturne de l'urine. J'aurai à vous entretenir plus spécialement de cette dernière affection ; mais afin de vous mettre mieux à même de saisir ma pensée

TROUSSEAU, 2° édit, — 11. 41

ns

relativement au sujet qui nous occupe aujourd’hui, je vous rappellerai dès à présent ce qui à lieu dans l’incontinence nocturne de lurine. Les individus chez lesquels elle s’observe (ce sont principalement des enfants) ont presque tous, pendant le jour , le jet d'urine plus roide que ne l'ont les autres : cette émission plus vigoureuse dans la miction volontaire prouve une énergie plus considérable de la contractilité de la vessie ; et chose plus curieuse encore; ces enfants qui, la nüit, ne peüvent conserver leurs urines dans leur réservoir nätürel, les retiennent quelquefois plus facilement et plus longtemps que d’autres quand ils sont dans l’état de veille. Comment expliquer ce fait depuis longtemps signalé par Bretonneau? Pendant le sommeil, là vessie entre dans un état d’éréthisme comparable à celui dans lequel entrent également les organes génitäux externes; car vous savez que les enfants et les hommes jeuties sünt presque toujours en érection pendant le Sommeil. Of; l’incontis rence d'urine reconnaît potir cause un phénomène analogue à cet éréthisme : elle est due à ce que, permettez-moi cette expression, le muscle vésical entre lui-même en érection. Il est pas besoifi pour cela que la vessie soit pleine, ni même qu’elle contienne une grande quantité de liquide; loin de là, l’émis= sion se fait aussitôt qu'une faible quantité s’est accurulée dans la vessie ; et ce qui le prouve, c’est que c’est dans les premières heures de là nuit que l'enfant à son incontinence. On l’a fait uriner au moment de le mettre au lit; et c’est deux heures, et ñon huit à dix heures après qu’il $’est couché, que les actidents surviennent : c’est, je le répète, en vertu d’une contraction très= énèrgique, d’une sorte d’érection du muscle vésical à laquelle ne peut résister le sphincter chargé de fermer pour quelques instants l’orifice du col. |

Les pertes séminales involontaires peuvent $e produire Suivant un Mmécanisthe analogue. C’est dans les premières heures de la nuit que les pollutions orit lieu: Sous l’influence d’une excitation occasionnée quelquefois Seulement pat la position de l'individu dans son lit; les vésiculés séminales eñitréñit en érection, Ou, si vous aimez mieux, se Contractént énergiqüéemient cominie se cofitractait tout à l'heure le muscle vésicäl, et il ÿ a une éjaculation du liquide séminal se faisant à l'insu du malade, de même que l’éfhission d’ütine $e fais sait involontairement.

Enfin, l4 spermatorrhée peut être le résultat nof plüis d’une contraction trop état d’atonie de ces mêmes organes. Elles sont alors non plus actives, mais passives, comnmie l'émission des urines; ävec laquelle nous poursuivrons la com: paraison, peut l’être elle-même, en certains cas, däfis l’incontinence diurne Des enfants et des adultes Sont incapables de retenir leurs urines dès qu’une faible quantité s’est accumulée dans la vessie; ces individus ont un jet faiblé; baveux, et non plus vigoureux comtne ceux dont nous parlions tout à l’héure. Cette incontinence dépend d’une faiblesse du sphinctèr, faiblesse absolue et non plus relative, ainsi que cela avait Heu dans les cas précédents où il y avait uné contractilité du muscle vésical Süpérieure à celle des fibres musculaires

PÉRES SÉIrRALES, 63

disposées autour dù col. Pour les péftes séminales même chose se passe : les conduits éjaculateurs, frappés d’atonie, Sont incapables de résister à la faible contraction des vésicules et de retenir le sperme qui les traverse, de là l’éjaculation où plutôt l'écoulement involontaire, dès que le liquide séminal est sécrété. Cette comparaison que j'établis entre cette espèce de spermatorrhée et l’incontinence diurne de l'urine, est d'autant plus acceptable, que l’analogie se poursuit jusque dans le traitement, les mêmes procédés pouvant présenter les mêmes avantages dans les deux maladies, ainsi que nous en a offert un exemple un malade de notre salle Sainte-Agnès, affecté d’incontinence d'urine; et dont je vous parlerai lorsque j'aurai l’occasion de faire l’histoire de cette dernière maladie, |

Des considérations dans lesquelles je viens d'entrer vont découler nant certaines indications pour la thérapeutique à instituer séminales involontaires. |

Jusqu'à l’époque où Lallemand publia ses importants travaux, la spermatorrhée avait peu appelé l'attention des médecins, on méconnaissait sa gravité et les funestés conséquences qu’elle entraîne: enfin, elle était traitée sans aucune méthode et par des moyens tout à fait empiriques.

. En se plaçant presque exclusivement au point de vue d’une irritation des. voies spermatiques dépendant d’une inflammation chronique; Lallemand: troûvait l'indication d’un traitement destiné à modifier les surfaces muqueuses siége de cette inflammation ; à cet effet, il recommandait comme le meilleur moyen, là cautérisation du canal de l’urèthre au niveau de sa portion prostatique, de façon à toucher le verumontanum, près duquel s'ouvrent lès canaux éjaculateurs. A l'appui de ses opinions, il apportait un assez grand nombre d'observations suffisamment probantes pour que, lorsqu'on lit son livre, on reste convaincu de l'utilité de cette médication dans beaucoup de cas. Je n'ai point à vous décrire ici le procédé employé pour cette cautérisation, et je ne saurais mieux faire que de vous renvoyer au Zraité des pertes séminales involontatres (1), où vous trouverez-tous les développements. désirables. | da de, Et | |

De quelque incontestable utilité que soit, dans des circonstances données; cette médication, Lallemand, à mon avis, a eu le tort de trop en: généraliser l'application, et cela parce qu'il généralisait aussi outre mesure l'influence. des phlegmasies uréthrales sur la production des pertes séminales. involontaires. D’une incontestable utilité, je le répète, dans des circonstances données, c’est-à-dire lorsqu'elle s'adressait à cette espèce de. spermatorrhée dépendant d'une inflammation chronique du canal de l’urèthre, la cautérisation n’est plus applicable aux autres espèces de pertes séminales. Ici nos moyens thérapeutiques doivent être tout différents. Tantôt c’est l'élément spasmodique qu'il faut combattre, et alors la belladone, d’une si merveilleuse utilité dans

maintecontre les pertes

(1) Des pertes séminales involontaires, Paris, 1849, t, Lil.

l'incontinence nocturne de l’urine, est appelée à nous rendre de réels services dans cette forme de spermatorrhée qui présente avec cette incontinence nocturne une certaine analogie. Toutefois la belladone est loin de réussir toujours aussi efficacement dans la première de ces deux affections qu'elle le fait dans la seconde, mais encore est-il que les cas dans lesquels l'emploi de ce médicament m'a paru très-avantageux, sont assez nombreux pour que je vous engage à l'essayer à votre tour.

Si la belladone est utile dans la maladie qui nous occupe, comme elle l’est dans l’incontinence nocturne de l'urine, ce n’est peut-être pas à cause de l’action stupéfante qu’elle exerce sur la contractilité des vésicules séminales, mais bien à cause de l'influence incontestable qu'elle peut avoir sur le système nerveux tout entier, et surtout sur l’encéphale et la moelle épinière. Cette grande influence est démontrée par les effets que nous obtenons dans l'épilepsie, dans le tétanos et dans beaucoup d’autres névroses.

C’est au même titre, probablement, que les préparations de digitale, d’aconit, nous rendent encore de réels services dans le traitement de la spermatorrhée; c’est au même titre que j'ai eu quelquefois à me louer de l’usage interne du nitrate d’argent qui, certes, ne se recommande par aucune action stupéfiante.

