‹ Clinique médicale. v. 2, 1875Chapitre 1 sur 67 · DOCTRINE ET MÉTHODE DE LA MÉDECINE CLINIQUE · texte numérisé non relu

DOCTRINE ET MÉTHODE DE LA MÉDECINE CLINIQUE

La clinique est, à proprement parler, renseignement de la médecine pratique; tandis que la pathologie fait connaître le côté scientifique de la médecine, Tobjet de la clinique est Tinitiation à Tart médical : la première s'occupe des maladies, la seconde étudie les malades.

Se prêtant un mutuel appui, inséparables Tune de Tautrc, la pathologie et la clinique suivent des méthodes bien différentes : Tune part des faits particuliers pour les comparer, les grouper, les généraliser, les abstraire ; l'autre, s'emparant de ces données founiies par la pathologie, les applique aux cas particuliers, en tire des inductions pour connaître les lésions qui correspondent aux symptômes extérieurs, pour prévoir les tendances d(» la maladie, pour déterminer le traitement qu'il convient de lui oi)poser ; mais elle ne pei'd jamais de vue le malade^ c'est-à-dire un organisme qui souffre et qui combat, apportant dans cette lutte ses aptitudes individuelles, originelles ou acquises.

(1) Extraite des Leçons (Touverture de mes cnui's de clinique en 1859 et en i860, publiées dans la Gazette dei hôpitaux en 1859 et 1863.

OUUItAU DK MUSftT. i

Ces quelques mots suffisent pour définir le terrain d*' la clinique : mais, comme Ta dit un des écrivains les plus célèbres de nos jours, tout ensei^ement suppose une doctrine et une métluxle. J*^ dois donc dbmmencer par faire connaître la df»ctrine et la mêthr»de que j'ai adoptées. Je n'entreprendrai pas ici IhislfHre des d^Klrin^^s qui tour à Uîur ont répiê sur la m^^ecine ; je me contenterai d exjKiser simplemt^nt H franchement les principes que je crois étn* vrais. €*t qui senent de fondement a ma pratique: principf*s auxquMs je suis d'autant plus attaché qu'ils ne sont pas miens. Ils ont été prof*^ssés, dès l'origine d** notro art, par les prrands maîtn'S qui l'ont cré«'\ H ils f»nt eu pour défens«-urs. dans la suite des si*Vles, h*s pratici'*ns 1<'S plus éminents.

Toutes l<*s doctrines médicales gravitent autour de deux notions fondamentales : la notion de la vie, et la notion df' la maladie.

Toute m»yeciue, toute thérapeutique, dérive de la solution qu'on donne à ces deux cjuestions : et ceux mêmes qui évitent de les pr^s^r les résolvent implicitement, sous peine de demeurer dîms mi scepticisme qui ne peut conduire en thérapeutique (ju'à un empirisme ^ossjor, ou â une expectation systématique.

Qu'est-ce donc que la vie? Sur cette question, deux doctrines sont 'en présence, chacune d'elles se subdivisant en plusieurs sectes.

I>*s uns ne voient dans la vie qu'un résultat du jeu des oriianes : elle est une propriété de l'organisme, comme le magnétisme est une pi'opriété de l'aimant.

Les autres la regardent comme une cause, une force, ce qui est l(mt un, car tout ce qui est cause est force, et une force ne se n*vèle à nous qu'en tant qu'elle est cause ; cette force domine l'organisme, pn*side à son dévelopjiement et à sa conservation.

Entre ces deux opinions qui se contredisent ouest la vérité? Quand rorgîinisme est arrivé à son complet développement, la force qui l'anime se cache sous la complication de ses instruments. On pi^ul s'anvter un moment à cette pensée que la vie est un mécanisme très-délicat, trèsingénieux, mais qui, tôt ou tard, livrera ses secrets aux efforts de la chimie et de la physique.

Pour mieux juger la question, il convient d'étudier l'organisme sous sa forme la plus simple, dans sa manifestation primordiale, ab ovo. comme on dit, dans l'œuf! Et qu'y trouvons-nous, dans cet œuf? lue cellule, une agglomération de petites granulations. Annons-nous du nncroscop4», du scalpel, ils ne nous apprendront rien de plus. La chimie, avec son admirable arsenal de procédés et d'appareils analytiques, tous

INTRODUCTION. t

ses fourneaux, toutes ses cornues et tous ses réactifs, amvera à nous dire qu'il y a un peu d*albumine, de la matière grasse et quelques sels.

