ET DANS L'APOPLEXIE
cette résolution complète des membres droits, concordant médiocrement avec le peu de gravité des troubles intellectuels.
Il n’est pas ordinaire, en effet, suivant moi du moins, que, dans l’hémorrhagie cérébrale, la résolution des membres frappés de paralysie soit aussi complète qu’elle l'était chez cet homme, sans qu’il y ait en même temps perte de connaissance. Cette abolition absolue des mouvements, sans coma, sans carus qui l’accompagne ou du moins qui l’ait accompagnée au moment de l'attaque, appartient pour moi plus particulièrement au ramollissement.
Déjà, en plus d’une circonstance, et depuis longues années, j’insiste auprès de vous sur ces éléments de diagnostic différentiel entre l’hémorrhagie et le ramollissement, éléments de diagnostic qui ont été donnés par Récamier, et dont je ne revendique en rien pour moi l’idée. Selon mon illustre maître, quoique les phénomènes qui, en quelques cas, ont précédé l'attaque de paralysie soient d’une certaine valeur, valeur qu'il ne conteste pas, celle des symptômes actuels est bien autrement considérable.
Récamier affirmait, — et dans plus d’une occasion j'ai été à même de vérifier l'exactitude de sa proposition, — que toutes les fois qu’une paralysie étant complète et absolue d’un côté du corps, fût-elle survenue subitement, j'insiste sur ce point, le malade conserve son intelligence et sa sensible on peut dire qu'il y a ramollissement du cerveau.
Quand, au contraire, cette perte absolue du mouvement se lie à la perte de la sensibilité et de l’intelligence, quand surtout l'individu est tombé subitement dans le carus, c’est une hémorrhagie qui s’est produite, et une hémorrhagie considérable.
Mais, lorsque l'intelligence est troublée, sans être tout à fait abolie, lorsque la sensibilité est obtuse sans être complétement éteinte, en même temps qu’il y a paralysie complète du mouvement, comme cela existe chez notre malade de la salle Sainte-Agnès, on doit, toujours suivant Récamier, croire qu'il y a hémorrhagie liée au ramollissement, ou bien qu’on a affaire à cette forme d’hémorrhagie qu’on a appelée hémorrhagie capillaire, laquelle se fait ordinairement dans une portion ramollie de l’encéphale, hémorrhagie capillaire caractérisée à l’autopsie par la présence, soit d’une multitude de petits foyers hémorrhagiques, restant parfaitement isolés les uns des autres, ou se réunissant de façon à former des foyers plus ou moins grands. Dans ces cas, mais dans ces cas seulement, le célèbre médecin de l’Hôtel-Dieu était tenté d'admettre le ramollissement préalable que Rochoux regarde comme la condition organique, le travail pathologique précurseur obligé de toute hémorrhagie cérébrale.
Je suis trop l'élève de Récamier, je l'avoue, pour ne pas me ranger à'son avis, dont mon expérience personnelle m'a paru démontrer la justesse. Chez le malade du n° 48, j'incline donc à croire à une hémorrhagie combinée avec un ramoilissement cérébral. Je me fonde sur ce que cet homme n’a rien éprouvé de ces accidents graves du côté de l'intelligence, cette perte de connaissance, ce coma ou du moins cette somnolence, qui accompagnent ordinai-
rement les grandes hémorrhagies ; que tout, de ce côté, se résume à un peu de confusion, d’étonnement, d’abasourdissement, coïncidant avec la diminution de la sensibilité cutanée du côté où la paralvsie du mouvement est aussi absolue que possible.
En vous parlant plus haut de notre malade qui est couchée au n° 41 de la salle Saint-Bernard, je vous disais que je désirais fixer votre attention sur le phénomène insolite qu’elle présente, phénomène auquel je ne vois pas attacher, en général, une valeur pronostique assez grande.
Cette femme vous a dit, et nous avons pu constater la vérité de ses assertions, que son bras se mouvait plus facilement que sa jambe : elle vous a dit que, dans les premiers mois qui avaient suivi son accident, elle avait marché beaucoup mieux qu’elle ne le fait aujourd’hui.
Vous savez que c’est le contraire que l’on observe ordinairement. En effet, dans la grande majorité des cas, le membre inférieur récupère ses mouvements beaucoup plus vite que le bras paralysé. Le pourquoi, je l’ignore, et je ne sache pas que personne l'ait expliqué d’une manière satisfaisante.
Mais il y a de remarquable que lorsque le bras reprend rapidement ses mouvements, la jambe restant relativement plus fortement paralysée, les choses vont plus mal que lorsque la décroissance des accidents paralytiques a l'allure habituelle.
Il y a trois ans, j'étais mandé’auprès d’un officier général qui me touchait de très-près. IL avait été frappé le matin, peu avant son déjeuner, d’une attaque de paralysie qui avait atteint le côté droit : les choses allèrent assez mal pendant trois ou quatre jours; mais bientôt la fièvre cessa, et, quinze jours après l'attaque, le malade pouvait écrire, se raser, et il marchait assez bien ; toutefois l'extrême précision des mouvements qui est nécessaire à l’homme qui écrit et qui se fait la barbe, indiquait assez que le membre supérieur était infiniment mieux que la jambe, car la claudication était très-forte.
Après quelques mois, sa jambe devint roide cet douloureuse, sa démarche était beaucoup plus difficile. Bientôt une canne ne lui suffit plus, il lui fallut un bras ; plus tard, même avec l’aide d’un bras, il ne put marcher ; alors le bras lui-même commença à perdre quelque chose, et parallèlement l'intelligence diminua; puis le pauvre malade ne put quitter le fauteuil, souffrant horriblement de son côté paralysé, surtout de la jambe; et il mourut dans un état de profonde imbécillité.
La même chose attend notre femme da n° 41. Elle aussi, comme je le disais tout à l'heure, se sert de son bras infiniment mieux que de sa jambe; mais déjà, depuis deux ou trois mois, cette jambe est, chaque nuit surtout, le siége de vives douleurs; la malade, qui marchait assez bien deux mois après son attaque, ne peut plus aujourd’hui faire un pas que lorsqu'elle est fortement soutenue; et avant que deux ou trois mois soient écoulés, il est probable qu’elle ne pourra plus quitter le fauteuil; qu'avant un an elle mourra misérablement, consumée par la douleur, et perdant complétement l'intelligence,