Me plaçant toujours au point de vue d’une irritation de la moelle, ou tout au moins d’une modification peut-être congestive du cordon rachidien, je conseille souvent l'application réitérée de ventouses sèches et quelquefois même de ventouses scarifiées le long de la colonne vertébrale ; les lotions avec la teinture d’iode, les embrocations avec une grosse étoffe de laine imprégnée d’essence de térébenthine, sur laquelle je fais passer un fer très-chaud. Enfin, je n'hésite pas à conseiller l'application des moxas et des cautères volants, et j'agis ainsi avec énergie surtout quand je vois survenir chez les malades ces douleurs fulgurantes des membres, premiers indices de l’ataxie locomotrice, maladie terrible si souvent annoncée par la spermatorrhée.

L'hydrothérapie, en tant qu’agent antispasmodique, doit encore occuper un rang important dans le traitement des pertes séminales; et les bains de mer méthodiquement administrés, qui ne sont, en fin de compte, qu'un des modes d'emploi de l’hydrothérapie, rendent aussi de véritables services.

Lorsque les pertes séminales dépendent d’une contractilité trop énergique des vésicules et des canaux éjaculateurs, je prescris l’usage des bains de siége chauds, aussi chauds que les individus peuvent les prendre ; de plus, je conseille des applications sur toute la région du périnée, de sachets de sable chaud. Elles doivent être faites le soir au moment où le malade se met au lit, et le matin au moment du réveil, et durer une demi-heure au moins chaque fois.

Il semblera sans doute étonnant à quelques-uns d’entre vous de m'’entendre préconiser les bains chauds, lorsque ce sont, au contraire, des bains de siége froids qui sont conseillés par la généralité des médecins dans le trai-

tement de la spermatorrhée. Peut-être m'’accusera-t-on d'esprit de contradiction, bien qu’en vérité je sois très-peu contredisant de ma nature, étant toujours disposé à accepter, de qui que ce soit, les médications même les plus bizarres, pourvu qu’elles me paraissent applicables sans aucun inconvénient. Si je parle ici de bains chauds ; si, d’une manière plus générale, l'application du chaud me semble être préférable, dans les cas particuliers dont il est ici question, à l'application du froid, c’est que j'ai mes raisons pour cela. En maintes circonstances, je vous ai dit combien était grande la puissance antiphlogistique du calorique, et combien, par opposition, le froid était un énergique excitant. Des exemples les plus vulgaires démontrent péremptoirement la vérité de ces propositions. Lorsque l’on trempe ses mains dans la neige ou dans l’eau glacée, au refroidissement qu’on a éprouvé, succède bientôt une élévation considérable de la température ; tandis que lorsqu'on trempe ses mains dans une eau très-chaude, à la chaleur, à la congestion momentanée des tissus, succèdent rapidement un abaissement de température, une décoloration notable de la peau. C’est que l’action du chaud est, en définitive, sédative, tandis que celle du froid est éminemment phlogistique. Ces propriétés du calorique sont d’une fréquente application en médecine ; je me réserve de traiter un jour complétement cette importante question. Ainsi, relativement au traitement des pertes séminales, je conseille des applications de sachets de sable, des bains de siége aussi chauds que le malade peut les endurer. Vous devez cependant être avertis que dans les premiers temps de ces applications, les accidents que l’on cherche à combattre augmentent momentanément ; mais cette surexcitation passagère est de courte durée, et l’amélioration ne tarde pas à se faire sentir.

Ces bains chauds, utiles lorsqu'il s’agit de pertes séminales liées à une contractilité, à une excitabilité exagérées des vésicules et des conduits éjaculateurs, sont nuisibles au contraire dans la spermatorrhée que j'ai appelée passive. Ici ce sont les bains froids, c’est l’hydrothérapie qui trouve formellement son indication, et il serait superflu de revenir sur ce que je viens de vous dire il y a un instant, pour vous expliquer comment agit cette médication par le froid.

Dans ce dernier cas aussi, certains médicaments doivent être administrés à l’intérieur. Les préparations de strychnine, la noix vomique, la fève de Saint-Ignace, occupent ici la première place. Ces préparations, données d’abord à faibles doses, seront successivement et graduellement portées jusqu’au point de produire leurs effets physiologiques.

Cependant, messieurs, il arrive encore trop souvent que tous ces moyens échouent. Il en est un autre que j’emploie depuis un grand nombre d'années et qui réussit quelquefois. Je veux parler du compresseur de la prostate. Laissez-moi vousdire, messieurs, comment j'ai été conduit à user de cemoven mécanique.

En 18925 (j'étais alors attaché, en qualité d'élève interne, à la maison de

SEE PERTES Le ALES.

bear pr sur la A Baudoyer, à its avait été guéri à l'aide d’un procédé qui avait consisté à lui faire porter dans l'anus une sorte d'embout de buis. Le fait me parut étrange, (ii méconnaissant alors, comme tout le monde d’ailleurs, les relations existant entre l’i impuissance et les pertes séminales, j'étais loin de comprendre comment Ja guérison avait pu être la conséquence d’un aussi singulier moyen. Je ne voyais là qu'une de ces manœuvres lascives analogues à celles auxquelles se livrent trop souy ent ( dans les mauvais lieux des libertins dont les facultés viriles sont épuisées et qui cherchent ainsi à se procurer momentanément une vigueur factice. Sans m’inquiéter de trouver. une autre explication, le fait dont me parlait M. Bleynie ne me paraissait pas avoir une grande importance, Cependant, à dix ans de là, je devais ayoir l’occasion d'appliquer moi-même ce procédé empirique, et en y réfléchissant, je me fis une idée de son mécanisme. Je donpais des soins à un jeune homme de vingt-six ans, qui était affecté de pertes séminales ipyolontaires s et d’une impuissance absolue. Ce malheureux était sur le point de se marier, ef cette circonstance, vous le comprenez, augmentait encore la mélancolie dans laquelle la ma! ladie le jetait déjà par elle-même ; des idées de suicide traversaient son espr it. Son affection résistait à tout ce que je faisais pour la combattre, lorsque } exemple que M. Bleynie m'avait cité me revenant à la mémoire, je résolus, en. désespoir de cause, de le mettre à profit. Je conseillai donc ? à mon malade, qui, toute Ja j journée, ne quittait ni sa chambre ni sa chaise, de porter dans l'anus un appareil que je lui fis fabriquer. C'était une sorte d’emboyt de bois. semblable : à celui d’un spéculum ; une fois introduit dans le rectum, il était maintenu en position au moyen de serviettes. Quinze jours après s'être soumis à ce mode de traitement, le jeune homme vint me yoir ; à mon grand étonnement, je l’ayoue, ma médiation avait eu quelque succès. Les aptitudes viriles commençaient à reparaître en même temps que | les pertes séminales deyenaient de plus en plus rares. Encouragé par ce premier résultat, j’engageai le malade à persévérer dans l'emploi des mêmes moyens. Au bout de quinze jours Ja guérison était assez complète pour que le jeune homme pâût se marier, et, en entier. dans sa confidence, j'apprenais qu'il était parfaifement à à même de remplir, comme tout autre, l'acte conjugal Cette première observation me donna grandement à réfléchir, et, ainsi que

je vous le disais tout à | heure, je me mis à chercher L interprétation du fait ;

je me demandai comment un aussi étrange moyen pouvait amener la guérison de l'impuissance. Je pensai que cette espèce d’ embout, introduit dans le rectum, agissait en comprimant la prostate et médiatement les canaux éjacula- : teurs, que cette pression suppléait au défaut de résistance que les conduits auraient dû opposer normalement à la contractilité des vésicules séminales. Cette théorie établie, je marchai dorénavant à sa vérification, lorsque des , circonstances analogues 5 se présentaient, Or, aujourd’ hui, ces circonstances se

sont fréquemment présentées, et si cette singulière médication ne m'a pas toujours donné le résultat que j'en attendais, je n’en ai pas moins par devers moi un nombre assez important de faits dans lesquels le succès a répondu à mon attente.