Eh bien, dans ce corps si simple, il y aune activité vitale si grande, si puissante, qu'elle ne va pas seulement se manifester par des actes fonc*tionnels, mais qu'elle va créer les organes eux-mêmes, et produire un être vivant qui représentera les caractères spécifiques, et même, dans une certaine mesure, les caractères individuels des êtres dont il est sorti.

Quel est le mécanisme qui peut accomplir de pareils effets ?

Comment soutenir que la vie est le résultat de l'action des organes, puisque là elle précède les organes, elle les fait ? Quel serait d'ailleurs Torgane affecté à cette fonction, la plus importante de toutes : l'évolution du fœtus? Personne ne l'attribuera à l'utérus, puisque l'embryon peut se développer en dehors de sa cavité ; c'est donc dans le germe lui-même qu'il faut placer la force qui préside à son développement. Quelques personnes pensent échapper à la nécessité de reconnaître l'existence de cette force en disant que le développement fœtal, comme la vie ellemême, sont le résultat de lois. A mes jeux, je l'avoue, c'est se payer d'un mot ; ou le mot loi n'indique que les rapports généraux et constants des phénomènes sans rien exprimer sur leur cause productrice, et alors, dire qu'un fait est le résultat d'une loi, c'est dire qu'il arrive ainsi parce qu'il an-ive toujours ainsi ; en un mot, c'est le simple énoncé du fait ; ou bien on attribue à la loi la production du phénomène, et alors on en fait une force ou la manifestation d'une force, parce que tout ce qui est cause est force.

Ainsi donc, quand on presse les mots ambigus à l'aide desquels on a essayé d'éliminer la notion de force, on trouve qu'ils n'en sont que l'expression déguisée.

Mais l'organisme un«i fois développé, la vie se réduit-elle à un mécanisme, comme le veulent certains médecins qui admettent bien la force vitale comme moteur initial ? Mais, pour eux, une fois l'impulsion donnée et les organes constitués, celte force cesserait d'intervenir, et, condamnée à l'inaction comme le dieu des stoïciens, elle demeurerait étrangère au gouvernement de l'économie vivante.

Le premier inconvénient de celte théorie, c'est qu'elle repose sur une hypothèse toute gratuite dont on ne comprend même pas l'utilité.

Un autre reproche plus gi*ave encore que je lui adresserai, c'est qu'elle est en contradiction avec les faits.

Cette force génératrice ne s'arrête pas d'ailleurs après l'évolution com*

ft CLIXIQtJS MEDICALE.

plèlo du fœtus : l'enfant continue à s'accroître et à se transformer. A-telle achevé sa tâche quand le corps est arrivé à son développement complet? Non, car les organes subissent, dans certaines de leurs partie&du moins, un travail incessant de composition et de décomposition; ils changent dans leurs éléments constituants, tandis que la forme, Vidée, comme disait Platon (1), persiste. La nutrition est une génération prolongée.

Ainsi donc, le raisonnement et l'observation se réunissent pour nous faire admettre une force différente des forces inorganiques, force qui produit les phénomènes de la vie, et que nous appelons force vitale. .

En l'admettant d'ailleurs, et en la séparant des forces physico-chimiques, nous ne faisons que suivre la méthode des physiciens, qui est la méthode générale des sciences, et qui, là où Ton observe un ordre spécial de phénomènes dilTérent de tous les autres, absolument inexplicable par les lois des causes connues, les rapporte à une cause ou force spéciale. C'est donc en vertu de ce procédé légitime de l'esprit humain que derrière les phénomènes vitaux, irréductibles en actes physico-chimiques, nous plaçons la force vitale.

Ce n'est pas à dire qu'il n'y ait point place dans l'organisme pour les forces chimico-physiques, l'expérience de tous les jours protesterait contre une doctrine aussi exclusive ; mais quel est le rapport de ces deux ordres de forces ? Je vais tàcher^de l'expliquer.

