DBS CORPS FIBREUX DE L UTÉRUS
grave a été le point de départ, cette dame supporte vaillamment le poids des années.
Les tumeurs enclavées dans le bassin, en comprimant les organes qui y sont contenus, produisent des troubles fonctionnels plus considérables que celles qui se développent du côté de la cavité abdominale ; elles sont plus fréquemment accompagnées de métrorrbagies, de dysurie, de constipation opiniâtre ; elles peuvent empocher la conception^ provoquer Tavortement ou apporter à Taccouchement des obstacles considérables ; cela dépend de leur volume, de leur fixité, et de leurs rap-^ ports avec les organes pelviens.
Celles qui se développent du côté de labdomen ne sont pas cependant toujours inoiïensives, elles peuvent comprimer la veine cave, les intestins, les uretères, la vessie, gêner le développement de Tutérus pendant la grossesse, et donner lieu ainsi à des accidents d'hydropisie, d'obstruc* tion intestinale, de dysurie, de lésion consécutive des reins, d'accouchement prématuré. I! n'est pas rare de voir ces tumeurs devenir le point de départ d'inflammations péritonéales, habituellement partielles, mais qui peuvent se généraliser. Le processus inflammatoire peut envahir les tumeurs elles-mêmes, elles peuvent se ramollir, devenir fluctuantes, simuler un kyste ovarique ou un abcès, comme je l'ai vu une fois ; je n'avais pas suivi l'évolution de la tumeur^ et ce fut à l'autopsie que je reconnus mon erreur. Des douleurs, de la fièvre, des nausées ou des vomissements accompagnent ces complications phlegmasiques, qui présentent les symptômes et partagent le pronostic des péritonites partielles ou générales ; ces péritonites sont sujettes à se répéter après une première attaque, et leurs récidives comme leur première invasion coïncident souvent avec la congestion menstruelle: elles succèdent quelquefois à des fatigues, à des contusions qui jouent dans leur produo» tion le rôle de cause occasionnelle.
En général, les tumeurs fibreuses augmentent de volume graduellement, lentement ; dans beaucoup de cas, elles se multiplient. Leur accroissement est ordinairement beaucoup moins accentué après la ménopause que pendant la vie menstruelle. La congestion cataméniale semble activer leur développement; leur activité nutritive diminue avec celle de l'organe dont elles émanent; elles peuvent alors rester station^ naires.
Des observations authentiques prouvent qu'elles peuvent diminuer^ peut-être même disparaître, et cette terminaison malheureusement trèsrare a paru favorisée par des médications que nous indiquerons plus tardé
Mi CLINIQUE MÉIIICaLË.
Elles peuvotit aussi se séparer de leur point d'origine ! éêlles qui font polypes peuvent tomber spontanément, par ulcération de leuf pédicule. On a vu des tumeurê sôud-péritonéàles, fixées par des adhérences dans le ouWe-sac recto*utérlnj et »ans aucune connexion avec Tutérus dont il est probable qu'elles s'étaient détachées.
Ces corps fibreux ont pour caractères essetitiels leur consistance généralement dufe^ et leur forme sphérdTdalé. Ils naissent le plus soU'* vent du fond de Tutérus ou de sa paroi postérieure. Cependant ils peu-> Yent se développer dans tous les points de Torgane ; j'en ai souvent
rencontrés inclus dans le col et faisant Une légère saillie à sa SUrfaCe. Elles présentent^ quand on les coupe« un tissu dense, d'apparence fibreuse ou celluleuse< On y aperçoit des fibres vorticlliées, contournées en pelotons ; et trèsHiouvent dans la même tumeur on trouve plusieurs agglomérats de fibres ainsi enroulées autour de centres distincts. Elles contiennent parfois des cavités remplies de liquide. J'y ai plusieurs fois rencontré des infiltrations sanguines et de petits foyers d'hémorrhagle interstitielle. EUessont en général, cependant, peu vasculaircs. Celles qui sont renfermées dans les parois de l'utérus sont enveloppées d'un tissu celluld^vasulaire lâche qui leur forme une sorte de kyste et les unit à ces parois*
L'examen microscopique y a fait reconnaître du tissu conjonctif, du tissu fibreux, des cytoblastes, une substance granuleuse et des fibres lisses parfaitement semblables aux fibres utérines. Aussi plusieurs àUteurs les ont désignées sous le nom de myomes ou de fibro-myornei^ et les ont considérées comme une sorte d'hyperplasic irrégulière du tissu utérin.
Dans quelques cas, les fibres mêmes de l'utérus entrent dans leur constitution et se prolongent dans leur intérieur. D'après le docteur West, cette disposition n'a été observée que dans les polypes.
Ces tumeurs peuvent déplacer et déformer l'utérusi Les corps fibreux Interstitiels amènent quelquefois dans le tissu de l'organe une modification semblable à celle qui accompagne la grossesse* Le docteur West en a cité d'intéressantes observations et^ comme le remarque ce savant gynécologue, ce n'est pas Une distension mécanique, c*est Une évolution nutritive provoquée par l'incitation que détermine ce produit morbide. Quelle que soit leur structure primitive, elles peuvent subir de nombreuses modifications î ainsi elles peuvent s'encroûter de sels calcaires, et cette sorte d'ossification peut commencer par le centre. Souvent elle se bit (Mr des noyaun multiples \ ainsi j'ai vu un polype fibreux criblé
DES CORPS FIBR£UX DE L'UTÉRUS. tM
(le pépins osseuiL jaunes, demi-transparents, renfermés dans de petites loges. D autres fois, c'est à la périphérie que se déposent les sels calcaires : j ai rencontré, à côté de plusieurs corps fibreux à dilTéi^ents degrés d'évolution ou de dégénérescence, une tumeur plus volumineuse que les autres» circonscrite par une coque ostéiforme, mince» élastique ; cette coque se laissait déprimer, et revenait à sa forme primitive : elle entotl-^ rait une cavité remplie en partie par des caillots fibrineux» en partie par une matière jaune, molle» comme plÀtreuse.