Je vous montre ici, messieurs, l'appareil que j’emploie à présent.

Dans le principe, j'avais tout simplement adopté le bandage dont se servent les individus affectés d’hémorrhoïdes volumineuses pour maintenir leurs tumeurs hémorrhoïdaires et empêcher les [flux abondants dont elles sont souvent le siége. Cet appareil consiste en une sorte de petit cône d'ivoire ou de caoutchouc vulcanisé, fixé sur un bandage en T qui se fixe lui-même autour des reins à l’aide d’une ceinture sur laquelle des sous-cuisses viennent s’attacher en avant. L’embout de mon appareil était plus volumineux, plus long que celui du bandage compresseur des hémorrhoïdes, car il était nécessaire qu'il pénétrât dans l'anus assez profondément pour arriver jusqu'au niveau des vésicules séminales. Aujourd’hui l'appareil est encore plus simple, en ce sens qu'il n’est pas besoin de bandage pour le contenir : c’est celui qui a été imaginé par-M. Mathieu, notre fabricant d'instruments de chirurgie. Il consiste, vous le voyez, en une sorte de bondon de métal, ayant la forme d'ype alive très-allongée, et dont la grosseur varie depuis celle d'un petit œnf de pigeon jusqu’à celle d’un petit œuf de poule. Ce bondon va en s’amincissant, en bas, sous forme d’un goulot dont le diamètre n’excède pas 5 millimètres, de façon qu’une fois introduit dans le rectum, il y soit naturellement maintenu par le resserrement du sphincter anal. En outre, ce bondon compresseur est soudé sur une tige plate du même métal, de 3 à 4 centimètres de longueur sur un demi-centimètre de largeur environ, qui va appliquer sa moitié antérieure sur le périnée, l’autre sur la région coccygienne. Vous voyez, messieurs, qu'une fois en place, cet appareil, d’une merveilleuse simplicité, ne saurait se déplacer spontanément ; aussi, une fois introduit, les malades vont-ils le garder facilement toute une nuit et même toute une journée, sans qu'il soit besoin de le maintenir autrement. Vous comprenez aussi que le volume de cet instrument variera nécessairement suivant les individus, suivant leur âge d'abord, suivant la facilité avec laquelle ils pourront le supporter.

Je vous ai dit, messieurs, que la partie du compresseur de la prostate qui devait être introduite dans le rectum était soudée sur le pied destiné à rester en dehors. Gette réunion est ainsi combinée, que les deux pièces de l’appareil ne sont pas perpendiculaires, mais forment par leur rencontre un angle aigu de 75 degrés d'un côté, et obtus de 425 du côté opposé. Il est essentiel, quand on emploie l'instrument, que l'angle obtus regarde le coccyx, et par conséquent que l'angle aigu regarde le pubis ; de cette manière la partie supérieure du renflement appuiera nécessairement sur la prostate.

Je dois encore vous faire observer que la longueur de la partie interne de l'appareil doit un peu varier. Il vous a suffi d'explorer quelquefois la prostate : d’un certain nombre de malades pour vous convaincre que cet organe est situé

à des profondeurs qui varient entre elles de 2 à 5 centimètres, suivant la taille des malades et suivant leur embonpoint.

Cet appareil, je ne saurais trop vous le répéter, m’a ÊurA de réels services : plus d’une fois j'ai vu des pertes séminales involontaires, rebelles jusque-là à tous les traitements, céder complétement dès les premiers jours de l'emploi de ce moyen; j'ai vu, après sept ou huit jours de son usage, une amélioration telle, que non-seulement les aptitudes viriles se réveillaient, mais encore que les accidents généraux, les troubles intellectuels qui accompagnaient l’impuissance diminuaient notablement. 4

Je vous dirai un autre jour que je trouve encore son indication dans certains cas d’incontinence d'urine. J’ajouterai, quant à présent, que ce mode de traitement est également utile dans les deux dernières formes de spermatorrhée dont je vous ai parlé.

Tel est l’ensemble des moyens que j'emploie dans la spermatorrhée. Bien entendu, je n’ai pas la prétention que ces moyens soient infaillibles, et j'ai encore moins la prétention de guérir les graves troubles du système nerveux que les pertes séminales entraînent trop souvent encore après elles. Alors même que les accidents qui en ont été le point de départ auront pu complétement céder, la perturbation survenue dans les fonctions de l’innervation, les troubles intellectuels persisteront et résisteront à tous les efforts de notre art. Mais les cas dans lesquels la guérison définitive, ou tout au moins un grand soulagement est le résultat d’un traitement bien ordonné et régulièrement suivi, ces cas, Dieu merci! se présentent encore assez fréquemment pour être donnés comme des encouragements.

J'insiste sur la nécessité d’un traitement régulièrement suivi; car lorsque des malades affectés de pertes séminales abandonnent trop promptement l’emploi des divers moyens que je viens de vous indiquer, parce que le soulagement qu'ils en ont obtenu leur fait croire à une guérison radicale, cette amélioration ne se maintient pas, et les accidents ne tardent pas à reparaître. II faut donc une certaine persévérance dans le traitement; celui-ci d’ailleurs n’est ni douloureux, ni difficile à faire.

On ne doit pas oublier non plus que celui qui a été une première fois affecté de spermatorrhée est plus sujet que tout autre, par cela seul, à en éprouver de nouvelles atteintes. Il est donc nécessaire de prendre toutes les précautions possibles pour en éviter le retour. Aussi devra-t-on persévérer, quelque temps encore après la guérison, dans l’emploi des remèdes auxquels ont cédé les premiers accidents ; on devra engager l'individu à faire usage deux ou trois fois chaque année, et pendant quinze jours ou un mois, du compresseur ; de revenir de temps en temps aux bains de siége chauds ou froids, à l'hydrothérapie suivant les indications. Je le répète, la médication que je préconise n’aura d'efficacité qu’à cette condition d’avoir été longuement et méthodiquement suivie, et même lorsqu'elle aura été employée avec une extrême patience, elle échouera encore trop souvent,

Quelques mots encore, en terminant.

Au mois de septembre 1863, un jeune Irlandais me fut adressé par un de nos honorables confrères de Dublin. Ce jeune homme avait, depuis deux ans, des pertes séminales survenant pendant la nuit. Mon ami M, le docteur Adolphe Richard m’ayant parlé des heureux résultats qu’il avait obtenus, dans des cas analogues, de la dilatation forcée de l’anus, je lui confiai le malade. Il l'opéra en ma présence. À partir de ce jour, les pertes séminales ne se reproduisirent plus, et quatre mois après, en janvier 1864, M. Richard recevait de notre jeune homme une lettre par laquelle il nous annonçait que la guérison s’était maintenue absolue.

Comment agit la dilatation de l’anus en pareilles circonstances ? je ne saurais vous le dire; mais comme cette opération est exempte de tout danger, on doit l’ajouter à la liste des moyens que nous pouvons employer pour guérir une affection quelquefois aussi rebelle que celle dont je viens de vous entretenir.

Diverses me PE QUE nocturne ne sonstituent pas un étal morbide chez les enfants paresseux, peureux. — L'incontinence nocturne proprement dite est une névrose qui se traduit spécialement par un excès d’excitabilité et de tonicité du plan musculaire de la vessie. — L’incontinence à la fois diurne et nocturne dépend d’une atonie du sphincter yésical.—Traitement : la belladone dans l’incontinence nocturne; les préparations de strychnine | dans l'incontinence nocturne et diurne. — Gompresseur de la prostate.