La force vitale se réalise et se manifeste dans un organisme, c'est-àdire dans un agrégat d'éléments ou de forces inorganiques. Je dis éléments ou force, car je regarde comme un dogme philosophique incontestable, exprimé déjà par Aristote, et irrévocablement établi par Leibnitz, que les idées de substance et de force sont inséparables l'une de l'autre. Eh bien, ces forces ou éléments inorganiques, coordonnés par la force vitale pour constituer l'organisme, sont harmoniquement subordonnés à cette force, mais conservent cependant leurs facultés, leurs attributs, agissent conformément à leurs lois propres, en tant que ces lois ne sont pas en contradiction avec les lois de la vie.

(f) n est difficile de contester Tappui que les faits vitaux prêtent à cette doctrine, toute platonicienne, de la suprématie de Xldée sur la matière dans le monde organisé. Depuis plus de trente ans^ je fais ressortir dans mes cours ce remarquable accord de la physiologie avec une philosophie que l'École médicale moderne renie généralement. Ri\ieunie par une phraséologie obscure et enveloppée dans un système panthéistique, cette doctrine a dans les temps modernes été reprise par des physiologistes allemands. M. Claude Bernard en la développant dans ces dernières années lui a donné une con* •écration nouveUe avec l'autorité qui s'attache à son nom.

Ainsi, mettez votre tôte dans une position déclive ; le sang y afflue en plus gronde quantité sous Tiufluence de la pesanteur, mais non pas cependant d'une manière absolument confonne aux lois de la pesanteur : la vie ne perd jamais son droit, et je ne crois pas qu'on puisse trouver dans sa sphère un acte qui soit exclusivement et absolument physique ou chimique. La vie y entre toujours comme élément essentiel, et ordinairement comme cause modificatrice.

En étudiant les caractères intimes de la vie, je n'ai point eu la prétention de vous montrer l'homme tout entier : je ne vous ai parlé que des phénomènes que nous percevons sous la condition d'espace, et que nous appelons phénomènes matériels ; il en est qui échappent à cette condition, qui ne peuvent s'expliquer par le mouvement, et qui, selon l'expression de Kant, ne correspondent qu'à l'idée de temps, iie se mesurent que par lui ; ce sont les actes moraux et intellectuels, dont l'àme est le foyer et le principe (1). Le médecin doit connaître tout l'homme, parce que toutes les parties de l'homme sont jusqu'à un certain point solidaires, dans la santé comme dans la maladie.

(1) La science moderne est teUement imprégnée de motérialisme, que Je regarde comme un deToir de m'appesantir quelque peu sur ces férités primordiales et de les rappeler aux jeunes gens qui embrassent la carrière médicale.

L'union intime, la solidarité étroite du principe pensant et de l'organisme sont un mystère et un étonnement pour la raison humaine. 11 est infiniment probable que tout acte intellectuel ou moral est accompagné d'une modification dans la substance cérébrale, et d'une autre part nous voyons chaque Jour les modifications physiologiques de l'encéphale, les actions toxiques ou morbides qui retentissent sur lui, amener dans les modalités de l'être pensant (des changements quelquefois profonds, passagers ou durables.

11 y a, il faut en confenir, dans le spectacle continuel de cette influence réciproque un scandale pour l'esprit et une tentation de matérialisme.

Mais il ne faut pas s'arrêter à ces apparences ; l'être pensant ife retrouTe et apprécie sa véritable nature, quand il descend dans sa conscience et quand il examine les caractères de ses actes.

Nnn, combines ensemble Toxygène, l'hydrogène, le carbone, l'aiote et autant de phosphore que vous voudrez, et vous ne ferez rien qui puisse être représentatif et équivalent des actes intellectuels et moraux !

Non, des mouvements moléculaires n'expliquent pas ces idées étemelles de cause, de vrai, de bien, de beau, d'infini, qui peuvent se révéler à l'occasion de la sensation, mais qui n'en dérivent pas!

La vertu de Socrate, le génie d'Aristote, de Pascal, de Leibnitz et de Newton, les créations de Sophocle et de Raphaël, l'éloquence de Démosthènes et de Bossuet ne peuvent se résoudre en combinaisons chimiques.