Non-seulement les tumeurs fibreuses sont le plus souvent multiples» mais une tumeur est quelquefois formée de Tagglomération de plusieurs noyaux distincts ; je me rappelle avoir vu à la Salpétrière^ chet une vieille femme qui succomba à une pachyméningite^ une tumeur fibreuse grosse comme le poing : elle était enchâssée dans la paroi antérieure de l'utérus» dont les fibres l'enveloppaient de toutes parts. Celles-^i lui formaient un kyste à la face interne duquel elle était unie par un tissu cellulo-vasculaire lâche. En avant, elle n'était séparée du péritoine, qu'elle soulevait» que par une couche très-mince de fibres utérines ; la tumeur elle-même était constituée par Un assemblage de noyaux fibro^ cartilagineux, réunis entre eux par un tissu fibreux et cellulo-Vasculaire» ceux qui étaient placés à la périphérie étaient cunéiformes ; ils poU" vaient se mouvoir les uns sur les autres dans des limites très-restreintes.
Quand, par leur volume ou par leur position, les corps fibreux ne gênent pas les fonctions de Tutérus et des organes voisins, ils constituent plutôt une anomalie anatomique qu'une maladie; le plus souvent» cependant» ils signalent leur présence par quelque souffrance ou par quelque désordre ; s'ils font saillie du côté de la cavité de l'utérus» ils provoquent très-habituellement des congestions utérines qui se manifestent par des métrorrhagies, au moins par des ménorrhagies, par de la leucorrhée, et par tous les troubles d'innervation qui accompagnent l'état congestif de l'utérus. Ils peuvent apporter à la grossesse et à Taccouchemeut les obstacles dont nous avons parlé» cependant on a vu malgré la présence de corps fibreux considérables la grossesse arrivera son tenue ; mais leur action irritante peut alors provoquer ou des hémorrhagies ou des accidents phlegmasiques. Moreau père m'a montré un corps fibreux gros comme la tête d'un fœtus qu'il avait extrait» après un * accouchement à terme» chez une fille de Pafent Duchàtelet. Des douleurs expultrices, des pertes lui firent reconnaître l'existence de cette tumeur qu'il avait habilement enlevée ; malheureusement cette jeune femme, qui n'avait pas trente ans» succomba à des acddents puerpéraux. Les dou-
leurs auxquelles ils donnent lieu peuvent être extrêmement violentes ; quelquefois dues à la compression du plexus sciatique et sacré, elles prennent la forme névralgique; j'ai vu des sciatiques opiniâtres liées à la présence de ces corps fibreux ; pour la même raison, on observe des engourdissements, des inquiétudes, des faiblesses des membres inférieurs, imputables à la même origine.
D'autres fois> ces tumeurs irritent le tissu utérin, et provoquent des con* tractions douloureuses d'autant plus énergiques que, comme nous Tavons dit, ce tissu peut subir une transformation qui augmente sa puissance contractile. Ces douleurs prennent alors le caractère de douleurs expultrices. Elles se réveillent surtout aux époques menstruelles ou sous rinfluence de causes qui produisent dans la matrice une irritation congestive. Dupuytren nous citait l'observation d'une dame qui, depuis plusieurs années, était torturée tous les mois par des douleurs violentes, atroces, comparables aux douleurs de l'enfantement.
Le plus souvent les troubles de sensibilité causés par ces productions morbides consistent dans une sensation de gêne, de pesanteur, de prolapsus des organes pelviens, et dans toutes les variétés de douleurs lombaires, hypogastriques, inguinales ou crurales qui accompagnent les congestions de l'utérus , auxquelles peuvent se joindre ces douleurs sympathiques qui, sous l'influence des mêmes conditions morbides se font sentir dans des organes plus éloignés.
Nous avons dit quels étaient les caractères des tmneurs fibreuses : dans l'immense majorité des cas, il est facile de les distinguer des kystes ovariques ; cependant, quand ceux-ci sont entourés d'un kyste à parois épaisses, et sont peu volumineux, le diagnostic peut offrir des difficultés qui se reproduiront lorsque, comme dans l'observation que j'ai citée plus haut, la tumeur fibreuse ramollie donne à la main une sensation de fluctuation ; pour ce dernier cas, il ne peut y avoir d'embarras que quand on n'a pas assisté à révolution de la tumeur. Dans le premier, il faut noter que le kyste ovarique de médiocre volume n'est pas situé sur la ligne médiane, même recouvert d'une coque épaisse, il n'a pas la dureté spéciale du corps fibreux, en général il entraîne l'utérus en haut et le relève de son côté au lieu de le repousser et de le dévier du côté opposé comme les corps fibreux intra-pelviens.
Il n'est pas toujours aisé de distinguer d'une tumeur fibreuse le corps
• de l'utérus engorgé et infléchi ; cependant, même quand il est le siège
d'un engorgement chronique, l'utérus a rarement la dureté du corps
. fibreux. Si on repousse le col de la matrice en haut, on imprime au fond