MESSIEURS

Vous m'avez bien souvent entendu interroger une jeune fille qui aide les infirmières de notre salle Saint-Bernard, et lui demander depuis combien de temps elle n'avait pas pissé au lit Cette jeune fille, sur laquelle j’ai plus d’une fois appelé votre attention, est en effet entrée dans le service de la clinique depuis près de dix-huit mois, pour une incontinence nocturne de l'urine. Sous l'influence du traitement auquel je l'ai soumise, et ce traitement, je dois vous le rappeler tout de suite, a consisté dans l’administration de la belladone, les accidents se sont graduellement amendés, à ce point que la guérison peut être à présent regardée comme certaine (1).

Avec toutes les apparences d’une vigoureuse constitution, cette malade, qui a aujourd’hui dix-neuf ans, est d’un tempérament éminemment lymphatique. Pendant son séjour ici, nous avons eu plusieurs fois à combattre des ophthalmies scrofuleuses qui ont laissé sur les deux cornées de légers nuages à cette heure à peu près complétement dissipés. En dehors de ces ophthalmies, en dehors de l’infirmité qui l’amenait à l'hôpital, sa santé est habituellement bonne. Il y a quelques mois, elle a contracté une diphthérie pharyngienne, en soignant des malades de la crèche qui en étaient atteints; mais cette diphthérie, qui cependant nous a donné quelques inquiétudes, n’a eu aucune suite fâcheuse, et sa bonne santé habituelle a rapidement repris le dessus.

Cette jeune fille vous a raconté que son incontinence d'urine avait débuté quand elle avait huit ans. Jusque-là, depuis qu’elle avait passé sa première enfance, elle n’était pas plus sujette qu'aucune autre à ces accidents, et elle ajoute, en le répétant d’ailleurs d’après le dire de ses parents, qu’une peur violente a été l’occasion des premiers qu’elle a éprouvés. Nous aurons à voir la part qui revient à cette influence. Toujours est-il que, à partir de ce moment, elle n’est plus restée une seule nuit sans uriner au lit, au moins une,

(1) 11 y a maintenant deux ans qu’elle est parfaitement guérie (octobre 1864).

quelquefois deux ou quatre fois. Chose remarquable, et qu'il importe de bien mentionner, dans la journée, et lorsqu'elle est éveillée, elle peut autant que qui que ce soit, retenir ses urines, et c’est seulement quand elle dort qu'elle n’en est plus maîtresse. Un point encore à noter, c’est que c’est vers le matin, dans les dernières heures de son sommeil, qu’elle est prise du besoin auquel elle ne peut résister. Quelques mots suffiront pour nous rendre compte de ce dernier fait. La malade nous dit que c’est vers le matin aussi que son sommeil est le plus profond. Il l’est à ce point que l’on a toutes les peines du monde à la réveiller. On a beau l'appeler, on a beau la secouer, elle n'entend et ne sent rien, et lorsqu'on la fait lever de force, elle semble encore dormir debout. Dans les premières heures du sommeil, il lui arrivait assez souyent de sortir de son lit pour satisfaire au besoin qu'elle ressentait; mais qu'elle ait ou non uriné dans le courant de la nuit (et plusieurs fois la yeilleuse est venue l'éveiller pour prévenir les accidents), elle n’en pissait pas moins a} lit vers le matin, alors même que deux heures à peine s'étaient passées depuis que, pour la dernière fois, elle avait volontairement exonéré sa vessie.

Ges détails ont leur intérêt, et j'aurai à y revenir. Pour en finir ayec l'histoire de cette malade, dès son arrivée ici je J'ai mise à l’usage de la belladone. Tout de suite les effets du médicament se sont manifestement prononcés, €t d’abord nous avons obtenu que les accidents ne se produisissent plus qu'une fois seulement par nuit; puis, à mesure que nous ayons augmenté Jes doses, la jeune fille est restée plusieurs jours sans pisser au lit; en définitive, voici maintenant plus de deux mois que cela ne lui est arrivé.

A la même époque, nous avions au n° 3 de Ja même salle une aptre jeune fille âgée de seize ans, également affectée d’incontinence d'urine. Chez elie, cette infirmité datait de sa naissance. Elle nous racontait que se couchant d'ordinaire à sept heures et demie du soir, c'était entre onze heures et minnit qu'elle pissait au lit. Elle disait que lorsqu'elle s’endormait pendant la journée, cela ne lui arrivait pas, parce qu'’alors elle se sentait éveillée par le besoin ; mais elle ajoutait que le besoin était pressant à ce point que quand il la prenait, soit qu’elle dormit, soit qu'elle ne dormit pas, elle n'avait que le temps de courir au cabinet.

Jci encore nous ayons eu recours à la belladone, et la belladone nous à rendu le même service. Mais ce médicament a complétement échoué, et nous n'ayons pas été plus heureux avec l'opium associé à la belladone, ayec la strychnine, dont les préparations sont indiquées dans certains cas, nous n'avons pas été plus heureux avec la résine de mastic, récemment préconisée contre l'incontinence nocturne d'urine, chez un jeune homme de notre salle Sainte-Agnès ; chez lui cette incontinence a complétement cédé à Ja suite d'une petite opération chirurgicale.

Ce jeune homme, âgé de dix-sept ans, pissait au lit depuis son enfance ; cet accident se produisait deux ou trois fois chaque nuit. L'âge de la puberté n'avait amené auçune modification à son infirmité; bien plus, quoique scs

facultés génésiques ne parussent que fort peu développées, l’incontinence d'urine s'était compliquée de pollutions nocturnes. Un instant je crus que la belladone nous donnerait ce que j'en attendais; l’incontinence semblait, en effet, avoir cédé; mais cette cessation coïncidant avec un flux diarrhéique abondant occasionné par le médicament, il nous fut facile de voir que si le malade n’urinait plus au lit, c’est qu’il se levait plus souvent la nuit pour aller à la garderobe. Après avoir essayé le sirop de sulfate de strychnine, après avoir eu recours aussi inutilement à la résine de mastic, il me vint à l’idée que son infirmité que j’essayais en vain de combattre par ces moyens pouvait être sous la dépendance d’un phimosis congénital dont il était atteint. Je priai mon collègue M. le professeur Jobert, de pratiquer la circoncision. A partir de ce moment, treize nuits se passèrent sans accidents, puis ils reparurent pendant trois nuits de suite; enfin, les neuf dernières nuits qu'il resta à l'hôpital, ce jeune homme n’urina pas une seule fois au lit, et quand il demanda à retourner chez lui, il nous était permis d'espérer que la guérison serait définitive.

Enfin, au n° 1 de la même salle, vous voyiez dernièrement encore un homme dans la force de l’âge, qui était également affecté d’incontinence d'urine, mais d’incontinence tout à la fois diurne et nocturne. C'était un individu âgé de cinquante et un ans, exerçant la profession de peintre en bâtiments. Il nous racontait qu’il avait eu cinq attaques de colique de plomb, mais que jamais, jusque il y a deux ans, il n’avait eu de paralysie.

Il y a deux ans, il ressentit dans les jambes une diminution de forces, sans que cette faiblesse fût accompagnée de diminution de la sensibilité cutanée. Cependant cette demi-paralysie s'était généralisée; les bras commençaient à en être affectés, la langue à perdre sa liberté d’action, et il en résultait un certain embarras de la parole, la vue elle-même était affaiblie. Mais ce qui tourmentait le plus cet individu, ce qui l’avait surtout décidé à entrer à l'hôpital, c'était son incontinence d'urine. Pendant la journée et dans l’espace de douze heures, il était obligé de quitter quatre ou cinq fois son travail pour satisfaire au besoin de pisser sans qu’il lui fût possible de retenir ses urines. La nuit il mouillait plusieurs fois son lit, n'étant plus alors averti, comme pendant la veille, de la nécessité de vider sa vessie. Ce malade a succombé plus tard dans notre service à une encéphalopathie saturnine.

L'espèce d’incontinence d'urine dont était affecté cet individu n’a aucun rapport avec celle dont je vous ai parlé tout à l'heure. Je ne voulais pas cependant laisser ce fait de côté, d'autant moins qu'il est important d’appeler votre attention sur les moyens que nous avons employés pour arriver à la guérison dans ce cas.