D'ailleurs, si le principe de la pensée et de l'activité morale était matériel, il serait soumis à l'inexorable fatalité qui régit la matière. Toute idée du bien et du mal, celle du Juste et de l'injuste devroient disparaître ; et avec elles s'effondreraient les bases de la vie sociale, les espérances de progrès et d'afl'ranchissement, car le libre arbitre est comme le droit inscrit dans la conscience humaine à toutes les libertés que nous récU-

Fidèle à cette logique, que nous croyons vraie, de même que nous avons admis une force spéciale derrière les actes vitaux, parce qu'ils ne peuvent s'expliquer par les lois du monde inorganique, nous admettons une force distincte pour les actes moraux, parce que, je le répète, ils ne tombent pas sous la condition d'espace, et que, pour parler le langage de la philosophie, nous ne trouvons absolument rien dans le mouvement qui leur soit adéquat ; et de même que dans l'organisme les forces physiques sont subordonnées à la force vitale, de même dans le monde moral la volonté libre de l'homme doit subordonner les instincts organiques à la loi morale, qui a son sanctuaire dans la conscience humaine.

Cette foro^ intellectuelle exerce sur l'organisme une incontestable action ; par contn^, elle subit son influence. £t ne croyez pas que ce soient là de vaines spéculations ; à chaque instant, il faut tenir compte de ces

mons; il est la justification de ces aspirations généreuses qui nous appellent sans cesse, à travers les misères et les déCûllances de notre nature, vers le but idéal que nous entrevoyons et que nous croyons pouvoir poursuivre.

En s'élevant à ces hauteurs, la vue de rhomme n'est plus limitée par un des c6tés de sa nature; il Tembrasse dans son ensemble et dans sa réalité; convaincu de sa double essence, il constate sans en être troublé la solidarité de ses deux éléments constitutifs;* il ne cherche pas à la comprendre, car il sait que, selon un mot profond de Descartes, si nous comprenions cela, nous comprendrions tout, et qu*il nous faudrait en quelque sorte avoir présidé à notre organisation pour en pénétrer tous les secrets.

Il n'attribue pas i la même force des propriétés aussi différentes que la pensée et le mouvement ; mais il croit qu'à chaque acte de l'être pensant peut correspondre un mouvement dans l'organe qui en est une condition, mais qui n'en est pas la couse.

Arrivé à cette conviction par l'expérience du sens intime qui a autant de droit au moins que l'expérience des sens extérieurs à servir de fondement à notre connaissance, l'homme de science doit s'arrêter; il admet la distinction et en même temps la connexion de la force pensante et des forces qui agissent dans l'organisme sous la condition d'espace ; mais il ne s'occupe pas de la nature intime de ces forces. Il ne cherche pas si la force qui pense est en même temps le moteur de la vie; car il ne doit pas s'engager dans des voies que l'observation et la raison n'éclairent pas de leurs lumières. Les discussions sur l'unité ou la pluralité de ces forces me semblent aussi oiseuses que stériles.

Sans doute, les forces physico-chimiques n'expliquent pas la vie. La vie a pour caractéristique la génération, qui, après avoir donné naissance au germe, se manifeste par deux actes fondamentaux, au fond presque identiques : l'évolution et la nutrition. Mais cette vie, mais cette évolution et cette nutrition s'expriment par des actes exclusivement physico-chimiques qui, tout en conservant leurs caractères essentiels et inaliénables, sont subordonnés aux lois vitales; car tout acte vital est un acte matériel et doit, par conséquent, se résoudre en mouven:ent comme tous les actes matériels. Ce qui parait échapper aux lois physico-chimiques, c'est l'impulsion initiale, c'est le moteur qui produit et coordonne les actes vitaux. Quel est ce moteur? Nous l'ignorons, et chercher à le connaître serait s'engager dans le domaine des hypothèses invérifiables. Sachons borner notre curiosité et répétons avec Gaubius souvent inexactement cité : Maio cohibere gradum quam per tenebras illidere.

notions au lit du malade. Par cela même qu'un grand nombre d'états morbides dérivent des cbagrins, des passions, des désordres de Tôtre pensant, on peut par l'intermédiaire de celui-ci agir sur l'organisme d'une manière puissante, efficace. Ainsi, on a vu plus d'une fois des malades tombés dans une prostration qui semblait les menacer d'une mort prochaine, subitement ranimés par la joie que leur causait l'arrivée imprévue d un parent ou d'une personne aimée, et, à partir de ce moment, marcher rapidement vers la convalescence ; c'est surtout dans les affections du système nerveux, qui est l'instrument le plus immédiat du principe pensant, que ces actions morales interviennent de la manière la plus puissante, et font passer quelquefois presque sans transition de la maladie à la santé.