Messieurs, si l’incontinence nocturne de l'urine ne saurait être considérée en réalité comme une maladie sérieuse, du moins constitue-t-elle une triste infirmité, que vous observerez assez communément dans le cours de votre carrière médicale, et à propos de laquelle il n’est pas un d’entre vous qui

ne puisse, être consulté dès le début de sa pratique. Je ne dois donc pas laisser passer inaperçus les faits qui se sont présentés à votre observation, et je dois surtout insister sur le mode de traitement qui nous a si merveilleusement réussi chez la première de nos malades, comme il me réussit dans la majorité des cas. Mais avant de formuler cette médication, il importe de bien spécifier les circonstances où elle est indiquée, et d'établir par conséquent les conditions dans lesquelles l’incontinence nocturne de l'urine se produit.

Il est, vous le savez, des individus, et cela est surtout fréquent dans la première jeunesse, il est des individus auxquels il arrive de pisser au lit parce qu'ils rêvent pisser contre un mur ou dans leur pot, ces rêves étant sollicités par un besoin d’uriner qui les tourmente et qu'ils satisfont en dormant. Il en est d'autres, ce sont toujours des enfants, qui pissent au lit par paresse, parce que, ne voulant pas se lever aux premiers avertissements qu’ils éprouvent, ils se rendorment, et ne sont bientôt plus maîtres de retenir leurs urines. A cette catégorie appartiennent ceux qui, d’un naturel poltron, ont peur des ténèbres, et n’osant pas sortir du lit, ou appeler les personnes qui pourraient leur venir en aide, aiment mieux souiller leur couche que de se déranger. Dans ce genre d’incontinence nocturne de l’urine, beaucoup plus rare d’ailleurs qu’on ne le croit généralement, les accidents se répètent à des intervalles très- éloignés ; pour y mettre un terme, il suffit le plus ordinairement d'exercer sur ces enfants une influence morale, de les menacer de châtiments quand ils sont petits, de leur faire honte lorsqu'ils sont plus avancés en âge, et la médecine n’a ici aucun besoin d'intervenir. Il n’en est plus de même pour l’incontinence nocturne d'urine, de laquelle seule nous devons nous occuper, et qui est sous la dépendance d’un état vraiment pathologique.

Celle-ci, bien qu’elle puisse quelquefois dater de la naissance, ainsi que cela avait lieu chez notre jeune fille du n° 3 de la salle Saint-Bernard, ne survient ordinairement que lorsque le malade est arrivé à un certain âge. Comme presque tous les enfants, il avait pissé au lit jusqu’à l’âge de quinze à dixhuit mois, et comme tous les enfants aussi, à partir de cette époque, il avait cessé d’y pisser, lorsque tout d’un coup il recommence à le faire. C’est habituellement vers sept à huit ans que cette incontinence nocturne de l'urine se déclare. Les accidents surviennent alors presque toutes les nuits, et quelquefois plusieurs fois dans le courant de la même nuit.

Quelles en sont les causes? Vous entendez souvent dire par ceux qui en sont affectés, et par leurs parents eux-mêmes, qu'une peur qu'ils ont éprouvée en a été le point de départ. Je ne saurais trop vous mettre en garde contre ces interprétations. Les émotions morales, la peur en particulier, sont mises trop facilement en avant pour expliquer l’origine de certaines névroses, bien qu’en réalité il s’en faille de beaucoup qu'il existe la moindre relation entre celles-ci et leurs prétendues causes. Un enfant à des attaques de mal comitial, ses parents ne manqueront pas de raconter que la première est survenue à la suite d’une grande frayeur. Cela peut être, je ne le conteste pas,

65h INCONTINENGE NOCTURNE DE L’URINE.

ét dans nos conférences Sur l’épilepsie j'ai eü soin de vous signaler la part qui révient Aux émotions morales däns la prodüction dé cette redoutable maladies mais cette part ést; èn vérité, relativement très-faible, et sur plus de cent fois qh’ori invoquetà cette inflténce morbidé, à peine existera-t-elle une fois réellèttient. En intérrogéant les antécédents héréditaires du sujet; vous trou= veréz dés räisonis plus qüé suffisantes poür vous rendre égouts de l'existence du mal. | |

Ce qué ous sävons toutefois, c’est düe; pour l’incontinenice d’ürine comme pour beautoup d’autres névroses, l'Aérédité joue, dans certains cas, un rôle incontestable.

Je voyais; il y à Quelque tétüps, dans mon cabinet, une demoiselle d’urie vifigtaine d’ännéés fui en était atteinte: Ses accidents, Qui révenaient presqué chaqüé nüiït; se montraïent dans la première heure du sommeil, ét né se re nouvelaient pas jusqu'au réveil. Dans le jour ellé avait là faculté de reténit très-lüngtemps ses ürines. Elle m'était amenée par sa mère, et celle-ci ne disait tü’ellémême avait Eté sujette à cètte incontinence d'urine jusqu'a inothent dé Sa puberté où elle avait été guérie spontanément ; elle ajoutait que son fils avait eu jusqu'à douze ans la même infirmité.

Aù tnois de juillét 1860; une dame de quarante äns me cofidüisait son fils qui allait sübir sès examens pour l’école militaire de Saint-Cyr; ce jetifié homimè aväit une inicontinence nocturne de l’uriné dépuis sa seconde enfance: Les accidents étaient d’ailléurs assèz rares èt né $e reproduisäiéñt qü’uñe Où deux fois par mis. C’en était assez pour rendre le séjour dans une école mi? litairé impossible. Cette dame me disait qu’ellé-mêime avait été sujette à là même infirmité jusqu’à l’âge de douze ans. Élle me racontait qu’ellé était déjà pubère et très-grande dépüis uné année, lorsque $a mère, qui avait compté que là pubérté amènerait I cessation des attaques; trompée dans son attehté ét pétsuadée t'elle y méttait dé là mauvaise volonté; lui infligéa dit matin; ètl présence de la féminie de chambre, ünè de ces corrections qui ne sont güèré employées que pot lès petits énfants ; elle en fut profondément émué, et dés lors elle cessä d’uriner aû lit:

Dès exemples analogues ont été rapportés. C’est ici, hésite que l’incotts tinence nocturne de l’ufiné et lépilepsie présentent un certain point de con” tact, Il n’est pas absolument rare, en effet, dé rencontrer dans les antécédents héréditaires; dés individus épileptiques, et, dans cés cas, ce n’est pas forcer l'induction que de voir dans les accidents doit nous parlons un nouvel exemple de ces mutätions des hévroses les unies d'ans les autres, mutations sur lesquelles j'ai plus d’une fois appelé votre attention. Ma manière de voir est d'autant plus acceptable, qu’il peut arriver, aihsi que j'en ai cité utie observation, que cette mutation ait lieu chez le même individu. Dans le cas auquel je fais allt® sion, il s’agissait d’un enfänt qui, ayant pissé au lit jusqu’à l'âge de neuf àn8, fut sujet à des accès de mal comitial, Quañid il eut 16 guéri de sa prèrnière infirmité. L’épilepsie; du reste, né jouerait pas seule ici le role que nous luï

INCONTINENCE NOGTURNE DE L'ORINE. 655 attribüons; lhystérie pourrait être également inise en cause din ün grand nombre de circonstänces.

J'ai dit Qu'il nous fallait conifesser hôtfe ighotaniee des Causes de l'inconti= nence d'urine; j'erftends leS catises occasiünnélles. Dans quelques cas, ainsi que cela est arrivé chez nôtre jeune gärcon de la Sälle Säinté-Agnes, ün phimosis à été le püitit dé départ des äccidents ! Ce fait Pourrait être interprété en disant qe la présence de concrétions sébäcées interposées entre le prépüce et le gland provoqte une ifritation qui $e propage Sÿmpathiquement à la vessie, qui est dès lors plus vivement sollicitée à se contracter lorsque l'urine vient à s’accumuler dans sà cavité : Mais C’est à un fait tout exceptionnel et pour là gratide majorité des cas, touté explication nous fait absolument défaut. |

Peut-être contiaissons-nous mieux la Cause prochaine, la cause organique de l’incontinence.

plus attentivément les faits potir voir tout C6 que Cétie opinion avait de trop exclusif. L’incôntinence nocturne dé l'urine S’observe, eh effet, Chez des sujets d'une constitution délicate, Sans aucutñie énergie physique ou Morale, mais il est presque aussi fréquent dë l'observef Chez des itidividüs présentant tous les attributs de la force et de la plis parfaite santé.

Sans vouloir aller plus loin, nous répétérons qué l'incontinence nocturne de l'urine est une névrose, et nôus ajotiterüns que éêtte névrose se thadtiit par une irritabilité excessive de la véssié: Eh définitive, c’est cet étcès d'irritabilité des fibres musculaires de la vessie, qui ést là câtise immédiate de l’incontinence. Voilà les conclusions auxquelles nots somthes ärrivé étt cherchant à nous rendre compte dés succès obtents avec li belladone dan le trailement de cette affection; constatant une fois de plus la vérité de l’aphotisme d’Hippocrate : Vaturam morborüm curationes osténdunt. LE

Vous savez, messieurs; ce qui se passe dans l’atté de la miction, L'ürine sécrétée par les reins s'écoule par les üretères dans la vessie; où éllé S’accuinulé, retenue par l'obstacle qu'oppose à sa sortie le Sphincter vésicäl habituellement fermé. Lorsqu'il s’en est ainsi accumulé une quantité plus 6u moins considérable, le besoin d’uriner se fait sentir, et ilest dû à la contraction des fibres musculaires de la vessie luttant contre la résistance du sphincter. Bien Que celui-ci, comme tous les muscles de la vie organique; süit placé en dehors dé l’action de la volonté, il en dépend cependant de telle Sorte qué sa contraction, $ous l’influence de cette volonté, devient assez énergique, êt que l’on peut rétehir ses urines pendant un temps plus ou moins loug; la constriction exercée sûr le col de la vessie par les fibres propres de Son sphincter est alors augineñtée par la contraction des muscles bulbo-cavernieux et releveut de l'anus: Mais il àrrive

un moment où le besoin devenant plus pressant par suite de l'accumulation plus grande de l'urine, les forces qui s'opposent à sa sortie sont vaincues par celles qui tendent à l’expulser, et alors la miction a lieu, Elle a lieu d’abord par le seul fait de la contraction des fibres musculaires de la vessie, et cette action est suffisante pour que la vessie se vide complétement, quand surtout le sphincter offre peu de résistance, comme chez les petits enfants ; chez les enfants plus avancés en âge et chez les adultes , elle ne suffit pas toujours, et les muscles abdominaux, y compris le diaphragme, interviennent pour aider l’accomplissement de l'acte.

IL est donc nécessaire, pour que la miction s’opère volontairement, que la résistance du sphincter vésical soit assez forte pour contre-balancer l’action des muscles qui tendent à expulser l’urine hors de son réservoir naturel.

Dès que cette résistance du sphincter ne sera plus assez puissante, les urines s’'échapperont involontairement, il y aura incontinence.

Ce défaut de résistance peut être absolu ou relatif. Il peut être absolu, comme dans les cas de paraplégie, de paralysie, et c’est ce qui arrive chez notre malade du n° 1 de la salle Sainte-Agnès, qui, je vous le rappelle, a été affecté d’accidents saturnins et qui a gardé une paralysie de vessie. Mais alors il n’y aura plus seulement incontinence nocturne, les urines s’échapperont indépendamment de la volonté de l'individu, aussi bien dans la journée que pendant la nuit, et conune la vessie participera elle-même à cette paralysie, l'écoulement se fera d’une manière passive, non par un jet vigoureux, comine cela a lieu dans les cas dont il est ici spécialement question.

Dans l’incontinence nocturne de l'urine, le défaut de résistance n’est que relatif, en ce sens que, ainsi que je vous le disais tout à l’heure, c’est l'irritabilité des fibres musculaires de la vessie elle-même qui est augmentée.

Cette irritabilité, et, j'ajouterai, cette tonicité exagérées de la vessie sont démontrées par ce fait que, ainsi que l’a constaté Bretonneau, ainsi que je l’ai constaté moi-même, la plupart des malades atteints d’incontinence nocturne d'urine pissent pendant le jour avec une roideur extrême. Elle me paraît aussi démontrée par ce fait encore, que les malades sont, quand ils dorment, presque toujours en érection : or ne peut-on pas admettre que la vessie participe à cet état d'éréthisme des organes génitaux externes.

I] se peut qu'avec cette augmentation de la tonicité des fibres musculaires de la vessie, il ÿ ait un certain degré d'atonie du sphincter, et alors les malades, comme cela arrivait chez la jeune fille du n° 3 de la salle Saint-Bernard, ont beaucoup de peine, même pendant le jour, à retenir leurs urines. Mais le plus souvent, hâtons-nous de le dire, il n’en est point ainsi ; le sphincter vésical, alors du moins que la volonté peut lui commander, conserve toute son énergie. Ce qui démontre qu'il ne s’agit point ici, bien qu’on l'ait prétendu, d’une atonie du sphincter vésical, c’est que ces individus peuvent retenir très-longtemps leurs urines lorsqu'ils sont éveillés. La jeune fille qui fait le sujet de notre première observation nous a souvent répété qu'il en était

ainsi chez elle. Or comment expliquer cette faculté, en admettant un affaiblissement dans la contractilité du sphincter ?

L'incontinence est nocturne; c’est pendant le sommeil que les accidents surviennent et au moment où le sommeil est le plus profond. Interrogez les malades, ou plutôt interrogez les personnes qui peuvent nous donner des renseignements sur eux, et vous apprendrez que ceux qui pissent au lit ont en général le sommeil très-dur, On comprend facilement dès lors comment les choses se passent,

Pendant le sommeil, la contractilité volontaire du sphincter vésical étant complétement anéantie, sa contractilité organique n’est plus suffisante pour latter contre celle des fibres propres du corps de la vessie, et dès lors la miction se fait involontairement. IL n’est pas besoin pour cela qu'il y ait une quantité considérable d'urine accumulée.

Je reviens encore à notre malade de la salle Saint-Bernard. Bien que plusieurs fois dans Ja nuit elle se levât pour uriner, soit qu’elle se réveillât d’ellemême, soit qu'on la réveillât ponr éviter les accidents, ceux-ci n’en survenaient pas moins vers le matin, dans les dernières heures de son sommeil. Il en est de même chez beaucoup de ceux qui sont atteints de cette infirmité. 11 n'y a donc pas lieu d’admettre, comme l'ont écrit certains auteurs, que l’incontinence nocturne est due à une plénitude excessive de la vessie, que l’écoulement des urines se fait par regorgement, ainsi que cela arrive dans la rétention en général.

Messieurs, dans la question qui nous occupe, il est un point important à élucider.

Dès les premiers temps qu’elle fut soumise au traitement que je lui avais prescrit, notre jeune fille de la salle Saint-Bernard éprouva une amélioration sensible. 11 y avait une quinzaine de jours qu’elle prenait de la belladone, lorsqu'elle resta dix à douze jours sans pisser au lit, tandis qu'auparavant elle y pissait non pas seulement toutes les nuits, mais même souvent deux fois par nuit. Sur ces entrefaites, ses règles ayant apparu pour la première fois, la religieuse hospitalière, jugeant que ce serait une crise qui amènerait la guérison radicale de ja maladie, cessa de donner le médicament. L’incontinence ne tarda pas à reparaître.