Le médecin qui se priverait d'un pareil secours ne mériterait pas le nom de médecin. Dans toutes les affections accompagnées d'une dépression de rinneiTation, le stimulus moral ne doit jamais élre négligé, et certainement on fait quelque chose pour le malade si l'on peut faire arriver jusqu'à son intelligence affaiblie quelques pensées d'espérance et d'encouragement. C'est un tonique, un excitant qui en valent bien d'autres, et qui dans tous les cas s'ajoutent utilement aux autres.

L'autre point cardinal, avons-nous dit, de toute doctrine médicale, c'est la notion de la maladie. Pour abréger ces considérations générales, j'exposerai tout d'abord la définition que j'ai cru devoir adopter.

Je définirai ainsi la maladie : Une évolution d'actes anomaux résultat et manifestation dun conflit entre Vorganisme vivant et une cause qui en trouble l'harmonie fonctionnelle.

Je dis une évolution, parce que les différents actes successifs d'une maladie sont enchaînés l'un à l'autre, et forment un tout, de telle sorte que Platon a pu dire avec quelque raison que, semblable à un animal, elle parcourt successivement des périodes de naissance, d'accroissement, de développement complet, de décadence et de mort. Ceci répond à cette opinion qui ne veut voir dans la maladie que des éléments anatomo-pathologiques se groupant au hasard comme les atomes crochus d'Epicure. Je ne croirais pas devoir parler de cette doctrine si elle n'avait pour soutien l'autorité d'un des professeurs de l'École de Paris, M. le D' Piorry. Je la réfuterai en deux mots : Vous rejetez les maladies, parce que, dites-vous,jamaischezdeux malades différents les maladies de môme nom ne présentent identiquement les mêmes caractères : mais alors vous devriez rejeter toutes les espèces naturelles ; vous ne trouverez pas deux plantes de même espèce parfaitement semblables, deux hommes qui

aient exactement les mêmes traits, et vous auriez, à ce titre, le droit de soutenir qu'il n'y a ni espèces botaniques ni hommes, mais des collections de feuilles, de racines, de pétales, d'étamines, etc., ou, si vous voulez, de nez, d'oreilles, de cheveux, de foies, de rates, tous dissemblables entre eux I

Je demanderai encore à l'auteur de cette doctrine : Croyez-vous que vos états organopathiques soient des unités plus constantes et plus précises que nos maladies? Mais dans chacun d'eux, dans la bronchite, par exemple, que d'éléments une analyse, faite à votre point de vue, va nous révéler! Modifications d'innervation, troubles de circulation, altérations de sécrétion, épanchements de produits nouveaux dans la trame des tissus enflammés. Croyez-vous que toutes ces lésions se présentent toujours avec des caractères identiques chez tous les sujets ? Mais admettons un moment cette identité : pensez-vous qu'elles demeurent un seul instant dans les mêmes conditions? Tant qu'il y a vie, il y a transformation, changements continuels ; on peut dire des organes ce qu'un ancien philosophe disait du monde : Ils ne sont pas, ils deviennent sans cesse; et votre unité absolue est aussi insaisissable dans le temps que dans l'espace.

La maladie y ai-je dit, est le résultat et la manifestation (Tun con-

flity etc.

Certains vitalistes ont voulu définir la maladie : une réaction de l'organisme qui tend à la guérison. Sans doute, l'organisme réagit. S'il ne réagissait pas, s'il subissait passivement l'action morbide, il ne vivrait pas ; la réaction est un caractère essentiel h la vie ; là où elle ne se manifesterait pas, il y aurait mort générale ou partielle.

J'admets que la réaction peut avoir pour cause finale la guérison. Toute force, en effet, a ses lois et sa destination, et nous avons dit que l'activité de la force vitale ne s'arrêtait pas au moment de la naissance, ni même à l'époque du développement complet, mais que cette force présidait à la conservation et au renouvellement incessant de l'organisme; il semble que ce doit être en vertu des lois qui dirigent le travail régulier de la nutrition qu'elle ramène ce travail nutritif à ses conditions normales quand il s'en écarte.