Cette influence de l'établissement des règles, et, d’une manière plus générale, l'influence de la puberté sur la guérison de l’incontinence nocturne d'urine, est une opinion assez généralement répandue, non-seulement parmi les gens'du monde, mais encore parmi les médecins ; de même que l’on croit que, lorsqu'elle date de la naissance, cette infirmité cédera tout naturellement, soit à l’époque de la première dentition, soit tout au moins à l’époque de la seconde ; comme aussi, lorsque l’âge de la puberté est passé sans avoir rien modifié, on espère que le mariage, qu'un premier enfant amèneront le changement désiré. Gardez-vous, messieurs, de ces illusions ! Les faire partager aux parents qui vous demanderaient votre avis sur ce point serait vous

TROUSSEAU, 2€ dit, 11, #2

exposer à de fâcheux mécomptes. Sans doute l’incontinence d'urine qui guérit le plus souvent, pour ne pas dire toujours, d'elle-même, à un moment donné, peut guérir à l'époque de la dentition, à l’époque de la puberté, à l'époque du mariage ou d’un premier accouchement. Mais ce sont là de simples coïncidences, si j'en juge par les faits nombreux que je vois chaque jour, dans lesquels les accidents ont persisté sans que les diverses révolutions éprouvées par l'organisme aient jamais eu aucune influence sur eux.

Une fois, cependant, il m’a semblé voir dans la guérison d’une incontinence nocturne et une première grossesse une relation évidente. C'était chez une jeune fille de dix-huit ans qui, depuis sa naissance, urinait au lit. Chez elle aussi on avait compté, mais en vain, sur là dentition ; à quatorze ans, la menstruation s’étdit établie sans plus d’âvantage ; on avait alors dit à la famille que le mariage la guérirait. Cette demoiselle avait tous les agréments de la beauté et de là richesse: mais comment la donner à un homme sans prévenir celui-ci de l’infirmité de sa future femme? Et quel homme consciencieux aurait accepté de courir les chances qu'on lai préséntait? Un individu sans fortune ne recula pas devant la situation ; il l'épousa. Sa femme devint immédiateinent enceinte, et, à partir de cette époque, elle cessa de pisser au lit.

Cet exemple est le seul que je connaisse ; jé ne saurais trop vous le répéter, les cas analogues doivent être très-exceptionnels. Quant aux maladies inter currentes dont peuvent être pris les individus affectés d’incontinence, elles ont une influence réelle sur celle-ci. Ainsi les maladies aiguës, fébriles, notaimélit les fièvrés éruptives, suspendent les accidents pendant leur durée, et quelquefois même ce bénéfice se prolonge pendant quelque temps après la cessation de la fièvre. Vous vous rappelez certainement cette jeune fille cou= chée au n° 22 de la salle Saint-Bernard. Je la traitais infructüensement depuis dix-huit mois. Elle prit une dothiénéntérie dans 16 courant de l'été 1861, ét durant sa convalescence ellé resta Vingt-quatré nuits sans uriner au lit. Les accidents reparurent plus tard. Ne voyez-voüs pas ici une nouvelle analogie entre l'incontinence nocturte de l'urine et les autres névroses ?

Messietirs, ün grand nombre de moyens ont été employés pour combattre l'incontineéhce nocturne de l'urine, qui, bien qu’étant toujours une affection sans aucune gravité et guérissant à peu près toujours d'elle-même à un mos ment donné, n’ér Constitué pas moins une déplorable infirmité, contre laquelle les inédecins sont chaque jour appelés à intervenir. Entre toutes ces médications, celle par la belladone ou par l’atropine occupe le premier rang. Admifistré dans certaities conditions, èt ces conditions sont cellés qui se présentent lé plus ürdinairetient, donné suivant certaines règles, ce Médicarnent constitue un rémède sinon infailible, du moins éminemment utile. Presque toujours il amèné un amendement notable dans la fréquence des accidents, et en un grand nombré de cas, il les fait cesser complétement.

Gette médication que j'ai empruntée à la pratique de Bretonneau me rend dépuis longtemps d’incontestahles services, comme elle en à rendu à M. Blaclie

et à d'autres médecins encore, Vous avez vu vous-mêtes le succès que nous En avons übtenu chez la première de nos deux jeunes filles de la salle Saint- Bernard, el je vais vous raconter sommairement ce qui s’est passé chez elle, en Vous rappelant ainsi lés règles que hous avons suivies. À Son arrivée à l'hôpital, je lui ai fait prendre chaque soir une pilule contenant un cenligramme d'extrait de bélladone, et tout de suite l'amélioration a été sensible. Les accidents qui jusque-là survenaient deux fois chaque nuit, ne se répétaient plus qu'une: à mesure que nous avancions, le médicament étant toujours donné à la même dose, ces accidents n'avaient plus lieu toutes les nuits comme auparavant. Deux, trois, quatre nuits se passaient sans que là malade urinât dans son lit; puis celle Y pissait de nouveau pendant deux, quatre, cinq, six nuits de suite, Cela dura plusieurs semaines. Sans me laisser décourager par la ténacité du mal, J'augmentai les doses de belladone, que je portai progressivement à 6, 7, 8, 9 et méme jusqu'à 10 céntigrammes, qui étaient pris du même Coup, et toujours le soir. A cette dose de 40 centigrammes, l'amendement fut tel, que vingt-deux nuits se passèrent sans qu'il y eût d'accidents. La malade en fut reprise alors deux nuits de suite, el resta après huit ou dix nuits sans en avoir; dé nouveau elle pissa au lit deux où trois nuits, et de nouveau encore elle resta une dizaine de nuits Sans y pisser, Assurément nous àvVions gagné du terrain, mais notre but était loin d’être atteint. J'insistai sur la médication, et toujours graduellement je portai jusqu’à 15 centigrammes la dose de la belladone. Il y à aujourd'hui cinquante jours, près de deux mois, que la malade est maintenue à cette dose de 45 centigrammes, et depuis cinquante nuits elle n’a pas uriné une seule fois au lit (2). Ce fait, messieurs, vous montre la persévérance qu'un médecin convaincu doit mettre dans un traitement dont son expérience lui a démontré l’utilité. Or, je vous le répète, c’est pour moi une conviction profonde, que la belladone est larme thérapeutique la plus puissante que nous ayons à opposer à lincontinence nocturne de lürine chez les individus des deux sexes. Si je n'ai pas la certitude absolue que, grâce à cet héroïque moven, je guérirai invariablement mes malades, du moins suis-je certain de les soulager presque toujours. Fort de cette conviction, je mets dans le traitement une patience que je réclame de ceux confiés à mes soins, et dans le cas dont vous venez d'être témoins, Vous avez vu si le succès à répondu à notre attente. Malheureusement il n'ést pas toujours possible d'obtenir des malades cette persévérance qui leur est si nécessaire : dès qu’une amélioration notable s’est prononcée, ils se croient désormais à l'abri du mal, et, ne Lenant plus compte de vos recom- Mandations, ils abandonnent l’usage du remède ; les accidents ne tardant pas à

… (1) La guérison ne s’est pas démentie depuis le jour que cette leçon était faite à l’'amphithéâtre de l'Hôtel-Dieu, et nous avons pu nous assurer que cette guérison était Ydicale puisque la malade resta dans nos salles en qualité d’infirmière jusque vers la fiñ dé l'année 1868.

reparaître, il faut alors recommencer le traitement, et le continuer alors plus longtemps qu’on ne l'aurait fait si les premières prescriptions avaient été rigoureusement suivies.

En définitive, messieurs, voici les règles de ce traitement. Je fais prendre chaque soir, au moment de se coucher, 1 centigramme d’extrait de belladone, ou bien un demi-milligramme de sulfate neutre d’atropine, qui est administré soit sous forme de pilules, soit sous toute autre forme. Si les accidents deviennent plus rares sous l'influence de cette première dose de médicament, je la maintiens pendant un certain temps; mais si au bout de ce certain temps, huit ou dix jours par éxemple, l'amélioration ne fait pas de progrès, j'augmente la dose de belladone, et j'en fais prendre, toujours le soir, et au même moment, 2 centigrammes. Suivant la même règle et guidé par les mêmes indications, j'accrois successivement ainsi les quantités du remède, que je porte à 5, h, 5, 6, 10, 15, 20 centigrammes et même au delà, selon que l’action thérapeutique est plus ou moins prononcée, selon aussi la tolé: rance individuelle.

Lorsque l'amélioration a duré un assez long temps pour qu'il soit permis de croire à une guérison radicale; lorsque pendant trois, quatre, cinq mois il n’v a eu aucun accident, au lieu d'interrompre brusquement la médication, je la maintiens encore, mais en diminuant progressivement la dose du médicament, pendant deux, quatre, cinq, six, huit, dix mois, plus d’un an même, selon les cas, selon les circonstances, lorsque j'ai eu à combattre une inconti nence nocturne plus ancienne, et par conséquent plus invétérée.

La belladone, administrée suivant les règles que je vous indique, et admis nistrée avec une grande persévérance, est, je vous le répète, l'arme théra= peutique la plus puissante que nous ayons à opposer à l’incontinence nocturne de l’urine, j'entends cette espèce d’incontinence sur laquelle j'ai plus spécialement appelé votre attention et qui dépend d’un excès d’irritabilité de la vessie. La belladone agit, dans ces cas, en diminuant cette excitabilité, cette tonicité exagérée du plan musculaire du réservoir de l'urine ; elle agit donc par ses propriétés physiologiques, qui sont de diminuer la contractilité de ces fibres musculaires, propriétés qui ont été surtout mises en lumière par les expériences que M. le docteur Comaille a faites sur lui-même.

Tout en revenant encore sur la nécessité d’insister sur ce remède, en el augmentant graduellement les doses, de continuer longtemps après que les accidents nocturnes ont cessé, je vous ferai observer que souvent, lorsque, dans les premiers mois du traitement, la belladone à produit l’effet qu’on en attendait, il est opportun d’en suspendre l’usage et de la remplacer quelque temps par des préparations de noix vomique.

Dans les cas où l’incontinence nocturne d’urine dépend non plus seulement d’un excès d’irritabilité des fibres musculaires de la vessie, mais encore d’une atonie du sphincter vésical, la belladone ne présente plus les mêmes avantages. Quoique, en quelques circonstances, on en obtienne d'abord ur

INCONTINENCE NOCIURNE DE L'URINE, 661 certain effet, parce qu’en diminuant la tonicité du plan musculaire de la vessie, lorsque cette tonicité est exagérée, le sphincter peut résister plus facilement, c'est contre l’atonie du sphincter qu’il faut lutter pour arriver au résultat que l'on cherche. Or les préparations de strychnine trouveront ici leur indication, Celle à laquelle je donne la préférence, parce qu’elle me paraît d’un maniement plus facile, est le sirop de sulfate neutre de strychnine, dont, en d'autres occasions, je vous ai donné la formule et dont je vous ai indiqué le mode d'administration.

C'est à ce médicament qu’il faut d'emblée avoir recours lorsque l’incontinence est exclusivement sous la dépendance d’une atonie, non-seulement du sphincier, mais encore de toute la vessie. Cette espèce d’incontinence se reconnaît à ce que, d’une part, elle est à la fois diurne et nocturne ; à ce que, d'autre part, chez les individus qui sont affectés de cette infirmité, le jet d'urine est flasque, contrairement à ce que nous avons dit exister chez ceux qui sont atteints de l’autre espèce d’incontinence exclusivement nocturne.

C'est aussi la strychnine que nous avons d’abord donnée à notre malade du n° 1 de la salle Sainte-Agnès ; mais cette médication, tout en modifiant la para- Iysie, au point que peu de temps après cet homme marchait avec beaucoup plus de facilité et beaucoup plus longtemps qu'auparavant, tout en modifiant, dis-je, la paralysie des membres inférieurs, la médication strychnine est restée sans effet sur l'incontinence d'urine. Voyant cela, j'ai eu l’idée de recourir au compresseur de la prostate, dont je vous ai parlé comme d’un des plus puissants moyens que nous possédions pour guérir certaines espèces de spermatorrhée. Je comptais, à l’aide de cet appareil, agir sur le col de la vessie de la mème façon que, dans les pertes séminales, nous agissons sur l’orifice des canaux éjaculateurs. J'ai atteint mon but; car bientôt notre malade, averti du besoin d’uriner, ce qui ne lui arrivait pas auparavant, à pu résister à ce besoin et retenir ses urines ‘aussi bien quand il dormait que lorsqu'il était éveillé. Quoique ce fait soit le seul que j'aie à vous présenter de ce genre, il n'en à pas moins sa valeur, et je vous engage à en prendre note.

Indépendamment de ces médications internes et du traitement chirurgical à opposer à l’incontinence nocturne de l'urine, il en est un autre que nous devons faire entrer en ligne de compte, et qui consiste à engager les individus à prendre l'habitude de résister aussi longtemps que possible au besoin d’uriner, lorsqu'ils l’éprouvent dans la journée.

L'incontinence nocturne de l'urine, ainsi que je vous l'ai dit, dépend d’un excès de tonicité et d’irritabilité des fibres musculaires de la vessie; or, toutes les fois qu'un muscle se trouve dans ces conditions de tonicité, d’irritabilité exagérée qui en sollicitent le spasme, le meilleur moyen de lutter contre ce spasme est aussi de lutter contre la tonicité du muscle. Il suffit pour cela de porter la fibre musculaire à son degré le plus considérable possible d’extensibilité ; or, c’est par l’habitude qu’on arrive à ce résultat.

Vous savez tous que les gros mangeurs finissent par avoir un estomac plus

ample que celui des autres hommes. Cette amplitude plus grande de l'estomac, occasionnée d’abord par la présence d’une quantité trop considérable d'alis ments, finit par en être indépendante. A force d’être habituellement distendue, la fibre musculaire perd sa tonicité, et, à un moment donné, bien que l'estomac soit vide, il ne revient plus sur lui-même. De même, une constipation habituelle amène une distension exagérée du gros intestin. Ces distensions exagérées de l'intestin et de l’estomac sont, pour le dire en passant, causes d'accidents dont j'aurai à vous entretenir longuement un jour, et parmi lesquels je citerai dès à présent les flatuosités stomacales et intestinales.

Il en est de la vessie comme du tube digestif, comme d’ailleurs de tous les organes creux : par leur disteusion habituelle, les fibres musculaires qui entrent dans la composition de ces appareils perdent une partie de leur con: tractilité. C’est ce fait qui doit être mis à pr ofit dans le cas particulier dont nous parlons.

Il n’est personne qui ne sache que la vessie des femmes es! plus grande que

celle des hommes: que cela tienne en partie à ce que naturellement ce réser=

voir. est plus ample chez elles, il est incontestah ble aussi que cela, tient encore à ce que les femmes, en raison des conditions sociales au milieu desquelles elles vivent, prennent de bonne heure l’habitude de reteuir leurs urines beaucoup plus longtemps que ne s'y. astreignent les hommes. Ceux-ci peuvent cepens dant prendre la même habitude, et il en est qui restent plusieurs heures sans exontrer leur vessie, tandis que d’autres ne savent pas résister aux premiers besoins. Si, passé un certain âge, retenir ses urines a des inconvénients, cela n’en a aucun dans la jeunesse et encore moins dans l'enfance. On ne saus rait donc trop recommander aux enfants et aux adolescents affectés d° incontinence nocturne de prendre l'habitude de retenir leurs urines aussi longtemps

qu'ils le peuvent lorsqu'ils sont éveillés, Cette petite précaution semblera

peut-être à certains savants bien insignifiante; elle n’en à pas moins Son importance, et vient en aide au traitement que je vous ai indiqué.

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