Cette tendance conservatrice de la nature se montre bien évidente dans les affections traumatiques ; nous la voyons se manifester encore, plus obscure, mais non moins réelle dans des maladies qui doivent se lenniner d'une manière funeste. Prenons pour exemple la phthisie pulmonaire : ce ramollissement des tubercules, leur élimination consécu-

tive, accompagnés de si formidables symptômes quand la lésion est très-étendue , ne semblent-ils pas cependant témoigner des efforts curateurs de la nature, et n'est-ce point en effet par ce procédé que la guérison s'accomplit le plus souvent dans les cas où Ton est assez heureux pour l'obtenir ?

Ainsi donc j'admets la réaction comme un des éléments essentiels de l'état morbide ; j'admettrai même, si l'on veut, que cette réaction manifeste une tendance réparatrice : mais présenter celle-ci comme la maladie tout entière, c'est confondre le mal avec la guérison.

Le premier élément de l'état morbide, c'est cette incitation anormale qui précède et provoque la réaction qui amène les troubles des fonctions et les lésions des organes, et qui pour le sens vulgaire, comme pour le médecin philosophe, constitue le phénomène saillant et caractéristique de la maladie (1).

— La méthode clini(|ue me parait découler tout naturellement des principes doctrinaux que je viens d'exposer : Si la maladie est une lutte entre l'organisme vivant et une cause qui en trouble l'harmonie fonctionnelle, il faut, pour résoudre le problème clinique, connaître ces deux éléments de l'état morbide.

Il faut donc étudier l'organisme , c'est-à-dire les ressources et la résistance qu'il peut opposer au choc de la maladie, ses habitudes hygiques et morbides, dont la connaissance est si importante pour le pronostic et pour le traitement, ses tendances manifestées par des actes antérieurs, ou latentes encore et présumées seulement d'après les conditions héréditaires au sein desquelles il s'est développé.

(1) Ces réflexions m'avaient été surtout suggérées par un travail de M. le docteur CbaulTard {Lettres sur le vitniisme), publié dans la Gazette hebdomadaire en 1856. Dans cet écrit, ce savant médecin, après avoir fait ressortir l'importance qu'il y a à définir la maladie et après avoir critiqué la plupart des définitions antérieures, formulait ainsi la sienne : f/x maladie est une loi accidentelle et anormale manifestée par torganisme et dont les attributs essentiels^ correspondant à ceux de la vie, sont Facti' vite, la tendance à la conservation et le rapport nécessaire avec une ou plusieurs causes accidentelles et anormales comme les manifestations qu'elles provoquent. Pour simplifier, il avait cru devoir résumer cette définition en ces termes qui en contiennent, dit-il, toute la substance : La maladie est une réaction anormale contre une affection subie par lui (p. 58).

En 1862, dans son Traité de pathologie générale^ trois ans après la publication de ma définition, il a modifié ainsi la sienne : La maladie est une évolution d'actes anormaux reconnaissant comme cause une impression vitale morbifique que surmonte la résistance de Vactivité saine et provoque une tendance active au rétablissement.

J'ai cru devoir citer l'opinion de M. Cbaufl'ard, ^ui est devenu professeur de pathologie générale à l'Ecole de Paris, et je suis heureux de constater combien il s'est éloigné de M première définition pour se rapprocher de la mienne.

Cette étude de l'organisme, de ses caractères individuels, et des aptitudes spéciales qu'il apporte dans la maladie, nous conduit à la recherche des causes. L'importance de cette recherche exige que nous en disions quelques mots.

Ces causes peuvent être rangées sous trois grands chefs.

Les unes sont en dehors de Torganismc. Ce sont les agents extérieurs, qui le modifient sans cesse par leurs qualités appréciables ou occultes : le calorique, l'électricité, l'action solaire, les influences saisonnières , l'air avec toutes ses variations de température, d'humidité, d'agitation, d'électricité, de composition chimique; cet ozone, par exemple, nouvellement découvert, ces myriades de germes organiques, tous ces miasmes invisibles et insaisissables dont l'air est le véhicule.

Voilà des modificateurs qui à chaque instant pressent sur l'organisme, au milieu desquels, malgré lesquels souvent, la force vitale maintient l'équilibre. Car, connue l'a dit Bichat, il semble qu'il y ait lutte entre l'être vivant et le monde inorganique qui tend à l'absorber dans son sein. La plupart des maladies aiguës peuvent être rapportées à cet ordre de causes , et voilà pourquoi ces maladies revêtent souvent le caractère épidémique, parce qu'elles sont souvent produites par des causes générales.

Ainsi donc, il ne faut pas considérer les maladies aiguës, qui se développent sous les mêmes influences, comme des faits toujours fortuits, isolés, indépendants les uns des autres. II faut au contraire, aiusi que l'ont fait les grands praticiens des deux derniers siècles, les comparer, chercher si elles n'empruntent pas aux conditions communes au sein desquelles elles se sont développées, une parenté, une sorte de génie commun dont il faudra tenir compte dans la détermination d(»s indications thérapeutiques.

Quand je vous pai'le, Messieurs, de cette intervention des agents extérieurs dans la production des maladies aiguës, il est bien entendu que je ne leur attribue pas une puissance absolue ; ils doivent, pour agir, rencontrer une prédisposition, une aptitude spéciale de l'économie; il faut en un mot, comme l'a dit ingénieusement M. Pidoux, que l'organisme développe la maladie comme par une sorte de conception, d'imprégnation, dans laquelle la cause extérieure joue le rôle d'agent fécondant.

Ce travail d'incubation des maladies est surtout bien évident dan& celles que je réunirai dans un second groupe, qui naissent par contagion, dans lesquelles le princfpe de l'action morbide est transporté d'un être vivant à un autre être vivant.

Enfin, beaucoup d'affections ont leur racine dans l'organisme mémey soit qu'elles procèdent d'une disposition primordiale, innée, soit qu'eUes doivent être imputées à ces modifications profondes de la constitution qui succèdent quelquefois à Tinfluence prolongée des agents extérieurs, à l'abus persévérant des facultés organiques, aux ébranlements causés par les passions et par les douleurs de Tàme. Originelles ou acquises, ces dispositions morbides ne s'expriment pas seulement dans les maladies qu'elles . produisent, mais elles peuvent modifier celles qui se développent sous l'action des autres causes dont nous avons parlé.

Maîtres de ces premières notions, qui vous font connaître le terrain où s'exerce l'action morbide, il faut étudier celle-ci. On examine d'abord l'aspect extérieur du malade : sa physionomie, son attitude générale, la couleur de sa peau, fournissent à l'œil exercé d'utiles indications.

On écoute ensuite les renseignements qu'il peut donner sur la marche et les caractères de sa maladie, en contenant son récit sans le diriger.

Et -alors on interroge soigneusement toutes les fonctions, tous les organes, avec le secours de ces merveilleux procédés et de ces instruments d'exploration que l'art moderne nous a fournis.

Le foyer principal de l'état morbide étant coimu, il faut étudier ses irradiations sur toute l'économie ; une étroite solidarité en réunit toutes les parties.

Tout est harmonie, tout est sympathie, a dit le père de la médecine ; il y a des maladies localisées, il n'y a pas de maladies locales ; Tunité de ht vie domine et relie toutes ses manifestations. Il faut donc étudier tous les retentissements de l'état morbide, qui varieront suivant les tendances de chaque maladie et suivant les dispositions individuelles de chaque malade. Mais il faut surtout fixer son attention sur les deux grands sys^ tèmes fondamentaux de l'économie, le système circulatoire et te système nerveux, ces deux grands cercles qui embrassent presque toutes les fonctions animales, dont l'état nous fait juger, dans un grand nombre de cas, de l'intensité de l'action morbide et de la puissance réactionnelle que l'organisme lui oppose.

On passe ensuite successivement en revue les autres appareils, en s'arrétant davantage sur ceux que les renseignements obtenus du malade désignent plus spécialement à l'observation du médecin. On ne néglige pas l'examen des produits excrémentitiels, des moines principale-

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ment, qui fournissent de si utiles notions sur les modifications du travail nutritif.

Après avoir réuni toutes ces données, on pose le diagnostic, ou du moins on le circonscrit dans certaines limites, si Ton ne peut toujours le déterminer avec précision ; dans tous les cas, on connaît, ce qui est plus important encore, les indications, c'est-à-dire ces modifications des actions vitales qui montrent au médecin la conduite qu'il doit suivre, la direction qu'il doit tracer au malade, et qui par conséquent sont les fon-* déments de la thérapeutique.

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